XXX11 INTRODUCTION
grandi sur les bords de la Dordogne : esprit ardent, imagination aventureuse et privée du sens de l'impossible, mêlant <îâH8 ses aspirations et dans ses projets le fantastique et le réel, celui qui écrira le Têlèmaque se grisait tout jeune de beaux rêves, qu'il poursuivait passionnément, sans les sentir inattingibles. Tout le chimérique généreux qu'il portera plus tard dans la politique, dans l'éducation ou dans la réforme sociale se retrouve déjà au début, dans sa vie religieuse. On connaît la lettre enthousiaste et folle, qu'il écrivit à a4 ans, dans une heure de vision apocalyptique: a Je pars» et peu s'en faut que je ne vole... La Grèce s'ouvre à moi, le sultan effrayé recule, déjà le Péloponèse respire en liberté, et l'église de Corinthe va refleurir. . . Je vois déjà le schisme qui tombe, l'Orient et l'Occident qui se réunissent, l'Asie qui soupire jusqu'au bord de TEuphraLe et qui voit renaître le jour après une si Jongue nuit1. » Il faut relire toute cette lettre : le passage de la réalité au rêve y est à peine saisissabïe; on sent assez que, dans l'esprit de ce jeune préire, ils ont tous deux la même vie. Cette ivresse spirituelle, légèrement atténuée dans les mots, se laisse encore deviner, dix ans après, derrière les somptuosités oratoires du sermon pour la fête de l'Epiphanie - . C'est la même piété trépidante et insatiable, avec je ne sais quel désir de foi primitive, de pastorale évangélique, d'innocente et sainte barbarie.
11 était alors, — il restera toujours, — très pieux. Dans sa Réfutation du système du P. Malebr anche, il
i. Lettre il» t} rvtohïc (167G) au duc de Beauvillicr (?), t. VII, n, Agi, d- (g», g*