‹ Ferdinand Rapédius de Berg. Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la révolution brabançonneChapitre 4 sur 102 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE GouvBRifBnirr poifTiPicAL.— LA coun DB Rom 901» ctMwmn xnu

Ainsi que nous l'avons déjà dit, il n^entre pas dans le cadre qne nous nous sommes tracé, de suivre M. de Berg dans tout le cours de son voyage et de donner ici une analyse complète de la relation qu'il ^i fit dans sa correspondance : nous voulons seulement initier nos lecteurs à sa pensée, leur faire connaître son caractère, sa tournure d'esprit, sa manière d'écrire; nous voukms aussi, autant que possible, montrer les influences sous lesquelles se fit son éducation morale et politique. Sous ce der<*> nier rapport surtout, les impressions qu'il subit dans la capitale du monde chrétien, et \ts jugements qu'il y porta sur les divers objets qui furent soumis à son observation, présentent le plus haut intérêt A une époque où il est permis de croire que tout ce qui émanait de Rome était un objet d'aveugle adoration pour les uns, de haine systématique pour les autres, la hardiesse de

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ses opinions est d'autant plus remarquable, que M. de Berg était loin d'appartenir à Fécole philosophique, et que cette hardiesse se justifie par l'impartialité de ses jugements et par l'élévation du point de vue auquel il sut se placer.

Les fragments qui suivent nous ont paru les plus propres à faire connaître la portée de ses observations, l'excellence de son jugement, la finesse de sa pensée. Quant à son style, on le connaît déjà par ses lettres de Paris.

c Si la fin que doit se proposer le chef de la religion chrétienne ne peut être autre que cdle que se proposait J.*C., qu'il représente sur la terre, si par conséquent ses intérêts purement spirituels n'ont aucun rapport avec ses intérêts temporels, il semble que la puissance qui réside en la personne du pape ne doive pas être considérée comme le résultat de la réunion de l'autorité spirituelle du pontife et de l'autorité temporelle du prince : car, suivant ce principe, le pouvoir du vicaire de J.-C. ne pourrait recevoir aucune augmentation par sa réunion dans la même personne avec le pouvoir du prince, et de même la puissance sécu^ Hère du prince ne pourrait tirer aucun avantage de la puissance spirituelle du vicaire. Cependant, comme les successeurs de saint Pierre n'ont pas été exempts des passions attachées à l'humanité, il est arrivé qu'ils ont abusé de l'empire que leur donnait sur l'e^it des hommes la qualité de chef de la religion, et que , pour asfurer à leur puissance séculière des fondements aussi inébranlables que ceux de la l'eligion môme, ils ont afaso* lumesit confondu et réuni les intérêts de l'Église et leurs intente particuliers, CTest ainsi qu'après avoir profité de la faiblesse des empereurs pour usurper la souv^[*aineté de Rome, loin de dit*^ tinguw le {Hrince temporel do vicaire de J.-C, ils firent céder k $aint Pierre et à t Église romaine la ville de Rome, son territoire et vingt^^ix autres villes de l'Italie, par k roi Pépin, à qui riefl de tout cela n'q>partenait.

€ Le pape Etienne II, afin d'engager Pépin à faire cette ccmquête pour l'Église romaine , lui avait envoyé une lettre dans laquelle il faisait parler saint Pierre, la Vierge et tous les saints;

Tapôtire ordonnait, soiib peine de damnation, an roi Pépin de mettre Etienne en possession de ce qn'il ncmunait le pairimnne de CÊgHse, ( L'abbé Flenri , JEKstotre eoeléstaslique. )

€ La donation, ^fraie on fausse, de la comtesse Mathilde fet encore faite à tÊgHse romaine et non pas an prince de Rome, et depuis, jusqu'à ce jour, les provinces soumises à la cour de Rome ont été nommées Êiats éé fÊ^ttsé et non pas empiré romain.

c Pàrtimt, si c'est en qualité de chef visible de l'Église que le pape exerce son autorité spirituelle, ce n'est qu'en cette même qualité qu'il peut exercer sa puissance séculière , puisque ce n'est qu'à ce titre qu'il l'a usurpée. Le souverain de Rome ne peut être lésé sans que le cbd" de l'Église le soit, et ce n'est pas à César que le peuple romain paye le tribut, c'est an représentant de la IMririnité; mais comme, malgré cette conftision des intérêts du chef de l'Église avec ceux du prince séculier, il est impossible, suivant les promesses de J.-C., que , dans le gouvern^nent purement spiritu^ de l'Église, le successeur de saint Pierre puisse avoir des int^ticms contraires à celles de son divin mattre, il s'ensuit que, pour avoir une idée juste du gouvernement papal, il faut distinguer dans le pape deux personnes et dans Rome d^x systèoies de gouvernement.

