BOSSU ET ET FLXELON
rance et de confiance en Dieu ne doit jamais disparaître d'une âme chrétienne; mais n'avait-il pas aussi raison, sinon au point de vue de la pratique vulgaire, au moins au point de vue de la perfection chrétienne, de soutenir que si l'espérance du salut est implicitement contenue dans l'amour de Dieu, elle ne doit j)as en être le motif; qu'il ne faut pas aimer Dieu pour notre salut propre ni pour les biens même spirituels que nous en pouvons attendre? mais il faut croire au salut, par cela seul que l'on ainje Dieu.
Fénelon n'était donc pas absolument chimérique dans cette controverse. Il représentait les intérêts de la partie la plus haute et la plus pure de l'âme, ne fût-ce qu'à titre d'idéal, inaccessible sans doute pour nous , mais dont il nous faut approcher le plus possible. La doctrine de l'amour pur représente un point de vue essentiel en théologie et en morale. Cette doctrine j)eut sans doute être exagérée — et Fénelon a pu tomber dans l'excès puisque ses Maximes ont été condamnées, — mais elle n'était pas mauvaise en elle-même, puisque les apologies qu'il en fit })Ius tard dans sa controverse avec Bossuet ne le furent pas.
En résumé , dans cette question comme dans toutes, Fénelon se montre à nous soumis à la fois aux principes de la tradition, avec tendance à l'indépendance et à l'individualité. Le commun ne lui sufiit en rien. Il veut toujours quelque autre chose. 11 n'a pas le goût de la révolte, mais il a celui de la liberté.
Il n'aime pas à penser comme tout le monde; et il cherche toujours le fin du fin. Pour conserver une Eglise, un Bossuet est nécessaire plus qu'un Fénelon; mais sans Fénelon une beauté aurait manqué à l'Église.