INTRODUCTION XL1X
promesses ne laissait Fénelon troublé ou défiant. De plus en plus, il goûtait la paix dans cette « persuasion du dessein de Dieu sur lui par elle ! ». L'homme d'esprit oubliait toute sa sagesse et sa raison 2, pour prendre la tête de ce complot mystique, ridicule d'innocence enfantine et touchant de foi candide ; car Mme Guyon avait organisé son armée, et l'y avait placé à la tête. Les enfants du Petit-Maître, qui devaient lui conquérir le monde, formaient l'ordre des Michelins, dont elle-même avait tracé les règles 3 et distribué les charges. L'ordre comprenait un général, deux assistants, un secrétaire, un aumônier, un maître des novices, un geôlier, un portefaix, une bouquetière, une portière, une sacristine, une intendante des récréations et d'autres officiers et « officières » de moindre importance4. Fénelon avait été nommé général des Michelins. C'était lui qui, avec la sainte et le P. Lacombe devait écraser la tête de Bara3, et établir le règne de l'oraison. Un autre, un enfant devait les y aider. La sainte l'avait autrefois prédit 6. L'enfant parut : c'était le duc de Bourgogne. Sa reconnaissance et son dévouement, chaque jour plus tendres, pour son précepteur, sa piété enflammée et son ardeur soumise le désignaient visiblement comme l'enfant annoncé par la prophétie. « Dieu a des desseins sur
i. Fénelon à Mme Guyon, Lettre du Vendredi saint 1G89, p. 11 5.