< La première personne est celle du vicaire de J.-C, ayant pour d^t unique de suivre les traces du prince des apôtres et de maint€»iir dans l'Église, dont il est le chef visible, la pureté de la foi et de la morale chrétienne ; l'autre , que je nommefai lé prmœ de Rnrne^ est l'homme du siècle, sujet aux passions et aux vices de l'humanité qui , faisant servir à sa politique le pouvoir que lui cknme sur l'esprit des honmotes sa qualité de représentant immédiat de la Divinité, et mêlant habilement les intérêts de la rdigion à ses intérêts personnels, travaille sans cesse à conserver sa puissance d'opinion et à donner ainsi à son empire sécn- Ifer les fondements les plus stables, c'est-à-dire ceux de la religion même.

« Le degré d'autorité qiie donne au piînce de Rome sa qualité de cbef suprême de la religion catholique, eA supérieur à celui

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de toutes les têtes (XHironnées. Aussi a-t-il un soin constant de ne se montrer que comme pontife, et jamais comme prince séculier : bien différait en cela des princes hérétiques et païens, qui sont comme lui chefe de leur religion, mais qui ne parlent pas le langage des p(mtifes, et qui ne menacent que de peines temporelles.

€ Si tant de pouvoir, conflé à un prince éclairé et voulant le bien, forme le meilleur de tons les gouvernements, il n'en est pas moins vrai, que ce même pouvoir étant exercé par une suite de princes peu ou point éclairés, ou s'intéressant peu ou point au bien public, la ruiné de FËtat doit être la suite nécessaire de cette forme de gouvernement. La meilleure manière de prévenir un tel mal , serait peut être de confier Félection du prince à un certain nombre de personnes prudentes et capables de discerner le mérite, et n'ayant elles-mêmes d'autre intérêt dans ce choix que celui de FËtat. Je veux supposer que les cardinaux soient tels; qu'ils ne vendent point leurs suffrages; que chacun d'eux n'ait pas intérêt à placer un vieillard sur le trône; qu'il n y ait point de brigues dans le conclave ; que les puissances étrangères n'y aient aucune influence (car il importe peu, en effet, que ces choses soient ou ne soient pas, puisque nous devons croire que le S'-Esprit parvient également à son but, auquel, en confondant la vaine prudence des hommes, il &it servir les moyens mêmes qui y semblent les plus opposés); qu'en résulte-t-il? Qu'assurément l'homme le plus digne, sdon les vues impénétrables dé la Providence , est appelé à présider, en qualité de vicaire de J.-CL , au gouvernement purement spirituel de son Église ; mais le prince de Rome n'entre pour rien dans ce choix, et le royaume de J.-C. n'étant point de ce monde, il s'^isuit que, dans l'élection de son vicaire, le S^-Esprit ne considère aucunement les qualités requises pour le maniment des affaires du siècle. De là vient qu'on ne voit guère monter sur le trône des Césars un homme instruit de la science du gouvernement, de l'intérêt politique de l'État, de son administration économique, des intérêts des cours étrangères, et du rapport

qa*il y a enlre ces intérêts et les siens. De là vient encore que les princes de Rome sont toujours yieillards, et peu propres à commencer Tëtude de leurs devoirs, s'ils en avaient le désir.

