‹ Ferdinand Rapédius de Berg. Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la révolution brabançonneChapitre 62 sur 102 · II. K · texte numérisé non relu

II. K

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pereur , pour le rCTiercier de son oubH général , et enfin , le 2 juin , comme si une aussi subite pacification eût pu être antre chose qu'une comédie, le 5* bataillon de Murray partait pour Luxembourg, et une compagnie d'artillerie quittait Bruxelles, pour aller tenir garnison à Malines. On est tenté de croire , d'après cela , que M. De Trauttmansdorff avait réellement pris au sérieux les manifestations pacifiques qu'il avait obtenues en échange de ses concessions et des obséquiosités de la cour.

En effet, le jour même du dîner de soixante couverts, qui fut donné à Laeken, le magistrat et le large conseil de la ville de Bruxelles avaient consenti au subside , et la demande en ayant été portée immédiatement aux bonnes gens des Nations, celles-ci, après en avoir délibéré en arrière-conseil , y avaient également donné leur consentement. Les membres des villes d'Anvers et de Louvain n'avaient pas tardé à suivre cet exemple; enfin l'adresse dont nous venons de parler était conçue dans les termes de la plus humble soumission. Voici cette pièce, qui n'a, pensonsnous , jamais été publiée :

€ Sire,

€ Nous avons reçu avec allégresse la déclaration que les sérénissimes gouverneurs généraux viennent de nous faire, au nom de votre sacrée Majesté, contenant que, d'après l'impulsion de votre tendresse et de votre cœur sensible. Votre Majesté voulait bien accorder l'oubli total du passé, rendre à la nation et à ses représentants votre ancienne bienveillance. Sire, et votre confiance; de la continuation desquelles nous ne pourrons mieux nous assurer. Votre Majesté daigne nous le faire dire, qu'en donnant des preuves réelles et constantes de notre attachement à votre personne , Sire, comme au bien de votre rçyal service.

€ Si jamais, Sire, votre généreuse bonté, votre clémence , ont excité des transports dans le cœur de vos sujets, c'est maintenant que, dissipant d'un regard les obstacles qui semblaient retarder encore leur félicité. Votre Majesté répand à la fois la paix, la tranquillité, les bienfaits les plus précieux, et s'attache tous les

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esprits t oomme tous les cœurs, par les liens les plus sûrs de Tamour et de la coiifianoe.

c Nous supplions Votre Majesté d'accepter Thommage de notre yive et sincère reconnaissance, de l'attachement aussi tendre que respectueux dont nous serons sans cesse animés pour votre service, de notre profonde vénération, de notre zèle empressé à vous plaire. Sire, et à mettre aux pîbds de Votre Majesté les preuves les plus réelles de notre dévoûment sans bornes , par le sacrifice de notre sang et de nos biens.

c Nous s(»nmes, avec un très-prolbnd respect. Sire, de Votre Majesté impériale et royale apostolique, les très-humbles, trèsobéissants et très-fidèles serviteurs , sujets et vassaux ,

€ Les prélats , nobles et députés des chef-viUes représentant les états de votre pays et duché de Brabant.

c De notre assemblée générale tenue à Bruxelles, le 51 mai 1788. >

Cette adresse fut envoyée aux gouverneurs généraux avec une lettre écrite dans un style analogue* U est vrai que, le même jour, les états adressèrent aussi à LL. ÀÂ. RR. une représentation pour demander le ra(^l à Bruxelles des memlM*es du conseil de Brabant qui avaient été envoyés à Anvers; mais cette représentation elle-même était conçue dans des termes très-humbles, et qui ne pouvaient en rien altérer TetTet produit par l'adresse, en admettant qu'on pût considérer cette pièce comme contenant l'expression de sentiments vrais. Cest ainsi que M. De TrauttnKmsdorfi" parut l'avoir envisagée; il y vit la preuve d'un succès éclatant, et il en fut tellement ébloui qu'il crut que le moment était venu pour lui de cueillir d'autres palmes. 11 crut que, plus heureux ou plus habile que Belgiojoso et Murray , il allait atteindre le but que ces deux ministres avaient manqué, et qu'il lui était réservé de remplir les vues de l'Empereur sans autre secours que celui de son habileté.

