‹ Ferdinand Rapédius de Berg. Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la révolution brabançonneChapitre 61 sur 102 · DU 17 JUILLET · texte numérisé non relu

DU 17 JUILLET

Le vendredi, 25 mai 1788 , les états de Brabant s assemblèrent dans le lieu ordinaire de leurs séances. Un des premiers objets, dont ils eurent à s'occuper , fut la dépêche du 3 avril , concer*' nant les boetmeesters des Nations. Il fut fait lecture de cette dépêche en assemblée générale ; il fut ensuite donné communication de la dépêche du 22 mai, citée à la fin du chapitre précédent, et puis, enfin, on lut successivement les divers règlements relatifs aux droits et prérogatives des arrière-membres des trois

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chef-villes : le règlemeot de 1662 pour la ville de Louvain, les règlements de 1545, 1586, 1619 et de 1700, pour la ville de Bruxelles, le règlement de 1659 , pour la ville d'Anvers. Mais, après toutes ces lectures, la délibération fut close, et aucune résolution ne fut prise. Il ne fut pas même question de répondre au gouvernement général : de sorte que Van der Noot et ses boetmeestersl\fuveut tacitement maintenus dans leur prétention de se mettre à la place du tiers-état. Voici, du reste, un extrait textuel du procès-verbal de cette séance :

c Naer dese deliberatie, is lecture geschiedt van den brief

van HH. GG. HH. , de date derde der voorlede maend april , geregistreerd op den 4 derselve maend , betreifende de boetmeesters van de Natien van Brussel , tôt dien is gelesen den brief van HH. ce. HH. van den 22 deser maend , hiernaer volgende , ende daerenboven syn voorgelesen de reglçmenten op het stuck van de achterleden der dry hoofdsteden geêmaneert, als namentlyck voor de hoofdstadt Loven 1662, voor Brussel annis 1545, 1586, 1619 ende 1700, voor Antwerpen anno 1659; dogb en is des aengaende geene besondere résolu lie genomen geweest. >

Pendant que les états semblaient ainsi vouloir encourager les prétentions anarchiques de Yan der Noot et des siens , la ville de Bruxelles était en proie à une vive agitation, et le gouvernement paraissait en redouter les conséquences. Les troupes avaient été consignées et des patrouilles parcouraient les rues en tous sens. Vers midi, la garnison fut renforcée par quatre compagnies de grenadiers, deux du régiment de Wurtemberg et deux du régiment de Murray. Ces troupes arrivaient de Luxembourg. A quatre heut*es, un violent incendie éclata dans la rue de la Magdeleine, chez un épicier nommé Pletinckx. Le tocsin se fit entendre aussitôt, et Ton craignit que ce ne fût le signal de la sédition. Au lieu de s'occuper de Tincendie, la garnison prit sagement les armes. Le bataillon de Murray alla se ranger en bataille sur la place du Sabfon; le bataillon de grenadiers occupa la place Royale, avec deux pièces de canons ; deux compagnies du régiment de Ligne gardèrent le trésor royal au Parc; hr grand'garde fut renforcée

et se tint sous les armes, les canonniers à leurs pièces. Les autres troupes prirent position sur les remparts. Les dragons de d'Arberg et les hussards de Blankenstein firent des patrouilles. Les portes de la ville furent fermées. L'archiduc Albert était accouru de Laeken à cheval, pour partager les dangers des membres du gouvernement.

Les dispositions prises par l'autorité militaire eurent un heureux résultat. L'incendie fut éteint par les habitants, à l'aide des pompes dont les communautés religieuses étaient pourvues. Aucun faiit grave ne signala cette journée, malgré tous les efibrts des agitateurs. Le lendemain cependant on arrêta la Pineau , et on la conduisit à la porte de Halle. L'huissier Devos, du conseil de Brabant, fut chargé de cette expédition, avec l'assistance de cinquante hommes du régiment de Ligne. La garnison était consignée. Nous aurons occasion de parler encore de cette femme, qui joua dans la révolution un r61e plus sérieux qu'on ne le pense généralement.

Le seul moyen de calmer Teffervescence des bourgeois de Bruxelles, était d'obtenir promptement le consentement des états au subside ordinaire. Rien ne fut négligé pour atteindre ce but. Nous avons déjà parlé des moyens de séduction mis en œuvre par le ministre plénipotentiaire : il ne se borna plus à insinuer quelques promesses , à laisser concevoir quelques espérances; s'il gagna les états, ce fut par des concessions réelles, ce fut en pourvoyant à une grande partie des abbayes vacantes, et en redressant ainsi un des principaux et des plus anciens griefs de l'état ecclésiastique. Déjà , au mois de janvier de cette année, il avait été pourvu à quatre abbayes d'hommes (i). M. De Trautt-

(I) L'Emperear arait nommé :

1« A Tabbaye de ViUen (de Tordre de Cisteaax), dom Bruno Gloquette, natif d'Ath, qui fût le 63* et dernier abbé de Villers. Cette riche abbaye était vacante depuis le 4 avril 1782 , par le décès de dom Robert De Bavay , né à Bniielles, en 1711 , vicaire général de Tordre de Cisteaux dans les Pays-Bas, membre des états de Brabant, etc., qui avait gouverné , pendant 18 ans, ce monastère, ayant été nommé abbé en 1764. L'abbé de Villers prenait les titres de seigneur de Thil, Melleri, Schooten, S^*-Marie, S*-Job-in-Ghoor , Horst, etc., etc.

