‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 252 sur 294 · Luc, I, 38 ; cf. Instructions, XVIII, t. VI, p. 10/4, g · texte numérisé non relu

Luc, I, 38 ; cf. Instructions, XVIII, t. VI, p. 10/4, g

3. Même formule Lettre du 16 juin 1689, p. 177 ; cf. le texte cité à la note 1 .

6. C'est la visite dont il est parlé au début de la lettre précédente. 5. Les deux premiers paragraphes, t. III, Lettre CXLV, p. 6o2-5 ; le reste de la lettre, t. V, p. 33/i-g.

votre âme. Le goût qu'il m'en donne est fixe et invariable. Notre-Seigneur me l laisse des défauts extérieurs, et il ne me donne nulle peine de les voir, ni nulle envie qu'ils n'y soient plus ; mais j'aurais plus d'horreur d'ajouter à ce qui est de lui, ou de me vouloir mêler naturellement d'aider aucune âme, que je n'en aurais de l'enfer. C'est ce qui fait, selon qu'il me l'a donné à connaître, qu'il se sert de ce faible néant, et qu'il lui donne tant de grâces pour les autres, quoiqu'il en soit si dépourvu . pour lui-même. C'est parce qu'il ne se mêle point de l'ouvrage de Dieu, qu'il dit simplement, quoiqu'il en puisse arriver, ce que Dieu lui fait dire, et .aussi qu'il ne s'ingère jamais de rien, si Dieu ne le lui fait faire. La nature est si maligne, qu'elle porte infiniment plus sa corruption sur des choses spirituelles que sur les autres : et elle est si rusée, qu'elle se cache à elle-même tous les artifices. 11 faut une grande mort pour ne jamais mettre la main par soi-même à l'œuvre du Seigneur, comme aussi pour ne jamais reculer d'un pas de ce qu'il veut de nous ; et cette dernière mort est bien plus profonde et plus étendue que les autres. Lorsque nous nous mêlons dans les choses, nous les retardons, loin de les avancer ; et, quoique Notre-Seigneur fasse connaître que certaines âmes sont données, qu'on les aidera un jour, et que Dieu le veut de la sorte, que même plusieurs grâces sont attachées pour elles à la petitesse, qu'elles auront à recevoir l'écoulement de la grâce par le moyen que Dieu leur a choisi, que l'on connaisse même que leur retardement à voir ces personnes suspend l'avancement quelles pourraient faire, — tout cela néanmoins ne donne pas la moindre envie de rien prévenir, ni de leur parler que dans le temps ordonné par la Providence. De même, lorsque Dieu veut qu'on leur dise quelque chose,

i . Le sens général du paragraphe ne dcmande-t-il pas plutôt :

266 FKNELON ET M- GUYON

— bien qu'ils pussent en être dégoûtés pour un temps, et qu'on le connaîtrait, — rien cependant ne pourrait arrêter, parce que Dieu tire le bien de tout cela en son temps. Je crois qu'il ne faut pas non plus que Ton s'arrête par la multitude des défauts du naturel ou du tempérament, que l'on remarque dans les personnes que Dieu nous a données ; cela ne fait rien à la grâce; ; cela la couvre et la conserve, et exerce la loi des enfants. Ces pères et mères de grâces leur font un paradoxe, qui découvre davantage Dieu dans sa créature, et qui empêche également, et que l'on n'entre en défiance de cette créature, para» que Dieu veut que l'on s'en serve, et aussi, que l'on ne s'y appuie. Je ne sais pourquoi j'écris ceci *. Dieu le sait ; et cela me sulïit.

Je ne vous dis pas combien je suis à vous, car Dieu seul le sait. J'ai connu que Dieu avait bien d'autres desseins sur l'époux que sur l'épouse *, quoiqu'elle fût bonne. J'entends M. de BJeauvillier]. Assurément il ira loin ; mais il sera humilié intérieurement et d'une manière cachée, mais il sera conservé extérieurement à cause du dessein du Seigneur sur lui et sur vous. Votre union est nécessaire, et elle est tellement d'ordre de Dieu, que c'est comme une roue, dont vous êtes le premier mouvement. Dieu le veut, mais il se sert pour cela d'un vil pivot. Vous m'entendez. C'est une enchainure3, qui fait comme une famille. Les autres, quoique fort amis, n'en sont pas. Ils en composent une autre, qui a le même rapport et mouvement. Si je pouvais vous exprimer cela, comme je le conçois, et que toutes les familles dhFérentes ont un rapport en Dieu même, mais que leurs per-

i. Cf. Lettre CXXX, p. 3ao.

a. Henriette- Louise Colbert, seconde fille du ministre, avait épousé le duc de Beauvillier le 2 1 janvier 1 67 1 . Elle était dame du palais depuis 1680. Elle avait 3a ans en 1689.

3. Le mot, qui n'a plus aujourd'hui qu'un sens technique, était encort synonyme d'enchaînement au xvn* et surtout au xvi* siècle.

fections ne sont point attachées les unes aux autres, comme ceux, de la première famille, en sorte que, si la première roue se dérègle, elle arrête, quoiqu'elle n'arrête -pas les autres, qui ne sont point enchaînées avec elles! Je ne sais si sous ces énigmes vous m'entendez '. Je crois que Notre-Seigneur fera que vous me concevrez.

Demeurons donc dans la place où Dieu nous a mis. Si je pouvais vous exprimer cette admirable hiérarchie, «t cette dépendance toute divine, combien l'union des uns avec les autres ne lait pas une hiérarchie, mais bien un corps hiérarchique, composé de plusieurs! Mais, quoiqu il y ait union, il n'y a pas subordination, ni cet écoulement de grâce dont je parle, car je vous assure qu'il en est sur la terre comme des esprits bienheureux, entre les âmes qui sont esprits. Le reste des chrétiens sont des corps morts, ou des corps morts animés par des machines, qui paraissent vivants, quoiqu'ils ne le soient pas, puisqu'ils n'ont pas cette vie divine et intérieure, cette vie dont Dieu est le principe, et dont il l'est plus véritablement, que la créature y a moins de part. Gesera en Dieu que vous découvrirez que tout cela est vrai ; et quoique cela vous paraisse hors de saison 2, il 3 ne l'est pas, et a son utilité véritablement, puisque le Seigneur vous le fait dire.

Je serai dimanche, à la même heure que je fus mercredi, où vous savez. Pour le temps que tes choses arrive-* ronly il m'a été imprimé ces paroles : Ce ri est pas à vous à connaître les temps et les moments, que le Père a mis dans sa puissance*...

i. Mme Guyon affectionne, comme on l'a vu, cette façon de con dure un développement, qui donne à sa pensée une allure de parabole: cf. Lettre XII, p. £5, Lettre du a3 septembre 1689, p. 278.

Page 1