‹ Ferdinand Rapédius de Berg. Mémoires et documents pour servir à l'histoire de la révolution brabançonneChapitre 79 sur 102 · CHAPITRE XÎIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÎIX

l>tfCLAmATION 1>B L*ARCHEVÉQ17B DE KALINBS. — TROUBLES ET PIIXAGBS.

Le coup d^Ëtât du i8 juin valut à M. le comte de Trauttmansdorff des félicitations qui rembarrassèrent d'autant plus que c'était bien malgré lui qu'il en était venu à cette extrémité, c Je reçus force compliments le lendemain et le surlendemain > , dit-il dans ses Notes ^ « tout ce qui était royaliste témoignait une joie indécente; je cherchais à calmer , à ramener les esprits, etc. » Fidèle à son caractère, M. de Trauttmansdorff tremblait devant son œuvre; il aurait voulu en amoindrir les résultats, r^tte mesure si hardie, si périlleuse, il était prêt à la réduire aux pro-

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portions d'un acte inutile. Maître absolu d^ns le duché de Brabant, la première cHose qu'il eût eu à faire, s'il avait voulu conserver ce pouvoir, c'eût été de s'en servir contre les ennemis du gouvernement et de leur ôter l'envie de reprendre leurs menées révolutionnaires. C'était ainsi que d'Alton en aurait agi (i), et il eût au moins été conséquent dans sa conduite. Mais le ministre plénipotentiaire avait une politique plus raffinée : après ^ avoir brûlé ses vaisseaux, il aurait voulu pouvoir encore s'échapper par quelque faux-fuyant. Il parlait de gagner les esprits; il croyait pouvoir s'assurer du peuple des campagnes, par l'abolition de quelques droits. Peut-être y avait-il encore* possibilité de réussir de ce côté, mais il ne suffisait pas d'abolir des droits pour y parvenir. La suppression du séminaire général pouvait seule amener ce résultat. Si le gouvernement avait convoqué les évéques et qu'il eût fait au clergé un sacrifice facile, le peuple des campagnes n'eût plus songé peut-être à se soulever : car le clergé aurait eu d'autant moins d'intérêt à produire le désordre , que l'exemple de ce qui se passait eu France , et même dans la principauté de Liège, devait lui en faire craindre les suites. Les élections avaient fait de la France une sorte de tour de Babel , où il était facile de prévoir qu'à force de parler sans s'entendre, on finirait par s'entr'égorger. Personne ne se doutait alors qu'il se trouverait un jour des écrivains assez habiles pour prêter un caractère de grandeur à ce tohu-bohu de prétentions et de projets extravagants.

(i) Voici comment le géDéral d*Alton s'exprimait à ce sujet dans un rapport à l'Empereur, daté du 19 juin :

« Pour rendre cette révolution heureuse , il serait nécessaire maintenant de purger le conseil du gouvernement et de rompre cette aristocratie qui gouverne sans réserve depuis Gobenzl , et enfiD d'atterrer l'hydre monacale en réf^mnant d'un coup toutes les abbaiyes dont les cheft se sont montrés si rebelles aux volontés souveraines. Si, sur le nombre monstrueux de cent et huit de ces maisons qui existent aux Pays-Bas , on en diminuait un tiers , qu'on pourrait distribuer dans celles qui resteraient, et si , en même temps on créait qmdques établisseoraits pour le soulagement de l'humanité, comme cela s'est pratiqué en Allemagne, bien loin d'accuser le souverain d'irréligion^ on le bénirait et rendrait justice à ses vues éclairées et bienfaisantes. Ces deux opérations feraient plaisir à la nation et seraient très-avanti^euses aux intérêts <hi 800Te*> rain. Mais en refondant le conseil du gouvernement, on n'aurait rien fait s! on continuait à employer in deux frères dans le pays : ce serait éterniser le despotisme et le monopole du pouvoir qui a existé si longtemps ici, l'un des frères étant à la tête du consefl de Brahant et l'attire ayant celui du gouvernement totalement à sa disposition. »

{Mémoires pour servir à lajusHftceUion du général d^AUon, déjà cités, in iSO.)

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A Liëge, le commencement de la maladie réyolutionnaire se manifestait par des symptômes tout particnlierset vraiment étranges. Depuis quelque temps on avait établi une salle de spectacle dans cette ville : le goAt de la scène s'y développa tout à coup d'une mamère si effrayante» que deux théâtres d'amateurs s'ouvrirent presque en même temps. Mais ce qui surtout offrait un caractère alarmant pour la raison publique , c*est qu'on ne se contentait plus d'assister en spectateur aux représentations scéaiques : tout le monde voulait jooer la comédie et surtout la tragédie. On vit jusqu'à des prêtres monter sur les planches (i), dans un théâtre fondé sur les immunités ecclésiastiques. Qudques-uns de ces acteurs improvisés furent applaudis avec tant de fureur, qu'ils se crurent du talent et partirent pour Paris, afin de s'y produire sur une scène plus digne d'eux. Les journaux du temps

(i ) On trouve dans le Journal 9^n^aid«r£urope( 1789,1. II »no 39, p. 67, dei annonces, artides et avis divers), une lettre datée de Liège , 25 mars 1789, qui coutieut le curieux passage suivant: u Il est vrai que, par un reste dlndifférenoe plutôt que de respect pour d'andens usages, on souffre encore que le grand théâtre reste fermé en carême ; mais on en est dédommagé avec usure. Au déftrat de mimes soudoyés, on a substitué deux théâtres on écoles de mœurs bourgeoises, dont les acteurs pourraient figurer avec les meilleures troupes. L'un placé sur les immu* Dites ecclésiastiques ne ressemble pas mal aux théâtres de Rome, où les hommes, comme on 9àif rempUssent les rôles de femmes; Fantre réunit les deux sexes et n*en est que plus attrayant. Deux membres du clergé y ont brillé surtout et enlevé tous les suffrages. J'ai assisté k ude de leurs représentations, et Rosette m'a enchanté; Rosette m'a presque enflammé. Mais quelle a été ma surprise, le lendenuiin, en passant par la cathédrale, de voir Rosette à l'autel et dire la messe! m

Le fait auquel il était bitallttsion, au travers de ce persifllage, était vrai; on n'en saurait douter, après avoir lu une lettre de l'abbé IsU, bénéficier de la cathédrale, insérée dans le même journal, n* 49. L'auteur se plaint beaucoup de ce qu'on l'a enveloppé dans l'accusation portée à la charge de son ami l'abbé D., et il blâme hautement oelui-d d'avoir pu s'oublier an point de figurer an théâtre et de s'exposer aux siiDots de la multitude. « J'ai remontré, dit-il, à mon ami , le tort qu'il s'est fait; je l'ai engagé à se retirer d'une société qui ne pouvait que nuire infiniment à son avantage; je l'ai fait avec la douceur de l'amitié, parce que je sais que llioomie le plus vertueux n'est point exempt de liws : je me serais bien gardé d'instruire les trois quarte de ses condtoyens d'un écart qn'ib ignoraient ; mon zèle n'eût été que scandale, etc. i»

Les curés de Liège, indigaés de ce qui se passait , adressèrent , sons la date du 20 mars 1789 , k leur prince*évéque, une requête énergique, dans laquelle on remarque les passages suivants : € Il doit être connu k V. A. combien i'histrionisme a gagné dans notre cité , depuis la fatale érection du théâtre. C'est là l'épeque de la décadence des nKsurs et du triomphe du libertinage^.... Il s'est élevé depuis un an , au milieu des oalamitéB publiques, une jeunesse eflirénée qui , montée d'abord sur des trétaux dans un grenier, s'est exercée dans l'art funeste de fomenter les pasiieBS et d'attiser le feu dévorant de l'impureté. Enhardie par les applaudissements de rioibéGile* frivolité, cette troupe d'efféminéÉ t'est bientôt partagée en deux bandes, d'où va se provigner, dit-on , une troisième branche. Un de leurs ropaires est même établi sur les immunités ecclésiastiques, comme pour braver le bras séculier sous l'égide des sacrés canons »

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et de la localité citent particulièrement un monsieur Gaspard, qui, ayant pris cette résolution, emporta les regrets et les vœux du public liégeois. Nous ne sachons pas qu*on ait jamais entendu parler des débuts de ce grand artiste au théâtre français.

