Fénelon à Mme Guyon, Lettre du 26 juillet 1689, p
XG INTRODUCTION
est le plus méprisable, pour ne trouver son secours qu'en Dieu seul * ». Lui, dont le cœur, naturellement sociable, goûtait si délicieusement la douceur des amitiés, il en venait à trouver toutes les conversations inutiles, tous les amis importuns2, et à se complaire dans une solitude, que remplissait le seul « ami fidèle », « l'ami qui ne meurt point3 ». Lui, qui avait l'intelligence si ferme et si vive, qui aimait la raison et ses triomphes4, il mettait désormais toute sa souplesse et son ingéniosité à se façonner une âme de petit enfant, à « faire jeûner son esprit 5 », à perdre sa raison dans l'obscur de la foi, et à se délaisser comme une chose morte dans la main immense de Dieu 6. Il lui arrivait, « quand il était seul, de jouer quelquefois comme un petit enfant, ...de sauter et de rire comme un fou dans sa chambre7 » ou de « s'amuser à des riens » avec des bébés 8 ? Il chantait :
Je suis sous mon Petit-Maître De docteur devenu Fanchon 9
Comme au maillot je suis en grâce Sans honte, sans crainte et sans lof.
i. Lettres spirituelles, t. VIII, p. 53 i, ci.