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Fénelon orateur

Je viens, après tant d'autres, parler de Fénelon. Tout a été dit, ce semble, sur ce pur et aimable génie qui, par une rare fortune, a rencontré dans la postérité une admiration et une sympathie égales à son mérite. Et, cependant on se sent encouragé à révéler de nouveau les qualités de cette âme exquise, à étudier les œuvres laissées par ce puissant esprit pour la consolation et l'enseignement des générations, à se réchauffer aux flammes de son cœur. Fénelon est, en effet, du petit nombre de ces hommes vraiment grands et vraiment bienfaisants que l'on ne peut fréquenter sans devenir meilleur, et qu'on ne se lassera d'aimer que lorsque la source des nobles sentiments sera tarie dans l'humanité. Tout le monde en parle comme d'un ami commun. Libres-penseurs et croyants lui rendent les mêmes hommages. Rousseau lui a consacré des lignes pleines d'émotion ; Voltaire n'a pas osé ternir cette belle renommée. Les écrivains

les moins orthodoxes déclarent , dans ce siècle même où l'on s'est si facilement désaccoutumé du respect, que Fénelon « tiendra toujours une des plus belles places parmi les vrais saints de l'humanité régénérée,» et c'est Pierre Leroux qui a dit que l'archevêque de Cambrai « demeurera comme un type de grâce, de douceur, de pureté, de grandeur idéale et de charité divine et humaine. » Nul n'a été pkis loin dans l'enthousiasme vis-à-vis de cette grande figure que M. de Lamartine, et nous aimons à placer en tête de cette étude les paroles du poëte-écrivain : « De tous les grands hommes de ce grand siècle de Louis XIV, aucun n'a laissé une mission si douce à regarder ; il y a de la tendresse dans l'accent de tout homme qui parle de cet homme. Sa poésie enchante notre enfance, sa religion respire la douceur de l'agneau, symbole

du Christ Il a appliqué dans sa pensée l'Évangile

à la société, il a voulu le règne de Dieu sur la terre ; il a enseigné aux rois les droits sacrés de Thomme en enseignant aux peuples les devoirs du citoyen , Il a eu soif de l'égalité chrétienne, de la liberté réglée, de la justice, de ^la morale, de la charité dans les rapports des gouvernants avec les peuples, des peuples avec les gouvernants... ; il a versé son âme dans l'âme de deux siècles... La France a eu des génies plus mâles, elle n'en a eu aucun d'aussi tendre. Quand on prononce son nom ou quand on ouvre son livre, chacun croit voir sa figure ; on croit entendre la

voix d'un ami. Y a-t-il une gloire qui surpasse en élévation et en solidité tant d'amour... Quelques hommes ont fait craindre ou briller davantage la France ; aucun ne la fit plus aimer des nations. »

En moins de paroles, De Maistre, qui burinait à la façon de Michel-Ange, avait dit :

« Veut-on dessiner la grandeur idéale? Qu'on essaie d'imaginer quelque chose qui surpasse Fénelon, on n'y réussira pas. »

Il faudrait des volumes si l'on voulait recueillir les témoignages d'admiration et de sympathie que les littérateurs, les philosophes, les moralistes, les critiques, les historiens ont donnés, comme à l'envie, à ce grand et aimable génie. Tous ces témoignages n'ajouteraient rien cà la splendeur de son nom et à la douceur de sa renommée.

D'ailleurs, dans cette thèse, je n'ai pas la prétention d'entreprendre l'étude de Fénelon, moins encore, celle de refaire, après l'illustre cardinal de Beausset, l'histoire de sa vie. Mon dessein est plus modeste. Les travaux entrepris dans ces deux derniers siècles ont mis suffisamment en lumière, dans Fénelon, le littérateur, le philosophe, le politique, le saint prélat. Peut-être n'a-t-on pas assez étudié en lui l'orateur. J'ai pensé qu'il y avait du moins quelque chose à dire sur ce point, et j'ai essayé d'ajouter par là mon humble voix au concert de louanges et de bénédictions qui entourent son souvenir.

Je me suis donc appliqué uniquement au côté oratoire de son œuvre et à le montrer comme un des grands précepteurs et un des plus illustres représentants de la chaire française.

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