‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 97 sur 294 · INTRODUCTION XCI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XCI

A peine je bégaie,

Je ne sais pas mon nom,

Je pleure, je ris, je m'égaie,

Je ne crains que maman téton !.

Il faudrait une excessive ingénuité, pour prendre au sérieux ces enfantillages mystiques et le cri de ralliement : Heureux les fous * ! Il serait plus qu'injuste d'abuser de quelques couplets de gascon, pour vouloir décréditer un très grand esprit. Quand « le iils bien-aimé » de Mme Guyon se laissait emmaillotter comme un enfant pleurant et bégayant dans les bras de sa nourrice spirituelle, il demeurait pour le public l'heureux, l'habile et le séduisant abbé, homme d'esprit, diplomate presque roué, courtisan merveilleux. S'il avait voulu vivre dans la vie réelle sa « folie » d'amour divin, s'il avait étalé devant tous « l'imbécillité » enfantine de sa foi 3, il aurait donné au monde un spectacle plus scandalisant encore que les « abêtissements » de Pascal. L'admirable souplesse de son tempérament méridional et la casuistique maternelle de Mme Guyon lui épargnèrent ce scandale et lui laissèrent assez belles les apparences humaines. Toutes les ruines intérieures, sur lesquelles fleurissaient la simplicité et la « sainte enfance » de son âme régénérée, restaient invisibles au monde. Non seulement « l'extérieur n'était point renversé » chez lui 4, mais Dieu voulait encore qu'il fût éminent parmi les hommes et qu'il les gouvernât pour sa gloire. On peut sourire

i. Poésies, n° XII, p. 35C.

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