Quand on considère quels sont les éléments ordinaires des révolutions, on est porté h croire qu'une révolution eût été impossible dans les Pays-Bas autrichiens, si le gouvernement lavait voulu; que même les efforts de la propagande y eussent échoué. Les habitants des campagnes étaient littéralement sous le joug du clergé, et ils n'avaient pas la moindre velléité de secouer ce joug. Il en était de même du peuple des petites villes et d'une partie de la population des grandes villes. Les esprits forts étaient en très-petit nombre et ne se trouvaient guère que parmi les avocats et les nobles. En supposant qu'ils fussent parvenus à ameuter les Nations et les Serments de Bruxelles, il n'y avait pas assez d'énergie, dans tous ces bons bourgeois, pour résister à un bataillon de troupes régulières. Quant au reste du pays, le pouvoir n'avait qu'à faire cause commune avec le clergé, et non-seulement il n'aurait pas eu de révolution h appréhender, mais il aurait trouvé des ennemis acharnés de toute révolution tentée dans un esprit français (i). Ceci n'est pas une simple suppo-

(0 Sous ce rapport , les vues du général d* Alton étaient singulièrement erronée. H croyait la révolution française favorable aux desseins de l'Empereur, et sMmaginait que le peuple brabançon était mûr pour entrer dans ce nouvel ordre dïdées. 11 écrivait h TEmpcreur, sous la date du 19 août 1789 : « Ce n'est pas d'aujourd'hui que les prêtres cabalent avec impunité î ce n'e^t pas aussi d'aujourd'hui qu'ils sont protégés par l'aristocratie, dont la manœuvre a toujours eu pour but (Je ramener l'ancienne constitution, en faisant naître mille difficultés dans tous lea changements qu'on a voulu introduire, et sur lesquels le peuple a toujours été tenu dans Tobscurité, parce qu'éclairé sur les avantages du nouveau système, il n'aurait eu qu'une voit pour en demander l'établissement, et Taristocratie aurait été à sa fin. Tout ce qui me reste à dire, est que l'exemple de la France , qui , en se créant une nouvelle constitution , suit presque les mêmes principes sur lesquels est fondé le nouveau système, fournit la plus belle occasion possible pour ouvrir les yeux au peuple, sur les avantages qu'il a refusés , et les lui faire désirer. » Et sous la date du 16 septembre, il ajoutait : « Le gouvernement n'a point la confiance de la nation, et il parait devenir, de moment en moment, plus urgent de lui donner une constitution quelconque. Celle qui se construit en France a beaucoup d'analogie avec le nouveau système : on la recevrait ici à bras ouverts, et on y gagnerait au moins le tiers état. Si, d'un côté, les nobles et le clergé en étaient mécontents, de l'autre, on s'attacherait le tiers-état, qui est partout la partie essentielle de la nation. i» ( Mémoire pour servir à la jmtificadon du général d'Alton, etc., déjà cité p. 149 et 155.) ,< - .m- Mi ^^c\\^ mo^j «fn»i

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sition : la faiblesse du parti vonckiste et les haines sous le poids desquelles ce parli se vit écrasé presqu'en naissant, sont des preuves qu'il n'est pas permis de récuser. Mais le gouvernement autrichien voyait dans le clergé un rival. Au lieu de faire tourner à son profit la puissance des idées religieuses , comme voudraient le faire, aujourd'hui qu'elles sont impuissantes, certains hommes d'État, il avait déclaré la guerre à ceux qui disposaient de cette puissance, alors si énergique. Et quand, d'un autre côté, les idées démagogiques firent invasion dans nos provinces, il se trouva désarmé : la seule arme avec laquelle il aurait peut-être réussi à les combattre, s'était tournée contre lui, et d'ailleurs cette arme, il avait fait tout ce qu'il avait pu pour l'émousser , pour en rendre l'usage impossible.

L'afiaire du séminaire général avait été fort mal- à -propos évoquée de nouveau. Le ministre plénipotentiaire avait fait venir le cardinal-archevêque à Bruxelles, le 15 juin , et lui avait intimé l'ordre de se prononcer , dans les vingt-quatre heures , sur l'orthodoxie de l'enseignement de cette école. Le lendemain, 16 juin, l'archevêque adressa au ministre une déclaration conçue en ces termes :

< JsàN Henri , par la miséricorde de Dieu , cardinalr^rêtre de la sainte Église romaine, de Franckenberg et Schellendorff, archevêque de Malines, primat des Pays-Bas^ grand croix de C ordre de Saint- Etienne de Hongrie ^ conseitier actuel intime d'État de Sa Majesté impériale et royale apostoUque, etc.

€ A tous ceux qui les présentes liront ou entendront, salut en Notre Seigneur.

c Nous trouvant requis et pressé par Sa Majesté l'Empereur et Roi de lui faire connaître, dans la journée d'aujourd'hui , le résultat de l'examen doctrinal que nous avons fait à Louvain, nous déclarons qu'après avoir mûrement délibéré , tant sur les répon-. ses qui nous ont été rendues par les professeurs aux questions que nous leur avions posées, que sur les livres classiques, nous avons trouvé sur ces deux objets plusieurs chefs de répréhensibililé très-notables ; de sorte que nous sommes forcé de regar- II. i»

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der l'enseignement de celte école comme non orthodoxe, ainsi que nous ferons conster par les détails et les preuves que nous ne tarderons pas d'en donner.

« Fait à Malines, le 16 juin 1789.

« Signé * Jean Henui, card.-arch. de Malines. « Par ordre de Son Éminence :

« Contresigné J. H. Dkvivier , secrétaire. »

Cette déclaration fut suivie, le 26 du même mois, d'un long mémoire, intitulé également Déclaration, et contenant l'examen: c 1° des sentiments des professeurs préposés à l'enseignement du séminaire général , relativement à certains chefs de la doctrine catholique ; 2° de la doctrine enseignée dans les livres classiques, spécialement destinés aux élèves de cet étahlissement. »

Dans ce mémoire , l'archevêque commence par rendre compte des principes qui l'ont guidé dans la délicate opération dont il fut chargé au séminaire général. Le premier de ces principes est que l'orthodoxie d'une école exige , non-seulement qu'elle n'enseigne rien de contraire à la doctrine de l'Église catholique, mais qu'elle enseigne sans réserve tout ce que l'Église catholique enseigne. Le deuxième de ces principes est que les évêques sont seuls compétents pour décider ce qui est point doctrinal et ce qui ne l'est pas. On comprend qu'après avoir posé cette double base. Son Éminence ne pouvait manquer d'avoir raison , et l'on s'étonne de ce qu'elle se soit donné la peine d'entrer dans de si longs développements pour prouver le bien fondé de ses jugements. 11 était également inutile de poser cet autre principe, fort commode, du reste, pour les juges en matière de doctrine : que l'enseignement catholique n'exclut pas seulement tout ce qui serait contraire à la foi, mais aussi toute proposition qui y répugnerait, comme sont les propositions sentant l'hérésie, suspectes (thérésie, proximes d^ hérésie; les propositions schismatiques; les propositions qui mènent au schisme; les propositions erronées , proximes de terreur, sentant l'erreur, suspectes (Terreur; les propositions scandaleuses, téméraires, séditieuses, malsonnantes, blasphématoires, impies, offensant tes oreilles piettses; les propositions laxes, tendant à

sêixàre les simples; les propositions fausses^ apocryphes, improbables 00 eomhmnées par TÉglise sous toute autre qualification. L'arcbevéque passe ensuite en revue toutes les questions qu'il a successivement posées aux professeurs de la faculté de théologie et toutes les réponses qui y ont été Élites, et il disserte longuement sur chacune de ces réponses. Les livres destinés à l'usage des élèves du séminaire général font également l'objet de sa critique» et il termine par une conclusion presque textuellement semblable à sa déclaration du 16 juin , que nous avons rapportée ci-dtôsus«

