Fénelon à Mme Guyon, Lettre du 12 juin 1689, p
G. Cf. principalement la correspondance avec « Fanfan » et Mme de Ghcvry, et en particulier les lettres du 1 G janvier 1 7 13 et 22 décembre 171/i, t. VII, p. 45o et 488, d.
INTRODUCTION LXXXVil
comme il aurait été à M. Chirac. La confiance pourtant était ici plus méritoire, car cette empirique n'avait d'autre autorité que son succès. Elle était en médecine intérieure ce qu'un rebouteur.est à un chirurgien. De là chez le malade, dans les premiers temps, les rebellions de son amour-propre et de sa prudence, les doutes instinctifs qui traversaient sa foi. Mais, quand l'expérience lui eut montré l'excellence du remède, la foi devint absolue ; et il s'abandonna désormais sans révolte à la domination de son médecin. Heureux de pouvoir lui dire tout, pour lui faire tout guérir, il perdit très vite auprès d'elle ses habitudes impérieuses de direction ; et, après avoir essayé un instant de l'entraîner avec lui, il se laissa entraîner par elle1.
Elle le menait à la sainteté, à cette sainteté, dont il avait toujours été si follement épris, et où son âme aristocratique aurait aimé se réfugier loin « du commun des chrétiens2 ». Elle le menait à ces régions mystérieuses de Dieu, où sa pieuse curiosité l'attirait, et où sa foi aventureuse était prête à s'engager derrière la plus ignorante bergère 3. Bien longtemps après sa première rencontre avec Mme Guyon, alors que la fin lamentable de ce roman mystique aurait dû lui restituer toute sa « sagesse humaine », huit jours à peine avant sa mort, n'écrivait-il pas à une femme inconnue, « qui ne le connaissait point », — « sur les lettres de gens inconnus » aussi, qui la lui avaient signalée comme une privilégiée de la grâce, — ne lui
i . Comparez le ton encore autoritaire des premières lettres et le ton soumis des autres.