Mais son illusion ne dura pas longtemps. Les états s'étant assemblés, le 4 juin, il leur fit proposer d'entrer en arrangement

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pour la mise à exécution des parties essentielles du nouveau système de Joseph II , à l'égard de la province de Brabant. Les états députèrent quelques-uns de leurs membres, pour traiter avec Son Excellence : c'étaient, pour les affaires ecclésiastiques, Tarchevêque de Malines , Tévéque d'Anvers et l'abbé de Parc ; pour les affaires laïques , le B*" de Gentinnes (i) , le B^ d'Hove («) et le comte De G>loma, B**" de S*-Pierre-Leeuw. Le ministre, assisté de MM. Leclerc et Delevieilleuze , conseillers du gouvernement, devait présider à cette assemblée particulière. Les séances en furent bientôt closes : M. De Trauttmansdorff fit des propositions qui depuis longtemps avaient été jugées par ceux qui devaient les recevoir; il s'efforça de leur persuader que la volonté formelle de l'Empereur était d'introduire tôt ou tard les innovations qui jusque-là avaient rencontré tant d'obstacles. Les membres des états, de leur côté, tachèrent de démontrer au ministre que ces innovations étaient contraires à la joyeuse entrée et ils l'engagèrent à y renoncer. Tout arrangement était

(i) Robert Joseph Charles Ghislain d'Udekem, baron de Gentinnes, seigneur d'Orbais , Notre-Dame de ViHers , Villeroux , etc. H fut admis, en 1770, aux états de Brabant, à titre de la baronnie de Gentinnes, située dans la nayerie de Mont-S*-Guibert , non loin de la petite yille de Gembloux. Cette terre avait été érigée en baronnie, par lettres patentes de l'Empereur Charles VI , en date du 4 mai 1716, octroyées en feveur de Charles Ghislain d'Udekem , seigneur de Limmelette. Lors de son entrée aux états , le baron d*Udekem prouva, aux termes des règlements, les quatre quartiers suivants :

DtlDEUi. De Nicolaerts.

De Hblun. Van sbr HàBGHm d'Eeibbck.

Il fit partie des états jusqu'à Fépoque de leur suppression. O était d^uté de l'état noble, pendant les sessions orageuses de 1787 et 1788. Il est mort, le 19 prairial an XI ( 8 juin 1805 ).

{%) Honoré Ferdinand Ignace Ghislain De Visscher , des barons de Celles , baron d'Hove, chevalier de l'ordre de Malte , né le 31 juillet 1739 , avait été admis aux états de Brabant^ en 1775 , «n quaUté de baron d'Hove. Il prouva , pour son entrée aux états, les quatre quartiers suivants :

De VisscBEE. Van oeb Haegher o'Eesbeck.

Stâlirs. RuiBHS.

La sàgneurie d'Hove, située dans le quartier de Rym , sur la route d'Anvers à Lierre , avait été érigée en baronnie , en faveur de Guillaume Des Pomereaux , par lettres patentes du roi Charles H, en date du 10 mai 1675. Le baron d'Hove la possédait, à litre de son épouse, Thérèse Françoise De Paule de Brouchoven, comtesse de Bergheyck, héritière de la baronnie d'Hove, etc., qu'U avait épousée, le 15 juillet 1766. Le 12 janvier 1790, il ftit nommé pour le Brabant, les provinces de Malines, de Gueldre et de Westflandre, membre du département général de la guerre. Il fit partie des éUts de Brabant jusqu'à l'époque de leur suppression. Il était aussi, en 1790, chef {hoofdman) du Serment des escrimeurs , sous l'invocation de Saint- Midiel.

DE BERG. by

impossible entre gens qui avaient des opinions aussi arrêtées et aussi diamétralement opposées. Les députés des états ne tardèrent point à faire leur rapport à l'assemblée générale , qui révoqua aussitôt leur commission. Cette négociation n'eut d'autre résultat que d'aigrir les esprits de part et d'autre; que de faire voir aux uns que le gouvernement , malgré son oubli général y n'avait pas renoncé à ses desseins, aux autres que, malgré la facilité avec laquelle avait été voté le subside, les états n'avaient pas faibli dans leur opposition. Du reste, les dispositions de ceux-ci se manifestèrent d'une façon très-peu équivoque dans une nouvelle représentation qu'ils adressèrent à l'Empereur avant de se séparer. Le but de cet acte était de protester énergiquement contre toutes les mesures prises en dernier lieu, tant au sujet du conseil de Brabant qu'au sujet de l'université et du séminaire général.

