Cf. Lettre du i4 juin 1689, p. 169 et n
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puis presque faire oraison, qu'en me promenant k pied ou en carrosse. Sitôt que je suis fixé dans une place, mon imagination et mes sens sont en grande inquiétude. Je suis néanmoins persuadé que ma sécheresse extérieure est beaucoup plus grande que Tintérieure. A mesure que le goût sensible s'est retirér et que la foi s'est desséchée, mes répugnances, qui sont naturellement bien plus fortes que mes désirs, ont pris une vivacité qui m'entraîne. Je décide avec hauteur, je fais sentir je ne sais «quoi de dédaigneux pour tout ce qui me déplaît, je souffre impatiemment la contradiction, je suis quelquefois prêt à bouder comme nn enfant, si la honte ne me retenait, je ne puis même cacher sur mon visage mon émotion. Jugez combien cette expérience me confond et me convainc de mon impuissance. Ma sagesse et ma vanité en souflrent dans le moment, mais je n'y fais aucune réflexion de suite, au lieu qu'autrefois mon amour propre était des mois entiers à se faire des reproches cuisants sur les moindres fautes. Je crois que Dieu me laissera encore longtemps cette sécheresse, qui me fait faire tant de fautes envers le prochain, tantôt par des paroles dures, tantôt par un silence dédaigneux, ou par les omissions sur les honnêtetés nécessaires envers les amis que j'aime davantage. Tout cela m'est bon *, car tout cela me démonte. J'ai besoin que Dieu me refonde et rejette en moule2. Il me serait commode
i. Tout cela est bon à éprouver : plus il est douloureux, plus il e6t utile » (Lettre de mai 169/1 ^ Mme de M a in tenon, t. VIII, p. 498, d). 2. Cf. les textes cités lettre du i5 juin 1689, p. 174 et n. 3. .
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de pouvoir travailler par des efforts contre cette sécheresse, si enracinée par l'habitude et par le tempérament ; car les humiliations que mes fautes me causent, me crucifient plus que la violence, nécessaire pour me vaincre, me ferait de peine dans un état semblable à mes états passés, où la ferveur me soutenait. Mais, comme je ne saurais maintenant me préparer contre ces occasions, elles me trouvent bien moins sur mes gardes. Cependant je ne crois pas devoir chercher une attention active et forcée pour me soutenir. Je ne pourrais, sans sortir de mon attrait, réveiller par moi-même cette attention. Il me suffit de la suivre toutes les fois que Dieu me la donne. Une attention propre et artificielle serait une infidélité plus grande, quoique plus cachée, que les fautes extérieures d'humeur, dont les autres sont mal édifiés1. Quand je suis seul, je ne suis jamais ni sec, ni triste, ni ennuyé2. Il n'y a que l'assujettissement à autrui et le dérangement qui effarouche mes répugnances. Il y a quelques personnes, avec lesquelles j'ai un badinage de petit enfant; mais la plupart des gens me lassent bientôt.
J'ai lu avec plaisir et édification la lettre que vous m'avez confiée. Elle est très belle: vous pouvez croire que j'en suis persuadé, car je suis, par ma sécheresse, bien éloigné d'exagérer et d'admirer. Je vois que les lumières disparaissent et que la pure foi règne ; mais peut-on déjà avoir passé par la mort, comme il le dit8,
i. Cf. Lettre du 6 avril 1689, p. io4 et n. 1.