‹ FénelonChapitre 12 sur 27 · Lcllrc <le l'abbé Bossuct, 17 mars · texte numérisé non relu

Lcllrc <le l'abbé Bossuct, 17 mars

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de Fénelon, Phelippeaux et l'abbé Bossuet, Bossuet lui-même ne se montrèrent pas satisfaits de cette soumission et ce dernier y trouvait « beaucoup d'ambiguïté et de faste ». Au lieu de reconnaître ses erreurs, on l'accusait de n'avoir parlé que de son humiliation et de sa docilité. Mais bientôt l'approbation universelle les força à changer de ton : « Malgré les défauts du mandement de M. de Gambray, je crois que l'on doit s'en contenter parce qu'après tout l'essentiel y est, et que l'obéissance y est pompeusement étalée ».

On se demande si la soumission de Fénelon était aussi réelle intérieurement qu'extérieurement, si un homme peut véritablement se dépouiller de sa pensée et de sa croyance, en un mot de ce qui lui paraît évident. Par exemple, dans l'espèce, Fénelon pouvait-il renoncer à croire que tous les grands mystiques avaient parlé à peu près comme lui ; pouvait-il leur donner tort et par là supprimer en quelque sorte toute mysticité dans l'Eglise, ou bien leur donner raison sans contredire dans son cœur son apparente rétractation? Fénelon lui-même a répondu à cette objection * : sans doute il n'avait fait que reproduire lui-même ce qu'il avait trouvé dans tous les livres de haute mysticité; mais autre chose est l'emploi de quelques expressions imprudentes, fait par mégarde dans des livres de piété, dont les auteurs ne sont pas théologiens, et qui, entraînés par le sentiment, ne

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pouvaient j)as mesurer et peser toutes leurs paroles ; — autre chose un livre dogmatique, comme les Maximes des Saints, écrit par un archevêque et sur un sujet controversé avec la prétention de faire la part exacte du vrai et du faux. Si Rome voulait corriger toutes les incorrections théologiques des livres les plus pieux, elle passerait tout son temps en condamnations, la piété n'étant pas la théologie. Elle n'intervient que lorsque les expressions dont on parle prennent une valeur doctrinale et deviennent en quelque sorte dogmes. Fénelon pouvait donc reconnaître, sans manquer à la vérité, qu'il avait pu pécher en prenant trop à la lettre ce qui, dans les mystiques, n'était qu'excès de parole.

Cette distinction est si légitime, qu'il l'avait faite en quelque sorte lui-même avant la condamnation. Déjà, dans la controverse qui avait suivi le livre des Maximes, Fénelon avait corrigé, adouci, mitigé, expliqué dans un sens plus correct les passages qu'on lui reprochait et qui pouvaient paraître équivoques , et il l'avait fait avec tant de soin que la cour de Rome, après avoir condamné les Maximes, n'a pas condamné les écrits apologétiques qui avaient suivi les Maximes; et par conséquent, dans la controverse de Rossuet et de Fénelon, elle n'a approuvé ni désapprouvé ni l'un ni l'autre. Malgré les instances de Rossuet pour faire condamner les écrits apologétiques *, ces écrits restè-

1. C'est là, je crois, ce qui permet d'expliquer certains passages des lettres de Fénelon, qui paraissent en contradiction

rent donc autorisés et ils expriment un des côtés de la vérité, dont Bossuet a vu l'autre avec précision et fermeté, mais aussi avec une certaine étroitesse.

Dans sa belle Histoire de la Littérature française^ M. Nisard paraît mettre tous les torts du côté de Fénelon, et attribuer toute raison à Bossuet. Celui-ci représenterait ce que l'illustre critique aime pardessus tout, le sens commun et l'amour de la règle. Fénelon au contraire ne représente que le sens propre et l'esprit de chimère. C'est peut-être résoudre trop facilement une question des plus délicates. Même théologiquement, on a vu que la question n'était pas si simple, puisqu'elle avait demandé