Ces deux pièces ayant été publiées peu de temps après, et au milieu des troubles qui vinrent bientôt agiter le pays (a), portèrent l'exaltation du clergé à son comble. Le ministre qui y avait imprudemment provoqué, eut beau manifester son mécontentement, les moyens de répression lui manquaient. Il en était réduit

(i) La dédaration doctrinale de Tarchevéque de Malines, rédigée par l'abbé Duvi?ier, son secrétaire, parut dandestiDemeot au nurfa de juillet on d*août 1789. Elle fût éditée par François Michel, libraire de Loavain, alors réfugié à Salnt-Troad. EUe a?ait été envoyée à celui-d par Adrien Oomen, licencié en théologie, alors secréUire de Tévéque d'Anvers. Cette édition fut soignée par François O ^am, professeur d'éloquence k Tunirersité de Louvain , et par Jean> Baptiste Cypers » bAehelier en théologie, alors professeur de syntaxe an collège de la Sainte- Trinité, depuis curé du village de Beveren, au pays de Waes. L'archevêque nia toute participatien à cette publication clandestine. I/éditioa, devenue très^rare aujourd'hui , est de format iii'4^, et a 110 pages. En void le titre exact :

DécUxralion de S. E, le cardinal-archevêque de Malines, sur T enseignement du séminaire général, omet teaamen dùdtinal des senHnunts des profeueurs et des livres classiques de eeUe nouvelle insiUuHon, du 26 /um 1789. Sans lieu d'impression, 1789, in-4^

Cette pièce fut réimprimée, la même année, à Liège et à Strasbourg, in 8«. Il en parut aussi, la même année, deux traductions flaiMBdes , augBieitéea de notes, Pone Brcdn, 1789, iB-8*, et l'autre 1789, sans lieu d'impression. (BrtuseUes), aussi in-8*. Au mois de juin 1790 , l'archevêque en fit paraître lui-même une édition offldelle. Elle est Intitulée :

t^éiUraHon de Son Éniinence le cardinal de Frmnckenberg, archevêque de Matines, sur 1^ enseignement du séminaire général de Lauvain , suivie de ^approbation du souverain ponHfe, des actes d^ adhésion de plusieu/ts évéques et universités et éCautres pièces relatives, Malines,Hanicq, 1790, in-8«, pp.910.

Cette édition contient , de plus que les précédentes, l'approbation pontificale et les différentes adhésions, dont la date est postérieure k edle de l'édition de Michel. La plupart des exemplaires sont rtvêtBS, à la dernière page, de la signature autographe, soit de l'abbé Duvivier , soit de l'abbé Van Zeebroek , tous deux secrétaires de Tarchevêque de Malines.

Malgré sa longueur, cette pièee a été tettudlenent insérée dans le Jàurnal historique de FeUer, 1790, t. II, pp. 340, 314 et 464. EHe a été en outre récemment reproduite par l'abbé F. X. De Bam, dans son Synodicon belgicum sive aela omnium ecdesiarum Belgii a celébratô eoneHiù frMmltno usque ad coneordaium 1801. MecMhH», tfanicq, 1829, tn-4*, UU, wrMepiseopatMsMeehUniensis, pp. 78-187.

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à fulminer des ordonnances, qui ne produisaient pas plus d'effet dans notre pays que n'eussent produit en France les bulles dn Vatican. En voici une, par exemple, qui semblait lancée à l'adresse du cardinal-archevêque, pour servir de réponse à sa déclaration : e De par l'Empereur et Roi , « Tandis que tous les soins de Sa Majesté n'ont pour objet que de faire renaître dans ces provinces l'ordre, le calme et le bonheur; tandis que l'oubli généreux quelle a nouvellement accordé à ceux qui , étant tombés dans des écarts criminels , ont eu recours à sa clémence , aurait dû ramener tous ses sujets , sans exception , à des sentiments d'amour et à ceux de la reconnaissance, que plusieurs d'entre eux lui ont déjà témoignés, on voit cependant, non sans douleur, que des sujets également dangereux et méchants, les mêmes sans doute qui ont fomenté et entretenu les troubles et désordres qui , depuis deux ans , ont fait le malheur de ces pays, répandent encore actuellement dans ces provinces des écrits inflammatoires et séditieux, qui, falsiflant les faits et prêtant au souverain des vues aussi contraires à ses principes qu'à ses intentions bienfaisantes, tendent à séduire le peuple et à l'inquiéter. Dans cet état de choses, il est de la bonté et de la justice de Sa Majesté pour ses fidèles sujets en général, d'ajouter aux assurances de bonté et de clémence qu'elle a eu la générosité d'annoncer , par sa déclaration du 20 juin . le bienfait d'employer tous les moyens possibles pour découvrir la source d'où émanent ces productions criminelles et dangereuses, et pour en éviter plus sûrement les effets, même celui de confondre dans les soupçons ceux qui se sont toujours bien conduits, ou qui, revenus de leurs erreurs et ayant obtenu les effets du pardon, n'ont commis aucun excès depuis.

« En conséquence, il a été résolu d'accorder, au nom de Sa Majesté , une récompense de dix mille florins à celui ou ceux qui dénonceront les auteurs et imprimeurs de pareils écrits séditieux , et une récompense de six mille florins à celui ou ceux qui en dénonceront les distributeurs, moyennant qu'ils subministrent, dans l'un et l'autre cas, les preuves nécessaires pour

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convaincre les coupables à suffisance de droit, et pouvoir les poursuivre et punir extraordinairement, dans toute la rigueur des lois, comme perturbateurs du repos public et coupables de haute trahison, sans espoir de pardon.

€ Au surplus, les noms des dénonciateurs seront tenus secrets, et les complices même qui dénonceront, sur le pied ci-dessus exprimé, soit les auteurs et imprimeurs, soit les distributeurs de ces écrits, jouiront, non-seulement des récompenses respectives promises par la présente déclaration, mais aussi d'une litière impunité, pourvu qu'ils ne soient pas eux-mémés les auteurs ou imprimeurs desdits écrits, ni les distributeurs immédiats.

c Fait à Bruxelles, sous le cachet secret de Sa Majesté, le

U juillet 1789.

€ Paraphé Tr. V^

€ Par ordonnance de Sa Majesté,

€ Signé P. De Lederer. »

Cette pièce, envisagée sous le point de vue moral, pourrait donner matière à bien des considérations, s'il n'était évident que son but unique et fort innocent était de faire peur à ceux qu'on y menaçait. Personne, en effet, ne songea à gagner les primes promises, par la raison fort simple que les conditions étaient impossibles à remplir. Il aurait fallu que le dénonciateur produisît des preuves telles qu'elles amenassent la condamnation du coupable. Or , il n'y avait pas de condamnation possible à cette époque; il n'y avait pas de justice répressive. L'ordonnance du 14 juillet peut donc être classée au nombre des mille et une proiclamations terrorifiantesqueM.DeTrauttmansdorff se plaisait à lancer dans le public , et qui ne faisaient peur à personne.

Quant au clergé, il était moins effrayé que qui que ce fût de ces vaines démonstrations. Il paraissait, du r^te, ne pas comprendre la portée des événements de l'extérieur, et le gouvernement même, s'il était mieux éclairé, n'en avait guère plus de prévoyance. Sa conduite, à l'égard du clergé belge, peut s'expliquer jusqu'au moment où la révolution française n'avait

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pas encore pris de caractère bien déterminé; mais à l'époque où se passaient les faits dont nous nous occupons, la France était déjà, depuis quelque temps, livrée à une sorte de délire qui menaçait de devenir frénétique. Il n'était plus possible de se faire illusion sur les conséquences de cette crise. « Déjà des éclairs échappés de la nue éblouissent nos yeux et glacent nos cœurs i>; s'écriait l'archevêque de Lyon, dans son mandement de carême de cette année : « le tonnerre gronde de loin; la foudre va bientôt éclater ; une inquiétude universelle s'est répandue subitement dans la nation ; un esprit de vertige s'est emparé de toutes les têtes; des idées nouvelles, substituées brusquement aux anciennes maximes, ont semé la discorde et la défiance parmi nos concitoyens ; une subversion générale semble menacer toutes les institutions politiques, civiles et religieuses. Le royaume éprouve une crise redoutable » Ce tableau

n'avait rien d'exagéré, et les événements ne tardèrent pas à prouver la vérité de ses couleurs. La bastille s'écroula le 14 juillet; l'émigration commença immédiatement; les enfants du comte d'Artois, le prince de Condé et le duc de Bourbon, arrivèrent à Bruxelles, le 22 juillet. M. De Trauttmansdorff sentit si bien la gravité de ces événements, qu'en annonçant à l'Empereur rarrivée des princes français, il lui dit : « Qu il craignait un contrecoup, qu'il désirait une augmentation de force, et qu'il avait prié le général commandant de faire venir le régiment de Bender , que Sa Majesté avait laissé à sa disposition. »