c Le pape actuel, dément XIII (Charles Rezzonïco, Vénitien), naquit le 7 mars 1695. Il fiit élevé au pontificat le 6 juillet 1758. Il est naturellement doux, affaMe , d^un abord gracieux et prévenant. Quoique peu instruit, Texcellence de son jugement pourrait lui tenir lieu de savoir , et suffirait pour lui faire connattre ses véritables intérêts et ceux de son peuple, si son défaut dominant, qui n'est qu'une vertu poussée à l'excès, Vhumîlité et son extrême modestie ne lui avaient donné une entière défiance de ses propres lumières : en sorte qu^on peut dire que personne ne croit moins aujourd'hui à l'infaillibilité du pape, que le pape luimême. Cette défiance outrée a rendu complètement infructueux le penchant qui le porte à la bienveiUance. Il s'est laissé éblouir par le dehors imposant d'un homme qui , abusant de son ascendant sur son souverain, l'a réduit à une dépendance servite et ignominieuse, et s'est emparé du pouvoir le plus despotique. Je veux parler du cardinal secrétaire d'État Torrigiani (*) : dur et grossier, altier , violent, opiniâtre et entêté au point de ne vouloir jamais revenir de son premier sentiment, quelque raison qu'on lui allègue; savant théologien, ministre inhabile, ignorant les premiers éléments de la politique et de la science du gouvernement; son érudition théologique , la connaissance parfaite qu'il a de toutes les prétentions de sa cour, la persuasion où il est de leur justice, son opiniâtreté inflexible à les soutenir et le ton altier d'un homme qui veut intéresser le ciel en toutes choses, font à la fois de lui le meilleur soldat du pape et le plus mauvais ministre que puisse avoir le prince de Rome.

c Je crois qu'on lui impute à tort le mauvais état des finances, du commerce, de l'agriculture, la grande disfette de grains dont Rome a été affligée pendant trois ans, la ruine des fabriques , la mauvaise police et la justice rendue vénale et arbi-

C) Créé en 1755.

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Iraire; je ne çra|8 j^ , dis*je, qufi] fyjjUe lui imputer le i^aunrfos ét^t du gouveniçment inten^^ puisqq'U est la suite nëce^saice de la con^itutîon de TËtat; mais c'^ dans ce qip eoQoenw le gQTiYentemaut exterue, c'est da^ sa manière de tiaiter avec les puifi|sauces étrangères, qu'on découvre )es ëjfets» yraimept funesr tes ^ r£tat ecclésiastique^ de son ignorance et de son çaxapt^re altiçr et ppiniâtre. Cest par sa nupiière extravagante de pçtivi^ et sa grofiisièreté rebutante, qu'il a indisposé contre le Saiift- Sîége presque tpntes les cours de l'Europe* Peraonne ne donte que» SQus un autre ministre, les affaires du Portugal n'eus9f^ été accommodées. La protection qn'il açcoifde aux jésuites n'a fait que hâter leur ruine : c'est lui qui dicta à Clén^t XIII cette belle réponse : c Smt ut suut mGtUliâ, au^ nm «M* ^ .

c Personne ne serait plus à môme de balancer le despotiimie du premier ministre^ que ]^ cardinal-neyeu, Charles Beazçnico, pour qui le pape a l'amitié ta plus tendre, à cause de la coni^rmité de leur caractère; mais son indolence et sa timidité, accrues par le principe que lui inspira le rusé cardinal Spine^i, de ne se mêler d'aucune aiaire importante , et d'en rejeter le poids sur les congrégations ^ l'ont rendu stupide, irrésc^n et comme imbécile ; son système de conduite lui Eut mener ipie vie fort tranquille, et il a tout le temps de nourrir sa piété de fréquentes prières , d'offices réitérés et d'oraisons jaculatoires^ qu'il récite méthodiquement tous les quarts d'heure. L'oisiveté a &it germer en lui des scrupules qui rç^Iissent sa tête d'idées noires, et Font rendu superstitieux et lourd. Il a abandqn^^ les affaires plus que jamais, depuis que Tbabil^ secrétaire d'Ëtat , Torrigiani, l'a menacé de se retirer du minisière. Alor^^, il s'écria, dans l'amertume de son cçaur, qu'U ne craignait rien tant que d'avoir pu être en partie la cause innocente d'une résolution aussi pernicieuse à l'Ëglise de Dieu (iJCuvere cooperato çdjufi fine umto pemicioso alla Chiesa di Dio)! Ce sont les paroles du.bon cardinal-nçveu.

c II remplit les deux départements de secrétaire des requêtes (dei memorieli), et de Camerlingue (président des finances ou

