Fénelon ù Mme Guyon, Lettre du 10 octobre 1689, P
INTRODUCTION LXXVIl
déjà la douceur autoritaire, la vertu de réconfort et le charme berceur qu'il aura désormais dans les siennes ! : il atténuera quelques excentricités verbales, supprimera les formules trop ésotériques, clarifiera et allégera les lourds développements confus, mettra sur toutes ces idées sa flamme, son esprit, sa grâce, sa puissance de séduction, mais il ne dira presque rien que n'ait déjà dit son amie.
Si Ton veut sentir dans toute sa force ce ce guyonisme» de Fénelon, on lira lés lettres de direction, qu'il a écrites dans les heureuses années, où il était en « union fixe » et « toujours croissante 2 » avec Mme Guy on. Dirigé, il est aussi directeur, et directeur désiré, écouté, choyé. C'est le moment, où toute la famille Colbert se confie à lui, où Mme de Maintenon lui remet en mains la conduite de sa vie intérieure, et où, derrière elle, tout Saint-Cyr le prend d'enthousiasme comme maître spirituel. C'est le moment du reste, où Mme Guyon, relâchée sur la demande de Mme de Maintenon elle-même, ne garde plus de la persécution antérieure qu'une auréole et un attrait déplus. Reçue comme un oracle chez les duchesses de Charost, de Beauvillier, de Chevreuse, de Mortemart, elle s'installe presque officiellement à Saint-Cyr avec l'autorisation tacite de Mme de Maintenon, conquise elle aussi : « Presque toute la maison devint quiétiste sans le savoir, raconte une dame de Saint-Louis3 : on ne parlait plus que
i. Cf. en particulier, Lettre XVI, p. 52-55.
2. Fénelon à Mme Guyon, Lettre du Vendredi saint 1689, p. 11 4.
3. La mère Du Pérou, témoin oculaire (Mémoires de ce qui s'est passé de plus remarquable depuis l'établissement de la maison de Saint-Cyr, t. I, chap. xix, Ce qui s'est passé icy sur le quiélisme, p. i34. — Le manuscrit de ces Mémoires encore inédits est conservé à la Bibliothèque