Cf. Lettre CXI, p
5. On écrirait aujourd'hui : d'autant plus... quelle reçoit plus passivement ses opérations.
'iny**'
les puissances de l'âme en unité, jusqu'à ce qu'il la transforme et la consomme en soi.]
C'est ce que Dieu veut faire et fait, en nous ; c'est pourquoi il vous a choisi d'une manière singulière. O qu'il aime votre âme et qu'il me la fait aimer ! Quand il me faudrait tous les tourments possibles, pour la rendre telle que Dieu la veut, avec quel plaisir les souflrirais-je, et combien me suis-je immolée à l'amour, ou plutôt l'amour m'a-t-il immolé lui-même !
Il me fallut dernièrement faire dire des messes pour vous, sans en comprendre la raison. Je n'en demande aucune de ce que l'on me fait faire : j'obéis aveuglément. Ce i*r décembre 1689.
J'ai fait depuis peu deux fautes, qui m'ont affligé, Madame ; mais, comme elles n'étaient que de fragilité, et non de résistance intérieure, je les ai laissé tomber2, en évitant toutes les réflexions volontaires. Il m'arrive très souvent de parler et d'agir, sans aucune vue de Dieu, et de le faire si naturellement, qu'il semble qu'alors Dieu est bien loin de moi ; cependant je crois qu'il en sera toujours bien près, pourvu que je me recueille toutes les fois que j'aperçois ma dissipation, et que je ne repousse et ne retarde jamais l'impression de l'esprit de Dieu. Je me recueille assez dans de petits intervalles, et je crois que c'est ce qui me convient le plus.
1. Lettres, t. V, Lettre LV, p. 374-6. 3. Cf. Lettre VIII, p. 3i et n. 2.
Il me semble que je suis embarqué sur un fleuve rapide, qui descend vers le lieu où je cjpis aller ; je n'ai qu'à ne me laisser pas accrocher, ni aux branches des arbres, ni au sable, ni aux rochers qui bordent le rivage. Le cours du fleuve fait le mien, et je n'ai qu'à ne pas m'arrêtei;; il faut que je me laisse toujours porter, sans m'amuser, ni aux contradictions, ni aux agréments du dehors, ni à la sécheresse, ni à l'onction du dedans, ni au goût des vertus et de l'oraison, ni aux tentations, ni aux infidélités intérieures. Tout cela n'est que le rivage que l'on découvre en passant, où l'on ne pourrait s'arrêter un instant, sans se raidir contre le courant de la grâce *.
M. N. se trouve bien de ce que vous lui avez conseillé, et je suis très content de votre réponse là-dessus. Il me paraît que le procédé le plus édifiant que je puisse tenir ici est de ne demander jamais rien, ni pour moi ni pour les miens, aux personnes qui ont la principale autorité. Ce désintéressement est ce qu'on goûte le plus ; il y a même dans ce procédé une certaine noblesse, qui charme les honnêtes gens, et qui fait taire les envieux. D'un autre côté, je crains de me complaire dans ce désintéressement, de m'en faire une pratique, et d'avoir même une mauvaise honte là-dessus. C'est ce qui me fait douter, si je dois parler ou non à un ministre pour un pauvre neveu *, qui me
i. «On veut bien se laisser mener au cours de la Providence, comme un homme qui se laisserait porter par le courant d'un fleuve » (Instructions, XXII, t. VI, p. 122, g).
2. Peut-être celui dont Mme Guyon a déjà parle (Lettre XV, p. 5a et n. 1). . ^
M" GUYON A FENELON 331
prie instamment de le recommander. Que ferai-je? Mandez-moi sans façon ce que vous en pensez.
Je n'ai pas manqué de m'unir à vous à la messe dans ces saints temps1. Comment va votre santé? Je suis à vous, Madame, en Notre-Seigneur de plus en plus et sans réserve2.
CXXXV1II. — M'"c GUYON A FENELON 3
Quelque faute que vous fassiez, il faut en porter la peine nument, sans y ajouter la moindre réflexion, ainsi que vous le pratiquez. Quoique vous parliez comme tout naturellement et sans vue actuelle de Dieu, il ne laisse pas d'être toujours le même dans votre âme, y opérant toujours également, quoiqu'inconnûment. Cet état, tout naturel en apparence, appartient à la pure foi, et ira toujours en augmentant dans la suite, sans que votre âme cesse pour cela d'être proche de Dieu.
Je ne comprends pas ce que vous appelez vue de Dieu, si ce n'est un certain je ne sais quoi dans le fond de la volonté, qui donne la vie à nos actions, et est la seule chose qui se puisse réveiller chez vous. Car je ne crois
i . Le temps de l'A vent.
a . Cf. Lettre du 26 juillet 1 689 , p . 2 2 8 et n . 2 . — Cette lettre porte dans le texte de Dutoit la date du a 5 décembre 1689. Mais cette date, inscrite en tète et entre parenthèses, a sans doute été ajoutée de la main du copiste. Je la crois quelque peu inexacte. Si Fénelon avait écrit sa lettre le jour même de Noël, il n'eut peut-être pas employé l'expression trop vague de <k ces saints temps ». On verra du reste que cette lettre a amené deux réponses, la seconde supposant même une lettre de Fénelon dans l'intervalle. Or cette seconde est datée par Mme Guyon elle-même du 36 décembre. Il semble donc qu'il faille reporter celle-ci de quelques jours en arrière.