éêh chambre âpoMoliqne), arec reacaetîtutte la phis scrapukfosë, est fisnt ayee attentton une inultttude' de sappliques et de Mémoires. Cette appKeation mécaadqiie, qui hâ prend tout sèn tMips, lui retréèrt Tesprit et le hisse dans l'ignorance des gF2»des afiaires. Son après-'dtnée est invarikblen^nt consacrée an i^epos et au isriSoqpie. Dffios le» audiences (ffR donne le mfàiin; il pajni(t presque toujours morne, înqniet et sëVdi'é. Toute demaaie lehronble'^ tônt récit Tminife et le fatigue. Bans ses oMiférraoes aVéd lé pape, qui sont fimitëes et dans lesquelles rÎMe ne se coneini; il soupiré, bâille et s^endort. Eldëe^qùll a d^éhrè-poup rërômr exanpt de reproches , le tranquiUîse, tandJs que son silence et son inaction contribuent esseMielïement à féMfd'ahrlIissefiiimt où le pape est réAiit; il sèmlle peu ou point è^hk coUation des emplorâ , remettant toutes choses^ à Parbitragé'ides principaux ministres. Toute soHicîtation hii parâft â charge ou indiscrète. L'hypocrisie a fait réussir près d^ lui et joëir de ses grâces quelques ecclésiastiques qui ont su profiter éè BÈHt faible et de Fimpresision que lui Eut une gravité affbctée.

c dirions de ses bonnes quaKtés, presque entièrement éclipsées'par ses Êdblesses : pieux, charitable « désintéressé, aimant là jiiscjce, incorruptible, il est incapable de détours et de supercfaetie, impénétrable dans le secret, lent et réfléchi dans ses résdutîons. Cet assemblage de bonté et d^dolence le rend'agréablë aux sujtets, mais inutile au pape, à l'État et à ceux qui ont recours à hii.

c Le majordome, Mg^ J. B. Rezzotaîco f), frère du cardinalneveu, a Tesprit délié et supérieur de beaucoup à celui- de' ses frères le cardinal et le sénateur. Son air est gracieux et ses manières obligeantes; il a naturellement une grande netteté dans le discours; il est d'une légèreté insinuante dans la conversation; bienCsusant, libéral, adoré du peuple à cause du bien qu'il tânoignç lui vouloir, le pape l'aime, l'estime et l'avancerait, s'il ne cjmi^nait d'excité la jalousie de son frère le cardiaaU et de

(-) Cardinal en 1770.

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déplaire au ministre. Uoppositioii de cém^i a paru ping d'ufie fois manifestement ; celle du frère est palliée , mais s^isible. Le msyordome disait autrefois hautement sa manière de penser, dans toutes les affaires et sans ménagement : aujourd'hui cette ferveur s'est ralentie » peut-être parce qa'û a senti, nonnseulement Finutilité de parler, mais encore le tort que cela a pu lui faire. S'il joignait l'expéri^ce au jugement, on pourrait tout espérer de lui ; mais on a grand soin de Télpigner de toute eq[ièce d'affaires. Sa jeunesse et sa yivacité lui ont £siit tort dans (du*sieurs occasions. Au reste, personne ne lui dispute la capacité; il est le seul de sa femille qui sache penser, et qui soit cs^Àhle d'exécuter un projet sage et hardi.

L'autre neveu , le sénateur, autrement dit eanfiilomer perpàml du sénat et du peuple romain Q, le prince D. Louis Rezaonico, chevalier de l'étôle d'or et procurateur de S^-Marc, est aimabte et sincère, mais trop crédule. Sa figure est avantageuse; son natu^ rel officieux et sa politesse lui concilient Taffection et la bien* veillance de tout le monde ; il se prête volontiers aux rec(»ninandations, et comme il n'a rien à perdre, il parle librement au pape et à son frère le cardinal y dont il a, seul de sa maison, la confidence. Toutefois les grandes affaires lui sont cachées ^ et à cet égard il est tenu sur le même pied que son frère le major^ dôme. On dit qu'il se laisse absolument gouverner par une dame d'une grande beauté ( la baronne Piccolomîni ), à qui il fait effec* tiyement une cour très-assidue. La bonté de son ciœur le prévient souvent en feveur de ceux qui l'entourent; mais il ne réfléchit pas toujours aux qualités personnelles de ses conseillers , entre lesquels l'abbé Bonajuti ( Vénitien ) surtout a su gagner toute sa^ confiance*