avec la soumission absolue dont il avait fait preuve au moment de la condamnation. Par exemple, dans une lettre à Chanterac, il écrit : « Rien n'est véritablement décidé sur le fond de la doctrine ». Dans une autre lettre au P. Le Tellier, nous trouvons ce passag-e singulier : « On a toléré et laissé triompher l'indig-ne doctrine qui dégrade la charité, en la réduisant au seul motif de l'espérance. Celui qui errait a prévalu; celui qui était exempt d'erreur a été écarté. Dieu soit béni! » N'est-ce pas là une protestation contre la condamnation de son livre? Non, car il ajoute : « Je compte pour rien mon Hure, que j'ai sacrifié auec joie et docilité ». Il veut donc dire simplement que si son livre a mérité la condamnation par quelques excès de paroles, le fond de sa doctrine n'a pas été condamné; et cependant c'est ce que croient « le Roi et la plupart des gens ». C'est pourquoi, dans l'opinion, c'est « celui qui errait qui a prévalu ». Fénelon pense donc que l'on a fait porter au décret du pape des conséquences qu'il ne contenait pas. Si Fénelon était seul de cet avis, nous pourrions le suspecter, mais il est permis de dire que des théologiens autorisés, tels que le cardinal de Bausset et l'auteur de l'excellente Analyse de la controverse du quiétismCf

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deux ans d'examen, que les premiers juges s'étaient partagés par moitié, que le pape avait reculé longtemps devant la censure; qu'il fallul, pour en finir, une intervention directe de Louis XIV, qui n'avait rien de théologique; enfin que le pape s'était refusé absolument à employer le terme dWiérésie. Mais laissons la théologie, prenons la chose en elle-même et au point de vue philosophique. Sur quoi reposait le débat? Quel était le point précis de la difficulté? Personne n'imputait à Fénelon les erreurs grossières de Molinos, et en particulier cette doctrine révoltante que, dans l'état de sainteté, il se fait une telle séparation de l'âme et du corps, que tout ce qui se passe dans le corps est étranger à l'ame et qu'il peut commettre les actions les plus criminelles sans

dans les Œni'rcs de Fénelon, ne croient pas que la doctrine de l'amour pur ait été condamnée à Rome. (Voir Vie de Fénelon par Baussct, t. II, n. xiv, p. 387, et Œin^rcs, t. lY, p. CLXxxi.) C'est ce que Fénelon lui-même disait à Ramsay : « L'Eglise n'a point condamné le pur amour en condamnant mon livre ; cette doctrine est enseignée dans toutes les écoles catholiques ; mais les termes dont je m'étais servi n'étaient pas propres dans un ouvrage dogmatique ». (Ramsay, p. 155.) C'est là ce qui explique aussi le Mémoire pour être remis au Pape après ma mort^ dont parle le cardinal de Baussct {Histoire de Fénelon, t. II, n. xiv, p. 383), et dont il cite quelques passages. Fénelon y développait la théorie de l'amour pur, tout en continuant à se soumettre à la condamnation papale. Enfin, l'Eglise de France, dans sou ensemble, n'a pas cru que l'amour pur était condamné ipso fado par la condamnation des Maximes, puisque, sur seize assemblées métropolitaines, huit seulement, c'est-à-dire la moitié, demandèrent la suppression des livres apologétiques: les huit autres croyai'-nt donc que la doctrine de ces livres n'avait pas été condamnée. (Baiisscl, t. II, p. 2'Jl.)

qu'il en soit responsable. On ne pouvait pas même imputer à Fénelon le quiétisme mitigé de Mme Guyon qui repoussait les doctrines de Molinos sur l'irresponsabilité de l'âme dans les désordres du corps, mais qui tendait à proscrire toute piété positive, à savoir les prières vocales, la vue distincte des mystères, les actes séparés d'amour, de foi et d'espérance et l'examen réfléchi de soi-même. Fénelon répudiait toutes ces exagérations qu'il avait condamnées avec ses collègues des conférences d'Issy ^ Avec lui, la question se concentrait sur l'amour de Dieu. C'est ici qu'il nous semble que les deux adversaires n'avaient ni absolument tort, ni absolument raison. Sans doute, au point de vue pratique, au point de vue de la réalité commune, Bossuet avait raison de ne pas vouloir affaiblir dans l'homme le désir du salut, qui est la plus forte attache qui retienne les hommes dans la religion. Psychologiquement aussi, il avait droit de dire que c'est une chittijère de vouloir détruire dans l'homme toute espèce d'amour-propre et de désir du bonheur. Il croyait donc retrouver dans Fénelon la doctrine quiétiste de l'indifférence au salut, doctrine dangereuse qui enlèverait à l'homme tout ressort personnel et tout effort de vertu. Fénelon en effet avait eu le tort de prendre trop à la lettre le principe mystique de l'indifférence au salut, et il avait été obligé de convenir, dans ses explications apologétiques, que l'acte d'espé-

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