Une autre représentation avait été adressée par les états aux archiducs, pour les supplier de permettre aux membres de l'université de Louvain, contre lesquels des poursuites avaient été dirigées, de rentrer dans leurs fonctions. Il leur fut répondu, le 6 juin, que LL. AA. RR. consentaient à laisser sans suite les procédures commencées ou terminées à charge de ces professeurs , sous la condition qu'ils paieraient les frais de justice et que ceux d'entre eux, qu'on trouverait convenable de rétablir dans leurs fonctions ou d'employer d'une autre manière dans ladite université, se conformeraient tout de suite et avec toute la soumission possible, aux décrets, règlements et autres ordres de Sa Majesté ou de son gouvernement généraL c En outre, > était-il dit dans cette dépêche, c LL. AÂ. RR. se réservent de déterminer le sort que pourraient espérer ceux qui ne seraient plus dans le cas d'être placés et qui , d'autre part , se conduiraient de manière à méri<ter cette faveur de Sa Majesté. Et, avant de pouvoir jouir des effets de cette apostille, chacun des susdits suppôts devra en lever, au conseil royal du gouvernement, une expédition particulière : ce dont il sera donné avis au recteur de l'université. »

Le 50 juin suivant, aucun des membres de l'université, en fa-

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veur desquels avait été prise cette disposition , ne s'élant présenté au gouvernement général , LL. AÂ. RR. adressèrent une nouTelle dépêche aux états de Brabant, pour les prévenir que ceux qui ne se seraient pas soumis dans le délai de trois semaines, à dater de ce jour, perdraient le bénéfice de Tamnistie. Les trois semaines s'écoulèrent sans autre résultat qu'une émeute dans la ville de l'université. La garnison de Louvain fut renforcée. L'intervention de la force armée fut même nécessaire , dans la journée du 15 juillet , pour arrêter le désordre. Ce fut alors que le gouvernement général se détermina à lancer la dépêche impériale qui devait servir de réponse à la grande représentation des états.

Cette dépêche, trèsrimpor tante, était écrite du ton le plus impératif; toutes les questions y étaient tranchées : c L'Empereur, i y était-il dit, € a décidé que la chambre du conseil de Brabant, qui a été transférée à Anvers, y restera. Sa Majesté ne veut pas qu'on rappelle les professeurs exilés de l'univwsité de Louvain , ni qu'on leur accorde des pensions. Elle désapprouve ce qu'on a . laissé concevmr d'espérance à cet égard; elle veut qu'on nomme immédiatement d'autres professeurs, et, pour témoigner son mécontentement de ce qui s'est passé à Louvain, elle a réseau de faire transférer à Bruxelles les facultés de droit, de médecine et de philosophie, ne laissant à Louvain que la Êtculté de théok^îe avec le séminaire général. Quant au séminaire général lui-même, il n'y a pas, > ajoutait la dépêche, c de modifications à attendre, tant qu'il n'aura pas été statué sur l'orthodoxie (te la doctrine qu'on y enseigne : sensible à toutes les défiances forgées et répandues à ce sujet par le clergé , voulant tirer au clair un ohj^t dont on abuse po«r mettre tout le monde en mouvement, et conlbndre l'opiniâtreté des évêques, l'intention de l'Emperewr est que ceux-ci se rendent à Louvain; qu'après y avoir séjourné pendant quelque temps et avoir assisté aux leçons de théologie, ils aient à se convaincre de l'orthodoxie de l'enseignement ou à redresser par eux-mêmes les professeurs, s'ils avancent des erreurs, et les en faire revenir. Sa Majesté, après avoir épuisé par ce moyen tout ce que les évéques peuvent désirer, se croit autorisée à leur

imposer un silence perpétuel sur les dangers qu'ils cherchent à faire craindre pour la religion , et à regarder comme la calomnie la plus injurieuse pour elle l'inquiétude qu'ils continuent à donner à ce sujet. Elle entend, au reste, invariablement qu'il ne puisse exister d'études de théologie hors du séminaire général et qu'il ne soit permis de conférer des ordres religieux qu'aux élèves qui en sortiront. »

Cette dépêche plaçait la question de l'université sur un terrain nouveau. Il ne s'agissait plus de savoir si le gouvernement avait le droit de s'emparer de l'éducation des prêtres : l'Empereur le voulait ainsi, et sa volonté rendait toute discussion inutile sur ce point. Mais on ouvrait en même temps à la dispute un autre champ, bien autrement vaste. L'examen, sous le rapport dogmatique, de l'enseignement donné au séminaire général , était une source inépuisable de contestations et d'incriminations. En provoquant cet examen et en s'y prêtant, le gouvernement s'engageait dans une voie sans issue. Cependant le clergé, avant de le suivre dans cette voie, voulut encore tenter un dwnier effort pour maintenir l'intégralité de ses prétentions, malgré la volonté si impérativement exprimée de l'Empereur. L'archevêque de Malines adressa aux gouverneurs généraux , sous la date du 19 juillet, une représentation , dont voici les passages les plus saillants :

c Les évêques ne sont pas convaincus que le seul point,

sur lequel tout roule, se réduise uniquement à la question, si la doctrine qu'on doit enseigner aux théologiens, dans le séminaire général, est orthodoxe ou non?

