LXXIV INTRODUCTION
ou moins inconsciemment la personne même de Jésus- Christ s'efface1, le besoin de ses sacrements diminue, et l'âme s'enfonce en Dieu sans passer par lui :' « Il me semble, écrivait Mme Guyori à Fénelon, que la Sainte Communion n'ajoute rien à ce que je possède*.» Vertus, sacrements, Christ, religion ce ne sont à l'âme que des moyens, qu'elle* doit savoir « outrepasser » pour « ne trouver que Dieu seul » et s'y reposer : « Quand tout usage de la religion lui serait interdit, elle ne trouverait pas qu'il lui manquât rien 3. » C'est « la vraie et pure adoration en esprit et en vérité4», celle qui s'établit sur la ruine de tout désir propre, sur « linvolonté » parfaite 5, sur « la cessation de toutes choses 6 ». Qu'est-ce que Y Évangile éternel ? demandait Fénelon à Mme Guy on. « Cet Evangile, lui répondait-elle, n'est autre que la volonté de Dieu 7 » : Pour le suivre, il faut vouloir tout et ne vouloir rien 8 ; il faut laisser tout tomber* et se perdre soi-même10
i . Bossuet le lui a formellement reproché : « Je voulais selon votre pensée que le contemplatif quittât tout culte de Jésus-Christ » (Lettre de Fénelon à Bossuet du 9 février 1697, *• ^» P- I2*V </)• Fénelon avait pourtant pris ses précautions dans la lettre du 10 mars 1696 à la sœur Charlotte de Saint-Cyprien (t. VIII, p. 449, d) : « Une voie, où l'on n'aurait plus rien pour Jésus-Christ, serait non seulement suspecte, mais encore évidemment fausse et pernicieuse, etc. » Mais s'il se défend, c'est qu'il sent qu'il en a besoin ; cf. encore Lettre à Mme de Maintenon de septembre 1696, t.- IX, p. 101, g.