Cette précaution était bonne, sans doute; mais il y en avait une meilleure à prendre, dans l'intérêt du pouvoir : c'était de se servir des croyances religieuses du pays, comme d'un préservatif contre l'invasion des idées démagogiques. Le contre-coup, dont M. De Trauttmansdorff craignait les effets, se serait amorti par l'influence du clergé. Il était peut-être urgent de se ménager son appui; mais loin de rien faire pour l'obtenir, le ministre, ne prévoyant pas que tôt ou tard il serait forcé d'entrer dans cette voie, resta inflexible en tout ce qui concernait les affaires ecclésiastiques. Il se montra, d'autre part, assez disposé à

tsAre des concessions anx émentiers. Sous la date du 20 juin, il avait fait publier un édit qui rappelait les sujets égarés à leur légitime maUre. CTétait une sorte d'amnistie , ou plutôt une promesse d'amnistie pour ceux qui témoigneraient du repentir. Le nombre des solliciteurs fut grand , si Ton en croit les notes de M, De Trauttmansdorff, c Pendant plus de huit jours, dit-il, mon anti-chambre ne désemplissait pas de monde qui venait demander la grâce de ses frères, cousins ou parents, ou qui me remerciait de Tavoir obtenue. Tous me témoignaient de la reconnaissance, et surtout de la joie, de ce qu'àprésent tout était fini. A Le ministre ajoute : € Je conçus, dès lors, le plus grand espoir et certainement pas à tort. > Cet espoir fut déçu, cependant, et par une raison qu'il est bien facile de concevoir. Rien n'était plus inopportun dans ce moment, qu'un édit d'amnistie. Tout le monde sut par là que le ministre n'avait exécuté qu'avec répugnance les ordres de l'Empereur , et dès lors on crut à la possibilité d'en éluder les effets. Cétait de la fermeté, au contraire, qu'il aurait fallu déployer à l'égard de ceux qui avaient fomenté les troubles. Plus la situation était dangereuse et critique, plus il Êillait montrer de résolution et de courage. Partout où il y avait des éléments d'ordre, il eût été d'une bonne politique de les accaparer ; mais il fallait en même temps savoir être inexorable à l'égard de tous ceux qu'on ne pouvait espérer de voir marcher droit. Qu'arriva-t^il du système suivi par le gouvernement? Que les hommes d'anarchie se montrèrent plus hardis que jamais, et que l'élément le plus essentiellement conservateur, le clergé, se joignit à eux pour détruire.

Parmi les personnes sur lesquelles s'étendit la clémence du ministre plénipotentiaire, se trouva l'inévitable M"* De Bellem, espèce de femme libre, connue sous le noîn de la Pineau. Elle avait été incarcérée pour la seconde fois, le 5 février 1789, en même temps qu'un apothicaire nommé Henekin, qui demeurait à l'angle des rues de la Magdelaine et de Canterst^en. On les soupçonnait, l'un et l'autre, d'être les auteurs de l'affiche que nous avons reproduite au chapitre XXV , p. 117. La Pineau s'occu-

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pait beaucoup d'écrits de cette nature. Son mari, qui avait été fournisseur de l'armée, avait eu avec le gouvernement des démêlés assez graves, et elle croyait avoir une vengeance à en tirer. Du reste, elle passait pour femme d'esprit, et recevait beaucoup de monde. On rencontrait dans ses salons, des prêtres, des magistrats et des comédiens des deux sexes. Son habitation se trouvait rue Marché au Charbon. C'est une chose assez remarquable, que les comédiens ont toujours eu leur rôle à jouer dans les révolutions bruxelloises, et ce qui est remarquable encore, c'est que, tandis qu'à Liège on préludait à la politique, en se faisant comédien, à Bruxelles les comédiens devenaient hommes politiques.

M. Del Marmol fut aussi un de ceux qui recouvrèrent la liberté, par suite des dispositions bienveillantes du comte De Trauttmansdorff ; mais on ne lui rendit pas sa charge de conseiller. Les membres du conseil de Brabant, nouvellement promus, furent seuls conservés dans leurs fonctions. On les adjoignit au conseil de Malines, pour former deux chambres, sous la présidence de M. De Fierlant (i), qui était déjà président du grand conseil. La première chambre fut composée de MM. Van

(i ) GoswtD Anne Marie De Fierlant, né à Bruxelles, en 175S, était fils de Guillaume Antoine ?fîcolas De Fierlant , seigneur d'Esscheloo , chef écoutette de la ville et quartier de Tumhout , où il mourut le 14 juillet 1773, et d*Anne Charlotte Van den Broeck, décédée le 11 mai 1768. Il fut nommé, en 1768, secrétaire du conseil privé, et Tannée suivante, il fut élevé à la charge de conseiller au môme conseil, il fut nommé , par lettres patentes du 26 décembre 1773 , chefprésident du grand conseil de Malines, en remplacement de Guillaume Ignace Pycke, seigneur d'Ideghem, mort le 25 juillet de la môme année. Il fut installé dans ces importantes fonctions, le 9 févr. de l'année suivante. II avait été promu aussi à la dignité de conseiller d'État, par lettres patentes du26déc, 1773. Il fit partie, en 1787, du conseil général du gouvernement, et fut nommé, au mois de mai de la môme année, président du conseil d'appel de Bruxelles. L'empereur Joseph II lui conféra la croix de Saint-Etienne de Hongrie, dans les derniers jours de décembre 1788. Après la rentrée des Autrichiens en Belgique, il fut nommé, au mois de juin 1793, chefprésident du conseil privé , en remplacement de Henri De Crumpipcn , qui passa dans la carrière diplomatique, et cessa de jouer un rôle dans le gouvernement des Pays-Bas autrichiens. M. De Fierlant resta pendant près d'un an à la tôle du conseil privé , jusqu'au moment où ce corps fut dissous , par suite de la conquête de la Belgique par les armées françaises. Rentré dans la vie privée, il mourut à Bruxelles, le 29 pluviôse an XII, 19 février 1804.

Il était frère de Guillaume Joseph De Fierlant, qui avait été nommé, en 1788, conseiller au conseil souverain de Brabant, et sur lequel il a été donné une notice, t. II, p. 44. Il avait épousé sa cousine Marie Thérèse comtesse De Nenny, fille du célèbre Patrice comte De Neony , chefprésident du conseil privé des Pays Bas autrichiens et d'Albertine De Wyoants.

