Allusion à une lettre perdue, à laquelle celle-ci répond
3. Sur ce désir de « sans-gêne » chez Mme Guyon à l'égard de Fénelon, cf. fragment d'autobiographie, p. 8 et n. 2.
FENELON A M- GUYOX 217
perçois d'aucune chose, à laquelle je tienne volontairement. Il me semble que je suis prêt à passer pour fou1 aux yeux de tous les hommes, quelque douceur que j'en puisse sentir, si Dieu me poussait dans ce précipice, pour renverser ma fausse sagesse. Ce n'est pas là ce que j'ai voulu vous dire : Tunique chose dont j'ai voulu vous parler, est que vous me mandez2 que vous ne vous souciez point de vous tromper et de ne vous tromper pas. A la vérité, je vois bien le bon sens de ces paroles, qui est que, quand Dieu vous met dans la nuit impénétrable, qui est sa volonté inconnue, on ne peut plus voir la main de Dieu, qui nous mène, parce qu'on a besoin de perdre cet appui, pour se perdre soi-même ; mais alors il reste une certaine droiture d'intention, en sorte qu'on ne voudrait pas résister à l'attrait, quoique inconnu, c'est-à-dire que, quoique l'on ne puisse plus suivre Dieu clairement à la piste 3, on va néanmoins par ce mouvement intérieur et délicat à ce qui peut lui plaire ; autrement on ne pourrait pas dire, comme vous le faites : je sens que je résisté à Dieu, Dieu veut de moi une telle chose, il me presse. Mais dans l'état d'obscurité où Dieu jette, et dans la nécessité de marcher de quelque côté, on va tout droit,
i. Manuel de Piété, sermon pour le Vendredi saint, t. VI, p. 64, g : « La véritable adoration de Jésus-Christ crucifié consiste... à perdre sa raison dans la folie de la croix..., à vouloir cire, si Dieu le veut, un spectacle d'horreur à tous les sages de la terro, à consentir de passer pour insensé, comme Jésus-Christ. »