2* A Tabbaye noble de S^*-Gertrude (chanoines réguliers de Tordre de S'- Augustin), k Louvain , Joseph François baron De Woelmont , né à Frocout , près de Huy , lequel avait été proviseur et ensuite prieur de ce monastère, pendant six ans. Il en fut le 21* et dernier abbé.

mansdorff annonça encore aux états la nomination d'un abbé nouveau et de onze abbesses (i). C'était le seul moyen efficace

Son installalion eut lieu, le 25 février 1788. II remplaça Guillaume Adrien baron De Renessede Bar, juge synodal de rarchevéché de Malines, consenrateur des privilèges de Tuniversité de Louvain, membre des états de Brabaot, etc. Mort le 8 mars 1785, celui-ci avait exercé, pen> dant 20 ans, la dignité abbatiale, à laquelle il avait été appelé en 1765.

3** A Tabbaye de Saints Corneille et Cyprien , à Minove (de Tordre des Prémonstrés) , Jean Pamelaere , 48« et dernier abbé de ce monastère. Il remplaça Ferdinand Yan der Eecken, mort le 5 octobre 1783, après avoir gouverné cette maison , pendant 30 ans. L'abbé de ce monastère portait le titre de seigneur de Ninove, de Woubrecbtegem , de S^-Antelle , d'Herbecke et de la terre franche de Catthem.

4*" A l'abbaye de S^ Martin, à Toumay (de l'ordre de S*-Benolt ) , dom Ignace Leboucq, 40* abbé de ce monastère, nommé en remplacement de dom Robert Delzenne, mort en 1784 , après avoir exercé, pendant 25 ans, la dignité abbatiale. Dom Ignace mourut en 1791, et eut pour successeur dom Michel Marchant , mort à Tournay , le 16 janvier 1814 , qui fut le dernier abbé de S^-Martin. D'après Hoverlant de Bauwelacre, Zttai chronologique pour servir à l'Histoire de Toumay, t. III, p. 293, « lors de la nomination de dom Ignace Leboueq à la c( dignité abbatiale , en 1788, il ne put lever ses provisions qu'en souscrivant k Bruxelles l'obli* «c gation de payer annuellement vingt mille florins au gouvernement autrichien. » D'après le même auteur : u A chaque nomination d'abbé, le gouvernement autrichien chargeait ce monas- « tère de quelques pensions viagères en faveur de ses officiers ou protégés , ce qui se renouvelle lait aussi à Tinauguration de chaque souverain. Ces pensions étaient connues sous le nom de u pains d'abbayes , de ce que, originairement les souverains y plaçaient, pour le reste de leurs «t jours , leurs anciens officiers, par forme de retraite gratuite, v

(i) L'Empereur nomma , dans cette circonstance :

V A l'abbaye de S^-Adrien , k Gramroont ( ordre de S^-Benolt ) , Ghislain Van Havermaet , prieur de ce monastère, en remplacement de Robert Yau Adorp, mort en 1786. Van Haevermaet fut le dernier titulaire de cette abbaye.

2** A l'abbaye noble de Forêt (religieuses bénédictines), près de Bruxelles, dame Marie Thérèse De Ruedan , 34* et dernière abbesse de cette maison. Elle remplaça dame Marie Josèphe De Bousies de Rouveroy , morte le 13 octobre 1785 , après avoir gouverné pendant 25 ans ce monastère, dont elle avait été installée abbesse, le 19 octobre 1760. Après l'entrée des Français , en 1794, madame de Ruedan se réfugia à l'abbaye de Hemelpforte, près de Wurtzbourg, en Franconie, et y mourut , le 18 janvier 1795.

3" A l'abbaye du Val-des-Vierges ou Maegdendael ( religieuses de l'ordre de Cisteaux ) , à Oplinter , près de Tirlemont , dame Bernardine d'Everlange de Witry , 34* et dernière abbesse de cette maison , eu remplacement de dame Victoire Manderlier , morte en 1785.

40 A l'abbaye de la Ramée ( de l'ordre de Cisteaux ) , près de Jodoigne, dame Constance De Sivery , dernière abbesse de ce monastère. Elle remplaça , dans la dignité abbatiale, dame Séraphine Wouters , morte en 1784.

