Cf. Lettre du h juillet 1C89, p. 186 et n
FENELON A M- GUYON 225
rendrait cette pratique pénible. Mais je suis sûr que -ce n'est pas là ce que vous voulez. J'agis naturellement.
Pour revenir à vous, je goûte tout ce que vous me donnez sur la voie en général, et sur mes besoins en particulier. Quand je reçois de vous quelque nouvelle instruction, j'en suis ravi, moins par le sentiment de mon besoin que par la persuasion, que Dieu m'en avertit par vous, et par vous me donne mon pain quotidien. C'est même un état de grande enfance : •car je ne puis ni demander mes besoins, ni les connaître. Je les crois, quand on me les dit. Je crois que ce que l'on me ferait pour me ranimer ne me conduirait pas ; car Dieu veut que je meure peu à peu de langueur, et il ne faut pas retarder cette opération détruisante1. D'ailleurs je crois qu'il n'est jamais tant2 en moi que quand il y est caché plus profondément. Sitôt qu'il me donne quelque goût sensible, je m'y -abandonne sans réserve. Hors de là, il n'y a qu'à laisser dessécher mon âme jusqu'à l'agonie. Je n'ai d'ordinaire dans l'intérieur ni peine ni consolation vive. Tous mes sentiments sont émoussés. J'ai seulement une langueur qui est semblable aux fièvres lentes3. En cet état, on maigrit tous les jours; rien ne fait un grand mal, mais aussi rien ne plaît. Je ne
i. « Le grand point est de ne se pas remuer sous la uiaïu do Dieu, -de peur... de retarder son opération détruisante » (Lettre à la comlcsji^ de Montberon du iw janvier 1706, t. VIII, p. 67a, g-d) ; t&. Lettre à tu même du 7 juin 1709, id., p. 701, y.