€ ..... A savoir après cela, qui devrait porter là-dessus un jugement définitif? Ce ne serait point certainement l'autorité civile , l'enseignement de la religion ne lui étant pas soumis. Il faudrait donc pour cela un concile provincial ou national de l'Église belgique, ou bien, en dernier ressort, le jugement du saint siège, comme le centre de l'unité et le souverain juge de toute controverse en matière de foi.

ç Le point capital de toutes les réclamations des évêques

1||^ , liAPÉDlUS

ne porte point uniquement sur la pureté de la doctrine, mais bien plus encore sur la vérité et la solidité des principes suivants :

€ l'' Que Jésus-Christ n'a donné sa mission, pour tout ce qui concerne la religion, qu'à saint Pierre, aux apôtres et à leurs successeurs, et non pas aux princes de la terre, et que, par conséquent, il ne peut appartenir à l'autorité souveraine d'ériger, d'organiser et d'administrer une école où soit enseignée la science de la religion.

« 2*" Que bien moins encore cette même autorité pourrait abolir les écoles de théologie dans les séminaires épiscopaux.

« 3° Que le plan du séminaire général vise à renverser tous les droits du sacerdoce et de Fépiscopat, en réduisant le ministère des évêques, quant à l'enseignement, d'actif qu'il est essentiellement, à une influence purement passive, inopérante et ineflScace.

« 4** Que ce plan confondrait l'ordre hiérarchique établi dans l'Église , autorisant les évêques à surveiller la doctrine dans le diocèse de Malines, où le séminaire général se trouverait, et d'y redresser par eux-mêmes les professeurs qui s'écarteraient de la vérité, tandis qu'un tel droit ne peut appartenir qu'à l'ordinaire seul.

« D'un autre côté, en conservant à l'archevêque de Malines

son droit, on blesserait la juridiction des autres évêques, qui, obligés de devoir envoyer leurs étudiants en théologie à Louvain, hors de leur diocèse , ne pourraient plus juger par eux-mêmes la doctrine qu'on leur enseignerait.

ff 5*" Qu'enfin les évêques ne peuvent concourir à un établissement qui les priverait du droit radical et inséparable de l'épiscopat, d'enseigner la science de la religion dans toute l'étendue de leur diocèse, et qui détruirait en même temps leurs séminaires.

€ Ce sont là les principaux obstacles, etc. Je ne pourrais

pas , sans manquer à ce que je dois à Dieu , à l'Église et à mon siège, concourir à l'établissement du séminaire général, dans lequel je trouve des dangers réels pour la doctrine, des préjudi-

ces considérables aux droits des évoques et une opposition manifeste aux serments que j'ai prêtés. >

Le gouvernement général n'avait aucune réponse à faire à cette représentation. Il lui était enjoint par le cabinet de Vienne d'exécuter les ordres de l'Empereur, sans se laisser arrêter par aucun obstacle. La dépêche du 17 juillet lui interdisait absolument d'entrer dans aucun pourparler ultérieur et d'admettre aucune représentation qui tendrait à altérer, en la moindre manière, ces dispositions immuables. Force fut donc au gouvernement de Bruxelles de mettre un terme à son système de tergiversations et de menaces, et d'aborder franchement l'exécution même violente des mesures prescrites par l'autorité souveraine. Cette situation nouvelle s'accordait fort bien avec le caractère du général d'Alton, qui ne connaissait d'autre politique que celle du sabre ; mais Trauttmansdorff avait des prétentions à l'habileté; il voulait lutter de finesse avec les étals de Brabant et avec le clergé, ne s'apercevant pas que tous ses efforts devaient se briser contre la force d'inertie qu'il serait toujours possible d'y opposer. Il semble évident, en effet, quand on examine bien la situation de ce moment, qu'il n'y avait que deux choses à faire, pour le gouvernement de Joseph II : renoncer à ses desseins, ou les exécuter, quand même. Le juste milieu, vers lequel M. De Trauttmansdorff ne cessa de pencher, n'eut d'autre résultat que d'entraver les mesures énergiques du général d'Alton et peut-être de contribuer à leur non succès.