O « Le sénateur représente Tancien préfet de Rome. 11 doit être laïque, noble et étranger. (Looif Renooko est Vei^en ). Son emploi est à vie. U réside au Gapitole. ^n autorité s'éiend sur les citoyens et habitants de la ville et du district de Rome, pour les canœs laïques teok»ment. Il juge sommairement et sans appel les petites causes et les rixes populaires. Il est chargé de veiller à Feoncte observation des lois et <&& privilèges de la ville. lladettzlleoleùants,qirf donnent tous les jours audience au Capitole , et auxquels on peut recourir indifféremment. Les causes importantes sont plaidées devant le sénateur même y auquel on appelle aussi des seuteocea de ses lieutenants. »

DS BW6. 25

€ Les amis do cardinal ministre sont Mg^' Casali, anjonrd'hui gonyenieiir de RcNEne, et ci-devant secrétaire de la consulte, Tabbé Sagretti, son confident intime, Tnn et Fantre égalemait haïs dn peuple, et le cardinal Bufieilini, ci-devant majordome, homme parvenu , plein de liii-môme et de son éminence : il parle un langage étranger et inusité; on dit qu'en r^ormant la maison du pape, lorsqu'il exerçait la charge de majordome , il nef songea qu'à s'enrichir. Les victoires qu'il a remportées sûr le cardinal Alexandre et la £uniUe Gorsini ont accru son orgudl. L'appoi du i&imstre, dont il suit aveuglément les maximes, le r^Mi inconsidéré et inrapportaUe à ceux surtout qui l'ont connu dans un antre état II parle des souverains sans ménagemeirt, de ses égaux avec dureté , et avec méf^ris de ses infiàrieurs.

c Le cardinal Boschi f)» ci-devant numéro (H caméra, toujours d'acoml dans sa politique, reste simple spectateur de tout ce qui arrive, sans se mêler des affiires disgracieuses , s'il n'en est requis. Le Icmg séjour qu'il a lait au palais sous le gouvernement précédent, dans des emplois de <x)nfiance, et la multitude des affidres qui lui ont passé par les mains, en ont fiût un ministre expert. Il est aimable dans la société , et, comme ministre, prudent et modéré dans ses craseils. Il joint beaucoup de finesse à une louaUe simplicité* Le pape et le cardinal-neveu Festim^it , l'aiment et l'écout^it. Gomme l'ascendant du cardinal Torrigiani empêche qu'on n'ait en celui-ci une confiance entière, son suffrage n'ii^ue point dans les affaires les plus importantes , ainsi que plusieurs le croient.

c Le cardinal Antonelli vit solitaire et retiré. Son esprit impatient est modéré par la lecture des livrés politiques et moraux, et il attend dn ciel avec résignation le grand avancement qu'il désire. Certains ministres étrangers l'excitent. Le manège de son* in&tigable neveu (Mg^ Antonelli, actuellement assesseur du saint-office) promet une bonne, fin à ses désirs cachés.

