SCÈNE III
FLORESTINE, seule.
Enfin ils sont partis !... Voyez comme ce Josué abîme mon zinc, avec ses gros vilains pieds d’éléphant. (Elle forme la fenêtre.) Ce n’est pas comme monsieur Fernand. (Elle ferme 1 autre.) Ali^ chassons ces idées... et pour ne plus penser à monsieur Fernand, faisons mon devoir quotidien... d’autant plus que je ne suis pas fâchée de voir le modèle qu’il a caché là tout à l’heure. Voyons ! (Elle lit.) « Amour! » Ah ! c’est drôle 1 effet que produit ce mot-là! (Elle lit.) « Aimer! Adorer! Je t aime Florestine ! y> —Tiens ! est-ce que le jour baisse ? Ma vue se trouble! Oh! c’est que je l’aime aussi, moi!... (se levant.) Non.Je ne dois pas, je ne veux pas l’aimer !.., méchant papier! je vais te mettre en mille morceaux. (Le pliant.) Plus tard, et pour ne plus le voir, je vais le brûler! (Le mettant dans son corsage.) Là, dir moins, je ne le verrai plus !... Maintenant, pour n’y pas penser... je vais faire des bâtons, des gros pieus, d’énormes poutres, ça me fera penser à monsieur Josué. (Elle prend une plume, mais no peut pas écrire.) C’est dl’Ôle, je ne suis pas en train, ça ne ne va pas du tout.
(Elle s’efforce d’écrire.)
CHANT
Je ne veux pas tracer des A,
Mais ma main se montre rebelle,
A mon secours en vain j’appelle Mes gros bâtons... et malgré ça,
Ma pauvre plume reste là.
Je ne peux que former des A.
Ecrivez donc, chère boudeuse,
C’est vraiment fort vilain cela.
Tracez donc des bâtons, oui-dà !
Ou je vous brise, paresseuse.
Mais malgré moi je fais des A.
Mon dieu 1 (bis) pourquoi donc ça?
Et je pense, en formant des A,
Au professeur qui les traça !
Oh ! si je pouvais écrire : Je t’aime I... (Elle prend le modèle et écrit.) Mais oui, ça y ressemble!... Moi aussi, je puis écrire : Je t’aime U! Je" t’aime, quel joli mot ! (on frappe.) Quelqu’un!... (Elle cache le modèle dans sou corsage.) Entrez! Entrez!,,.
(Elle va ouvrir.)