‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 80 sur 294 · INTRODUCTION LXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXXV

pour « se laisser posséder, agir et mourir par Dieu !.» Dans la théorie, ce christianisme ne laisse pas d'être effrayant : on n'y parle que de perte, de destruction, « d'anéantissement de tout soi-même 2 ». Mais, dans la pratique, cette doctrine de mort devient une doctrine de «non-résistance3 », et par suite de liberté: 11 faut être « souple sous la main de l'amour4 », c'est-à-dire se laisser faire par les choses, accepter ce qu'on a et ce qu'on est, chercher une perfection sans raideur, qui sache prendre toute forme et « se faire tout à tous pour les gagner tous6 ». Il faut supporter patiemment ses défauts 6 et ne pas se troubler de ce qu'il peut y avoir d'involontaire en eux7, ne pas se laisser rétrécir par les scrupules et la crainte, mais se livrer tout entier à l'amour qui élargit 8 ; vivre au jour la journée 9 dans la gaîté 10 et dans la sainte liberté des enfants de

i. Mme Guyon à Fénelon, Lettre du 7 mai 1689, p. i3a.

2. Fénelon, Manuel de piété, t. VI, p. 54, g\ cf. encore Instructions, XX.II, t. VI, p. 123, d: « Il (Dieu) est insatiable de mort, de perte, de renoncement » ; Poésies, n° X, p. 35a : « Je ne vois qu'horreur, perte, naufrage. »

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