€ Le cardinal Gavalchini aspire toujours à la tiare, quoiqu'il

(')GréatloDdet70er

1M 1U9ÉDIU8

aU paÊÊé 80» (fix-^eptlèaie lustre €t mttlgré l'iasdusion ée la fràBee. Il a la sotf des ricbefiSM et la marne des nonr^ès. Ses BOOTdUstes la flatlmt et excitest sea anblthm. Plusieurs eardinaux agissent de même, à cause de sa plaoe de éataire^ qui hii domaie la plua grande inflneMe sur la collation des hàttêiceg» Du reste, quelques-uns sont effectivement diSpesài pour lui, panée qu'en raiscm de ioa âge» ils le regatdent eonmé uâ dépositaire momentané» inc*pEd[>te de détru^ » Bsiais ndeéssaire pour laisser mûrir leurs prélentiiaiis. On dit que rexelu* sion que lui donna la Finance dûis le 4^nû» eottolai^, Besitb^ aîste plus, eti qu'il a regagné la protection de cette courpoo* Fcatercessién du roi de SsAidaigne, dont llambàssadeur 'à Pains (M« Sokui, bailli de Malte) a, dit<On, sollicité, de ki part de & M. Sarde, cette grftce umque, en jécompense de sa mention et de la paix conclue. La diicheBse de Sayoî*, euhi^ée pw kii ayeo uk soin recherché, biî promet l'appui du roi d^Ëspagne. Le cardinal Alexsmdre Albani l'assure du consenteinent de lacqur de Viorne, pounru qu'il veuille ^'ifttwesser à la pr6m0iw)ti de Mgr Cherufini ( premier lils de la comtesse Ghetfufiip, mâttresse ou ]^vt6t aujourd'hui amie du vieux cardinal ), dont k^s grasad^ mérites, ignorés de tout autre; simt connus au dbcenfêment et au jugement impartial de Son Énpnence. Pour s'assurer enoere plus la bienTeillance de & AL T. CL, il a voulu donner une mur-» que éclatante de soft détachement des jésuites, em retirant àa collège romaîn ses deux neveux, pour les envoyeir à l'uinverQté de Turin.

c Le cardinal Cavalchini exercé sa charge avec despotisme. Le pape le re^f^ecte et le laisse faire, à cause de son grand âge, qui lui attire aussi dans. le sacré coUégê des ^^ards <pi'il ne saurait mérita par ses talenis* Dans les lettrés qiL'il adresse à toutesiles congrégations, il est presque toujours inintelligible : car son raisonnemait est obscur, ambigu et artificieL 11 n'en suppiée pas moins à tout le sacré collège, dont il est le dief et le conducteur , se mêlant de toutes les affaires et professant une rupture ouverte avec le cardinal Torrigiani. Cette mésintdligence

est foffieptée et acpro^ pw les ùmii rapports d« marquis Aatici , graB4 promoi^r de caquets et de noaTeUes, qui en a fait le fondement de sa fortune. L'un de ces cardinaux lui a procuré des Qffetime , places d'agent ou chargé d'affaires ( il est reyétu de c^te qualité pour I^ Polo^pEie et les électeurs palatin, de Cok^ine, etc.); l'autre Ta cpnd>lé de bénffîces. De siuqE^ au* ditepr , élève du cardinsd de Rossi , il est devenu un des ministres l«s plus accrédités , aq)irant aux premières chai^pes de la pr^iitorei conseiller et juge réputé néeessaire au bon gou* vemem^t de Vttaf, ecdésiasitique^ Les dames les plus ières au* bitionnent son amitié; la ducbesse Bracoiano, qui ne permet qu'aux grands d'écouter ses propos piquants et recherchés, a tei|té toute voia pour le gapiier et elle y a réussi* Cela fit nror«murer beaucoup les esprits forts de l'assemblée brillante, déoi* da^te et lettrée , entre lesqnds se distinguent l'abbé Bonamoioi , ;^gant de la répqhlique de Gènes, le chevalier Antinori, prieué de Alalte» oncle de madame la ducl^sse, et monsignor Ltvizam^ Hais la dame imposa silence et, voulut être ebéie, sous peine de l'indiignatHai àfkÇBie et d'wtres châtiments à l'arbitrage du cen<» senr ^ siècle (l'abbé Marcus)« La manière dont elle s'y est piise po9r procurer ^u marquis Antici ie ministère de Pologne » prouve combien cette dansie ^ntaid les affaires : il s'agissait de gag^ier le cardinal Jean François Albani (neveu du cardinal Alexandre), protecteur de Pologne et ennemi déclaré de M. Antici. Le cardinal de Rossi fut chargé de présenter à cette fin cent pistoles à la charitable 4ona Liyis) (la princesse Altieri, maîtresse et arbitre de la bourse et de l'esprit du cardinal Jiean François ). Gela réusr sit à merveijle, et fe cardinal déclara le marquis Antici seul cap^^le de remplir cette place^

c Le cardinal lNeg^ni(*) i;eceyait autrefois les applajudissements de Ifi cour » a csnse de la justesse et de la prcmiptitiiide de ses jug^Doients; mais aujourd'hui la lenteur et la prévention le domineiyt. Cette métamorphose est dqe au c^ii^al d» Rossi, son

