‹ FénelonChapitre 25 sur 27 · Mémoires, t. XI, p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. XI, p

En littérature, il a dépassé Boileau; en théologie et en philosophie, Bossuet; en politique, Richelieu et Louis XIV. Il est pour l'instruction des femmes, pour les tentatives nouvelles en littérature, pour le doute méthodique de Descartes, et pour la souveraineté nationale : en théologie et en philosophie il va jusqu'au surfin et au sublime. Il a osé dire aux rois les vérités les plus fortes ; et en particulier il a écrit au Roi de France la lettre la plus extraordinaire qu'on ait jamais vue : cette fois cependant il a manqué à son vrai génie en remplaçant la mesure et la délicatesse par la violence et par une dureté inopportune; cette fois, mais cette fois seulement, le libéral est allé jusqu'au révolutionnaire.

Gomme homme, il est permis de dire que Fénelon a été un personnage des plus compliqués. Il a été aimé et respecté par les plus grands de son temps; il a été aussi combattu par les plus grands. Mme de Maintenon disait : « Je ne connais rien de franc comme M. de Cambrai ». Et Bossuet l'accusait de duplicité et d'hypocrisie : rabattons de ce jugement tout ce qui vient de la colère du combat; il reste de la souplesse et de la finesse plus que n'en devrait avoir un saint ou un ange. Fénelon n'est ni un ange, ni un saint. Il a été homme; il a été ambitieux; c'était son droit; il s'est défendu avec fierté, avec témérité et aussi avec habileté, quelquefois peut-être avec ruse. Mais tout cela est couvert par la grandeur de son exil et par sa noble existence d'archevêque. Le grand et le noble, voilà ce qui

FENELON A CAMBRAI. 199

domine dans sa vie. La légende fénelonienne est, au fond, vraie comme toutes les légendes : il reste le personnage le plus séduisant et le j)lus enchanteur du XVII*' siècle : effacer et faire disparaître ce coté du Fénelon classique au profit d'un Fénelon de convention dont Saint-Simon aurait fourni les principaux traits, serait une injustice. Quand on juge les grands hommes, il faut, pour n'être pas dupe, faire quelque part à la malignité; mais ce serait une triste philosophie, comme le disait Rousseau, que celle qui nous forcerait a d'avilir Socrate et de calomnier Ré gui us ».

Page 1