‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 47 sur 294 · INTRODUCTION XLV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLV

Privés le plus souvent de la douceur de se voir et de s'entendre, ils se retrouvaient et se touchaient en Dieu, leur centre commun l ; ils charmaient les longues absences, en fredonnant les chansons qu'ils avaient rimées l'un pour l'autre : Ils chantaient « le tout de Dieu et le rien de l'homme » sur l'air : La jeune Iris me fait aimer ses chaînes 2, ou « le bonheur de la souffrance pure » sur l'air: Ah ! ma chère maîtresse 3, ou encore « la rigueur des épreuves intérieures » sur l'air : Hélas ! Brunette, mes amours*. Divertissements un peu puérils en leur simplicité, mais qui amusaient leurs sens, et faisaient en eux la place libre pour Dieu. Quand ils parvenaient à se joindre en quelque rendez-vous secret, ils avaient tôt fait de se confier l'un à l'autre leurs expériences et leurs misères intérieures ou <J eclaircir les quelques points obscurs des dernières lettres échangées. Ce qu'ils désiraient c'était « se taire ensemble 5 » dans la joie et dans la paix 6 : « Sans se parler ils prenaient plaisir à être ensemble, à se voir, à sentir qu'ils étaient l'un auprès de l'autre, à se reposer dans le goût d'une douce et pure amitié. Ils se taisaient, mais, dans ce silence ils s'entendaient ; ils savaient qu'ils étaient d'accord en tout et que leurs deux cœurs n'en faisaient qu'un : l'un se versait sans «esse dans l'autre 7. » Parfois ces « communications en

i. Fénelon à Mme Guyon, Lettre du 6 mai 1689, p. i3o-i.

2. Poésies et cantiques spirituels de Mme Guyon, édit. cit., t. I, p. 3-3.

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