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der Fosse (i), De Ghîson (2) et Goubau (5), de Malines; Duchesne, De Fierlant, Ânthonis et Van Langendonck, du Bra-

( I ) Jean-Baptiste Nicolas Van der Fosse, chevaHer , né à Famés , arocat aa grand conseil , avait été nommé, le SI mai 1774, conseilk^ pensionnaire de la ville de Malines. Il fut appdé à siéger au grand conseil , d'abord en qualité de conseiller eitraordinaire, avec droit de succession à la première vacance, par lettres patentes du S septembre 1776, en remplacement du conseiller Daniel Servaes, que ses infirmités mettaient hors d'état de remplir ses fonctions. U prêta serment et prit possession de sa charge, le i9 du même m<ns. Le conseiller Henri Charles Goubau y jcbevaiier, seigneur de Middelswaele et de Dietteren , étant venu k mourir, le 16 novembre de la même année , le conseiller Van der Fosse le remplaça de plein droit, en vertu de son droit de succession , dans la place de conseiller maître des requêtes ordinaire au grand conseil. U quitta le grand conseil , en 1791 , ayant été nommé conseiller au conseil privé. Ce magistrat appartenait à une famille noble de la Flandre occidentale. Son père Guillaume François Van der Fosse, premier conseiller pensionnaire de la ville et chàteUenie de Fumes, avait obtenu de l'impératrice Marie-Thérèse , sous la date du 30 octobre 1764, des lettres patentes de déclaration et de confirmation de noblesse. Le conseiller Van der Fosse épousa , le 9 juillet 1765 , Catherine Hyacinthe Ghislaine De Respanl, née le 19 février 1738, dont il eut plusieurs enfants , entre autres, Alexandre François Ghislain vicomte Van der Fosse, né le 20 mai 1769, mort à Malines, le 28 février 1840, qui remplit, pendant plusieurs années, les fonctions de procureur général h la cour supérieure de justice de Bruxelles, et son frère Hyacinthe Charles Guillaume Ghislain Van der Fosse, gouverneur du Brabant méridional h l'époque de la révolution de 1850. u Van der Fosse, dit M. De Crumpipen ( dans ses Notes con/ideiuieUes , contenant les portraits des employés du gouvernement autrichien, etc.^ p. 8), est un sujet distingué perses

mérites , ses lumières et son honnêteté, comme par son xèle S'il y avait une ouverture au

conseil du gouvernement , dans un département de justice ou de police^ je ne balancerais pas à le propeser avec distinction. »

( i ) Jacques François Joseph De Ghison , né k Quiévrain, en Hainaut , Ucencié en droit à l'université de Louvain , le 25 août 1757 , puis avocat au grand conseil de Malines , y fut nommé conseiller maître des requêtes ordinaire , par lettres patentes du 5 février 1785 , en remplacement du conseiller Pierre Joseph Deudon, né è Mons, le 17 janvier 1708, mort k Malines, le 21 octobre 1781 , après y avoir siégé au grand conseil, en qualité de conseiller, depuis le 16 octobre 1741. Le grand conseil avait élu M. De Ghison pour candidat k cette pkce , le 2 août 1781 , après l'avoir déjà, à diverses reprises , porté comme candidat à ces fonctions, nommément le 27 octobre 1777 , lorsqu'il s'était agi de remplacer le conseiller Brenart , devenu évêque de Bruges. U prêta serment et fut installé dans sa charge , le 18 février 1785. Au mois de mai 1787 , le gouvernement avait fait choix de ce conseiller pour présider le conseil de première instance de Touraay. Ce magistrat siégea au grand conseil jusqu'à l'époque de la suppression de ce corps judiciaire, après l'invasion de la Belgique par les armées françaises.

( s) Melchlor Joseph François baron Goubau d'Hovorst, né è Malines, le 14 février 1757, était fils aîné de Charles Henri Goubau, chevalier, seigneur de Middelswaele et de Dietteren , conseiller maître des requêtes ordinaire au grand conseil de Malines, depuis le 9 janvier 1744 , décédé le 16 novembre 1776, et de Reine Chariotte baronne De Villégu d'Hovorst. Il fit ses études académiqufs à l'université de Louvain, et y obtint la seconde place de la seconde ligne dans la pédagogie du château , au concours général de philosophie de l'année 1775. U passa à l'étude delà jurisprudence, et après avoir été fisc et doyen des bacheliers de cette foculté, il y fut promu au grade de licencié, le 7 juillet 1777. 11 pratiqua ensuite comme avocat au grand conseil, dont il fut nommé conseiller maître des requêtes ordinaire, par lettres patentes du 25 février 1788, en remplacement du consdller Jean-Baptiste Van Velde, qui venait d'être appelé aux fonctions déconseiller au conseil royal du gouvernement général des Pays-Bas , et d'être chargé de la direction du département des fondations pieuses. Le conseiller Goubau fut exempté, par ses lettres patentes , de payer la médianate et les autres droits qui se percevaient d'ordinaire à charge de ceux qui étaient pourvus d'un consulat au grand conseil. Il prêta serment, le 19 mars, et prit

254 RAPÉDIUS

bant : la seconde chambre, de MM. De Laing (i), Diu (î) et G>ttin (s), de Malines; Orts, De Villégas de Pellemberg et

possession de ses nouvelles fonctions Je 4 avril suivant. En 1789, II fut nommé conseiller avocat Oscal au même conseil, en remplacement de Jacques Joseph Augustin De Stassart, promu à la présidence du conseil de Namur , et fit partie de ce corps jusqu'à l'époque de Tinvasion de la Belgique par les armées françaises, en 1794. Promu à la dignité de chambellan actuel de TEmpereur, en 1791 , il quitta la Belgique, en 1794, à la suite des armées autrichiennes, et vécut à Vienne éloigné des affaires jusqu'en 1814, époque où il fut chargé, par quelques membre influents du clergé belge, de défendre les intérêts de ce corps auprès du congrès. Bientôt après, il rentra dans sa patrie, et reparut de nouveau sur la scène politique. Le nouveau roi des Pays- Bas ayant organisé son ministère et formé de l'administration des affaires du culte catholique une branche séparée d'administration, par son arrêté du 10 septembre 1815, M. Goubaufut mis à la tête de ce département, avec le titre de directeur général, par arrêté royal du 16 septembre suivant. Le 18 novembre de la même année, il fut nommé chevalier de Tordre du lion Belgique, qui venait d'être récemment créé, et bientôt après, il fut élevé à la dignité de commandeur du même ordre. Par arrêté du 7 novembre 1823, il fut nommé plénipotentiaire du roi des Pays-Bas, pour négocier , conjointement avec MM. le baron De Nagell d'Ampsen, alors ministre des affaires étrangères, et le commandeur de Heinhold, alorg envoyé eitraordinaire et ministre plénipotentiaire des Pays-Bas à la cour de Bome , un concordat entre les Pays-Bas et le saint Siège. Le plénipotentiaire pontifical était le comte Ignace De Nasalli, archevêque de Cyr, spécialement envoyé pour cette négociation à La Haye, en qualité de nonce apostolique. Après dii-neuf conférences , qui eurent lieu entre le^ plénipotentiaires respectifs, depuis le 10 novembre 1823, jusqu'au 24 avril de l'année suivante, les parties n'ayant pu s'entendre, les négociations furent rompues, et le nonce, rappelé par le souverain pontife, quitta les Pays-Bas. M. Goubau fut inculpé d'être l'auteur des arrêtés pris par le roi Guillaume, en 1824, tant pour la créalion du collège philosophique que sur l'instruction publique en général. M. De Gerlache prodigue a ce sujet à M. Goubau les épithèles d'ancien janséniste , semi-théologien , semi-philosophe, fort entiché des projets de Joseph IL Voyez £. C. De Gerlache. Histoire du royaume des Pays- Bas , depuis iSi^ jusqu'en 1830. Bruxelles, 1842, seconde édition, t. I, p. 379. Un rapprochement entre les Pays-Bas et la cour de Borne s'étaat opéré en 1826, et le comte de Celles ayant été envoyé à Rome en qualité d'ambassadeur, la direction générale des affaires du culte catholique, qui portait ombrage au saint Siège, fut supprimée et réunie au ministère de Tintérieur. M. Goubau fut alors nommé membre de la première chambre des états- généraux, retraite ordinaire des ministres que le roi voulait écarter des affaires. Il fut bientôt après décoré du titre de ministre d'État. A la révolution de 1830, il s'établit en Hollande, où il mourut à La Haye,ie 18 janvier 1836. Il avait épousé sa cousine germaine Marie Julie baronne De Villégas de Pellemberg, dame de Tordre de la croix étoilée, morte le 27 janvier 1838, dont il eut trois filles. Cette dame était fille de Jean François Joseph De Villégas baron de Pellemberg d'Hovorst et de Spang, membre des états de Brabant , et de Marie Françoise Eugénie Marin De la Motte, sa seconde femme.