Lors de la suppression de cette abbaye , on découvrit dans un cachot infect une reUgieuse nommé Marie Dieudonnée Minet, qui y était enchaînée depuis huit ans , et renfermée dans un sac depuis plus de dix mois, par ordre de l'abbé De Boneffe et de l'abbesse Constance De Sivry , sous prétexte d'aliénation mentale. On trouve des documents curieux sur cette afliure , qui fit beaucoup de bruit à cette époque , dans le Républicain du Nord, du 24 brumaire an V (14 novembre 1796), et dans VEcho des feuilles politiques et littéraires, ci -devant Esprit des gazettes, t. XXXIV, p. 508, n» 60, du 27 brumaire an V (17 novembre 1796); p. 554, n" 66, du 11 frimaire (l*' décembre); et p 554, n» 67, du 13 frimaire an V (3 décembre 1796). Par arrêté du 25 brumaire an V , l'administration centrale du département de la Dyle ordonna que des poursuites criminelles seraient dirigées contre l'abbesse de la Ramée , du chef de détention arbitraire. Cet arrêté fut reproduit par tous les journaux du temps , ainsi que le procès-

pour obtenir le concours des états. Aussi les vit^n voter le subside, dès le 27 mai. M. De Trauttmansdorff, comme s'il eût craint de ne plus trouver l'occasion de placer son oubli général du passé, se hâta de faire publier ce document : c Sa Majesté » , y était-il dit, c rend à la nation et à ses représentants son anc cienne bienveillance et sa confiance. Résolue de maintenir la c constitution actuelle de ses provinces belgiques, elle s'occuc pera constamment de tout ce qui peut contribuer à leur bien- € être et à leur prospérité, i

Le lendemain, 28 mai, les deux pièces de canon qui se trouvaient à la GrandTlace , depuis les troubles , étaient transportées à la caserne des Ânnonciades; le surlendemain, 29, tous les membres des états dînaient chez LL. AA. RR. au château de Schoonenberg, à Laeken; le 51 , ils votaient une adresse à l'Em-

verbal dressé par la municipalité de Jodogne , le 19 brumaire de la même année. Ces poursuites paraissent a?oir été étouffées peu de temps après.

S» A rabbaye de Groeningen ( religieuses de Tordre de Gisteauz ), pris de Gourtray , dame Victoire Gillon , 52« et dernière abbesse de cette maison. Elle remplaça dame Constance Du Toict, morte en 1785.

6* A l'abbaye de Spermailles ou Espermailles ( de Tordre de Gisteauz ) , à Bruges, en remplacement de dame Marie Tbérèse De Brabandere , morte en 1786, dame Blarie Thér^ De Waepenaert , qui fut la 57* et dernière abbesse de ce monastère.

7* A Tabbaye du Saulcboir ( de Tordre de Gisteaux ) , aux environs de Toumay , en remplacement de dame Robertine Philippe, morte en 1785, dame Amélie Herrier, qui fut la 51* et dernière abbesse de cette maison.

8» Â Tabbaye de Notre-Dame du Mont-d*Or (de Tordre de Gisteaux) , à Weyelghem , près de Gourtrai, dame Albérique De Madré, 56* et dernière abbesse de ce monastère, en remplacement de dame Caroline De Patyn , décédée en 1784.

9* A Tabbaye d*Eq»inlieux ( de Tordre de Gisteaux ) , à Mons , Angéline Grapols , qui en (ut la dernière abbesse, en remplacement de dame Marie Catherine Hardy, morte en 1785.

10* A Tabbaye de TOlive (de Tordre de Gisteaux), en remjdacemeot de dame Marie Catherine Nopere, morte en 1787 , dame Natalie Van der Noot , dernière abbesse de cette maison.

11* A Tabbaye de Notre-Dame du Refuge ( de Tordre de Gisteaux ), à Ath, en remplacement de dame Marie Ignace Mahieu , morte en 1785, dame Benoîte Scops, dernière abbeae de cette maison.

12* A Tabbaye de Glaire-Fontaine ( de Tordre de Gisteaux ), près de Luxembourg , en remplacement de dame Marie De Jodanville , morte en 1784, dame Gatherine d*Eyseneck , dernière abbesse de cette maison.

Au mois d'août suivant, l'Empereur nomma encore abbesse du monastère de S^Trond ( chanoinesses régulières de Tordre de S^Augustin) , à Bruges, dame Anne Hennessy, qui remplaça dame Isabeau De Witte, morte en 1784, et fut la 51* et dernière abbesse de cette maison.

Au commencement du mois de septembre , Tabbaye de Notre Dame d'Orval ( de Tordre de Gkteaux), dans le duché de Luxembourg, fût conférée à Barthélémy Lucas, qui remplaça Etienne Scholtus, mort en 1787.

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