JOSUÉ ET FERNAND
Moi !... Moi !...
(lis 60 hourtent.)
JOSUÉ, à Fernand.
J’ai parlé avant vous.
n FLORESTINE.
Je ne fprai pas de jaloux... monsieur Josué va souffler le feu du réchaud et monsieur Fernand m’apportera mes fers!
JOSUÉ
Je préférerais être condamné aux fers à perpétuité.
FERNAND
Permettez-moi de vous flanquer ce soufflet 1 JOSUÉ.
Un soufflet!... à moi !... (Le prenant.) C’est juste ! le soufflet est reçu !
FLORESTINE
A la besogne ! En avant, marche!
JOSUÉ, soufflant.
Et quand saint Éloi forgeait Son tîls Oculi soufflait.
FLORESTINE
Un fer, s’il vous plaît?
FERNAND
Voilà ! (Il le lui donne.) (Bas.) Est-ce que vous n’allez pas envoyer promener cet imbécile?
FLORESTINE, do même.
Pourquoi ? n’est-il pas mon voisin, comme vous ?
FERNAND, de même.
Mais il m'empêche de vous dire que je vous aime, que je vous adore, que je suis fou de vous. Il m’empêche de...
(il veut l'embrasser.)
FLORESTINE
Il n’a pas trop Pair de vous gêner cependant.
JOSUÉ
Hé ! dites donc ! je suis là, moi !
FERNAND
Vous ne soufflez pas ! Soufflez, mon bon !
JOSUÉ
Quoi ! il faut... tandis que lui..,
FLORESTINE
Soufflez !... soufflez !...
JOSUÉ
Dites le mot, Mademoiselle, vous le préférez ! — Je vais me gonfler avec cet instrument à vent, à l’instar de la grenouille dans son duel avec un vieux bœuf Liébig.
Arrêtez !...
JOSUÉ
Je me pousse du vent, je veux dégoter les gonfleurs rostats et je ne me raterai pas.
d’aé-
FERNÀND.
Moi, je me charge de l'enlèvement du ballon !
JOSUÉ
Lâchez tout ! (Fernand lui donne un coup de pied.) VOUS avez cassé la ficelle !
FLORESTINE, au milieu.
Voyons, Messieurs, je n’ai de préférence pour personne... Je ne" veux pas que vous croyiez à de la coquetterie. Si je vous reçois, c’est pour me" distraire. Je ne connais personne, je suis toute seule sur la terre.
JOSUÉ
Comme moi, je mon oncle.
vis seul avec un serin qui m’appelle
FLORESTINE
Ma pauvre mère est morte en me mettant au monde.
JOSUÉ
Moi, on m’avait dit que c’était papa qui était mort en mo mettant au... mais il paraît qu’on s’était blousé !...
FLORESTINE
Je m’ennuyais de ne pas savoir écrire. Dam !... Quand on est blanchisseuse de fin et qu’on est obligée d’avouer son ignorance à toutes ses pratiques, c’est bien désagréable. Je voyais, d’ici, monsieur Josué peindre de grandes lettres... j’acceptai un jour les propositions qu’il me fit de me montrer à écrire. En tout bien tout honneur. Tout à coup, v’ian !... Monsieur part pour Longjumeau... Gomme je ne voulais pas oublier le peu que j’avais appris...
JOSUÉ
Je crois bien, des bâtons superbes... Vos cahiers ressemblaient à des cotrets ou plutôt à une vraie boutique de cannes à dix-huit sous.
FLORESTINE
Puisqu’il n’y avait pas de mal à recevoir mon voisin de gauche, il ne pouvait y en avoir à accueillir mon voisin de droite... et voilà comment il se fait que j’ai deux maîtres d’écriture ; grâce à ce système...
CHANT
Je ferai, je le jure,
Des progrès surprenants :
Car j’ai pour l’écriture Deux professeurs charmants.
Si mes A, je le pense,
Vivent dans mes leçons En bonne intelligence Avec mes gros bâtons !
(Reprise.)
(Elle leur tend la main, quand Josué va pour la lui embrasser, elle la retire.)
Sur ce, je m’aperçois que vous me faites perdre mon temps à babiller. Je vous mets tous les deux à la porte, ou plutôt à la fenêtre.
ENSEMBLE
Déjà?...
JOSUÉ
Laissez-moi vous regarder taper votre ouvrage ! Je voudrais être petite manche, pour être tuyauté par vous.
(il s'approche de la table.)
FLORESTINE, le brûlant.
Gare ! ça brûle!..,
JOSUÉ
Aïe !...
FERNAND, bas.
Florestino, ma bonne petite Florestine, je voudrais bien vous parler.
FLORESTINE
Eh bien, parlez !
FERNAND
A vous toute seule.
JOSUÉ
Hé ! dites donc ! Je suis là!...
FLORESTINE
On verra ! Décidément, vous êtes deux mauvais ouvriers En route, mauvaise troupe !
FERNAND, à part.
Elle m’éloigne, pour le renvoyer, je reviendrai.
JOSUÉ, do même.
Elle me renvoie, pour l’éloigner, on reparaîtra.
ENSEMBLE
Partons chacun pour notre logement,
Nous reviendrons dans un autre moment ; On ne peut pas flanquer les gens, vraiment, A la porte, plus poliment.
FLORESTINE
Partez chacun pour votre logement,
Vous reviendrez dans un autre moment;
Je ne puis pas Jes renvoyer, vraiment,
De mes salons, plus poliment.
(Ln sortant, Josué onvoie un baiser à Florestine ; au même instant, il reçoit une boule de terre «pie Fernand lui jette.]