L'exécution sérieuse des ordres de l'Empereur fut précédée d'un de ces actes dont le ministre plénipotentiaire semblait affectionner l'effet théâtral. Il avait obtenu du conseil de Brabant un arrêt, sous la date du 19 juillet 1788, qui condamnait au feu, comme attentatoire à l'autorité du souverain, contraire aux constitutions du pays et provoquant directement le peuple à la révolte, un livre intitulé : Guide fidèle pour toute t étendue du duché de Brabant^ pays de Limbourg et marquisat d^ Anvers, avec une esquisse de la constitution de la province et moyens de la conserver. Dédié à Messeigneurs les états de Brabant, par un ami de la

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patrie. Londres, 1788, tn-8«. Par suite de la confusion habitudle des pouvoirs « Tarrét du conseil ordonnait à tous citoyens de remettre au procureur général les exemplaires de l'ouvrage condamné qui pourraient se trouver en leur possession» sous peine de cent florins d'amende pour chaque exemplaire détourné. Le 24 juillet, pendant que la cour célélMrait par toutes sortes de fêtes et de joyeusetés, la prés^M^ à Bruxdles de Tarclûdoc Maximilien, prince électeur et archevêque de Cologne, grand maître de l'ordre teu tonique, évêque de Munster, etc.; pendant que les princes se livraient à des promenades nautiques sur le canal, le long de TAUée verte, à la vue et aux applaudissements de la population élégante de la capitale, on fit dresser un échafaud sur la GrandTlace de Bruxelles, et, vers onze heures du matin, le malheureux Guide fidèle y fut brûlé par la main du bourreau , avec tout l'appareil usité pour l'exécution des arrêts criminels. Ces circonstances inspirèrent à un poète du temps les quatre vers ci-après :

« Pour honorer h ftte de ce prince auguste ,

« On fit brûler le guide le plus juste.

a De la vérité Ton fit des charbons, « Pour rôtir les entrailles de tous les fripons. »

Des instances furent faites, à la même époque, de la part du gouvernement, auprès de l'épiscopat, pour l'engager à condamner moralement les débordements de la presse. I^es évêques reçurent une circulaire conçue en ces termes :

€ Dans la foule des écrits anonymes, scandaleux et séditieux, qui ont continué de se répandre, malgré les soins de la police, il n'en est point de plus révoltants, de plus atroces et de plus excitatoires à la rébellion, que ceux qui paraissent depuis peu avec profusion, tant en flamand qu'en français, et qui non-seulement ont pour objet d'inquiéter et d'échauffer les esprits, sous le prétexte homble que la religion serait perdue, et que le souverain et son gouvernement en auraient résolu et en opéreraient la destruction, mais qui provoquent ouvertement à la sédition, en cherchant de la justifier et de la légitimer par le motif de la religion même.

c Gomme ces écrits et d'autres, qui pourraient échai^r encore à la surreillance de la police, pourrai^at conduire à des effets à toQS égards funestes , nous avons donné nos ordres pour rechercher les auteurs et les distributeurs de ces écrits, et les faire poursuivre et punir selon toute la sévérité des lois; mais ce n'est pas dans ces poursuites l^ales seules qu'on peut et doit chercher, contre ces abominables manœuvres, un remède qui ne saurait être trop prompt ni esûfloyé assez tôt, et c'est dans de telles circonstances que la voix des évéques doit se faire entendre. En conséquence, nous désirons et nous attendons avec codafiance de votre attachement aux premières obligations de votre état, qu'indigné de ces productions et pénétré des suites qu'elles peuvent entraîner, vous regarderez comme un devoir essentiel, pour la religicm et pour l'Ëtat, de vous occuper d'abord du soin d'instruire et de tranquilliser le peuple, en donnant à tous les curés de votre diocèse l'ordre de prêcher l'obéissance et la soumission au souverain et d'exhorter leurs paroissiens à la plus parfaite confiance dans les sentiments de piété et de religion de Sa Majesté. >

Cette dernière partie des exigences du gouvern^nent n'avait aucune chance de succès : elle lut rejetée purement et simplement Mais on publia , sous la date du 51 juillet, une Lettre pasUh raie du cardinal archevêque de Malines à Iùus les fidèles de son diocèse, qui donnait au gouvernement une sémi-sattsfaction. L'auth^iticité de cet écrit fut contestée lorsqu'il vint i paraître, Uen que les termes, équivoques en certains points, dans lesquels il était conçu, en constatassent suffisamment la source. Le voici, du reste, textuellement :

c Gomme nous voyons avec autant d'indignation que de douleur, se répandre tous les jours dans notre diocèse grand nombre de brochures et d'écrits anonymes , dont les uns attaquent la religion jusque dans ses fondements, méprisent l'Église et calcMunient ses ministres , les autres tendent à émouvoir le peu- [rfe et à exciter à ta révolte et à la sédition, qu'aucune raison possible ne saurait excuser; justement alarmé sur les suites

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funestes de pareils écrits pernicieux , nous avons jugé qu'il est .de notre devoir de vous prémunir contre les dangereuses impressions qu'ils pourraient faire sur vos esprits et vous en inspirer le mépris qu'ils méritent.

