Texte de Dutoit: à suivre
de lui ; mais c'est qu'il me serait toujours impossible d'agir avec vous avec des règles et des mesures, et, si je ne fais1 pas ce que Dieu me fait faire, j'éprouve de très fortes peines^ trne suspension de toutes ses grâces, une facilité de m'égarer, et avec cela une certitude que je lui déplais, et qu'il veut que j'agisse sans retour avec vous. Gela exposé, ordonnez-moi ce que vous voulez que je fasse, et j'obéirai. Si vous saviez ce que je souffre et comme Dieu me traite, lorsque je veux agir raisonnablement avec vous, vous auriez pitié de moi, car je vois fort bien ce que je devrais faire selon la raison, et par rapport à vous, mais je ne puis. Je suis même persuadée que, si j'en usais d'une autre manière avec vous, vous y perdriez, et je n'aurais plus de grâce pour vous : si je m'explique mal, je me ferai mieux entendre le jour delà Magdeleine2, où j'espère que Notre-Seigneur vous fera connaître ce que je vous veux dire, et le pouvoir absolu qu'il exerce sur moi. Je trouve que la pratique est admirable, qui est de suivre les vues, qui vous sont données sans raisonnement ; c'est là le fondement de l'abandon, qui bannit véritablement la fausse sagesse, et qui introduit dans celle de Jésus-Christ. Tout ce que je vous ai mandé n'est que par rapport à moi, qui suis si peu sage, afin que ma folie ne vous fût pas un embarras, car je crois que Dieu me rend telle à votre égard pour exercer votre foi ; et c'est ce que je voulais vous dire, car Dieu ne demande jamais qu'on se mette par soi-même dans l'égarement» Ce serait quitter la voie de la vérité, pour suivre celle du mensonge et de l'erreur. Dieu vous aime trop, pour permettre que vous preniez jamais le change, et vous êtes trop éclairé pour cela ; cependant je ne puis m'ôter une certitude que Dieu m'a choisie telle que je suis
i. Texte de Dutçit: suis ; cf. Lettre CIII, p. a63 et n. 3. a. On a vu par les lettres du n et du 17 qu'ils ont pris rendezvous pour ce jour.
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pour vous, afin de détruire par ma folie votre sagesse, non en me faisant rien, mais en me suportant telle que je suis. Je suis sage avec tout autre qu'avec vous, et, si je pouvais vouloir quelque chose, ce serait d'être sage envers vous, et je ne le puis : si vous saviez la force d'un Dieu et l'impuissance de sa petite créature, vous me porteriez compassion. Ce 18 juillet 1689.
Je suis d'autant plus fâché de votre peine2, Madame, que vous la souffrez sans avoir besoin de la souffrir. Je vous ai déjà dit bien des fois, et je vous le répète encore, devant Dieu, du fond du cœur : rien ne me scandalise en vous, et je ne suis jamais importuné de vos expressions. Je suis convaincu que Dieu vous les donne selon mes besoins; et il m'est témoin que je ne reçois jamais de vous aucune lettre, qui ne me donne une sensible joie. Pour la manière de me dire les choses, bien loin d'être trop ingénue et libre, elle ne Test pas assez, ce me semble. Vous craignez toujours de vous ouvrir trop, et à force de vous gêner, pour ne me gêner pas, vous me gênez quelquefois un peu. Ne faites jamais réflexion avec moi, et assurez-vous, que j'en ferai plus à mon aise dans notre petit commerce8.
Je dois me rendre ce témoignage, que je ne m'a-