INTRODUCTION LXX IX
générale présentée dans les sermons, et l'adaptaient aux besoins de chacun.
De toutes ces lettres à Mme de Maintenon , à Mme de La Maisonfort, et à ses autres dirigées (Mme de Maintenon avait pu à elle seule en former quatre volumes !), la meilleure édition de la Correspondance n'en contient qu'un très petit nombre. Mais, comme je l'ai montré ailleurs2, on peut retrouver les plus importantes d'entre elles dans deux recueils composites, qui groupent sous des titres arbitraires des fragments, lettres et opuscules spirituels de Fénelon : C'est le Manuel de Piélé et les Instructions et avis sur divers points de la morale et de la perfection chrétiennes. La plupart des chapitres de ces recueils sont des lettres à Mme de Maintenon ou à des personnes de « la petite église ». Ce sont ses premières lettres de direction après l'entrée de Mme Guyon dans sa vie, ses lettres les plus sincères, les plus ardentes, les plus complaisamment développées. N'ayant alors pas encore fait la dure épreuve de l'inquisition, et portant dans ses exhortations l'âme imprécautionnée d'un néophyte, il laisse échapper ses rêves mystiques dans toute leur force première, qui est très belle. Le disciple de Mme Guyon s'y retrouve tout entier : c'est la thérapeutique spirituelle de sa directrice, avec quelque chose peut-être de plus viril, de plus passionné, de plus dominateur. Mais, si l'allure de la pensée est plus rapide, la pensée même reste identique dans son fond, et plu-
i. Fénelon, Explication de quelques expressions tirées des lettres de Fénelon à Mme de Maintenon, t. VIII, p. 5oi, g et 5o3, g.
2. La Correspondance spirituelle de Fénelon avec Mme de Maintenon {Revue ^histoire littéraire de la France, janvier-mars 1906, t. XIII, p. 5i-72).