(i) Léopold François Xavier Antoine De Laing, né à Luxembourg, le 18 octobre 1743, fib de Philippe De Laing, général-major des armées de Sa Majesté impériale et royale apostolique , chef du corps des ingénieurs, conseiller au conseil des finances, etc., et d'Anastasic Hennet ; licencié en droit à l'université de Louvain, le 19 août 1764, substitut du procureur général du ^rand conseil, par lettres patentes du 26 novembre 1767, fut nommé conseiller maître des requêtes ordinaire au même conseil, par lettres patentes du 3 décembre 1777, en remplacement du conseiller Félix Guillaume Antoine Brenart , qui venait d'être promu au siège épiscopal de Bruges. Il prêta serment , en cette qualité, et prit possession de son consulat, le 17 décembre suivant. Le grand conseil l'avait présenté comme le premier des trois candidats séculiers , pour remplir cette vacance, le 23 octobre de la même année. En 1787, il avait été nommé membre du conseil suprême du gouvernement. Ce magistrat fit partie du grand conseil jusqu'à l'époque de Tinvasion de la Belgique par les armées françaises, en 1794.

DE BBRG. 255

Staquet , du Brabant. MM. les conseillers Douglas (4) et Pouppez (5) firent aussi partie de ce conselL On ne restitua pas non plus

(9) Henri Chrétien Diu de Blaesvdd, né à Grammont, licencié en droit à Funiversité de Looyain, le 14 juiniTSI, paisavooatM grand eodsefldellalhies, y tat nommé solMtitat procofeur général; pois, par lettres patentes du i9 août 1767, conseiller maître des requêtes ordinaire, en remplacement du conseiller Henri Théodore Jean Jacobs, décédé le 19 juin de la mène année. Il prêta serment, et ftit mis en possession de son consulat, le 3 septembre suivant. Bientôt après, il y fut nommé eonseiUer procureur général, par lettres patentes du 22 octobre de la même année, en remplacement du même conseiller Jacobs. Au mois de mai 1787, il ayalt été nommé conseiUer du conseil d'appel de Bruxelles. Ce magistrat fit partie du grand conseil , conmie conseiller procureur général , jusqu'à l'^bque de la suppression de ce corps.

(z) Thomas Joseph Cottin, natif de Binche, troisième de la seconde ligne dans la pédagogie du porc à l'université de Louvain, au concours général de l'année 1757, licencié en droit, en 1760, et ensuite avocat au grand conseil de Malines, y fut nommé conseiller maître des requêtes surnuméraire, par lettres patentes du 25 juin 1785, pour remplacer le conseiller Gilles De Cock, que ses infirmités rendaient incapable de remplir ses fonctions. 11 prêta serment et entra en fonction, le 30 juin de la même année, et y devint bientêt après conseiUer maître des requêtes ordinaire. Au mois de mai 1787 , U avait été désigné pour remplir les fonctions de conseiller au eonsdl de première instance de Courtray. Ce magistrat mourut en 1795.

(4) Jacques François Douglas, dit Schott, né à Segedin ,en Hongrie, le 17 août 1743, fils de Simon Robert Douglas , dit Schott, né k Malhies, en 1709, y décédé, le 17 août 1775 , et de Julienne De Mostbourg. Après avoir fiiit ses études académiques à l'université de Louvain, où il obtint la huitième pkce de la première ligne au concours général de l'année 1762, il y fut promu au grade de licencié en droit , le 5 août 1765 , et embrassa la profession d'avocat au grand conseil de Malines. Il fut déclaré habile à desservir tous ofl&ces et à jouir de tous privilèges dont ceux de Malines jouissaient , par décret de l'impératrice Marie-Thérèse , du 19 juillet 1766. Après avoir été présenté plusieurs fois comme candidat k une place de conseiller, tantôt au gruid conseil, tantôt au conseil provincial de Flandres, il fut nommé substitut procureur général au grand conseil , par lettres patentes du 28 janvier 1778 , en remplacement de Léopold François Xavier Antoine De Laing, récemment nommé conseBler an même consdL II prêta serment et fbt installé dans cette charge, le 24 février suivant. Après avoir rempli, pendant cinq ans, ces fonctions, il fut nommé conseiller maître des requêtes ordinaire de l'hôtel de Sa Majesté, par lettres patentes du 5 février 1783, en remplacement du conseiller Ifortial Joseph Louis De le Veillieuse ( dont il a été foit mention plus haut ), qui venait d'être nommé conseiller au eonsdl privé. Il prêta serment et fût installé dans son consulat , le 18 février suivant. Il avait été nommé, le 1*' mai 1787, présidait du tribunal de première instance d'Ypres , aux appointements de 2,800 florins. Ce magistrat a fait partie du grand conseil , jusqu'à Tépoque de sa suppression.

( 5 ) Jean Henri Joseph Vincent Pouppex, né à Malines , fils de Nicolas Joseph Pouppez , natif de Soignies, conseiller maître des requêtes ordinaire au grand conseil , décédé le 1*' janrier 1779, et de Louise Françoise De Kettenis, dame d'Hollacken. Il fit ses études académiques k l'université de Louvain, et n'obtint que la 12« plaoe de la seconde ligne dans la pédagogie du faucon, au concours général de philosophie de l'année 1769 ; après y avoir été promu au grade de licencié en droit , le 11 décembre 1775 , il embrassa la profession d'avocat au grand conseil de Malines. Ce corps le présenu , en 1778 , comme candidat à la place de substitut procureur général , devenue vacante par la nomination du titulaire Léopold François Xavier Antoine De Laing (mentionné plus haut), à une place de conseiller. En 1779, le conseil souverain de Braient le présenta deux fois comme candidat pour un consulat étranger. Enfin, ayant été présenté par le grand conseil, le 7 janvier 1788, comme premier candidat, pour remplacer le conseiller Gilles De Cock, qui venait de mourir, il fut nommé conseiller à ce conseil, et maître des requêtes ordinaire de l'hôtel de Sa Majesté, par lettres patentes du 25 février 1788. Le gouvernement lui accorda, par ces mêmes patentes, l'exemption du droit de médianatc. Il prêta serment , le

aux membres dépossédés de l'ancien conseil de Brabant, les sommes qu'ils avaient payées, à divers titres, lors de leur entrée en fonctions. Ce n'était cependant pas une chose indifférente, à une époque où la possession des charges était considérée comme donnant un droit de propriété. En l'absence d'industrie et de commerce, il s'était organisé un système de profits mutuels, auxquels une classe nombreuse de la société participait, sous le titre de casuel, d'épices, de salaires, etc. Ainsi, par exemple, celui qui obtenait une charge de conseiller au conseil souverain de Brabant, outre les 4000 florins qu'il devait à l'État, pour sa médianate, payait une autre petite médianate de 280 florins au conseil même; il payait encore des droits de patente au conseil privé, des droits de sceau et de serment au chancelier , d'autres droits à la chambre des comptes, aux états, aux gens de la cour, du ministre, du conseil privé et du conseil de Brabant; il n'était pas un huissier, un domestique ou un messager appartenant à l'administration, jusqu'au suisse de l'hôtel de ville, à qui il ne fût dû une rétribution (i). Mais a son tour, dès qu'il était entré en fonctions , le conseiller de Brabant avait des sources multipliées de revenus et y trouvait une large indemnité de ses dépenses. Cet état de choses devait avoir pour résultat d'intéresser à son maintien une grande partie de la population. Le supprimer, c'était répondre par une cruelle déception à des espérances fondées sur un usage depuis longtemps établi.

Bruxelles était la ville où se trouvaient presque toutes les personnes lésées dans leurs intérêts par les derniers actes du gouvernement, et cependant ce ne fut pas Bruxelles qui , cette fois, donna le signal de la révolte. Ce signal fut donné par des paysans, dans la partie de la province où le clergé régnait de la manière la plus absolue : tant il était vrai que M. de Trauttmansdorff s'était trompé sur les dispositions des habitants de la campagne,

19 mars de la même année , et fut installé dans son consulat » le 4 avril suivant. Ce magistrat fit partie du grand conseil , jusqu'à l'époque de sa suppression.

