SCÈNE UN
Jardin dans le palais d’Hermione. Au centre, un trône majestueux orné de guirlandes de violettes, est posé sur des marches couvertes de fleurs. Affriduro, Lodieux, des serviteurs sacrifictels, des habitants de l’île, tous consternés.
LE CHŒUR. — O dieux, lancez vos éclairs !
Envoyez les Euménides !
De votre demeure dans les airs Punissez le couple perfide.
AFFRIDURO. — Avez-vous fait savoir à Hermione que nous lui demandons de venir ?
LODIEUX. — C’est fait.
AFFRIDURO. — Nous ne pouvons supporter plus longtemps l’insolence de ces sœurs maléfiques. C’est Apollon lui-même qui l’ordonne.
LODIEUX. — Voici le poète de la Cour.
SCÈNE DEUX Les précédents, Distikon avec de nombreux poèmes écrits sur des rouleaux. Tous, s’écrnant. — Bienvenue, Distikon.
DISTIKON, solennel. — Que périssent ces nymphes maléfiques. Ma muse enragée aurait chevauché à mort toute la nuit le palefroi ailé de l'inspiration si Aurore n’était venue darder ses rayons sur les quarante pamphlets auxquels mon esprit créatif avait donné naissance pendant la nuit.
PLUSIEURS. — En voici d’autres.
Elles les montrent.
DISTIKON. — Je vous crois, notre île ne manque pas de poètes. Si
elle se nomme Flora, c’est parce que la déesse l’a couverte de toutes sortes de fleurs. Nous ignorons la neige sauf lorsque Zéphir répand des fleurs blanches, c’est pourquoi leur parfum éternel nous inspire et fait de nous les prêtres d’Apollon. Au point que le cordonnier lui-même fabrique ses bottes d’une seule main tandis que de l’autre il brandit la lyre dorée.
Son esprit audacieux est parent d’Apollon Même lorsque des chaussures il répare les talons.
AFFRIDURO. — Mais il est plus que temps aujourd’hui de troquer
la lyre contre le courage. Les sœurs maléfiques doivent mourir.
DisTIKON. — Mes vers leur feront mordre la poussière.
AFFRIDURO. — Il y a un an, ces deux sœurs maléfiques sont arrivées
sur notre île dans un char de nuages tiré par deux lions blancs. Nous avons cru que les dieux les envoyaient mais n’avons pas tardé à comprendre que c’est l’enfer qui les recrachait. Leur pouvoir magique leur a permis de construire en un clin d’œil un château devant lequel deux lions montent la garde et dévorent tous ceux qui s’approchent. Elles piétinent nos campagnes et tirent leurs flèches empoisonnées sur les serviteurs du temple.
Tous. — Malheur, malheur à elles !