INTRODUCTION XXIX
Fénelon et Mme Guyon.
Après tout, se disait Fénelon en réfléchissant sur Mme Guyon, je ne serais pas le premier homme d'esprit, qui se serait laissé duper par une femme: « Je suppose que c'est une folle qui m'a ébloui ou une hypocrite qui m'a trompé : le cardinal Ximénès et Grenade, auxquels je n'ai garde de me comparer, n'ont-ils pas été trompés par de fausses dévotes ? Est-ce un grand malheur que je le sois aussi ' ? » — Folle ou non, Mme Guyon a été son « amie » et il a été « l'unique2 » pour elle. Trompé ou non, il a cru en elle; sa vie intérieure a été renouvelée, son christianisme
qui ont des airs de glose, pourraient bien être des additions de Du toit lui-même, d'autres des mots restitués par lui. Il semble pourtant que Dutoit ait partout respecté son manuscrit avec une honnêteté un peu gauche. Il met entre crochets les rares mots qu'il croit devoir ajouter et signale en note les quelques conjectures de texte, où il ose se risquer. A-t-il mis des parenthèses là où tout autre aurait employé des virgules et des tirets, a-t-il confondu parenthèses et crochets, on s'estil contenté de suivre les indications de son manuscrit, c'est cette dernière hypothèse, qui est, je crois, la plus vraisemblable. Quant Dutoit écrit pour son compte personnel, il abuse aussi des parenthèses (cf. Réflexions et anecdotes du tome V, p. iv, xvm, etc.), sans doute par pieuse imitation de Mme Guyon. Mais les lettres de Fénelon qu'il publie en sont dépourvues. J'en conclus que Dutoit a reproduit fidèlement le texte qu'il avait entre les mains ; et c'est pourquoi, malgré souvent la bizarrerie de ce» parenthèses, j'ai cru plus sûr de les conserver toutes.
i. Lettre à l'abbé de Chante rac du 8 décembre (1697), t. IX, p. a64, d.