SCÈNE
Astragal, tout de gris vêtu comme les autres Esprits chasseurs, un fusil sur l'épaule.
ASTRAGAL, avec rudesse. — Ecoutez, chasseurs bienheureux, Sachez vous contenter de peu ! L’ardeur chass’resse il faut calmer Le chamois doit se reposer.
Nos fusils ont assez tonné Dans cette pierreuse contrée.
LINARIUS, premier Esprit des Cimes. — Prince magnanime, un mot de toi, Et tous les Esprits de ces bois Se plient à ton commandement Sans hésiter un seul instant.
Aucun des présents n’oserait Poursuivre cette chasse si gaie.
Il n’y a de plus grand bonheur
Que de planer sur ces hauteurs
Et lancer le feu sur nos proies
Pour briser l’élan du chamois.
C’est du chasseur le grand bonheur, Voilà qui fait battre son cœur.
Tous. — C’est du chasseur le grand bonheur, Voilà qui fait battre son cœur.
ASTRAGAL. — Par les vagues de la mer de glace Mes vaillants compagnons de chasse Que souvent la joie vous habite !
Mais je voudrais qu’autrui profite De ce fier butin de nos monts, Et qu'il parvienne jusqu’au vallon.
Aux habitants des vieilles masures, À ceux qui manquent de nourriture Distribuez tous vos beaux chamois.
Mais faites-le sans qu’on vous voit.
LINARIUS. — Toujours si noble est ton action Et nous autres, nous empressons D'obéir à Ta Majesté Pour satisfaire Ta volonté Voltigeons autour des masures Ecoutons la joie que procure La découverte dans le corps Du chamois de la balle en or.
Les larmes émues qu’ils verseront En colliers nous assemblerons Pour orner de façon sublime Ton majestueux trône des cimes
Tous sortent.