INTRODUCTION XLVII
mon attachement froid et sec pour vous1. » C'était une amitié toute nue.
« Leur union allait toujours croissant*.» Si cachée que Fénelon voulût la tenir dans une cour médisante et prompte à se scandaliser, elle était pourtant connue et bénie dans un petit groupe d'amis ou plutôt d'initiés. Sans parler de Mme de Maintenon, et des filles de Saint-Cyr, qui s'enthousiasmaient follement pour la dévotion guyonienne3, les Charost, les Beauviilier, les Chevreuse, les Mortemart, les Morstein se serraient autour des deux amis en une sainte et aristocratique milice, qui travaillait à l'avènement du règne de Dieu avec des allures de conspirateurs. La plupart de ces pieuses femmes vivaient à Paris et ne venaient guère à Versailles, dit Saint-Simon, « qu'en cachette, et pour des instants, lorsque, pendant les voyages de Marly, où Mgr le duc de Bourgogne n'allait pas encore, ni par conséquent son gouverneur, Mme Guyon faisait des échappées de Paris chez ce dernier, et y faisait des instructions à ces dames : la comtesse de Guiche, fille aînée de M. de Noailles, qui passait sa vie à la cour, se dérobait tant qu'elle pouvait, pour profiter de cette manne. L'Echelle et du Puy, gentilshommes de la manche de Mgr le duc de Bourgogne, y étaient aussi admis ; et tout cela se passait avec un secret et un mystère, qui donnait un nouveau sel à ces faveurs 4 ». Ce petit troupeau choisi ne faisait plus
i. ld., Lettre du 18 juillet 1689, p. 218.