(*) Créé eo 1765.

gouvernear et interprète. Il ne se mêle point des affiaires qui n'appartiennent pas à son emploi. La conduite du cardinal Torrigiani loi est indiffiér^ite.

c Une application feinte faisait autrefois supposer de grands talents au cardinal Jean FrançcHS Âlbani ; mais aujourd'hui qu'il a secoué tout respect humain , il languit stupidement dans les bras de Foisîyeté et de Famour. Il passe habituellement s» TÎe dans le sommeil, au jeu, à médire, à bavarder et à ennuyer continuellement la prinodsse par ses febles et ses inventions. Les domestiques les plus vils le gouvernent, il n'a aucun secret pour eux ; il s'amuse à lutter avec ses gens à coups de poings et à tenir avec eux des propos indécents. En attendant , ceux qui voudraient avoir recours à lui sont renvoyés , et il n'y a pas moyen de parler à l'évéqne de Sabine, au conseiller des congrégations, ni au cardinal protecteur. Tout l'ennuie et le dégoûte, hors Livia et Vincenzo , son valet de chambre , jadis garçon palefrenier et nouvellement anobli. Voilà en peu de paroles le portrait d'un cardinal que ses clients préconisent comme un homme à talents et d'un grand mérite. Retournons au palais.

c Mg^** Fantini {oapiere ou gentilhomme du pape) est sincère et cordial. Le pape a en lui une confiance distinguée, mais la manie d'engager de nouveaux prosélytes à la compagnie persé^ cutée l'occupe entièrement , au désavantage du pubHc, auquel il pourrait être fort utile.

c Le gardarobba Mg^** Mattei , d'une extraction fort médiocre , d'un esprit borné et lourd, ne parle que noblesse et doctrine; il abuse souvent de la bonté de S. S. , qu'il assiège sans cesse par des narrations confuses de tout ce qui arrive, sans songer aux conséquences. Gomme il a de grandes vues , il cultive adroitement les sujets papables, auxquels il sert de jouet et d'amusement; il fréquente au soir le café ou l'assemblée de la célèbre Marinnecia Golonna.

Mg^ de Rimaldis, bibliothécaire secret, noble Romain, détaille doctement dans les cercles les gazettes de Pezaro et de Foligno.

^E BMG. 39

c Mg^' Ganteri répand des fleurs et la gaiétë dans la conTersa-

tioiL

c Mff^ de Zambelli, interinrète et dirige les poésies et les caqaets do la {Hriacesse de Vaietri.

€ Mg^** Boccapaduli , aumônier secret, dispose de la boane de S. S. en anmônes arbitraires, ayant rartout égard aux recommandations des belles dames. Il ai^ire à la poarpre, obs^rre att^tÎYement toat ce qui arrire, et en donne part au cardinal de Rossi. Plusieurs du palais sont es{Hons de cette Ëminrace ; mais celui-ci a le plus de crédit et de part dans ses bonnes gr&ees, par ses cabales, ses ruses, ses flatteries et sa condescendance servile. Ce cardinal de Rossi s'est éleré du néant à la pourpre; il négocie actuellement la papauté, et son caractère intrigant lui fait gagner des suffrages dans les partis les plus opposés.

c Mg^** Giacomelli ( secrétaire des brefs ou lettres aux cours étrangères) , jadis célèbre anti-jésuite, actudlement molsniste fanatique, dirige sa plume et ses discours suivant les ciroonslaBces du temps; ses ne^ireux ou ses enfants (point historique encore indécis) le guident et le rendent indéterminé*

< Mg^"* Barcali, confesseur de S. S. , règle la conscienoedn pape en yrai profès des quatre yoeux.

c Mg"' Saetta (caudatorio, porte-queue), et sous-camerier, touche supérieurement la yiole , compte sans cesse et enveloppe ingénieusement de papier les (^nus Z)et, occupation digne de ses ta-

€ Mg^ J. B. Valeriani {ctod-fgrOy porte^îroix) , fait consister tout son bonheur dans ses révérences cérémoniales; il est intr^ide à dieval et salue tous ceux qu'il rencontre.

c Voilà quels sont les sujets qui entourent le pape, sujets inn^ tiles par ignorance, par malice on par incapacité ; il ne manquerait pas une meilleure recrue à S* & dans le sacré collège, daitô la pi^ature et dans sa maison, si les circcmstances du temps permettaient aux gens capables de se produire et à lui de les connaître.