( 1 ) On trouvera à la fin de ce volume {Document n" 7 ) , une note détaillée de ce que coûtait une charge de conseiller au conseil souverain de Brabant et une autre note de ce qu'elle rapportait.

lorsqu'il croyait les sédluire par l'abolition de quelques droits. TirlemoDt fut le théâtre où les paysans des environs vinrent préluder, par une ignoble scène révolutionnaire, à un drame plus sérieux. Voici quelle en fut l'occasion : un brasseur, nommé Windelinckx, qui avait dû s'expatrier, pour avoir participé aux troubles précédents, était rentré chez lui, avec l'autorisation du chef-mayeur Kindermans, ci-devant commissaire du cercle. Le mercredi, 22 juillet, au malin, il sortait de l'église de Saint- Germain , accompagné de deux habitants de la campagne , lorsqu'il fut arrêté par un officier de maréchaussée, qui se trouvait à Tirlemont avec six cavaliers de son arme , un caporal et dix hommes du 5^ bataillon de Ligne, pour veiller à la sortie des grains. Un de ses compagnons voulut le défendre, mais fut terrassé. L'autre prit la fuite, et alla raconter l'événement à ses amis dans le village de Hougaerde, sur le territoire liégeois. Aussitôt , cette nouvelle se répandit dans tous les villages avoisinants. Vers cinq à six heures de l'après-midi , on vit arriver à Tirlemont plus de quatre cents paysans armés de fusils, de fourches, de bâtons, et conduits par un homme à cheval , vêtu d'habits d'arlequin, qui paraissait les commander. Us se rendirent directement à la prison et demandèrent que le brasseur V\^indelinckx fût mis en liberté. Le geôlier s'y étant refusé, ils brisèrent les portes de la prison et élargirent tous les détenus sans distinction. De là ils se transportèrent à la demeure du chef-mayeur , et se mirent à piller et à dévaster cette maison de fond en comble. Les meubles furent volés ou brisés, et quelques-uns brûlés sur la place publique. Les portes, les fenêtres, et jusqu'au toit, furent mis en pièces. Les partisans des pillards leur firent un mérite de ce qu'ils avaient conservé les papiers.

Pendant ce temps, on sonnait le tocsin dans tous les villages des environs, afin de soulever les paysans et de les exciter à aller grossir la bande qui avait envahi la ville. Il s'ensuivit que ceux qui arrivèrent trop tard pour assister au pillage de la maison Kindermans» s'en dédommagèrent en se jetant soit sur d'autres habitations de fonctionnaires, soit sur les magasins les mieux

258 RàFtDlUS

fournis. Leur fureur et leur rapacité eurent à s'exercer sur vingtsix à vingt-sept maisons. Ce ne fut que le lendemain, et après vingt-quatre heures de pillage, que le magistrat et les bons habitants de Tirlemont parvinrent à mettre fin à ce désordre. Le capitaine D'Harnoncourt, du régiment de Vierset, vint à leur aide avec un détachement de soixante hommes. Alors, ceux qui n'étaient pas suffisamment gorgés, partirent pour Diest , où ils arrivèrent à dix heures du soir et pillèrent encore huit maisons. De ce nombre étaient le comptoir royal , le comptoir des états , chez M. Vandormael, l'habitation du drossart De Paramo (^i), la maison du mayeur Severyns et celle du notaire Quistout, secrétaire de la ville. Le pillage dura toute la nuit et ne finit que le lendemain vers dix heures du matin. Un caporal et dix hommes du régiment de Ligne, qui formaient toute la garnison de Diest, se distinguèrent, dans cette circonstance, par leur bravoure et leur probité. Retranchés dans le bureau des douanes, ils y soutinrent un siège en règle pendant neuf heures, et ne se retirèrent qu'après avoir sauvé la caisse.

Il arriva de cette émeute ce qui arrive de toute sédition mal réprimée , lorsque les esprits sont d'ailleurs disposés à la révolte : elle eut pour résultat de mettre en émoi une grande partie de la population, et de disposer le pays à un soulèvement général. La ville de Louvain fut particulièrement agitée; ce ne fut que par des moyens de rigueur que la garnison resta maîtresse de la place. Depuis le 26, le bruit s'y était répandu que les pillards de Tirlemont devaient se joindre aux paysans des environs de Louvain et s'introduire dans cette ville au son du tocsin, pendant que les habitants tiendraient la troupe en échec dans l'intérieur. Le commandant de la place, comte de Gontrœuil (s), avait pris

(i) François Hubert Emmanuel Femandez De Paramo, né à Diest, licencié en droit à l'université de Louvain, le io novembre 177i , était ûls de Louis Constantin François Fernandez De Paramo, décédé à Bruxelles, en 1757, et d'Anne Reine Augustine Van Grinsven, décédée dans la même ville , presque centenaire , le 19 brumaire an XIV. Il avait été nommé, en 1777 , drossart de la ville de Diest, par le prince d'Orange, qui était seigneur de cette petite ville, et avait remplacé, dans cette charge , Ferdinand Damien Cordeys, décédé en 177S. Il mourut à Bruxelles , le 22 février 1808.

{%) Charles Philippe Joseph Agathon comte De Vinchant de Gontrœuil, né à Mons , le 5 jnil-

DE BERO. 359

de S2^es dispositions pour préYenir ce désastre. Il atait ftiit placer deux pièces de canon deyant la grand'garde, et avait adjoint une pièce à chaque division (deux compagnies) de la garnison. De forts piquets de cavalerie et d'infanterie avaient dispersé les rassemblements qui se formaient sur les places publiques. Les gardes des portes avaient été doublées, avec ordre d'arrêter tout ce qui se présenterait en armes. Ces dispositions avaient imposé à la multitude et beaucoup d'habitants de la campagne qui étaient venus en ville avec de mauvaises intentions, s'étaient empressés de retourner chez eux. Cependant le soir , vers huit heures et demie, lorsqu'on croyait la tranquillité publique assurée « des portes furent enfoncées et des maisons iurent pillées dans différents quartiers, avant que la garnison en eût reçu le moindre avis. Mais bientôt le tocsin se fit entendre, d'abord dans la paroisse St-Quentin et ensuite dans diverses autres paroisses» Les troupes prirent les armes et se mirent en devoir de réprimer ces actes de brigandage. Elles furent reçues à coups de fusils et de pierres dans différents quartiers , surtout dans les rues de Bruxelles et de Paris. Un feu de peloton bien nourri dispersa pour un moment la populace^ qui alla se rallier dans d'autres rues. Il fallut employer encore le même moyen pour les en éloigner. Plusieurs rues étaient barricadées; on y avait tendu des chaînes et reniât 1765, oapittiiie de granêdien et enauite major au régimeDt de Vierset (infanterie, n* 14), commandait la place de Louvain. Cet officier, i«u d'une famille noble du Hainaut, qui a?ait obtenu le titre de comte, par lettres patentes de l'impératrice Marie-Tbérèse , en date du iO jauTier 175S, était ffls unique de Charles François Jean Augustin comte De Vinchant , seigneur de Gontrceuil, né h Mons, le 10 mai 1724, général-major au service impénal, et d'Anne Constance Adrienne De Dam. Le comte de Gontneuil fut nommé, au mois d'août 1789 , lieutenant-colonel au régiment de Ligne (infiuiterie, n« 49). U conserva en même temps le commandement de la place de Louvain. U avait épousé, le 14 mars 1785 , Marie Thérèse Amélie Apolline De Pestre, de Seneflb. On trouve dans les notes du général d'Alton ( MémoifrejuâHfieaiiff p. 251), le portrait suivant de M. De Gontrœuil : « Un des officiers mijorsies plus distingués de l'armée, d'une bravoure à toute épreuve, sans qu'il s'en doute lui-même, passionné pour la discipline, sévère sou» tous les rapports du service militaire , avide de connaître les plus petites parties de son état, dominé pour la passion de bien mériter pour avoir des droits aux grades supérieurs. Généreux, doux, affable avec ses officiers, craint de ceux qui abhorent la discipline et l'exactitude, estimé de ceux qui ae sont montrés dignes de la confiance du souverain, bal de ceux de ses égaux dont la médiocrité de génie et de talent leur laisse peu d'espérance de marcher sur ses traces. Gontrœuil , sous tous les rapports, est un des meilleurs officiers de l'année Impériale, destiné à fournir une carrière brillante dans les armes. >