€ Non, très-chers frères, ne vous laissez jamais détourner, ni de votre attachement inviolable à la vraie religion, ni de la fidélité, du respect et de la vraie soumission que vous devez à notre souverain, en vertu de la sainte religion même que vous professez. N'écoutez point ceux qui voudraient vous induire à manquer à l'un ou à l'autre de ces devoirs également indispensables. Soyez toujours aussi bons et fidèles sujets que catholiques sans reproches. Souvenez-vous que, conformément aux maximes de rËvangile, il faut aussi bien rendre à César ce qui lui est dû, qu'à Dieu ce qui lui appartient. Gardez-vous bien de vous permettre jamais de mal interpréter ses intentions, ce qui étant contraire à la charité chrétienne vis-à-vis du dernier de vos frères, deviendrait une injure atroce à l'égard de celui qui est le père de son peuple. En un mot, laissez, avec confiance et la plus parfaite tranquillité, les soins de l'Église et de l'État à ceux à qui la divine Providence les a confiés, et reposez-vous entièrement, pour ce qui concerne la religion , sur la vigilance et le zèle des évéques, que Jésus-Christ a établis les dépositaires de la foi. Adressez à cet efiet pour eux les plus ferventes prières au Seigneur, et particulièrement pour nous, qui en avons et plus de droit et plus de besoin.

c Fait à Malines, en notre palais archiépiscopal, le 51 juillet 1788.

c Jean Henri , cardinal-archevêque c Par Son Éminence , de Malines.

c J. F. Yan Zeebroeck, secrétaire. »

L'évéque d'Anvers ne suivit pas immédiatement l'exemple de Monseigneur De Frankenberg. Ce ne fut que le 6 août, c'est-àdire deux jours après la fermeture forcée des séminaires de Malines et d'Anvers , qu'il adressa aux fidèles de son diocèse une lettre pastorale dans le même sens : ce qui tend à prouver qu'il

blliit de vives instances et des circonstances bien graves pour Ty déterminer. La lettre pastorale de Tévéque d'Anvers fut, du reste, beaucoup moins explicite encore que celle du cardinal-archevêque. On y appuyait davantage sur les publications contraires à la religion et à ses ministres. On semblait par là faire allusion aux écrits publiés en faveur du gouvernement, tels que ]es Lettres (Fun gentilhomme campagnard, le Ckmpctœil sur les réclamations belgiques^ et autres brochures que le clergé s'efforçait de faire considérer comme étant essentiellement impies et diffamatoires à Tendroit des serviteurs de Dieu.

L'évêque de Gand usa de la même tactique que Tévêque d'Anvers. Sa lettre pastorale, qui parut sous la date du 9 août, a été recueillie par M. Tabbé P. F. X. De Ram, dans son Synodicon Belgicum. Mechlinûe, 1839, in-4% t. IV, p. 514, mon. 99 (i). Cet auteur n'a pas jugé convenable d'admettre dans son recueil la lettre pastorale du cardinal De Franckenberg, du 51 juillet 1788. Il l'aura sans doute considérée comme apocfaryphe, sur la foi des libellistes du temps.

Avant de parler des mesures d'exécution violente , dans la voie desquelles le gouvernement se détermina à entrer vers le commencement du mois d'août 1788, il nous reste à rappeler encore quelques faits, pour donner une idée exacte de Tétat des choses et des esprits dans ce moment suprême.

Le magistrat d'Anvers s'était obstinément refusé à la publication do la déclaration impériale du 17 décembre 1787. Il avait décidé, dans sa séance du 19 avril (2), que malgré le décret du

(1) Rmi Episcopi Ferdinandi Marie De Lûbkovitz, epistola pastoralis de die 9 augusU 1788, advenus perniciosarum novilalum libelles qui cum débita; ergà potestatem ecdesiasticam et clTilem obedieotic detrimento in dies accrescunt. Typis vidue Pétri De Goésin et filii. ( Imprimé sur feuille volante , en flamand ).

