‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 258 sur 294 · Réminiscence du magnificat · texte numérisé non relu

Réminiscence du magnificat

vous exprimer, comme il fait goûter à mon cœur qu'il est content de vous ! Gela se fait comme un époux, qui montre à son épouse les tendresses qu'il a pour un de leurs enfants, et pourquoi il le préfère à tant d'autres. Il faut, pour concevoir ce que je dis, en faire l'épreuve. 11 y a une personne dans le monde, à laquelle je ne pense qu'avec horreur et éloignement, et j'éprouve au dedans qu'il déplaît autant à l'Époux que vous lui êtes agréable, non par aucune qualité qui soit en vous, mais parce qu'il vous a choisi, qu'il vous a aimé le premier, et qu'il vous adonné un cœur droit propre à conduire un grand peuple * .

Comptez que ce qui est essentiel pour vous est la petitesse et la souplesse sous la main de Dieu2, pour suivre sans hésiter et sans raisonner ce qu'il veut de vous : car si vous hésitez ou raisonnez, vous perdrez terre, tout vous paraîtra douteux : mais, lorsque vous irez comme je vous ai dit, on vous conduira par la main, sans que rien vous fasse tomber. Votre petitesse doit s'étendre jusqu'à croire et pratiquer ce que Dieu vous fait dire par moi, saris examiner la misère qui est dans cet instrument. Je' vous demande que vous ayez soin de votre santé. Vous le devez : prenez ce que vous pourrez de moments pour vous délasser.

Lorsque vous serez établi, vous remarquerez que, quoique Ton n'ait pas un goût actuel de la présence de Dieu dans les occupations, il ne laisse pas toujours d'être le même en vous ; et je vous assure qu'il ne cesse pas un moment d'opérer dans une âme comme la vôtre.

i. Mme Guyon le lui avait déjà certifié trois jours auparavant,

a. Cf. Lettre X, p. 3o,-4o : « Comptez donc que l'essentiel de votre état est une souplesse infinie. » — Fénelon, Lettre au marquis de Blainville du a3 août 1697 (*• VIII, p. 5i5, d) : « La petitesse et la défiance de vous-même, avec l'ingénuité, sont des vertus fondamentales chez;

VOttfi. »

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Lorsque vous avez un moment, et que vous vous appliquez à lui, vous voyez qu'il est tout proche, et qu'il ne vous a point écarté. Son travail est continuel, mais il est comme celui du soleil sur les choses inanimées, qui ne se découvre que lorsque l'ouvrage est achevé. C'est en quoi l'on se trompe beaucoup, de croire qu'une âme très passive soit sans action vitale, et sans rien recevoir. Si l'on voyait à découvert ce que c'est que l'action la plus vigoureuse de la créature, on la prendrait pour une inaction véritable ; au lieu que l'action de Dieu est si prompte, et si forte, quoique tranquille, que Dieu opère plus en une âme en un quart d'heure (quand elle est assez morte pour n'y pas mettre la main sous bon prétexte), que ne fait l'homme avec tous ses euorts (aidé même de la grâce) en plusieurs années. Et ce qui est le plus surprenant est que ce que Dieu fait seul dans une âme très passive est pur, et n'est nullement sujet à la purification.

S'il y a quelque chose à purifier, c'est que l'homme a gâté l'ouvrage de Dieu par une correspondance active, quoique sous bon prétexte ; mais toutes les œuvres de l'activité de la créature, quelque bonnes qu'elles paraissent, ne peuvent être de mise pour Dieu même, que le feu n'ait séparé tout ce qui est de l'homme d'avec ce qui est de Dieu. Gomme l'homme de lui-même n'est que corruption, tout ce qu'il opère est infecté ; et il n'est heureux que lorsqu'il peut découvrir cela, et que l'ayant une fois connu, il se défie plus de lui-même que du diable, et a plus d'horreur de ses opérations que de la malice de l'enfer. Je ne mets point au nombre des opérations de la créature l'activité que Dieu lui donne, lorsqu'étant morte à toutes choses, il l'anime et la vivifie, et la rend par sa divine sagesse plus active que les choses les plus agissantes ; mais, comme cette activité n'a pour principe que Dieu, elle est divine ; et c'est une passiveté active, puisqu'elle est mue et agie par

celui dont l'activité est aussi infinie que son repos est im-mense. C'est le secret de l'amour in tin i de Dieu |K>ur sa créature, qui la rend un même esprit avec lui, lu transformant en lui, et la rendant participante ' tic son repos infiniment tranquille.

Je ne dis pas que je prends part à tous vos avantages ; ce que je vous suis en Notre-Seigneur en dit davantage que je n'en puis dire et exprimer. Ce a3 feepteivlbrti

CÏX. — M ^ GUYON A FENELON 2

Il me serait difficile de vous exprimer, Mans tenir, l'union que Notre-Seigneur me donne pour vous- Difcu semble serrer de plus en plus mon âme à la vôtre d'une manière très intime3, et je trouve que tous les milieux* 90 dissipent et deviennent toujours plus délicats; cl Lfnn me fait comprendre qu'il en est de même de votre unie à l'égard de Dieu, que les moyens et entre-deux ' se perdent chaque jour, et que ceux qui restent se su hi il lu/ni. 11 vous est d'une extrême conséquence de ne tfow* arrêter à rien, pas même à vos défauts, je dis U ceux même qui vous paraîtraient volontaires, et qui cependant ne le sont pas autant que vous le pourriez penser* Car il faut que vous compreniez, que plus vous irez en iwanl. plus il vous paraîtra de volonté en de certaines finîtes, qui vous surprendra beaucoup. Il ne faut pas \ous en

1. Sur cet accord du participe, cf. Lettre III, p. 18 cl n, 1

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