A Mme de Ghevreuse
votre grâce est supérieure à la sienne ; faites-le donc sans retour sur vous-même, car assurément vous devez lui aider. Ce n'est pas que je croie qu'il sortira difficilement de l'arrangement intérieur; cependant il vous faut lui aider. Il se développe chaque jour de mon esprit bien des choses, que Notre-Seigneur m'avait fait connaître il y a .bien des années, et je vois à présent leur vraie signification ; je prie Dieu qu'il vous soit toujours toutes choses l.
A peine, Madame, ai je le loisir de respirer, tant je suis pressé et embarrassé; mais, au milieu de cet embarras, je me trouve dans une paix et dans une union avec vous, qui n'a jamais été plus grande. Je n'ai inipre le temps, ni môme le calme du sens qui est néces saire pour faire ce qu'on appelle oraison, mais il me semble que je le fais* souvent sans le savoir. Ce que je vois .ne me touche point, et j'ose me rendre ce témoignage, que mon cœur ne tient qu'à Dieu; il me mettra à toutes les épreuves qu'il voudra, et ie ne fais que m'abandonner.
Votre lettre m'a tait un grand plaisir, pour apaiser mes sens émus, et pour me rappeler au recueillement. Dieu. soit béni de tout pour lui seul; je vous suis
1. La première phrase de cette lettre permet de la dater du 31 août; cf. la lettre suivante.
a. T. V, Lettre XLIV, p. 33a-3.
3. Texte de Du toit : sais ; la forme ancienne de Vs (f) explique la. confusion typographique ; cf. déjà Lettre LXXXV1II, p. 21 5.
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dévoué en lui1 avec une reconnaissance infinie. À toutes ces choses que vous m'annoncez, je sens cette réponse fixe au fond de mon cœur : Fiat mihi secundum verbum tuum*. Il me semble que Dieu veut me porter comme un petit enfant, et que je ne pourrais pas faire un pas de moi-même sans tomber ; pourvu qu'il fasse sa volonté en moi et par moi, quoiqu'il arrive, tout sera bon.
Je meurs d'envie de vous voir3; je devrais parler plus civilement ; mais je ne puis le faire avec vous. Voici le billet que je vous avais écrit. Je ne trouvai point hier4 Madame de Chevreuse, mais je lui ai mandé, que je la priais de convenir avec vous d'un jour, où elle serait seule, et que je quitterais toute autre affaire pour celle-là. Ne soyez donc en peine de rien. J'aurai mes consultations à vous faire. Croyez-moi, Madame, que je suis à vous en Notre- Seigneur au delà de tout. Ce 21 août 1689. '
Je ne puis vous dire à quel point de simplicité Notre- Seigneur veut que j'agisse avec vous, et combien il aime
1. « Lui (Dieu) seul sait... avec quel zèle je vous suis dévoué en lui » (Lettre d la comtesse de Montberon du 29 juin 1702, «i. VIII, p. 652, d); cf. id., Lettre du 23 septembre 1707, p. 684, [d.