€ Les principaux aspirants à la papauté sont, après Cavalchini ,

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le cardinal Galli> que ses lœauikies r^xlent particulièrement agréable aux Français. L'empressement qu'il a témoigné dam la cause de PùbfiMf lui a gagné les Espagnols; il a pour lui les Allemands, car il plaît au protecteur de cette nation* (Gë protecteur est le cardinal Alexandre Albani»)

c Ekismie vient le cardinal Gresoemi, ardievéque de Fèrrare, foH aimé du peuple, à cause de son affabilité, indiffiitrent aux cours d'Autriche et d'Espagne, mais protégé pat* la Franoe. Il n'a point un entier crédit dans le sacré collège : car {dusieurs le taxent d'ignorance et de prévention.

€ En quatrième lieu, se présente gravemmt le cardinal Stoppani, la tête pldne de projets et de nouveaux établissement pour la meilleure administration des afikires. La France et l'Espagne sont indifférentes pour lui ; la maison Gorsini travaille à sa promotion^ en réccnnpense de ce qu'il a poli et rendu traitable l'innocent cardinal Andréa Gorsini f); on croit que la cour de Vienne lui est contraire, pour des raisons connues de tout le monde. (Il était nonce à la diète de Francfbrt et a contribué à l'élection de Gharles VIL) Ses amis conservent le cardinal Feront comme corps de réserve; la très-cordiale princesse Altieri, quoique non payée depuis longtemps^ se fetigue jour et nuit pour lui gagner des amis et des fauteurs; le cardinal Jean François Albani pérore pour lui en secret, et contredit en public ce qu'il a dit en particulier (style ordinaire de la maison Albani). Toutes ces éminences sont créatures de Benott XIV; celles du pape r^^nant sont divisées entre elles, et plusieurs ont même déserté la bannière clémentine.

c Le cardinal de Rossi, bien aimé des femmes, se prête gaieni»t à tous les partis; il se flatte de parvenir àses fins par sa complaisance, ne se ressouvenant point de la renonciation qu'il a Êdte, entre les mains de Mg' de Laon, à la pension de la France, condition sons laquelle il a reçu le chapeau. Ge désintérctsa^aoent admiraMe lui procure une exclusion décidée.

O Créé 611 i75S.

c Le cardinal Guglielmi dit des bons mots plus que jamais et promet un pontificat facétieux et comique.

c Le cardinal Antonelli redouble sa méditation et la lecture des livres spirituels et politiques.

c Le cardinal Bonacorsi f), plein d'érudition et de bon sens, consulte les astrologues sur la découverte de la nouvelle comète , espérant des influences bénignes de cet astre L'entier dessèchement des marais Pontins. (Il eut un jour l'inspection de cette entreprise.)

c Les principaux aspirants à la pourpre sont Mg^*^ Livizzani, descendant du roi Pépin : il ne trouve aucune place proportionnée à sa naissance, à son esprit, à son talent et à la majesté de sa personne; il accorde de bonne grâce sa protection, digne d'envie, anx maisons les plus illustres, qu'il honore tour à tour et chaque soir d'un bon souper.

c Mg^' Marcolini , grand joueur , prêt à se faire circoncire pour faire fortune , assiège le bon cardinal par des comptes hardis et insolents, lui nie ouvertement d'avoir joué, se plaint d'une calomnie si peu vraisemblable et si contraire à son naturel et à ses promesses réitérées.

€ Mg*^' Acquaviva (**) apprend, par ordre de S. S., à lire et à écrire avec méthode, sous la férule de Mg"^ Gorgonis.

< Mg^' Forti , incertain de son sort, se recommande aux nationaux et tâche d'alléger ses torts dans l'esprit de la terrible marquise Origo.

€ Mg^** Campilli , prédestiné à remettre la chambre dans sa premièresplendeur, se mire continuellement et se pavane, amoureux de son habit de prélat, de sa bouche et de son geste efficace. >

O CrtitioD de 1763.

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