(i) Voici le texte de cette résolution : « 19 avril 1788.

u In pleno coUegio voorgebouden zynde het decreet gegeven in den souverynen raede van Brabant van 17 april 1788, ordonerende aen borgemeesteren, schepenen , raed deser stad dedeclaratie van S. M. van den 17 december 1787, binnen de 24 uren naerde informaetie van voorschreve decreet, in de gewoonelycke forme ende manière te doen uytcondighen , op pêne dat dezdve declaratie sal worden gepubliceert door eenen deurweerder van den bove :

tt Rêiolutum van tôt de pubUcatie der voorseide declaratie van 17 décembre 1787 niet te treden , ende ingevalle deselve door eenen deurweerder soude geschieden , daer tegen te pro-

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conseil de Brabant qui l'avait condanuié à faire eette publication , sous peine de la voir opérer par un hunier du conseil, il ne la ferait pas^ et que , dans le cas où ua huissier YÎmdrait à y procéder en exécution du décr^ , le magistrat protesterait, comme il protestait déjà , à quelle fin il commettait dès lors le notaire De Quartemont. La déclaration fut publiée et afiichëe par Thuissier Devos, du conseil de Brabant, le 29 aTril. Le magistrat fit protester le même jour, comme il l'avait anncmcé, par le ministère du notaire De Quart^oiont

On chercha, dès ce moment, à émouvoir la population d'Anvers, et nous trouvons, dans des lettres de Wiricx, conseiller fiscal de la châumbre d'Anvers, adressées au ministre plénipotentiaire, des détails assez curieux sur un des moyens qui forent mis en pratique pour atteindre ce but Le jour même de la publication de redit et de la protestation du magistrat , on répandit à profusion dans la ville une petite carte imprimée, annonçant une messe scJ^nelle, qui devait avoir lieu le lendemain au couvent des récollets, pour la conservation de ta viUe et du pays (i). La messe eut lieu effectîvemtent, mais les habitants se retirèrent ensuite assez paisiblement chez eux. Après cela, il n'y eut plus guère de symptômes de désordres : seulaoïent , le i^'^ mai , jovr du renouvellement du magistrat , quelques poUssons suivirent la voiture de M. le marcgrave, qui était venu recevoir le serment des nouveaux membres ; mais ils furent aisément dispersés»

On fit des recherches pour connaître les auteurs de la petite carte de convocation et de la messe solennelle. On ne put rien découvrir. M. Wiricx employa une personne , par laquelle il se croyait sûr de savoir la vérité. Cette personne rendit compte de

testeren, gelyck daer tegen van nu Toor alsdan geprotesteert werd, ten welken eynde gecommitteert word den Notaris De Quartemont.

<c Achnn in pleno collegio ut supra.

« Was geparapheerl : Lunosa V. Ende onderUiekent : J. Woimsuikns. »

( 1 ) Voici littéralement le contenu de cette carte :

« Woonsdag 30 april 1788, ten 9 ueren, eene solemneele misse by de Eerw. paters minderu broeden, tôt stads en s'iands behoudenis. i»

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sa missioii par un billet que nous avons sons les yenx. Il est conçu en ces termes :

c Gisteren avond hebbe ick den eervr. pater Gardiaen selfs gesfuroken, en heeft my het volgende gezeyt in substantîe :

€ 1. Op 29 april heeft iemant, aen my onbekent, doen vraegen c om s'anderdags eene misse te hebben ter eere van den H. Antoc nius, soo als dit meermaels by ons gebeurt.

c % Dien persoon heeft my in geener wyse te kennen gegec ven tôt welckeen eynde deze misse moest geschieden.

€ 5. In gevolgen dier hebbe ick die misse doen celebreren ad € mteniianem petentis, sonder dat ons die intentie bekent was.

c 4. Ick ende aile besondere van myne gemeynte wy betuygen c op het sterckste dat wy niet alleen geen deel hebben gehad in die c gedruckte ofte geschreven briefkens , door dewelke die misse c is aengekondight geweest, maer dat wy selfs daervan niets ge* c weten heU>en, ten zy lang naer het eyndigen van die misse, < wanneer wy het door het volck van de stadt gehoort hebben.

€ 5. Dat wy aile dit qualyck genomen hebben, en self waer het € saeken ick sulkz van te voren geweeten had , dat men dit op c soo eene wyse bd^eiit had gemaeckt, ick soude die misse niet c hebben beten geschieden. »

c Die vyf pointen heeft dien eerw. pater my op het alderkragtighste bevestight de naeste waerheydt te wezen , en heeft ze my op syn woort van eer verzekert. »

Cette note fut considérée comme une justification complète des pères récollets, et Ton ne poussa pas plus loin les investigations. La ville paraissait tranquille, du reste; mais on ne négligeait rien pour Tagiter et pour rendre impossible tout moyen de répression. C'était envain que les substituts procureurs généraux cherchaient à utiliser leur présence à Anvers, dans Tintérét du maintien de Tordre : ils étaient entravés de toutes parts. Il n'y eut pas jusqu'aux huissiers qui ne leur refusassent leur concours. Une visite domiciliaire, qu'ils avaient faite, dans une maison de librairie , pour saisir des brochures séditieuses , donna lieu à une représentation virulente de la part du magistrat, qui alla jus^

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qu'à les expulser du local qui leur avait été assigné, et à demander le rappel du substitut Schepmans. Toutes ces tracasseries valurent au magistrat d'Anvers la dépêche ci-après, qui, tout en les condamnant, les résume assez bien pour que nous puissions nous dispenser d'autres développements :

€ Marie , Albert , etc.

c Ayant reçu vos rapports du 26 et du 29 de ce mois, responsifs à nos dépêches du 25 et du 27, nous vous faisons la présente, de Tavis du conseil royal du gouvernement, pour vous témoigner notre juste mécontentement sur les difficultés, les observations et les demandes déplacées que vous continuez à y articuler , et pour vous dire en même temps :

c l'' Que nous entendons que le substitut procur^ir général Schepmans reste à Anvers, pour y remplir les devoirs de son office. Il y est 9 comme tout autre officier et employé, sous la protection immédiate de Sa Majesté, dont on saura assurer les effets, et il sera soutenu par tous moyens dans l'exercice de ses fonctions.

c 2^ Que c'est notre intention absolue que, si vous ne l'avez pas encore fait, vous rendiez d'abord à l'office fiscal l'usage de T^n* placement que vous lui aviez assigné ci-devant dans l'hôtel de ville, et que vous nous rendiez compte de l'avoir effectué.

c S"" Que, si vous ne pourvoyez pas, ou êtes hors d'état de pourvoir aux inconvénients que vous paraissez craindre pour la tranquillité de vos délibérations, l'officier commandant a déjà l'ordre d'y suppléer, comme de faire cesser, par toutes les voies possibles, à défaut du concours du magistrat, toute démarche et tout attroupement qui tendrait à troubler l'ordre et le repos public.

c 4"* Que nous avons résolu , à cause des circonstances, de conserver, jusqu'à autre disposition, une garnison militaire dans la ville d'Anvers ; qu'il ne peut ni ne doit être question du ci-devant prétendu comité dont vous parlez, et que nous confirmons et renouvelons rinlerdiclion de toute assemblée, conférence ou correspondance avec ce prétendu comité que nous entendons

être anéanti , ou avec les membres à qui nous interdisons expressément de se rassembler encore. Que nous avons donné des ordres pour qu'il soit veillé à Texécution ponctuelle de nos intentions à cet égard, et d'agir, le cas échéant, comme il appartiendra : nous réservant, au surplus, lorsqu'il s'agira de changer la destination de la garnison, de vous faire connaître nos intentions ultérieures sur les moyens de maintenir la sûreté et la police, conformément aux règlements auxquels nous n'entendons d'ailleurs pas déroger, en tant qu'il s'agirait de l'assemblée ordinaire et légale connue sous le nom de wackt kaemer, et qu'il pourrait y en avoir matière.

c 5» Que nous ne pouvons qu'être indignés de votre persévérance dans l'opposition à l'envoi ou au séjour de l'office fiscal à Anvers, tandis que Sa Majesté a incontestablement, dans cette ville comme dans toute la province, le droit d'y envoyer le procureur général ou des substituts, dans toutes les occasions où le bien de son service et l'intérêt public l'exigent; et de leur y faire exercer leurs fonctions dans tous les cas qui , selon les lois , sont de la compétence de l'office fiscal ; tandis que d'ailleurs il réside dans ce moment-ci à Anvers une chambre du conseil de Brabant, composée de sept juges et d'un conseiller faisant fonctions d'avocat fiscal, et qu'indépendamment des événements qui s'y sont succédé et surtout de ce qui s'y est passé, le 21 de ce mois, le seul exposé de vos rapports mêmes prouve à la fois et le besoin de la garnison et la nécessité de poursuivre avec la plus grande vigueur, par les voies de la justice réglée, conformément à là constitution, les auteurs et complices de ces excès criminels et séditieux, ainsi que les auteurs et distributeurs des écrits également infâmes et séditieux qui se répandent sans cesse à Anvers.

€ Nous vous enjoignons, au reste , très-sérieusement dans ces circonstances, de donner l'exemple de l'obéissance, de la soumission et de la confiance dans les dispositions de l'autorité supérieure : ce qui sera le meilleur et le plus efficace moyen de diriger le peuple , de contenir les malintentionnés et de n'avoir rien à redouter de ceux-ci ; d'apporter vous-mêmes et de faire apporter

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