240 , RAPËDIUS

versé des charrettes de brasseurs. La porte d'Heverlé était menacée par une bande de paysans qui tiraient des coups de fusils sur la garde. Ce ne fut qu'après quatre heures de combat, que la garnison parvint à anéantir cette espèce de révolte. Alors le tocsin cessa dans la ville, mais il se fit entendre encore longtemps au dehors, et surtout vers la porte d'Heverlé, village où se trouvait le château du duc d'Arenberg. «f> > .ii^nv:

' Le général d'Alton témoigna sa satisfaction aux troupes de la garnison de Louvain , et le ministre plénipotentiaire voulut y joindre ses remercîments particuliers. Il écrivit au comte De Gontrœuil, sous la date du 28 juillet, une lettre dans laquelle on remarque le passage suivant : « Je regarde comme un devoir dont je m'acquitte avec la plus grande satisfaction, de vous remercier de la façon dont vous me secondez dans l'exercice de ma place, en un moment si pénible et si important. Il a fallu ce cruel exemple, pour sauver des milliers d'hommes qui allaient se livrer au même danger. » On voit que M. De Trauttmansdorff était partisan des mesures vigoureuses, après qu'elles avaient réussi. Il remerciait alors ceux qui les avaient prises, et il allait jusqu'à les récompenser. Il fit donner aux troupes de Louvain des rations de viande et de bierre aux frais de la ville, et à dater de ce jour, toute l'armée des Pays-Bas fut mise sur pied de guerre et en reçut les allocations.

Suivant son habitude, le gouvernement prit encore une fois des dispositions exagérées, qu'il n'avait ni la force ni le courage de faire exécuter. Un édit impérial parut sous la date du 27 juillet, portant peine de mort contre tout individu convaincu de pillage, et contre ceux qui auraient conseillé, dirigé, fomenté* ou protégé le pillage ou l'émeute. Les poursuites devaient avoir lieu, soit devant le juge ordinaire, soit devant l'office du prévôt de l'hôtel de Sa Majesté, ou devant tels autres juges qu'il plairait au gouvernement de désigner. Cet édit contenait, en outre, un article assez remarquable, en ce qu'il fut introduit plus tard dans la législation française, qui nous régit encore. C'était l'article IV, ainsi conçu : « Celui qui, ayant dénoncé à l'officier ou à

DE BERG. 24i

la loi du lieu , le pillage de sa maison ou de son bien , prouvera à suffisance de droit le fait de ce pillage et afiSrmera, sous serment, dans la première quinzaine après ce pillage, le montant de la perte qu'il aura essuyée de ce chef, sera entièrement dédommagé, sur le pied de son afiSrmation, par la communauté du lieu où ce crime aura été commis, ou par le district, en cas que cette communauté ne soit pas sufiSsante pour payer ce dédommagement ; le tout à peine d'exécution parate, à faire à Fad* jonction, et, au besoin , à la poursuite de nos conseillers fiscaux, ladite communauté ou le district respectivement entiers, néanmoins, contre les coupables. »

Cet édit fut amplifié par une ordonnance du magistrat de Bruxelles, qui parut le même jour. La confusion d'idées qui règne dans ce dernier document le rend assez remarquable. On y menace de mort, pour des délits qui n'avaient pas même été prévus par l'édit impérial , ceux qui s'en rendront coupables ou complices; et d'un autre côté, on annonce que les auteurs de certains crimes seront envoyés en Hongrie , pour y servir dans les armées de l'Empereur. Voici les termes de cette singulière disposition : c Et comme le magistrat est informé que le gouvernement général, à l'occasion des circonstances actuelles et afin de maintenir la sûreté publique, a pris des mesures rigoureuses, dont, entre autres, les suites seraient que ceux qui se permettraient quelques entreprises criminelles, seraient appréhendés à l'instant, enrôlés et envoyés à Luxembourg, pour être de là transportés et forcés de servir en Hongrie, conmie aussi que , si quelqu'un osait se permettre de tirer ou jeter hors des maisons des pierres ou choses semblables, la maison où cela arriverait serait à l'instant abattue à coups de canon : Si est-il que Messieurs notifient , par cette, à un chacun, ces dispositions, et exhortent tous les habitants au maintien de la tranquillité publique, à l'effet d'éviter ces malheurs. » (i)

Le général d'Alton prit au sérieux cette ordonnance, qui, à la

(i) La pièce eaiière se trouve dans VEsprit des GaxelUi, 1789 , t. XX , p. 95.

242 RAPÉDIUS

vérité , avait sa source dans les instructions données au magistrat par le gouvernement général. Le lendemain de sa publication, le 28 juillet, vers neuf heures du soir, il fît arrêter, dans un cabaret nommé les Armes de Louvain, près la porte de ce nom, une vingtaine de jeunes gens qui préludaient à la révolution par des chants patriotiques; et quatre jours après, il les fit diriger, par Namur, sur Luxembourg, pour être de là conduits en Hongrie. Mais ce procédé souleva l'indignation générale. Les parents, les amis des captifs, les corps de métiers , le magistrat lui-même, les avocats , les journalistes , jusqu'à lavocat Linguet se mirent à pétitionner. LL. AA. RR. les gouverneurs généraux s'étaient soustraits à cet orage, en partant pour Spa; de sorte que toutes les clameurs arrivèrent à l'adresse du ministre plénipotentiaire. M. De Trauttmansdorff n'était pas homme à y résister longtemps : il signa l'ordre de faire revenir les déportés, pour les livrer à leurs juges naturels, et un courrier partit sur-le-champ pour Namur. L'expédition rentra à Rruxelles, le il août; le lendemain, les échevins, chargés d'instruire le procès, déclarèrent qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre, et firent mettre en liberté tous les accusés.

Les dispositions prises contre les pillards de Tirlemont et de Louvain furent tout aussi bruyantes et aussi vaines. On envoya, dans cette dernière ville, le prévôt général des Pays-Ras avec les conseillers assesseurs de son office, MM. Simons (i), Dumont, O'Kelly (2) et Clément; on les fit suivre par le bourreau de

(i) Charles Simons, né à Bruxelles , en 1757 , licencié en droit à l'université de Louvain, le 7 juillet i758, avocat au conseil souverain de Brabant, et à la jointe militaire déléguée pour les Pays-Bas autrichiens, conseiller de Sa Majesté l'Empereur et assesseur de roffice du prévôt général des Pays-Bas et de l'hôtel de Sa Majesté et de TolBce du drossart de Brabani, est décédé à Bruxelles , le 8 mars 1790. Il avait épousé, le 29 mars 1776, Jeanne Vao den Abeele, dont postérité.

(2) Philippe Jean-Baptiste O'Kelly, licencié en droit à l'université de Louvain, et ensuite avocat au conseil souverain de Brabant, fut nommé, par lettres patentes du IS mars 1781 , assesseur du prévôt général de la cour, lorsque le gouvernement jugea convenable d'augmenter le nombre de ces assesseurs. Il prêta serment, le 31 du même mois, entre les mains du comte de Nenny. Il joignit à ces fonctions celles d'assesseur du drossart de Brabant , et les exer^ja jusqu'à l'époque de l'entrée des Français , en 1794. Il a laissé, en manuscrit , un travail intéressant , intitulé :

Ànalt/se de tous les édits, règlemcnls et décrets pénaux, émanés pour le duché de Bra-

Bruxelles , muni des instruments de supplice, et soutenir par un bataillon de Gairfayt qu'on avait fait venir de Gand* Mais il paraît que les magistrats de la prévôté n'étaient pas plus disposés que les juges naturels à faire application des lois : car ils s'excusèrent , autant que possible, de cette commission , et l'un d'eux, l'avocat Dumont , alla même jusqu'à offrir sa démission. Le gouvernement général le fît remplacer , sans délai , par M. Ponthieure de Berlaere, qui avait servi comme lieutenant au régiment de Murray. La jointe prévôtale fit arrêter quelques personnes prévenues d'avoir participé aux pillages; mais ces poursuites, comme tovies les autres, restèrent sans résultat. Tandis qu'un homme pendu aurait suffi pour rétablir la tranquillité, comme l'écrivait naïvement le général d'Alton à l'Empereur, tous les crimes commis sous le masque de la politique restèrent impunis.

Les faits sur lesquels portèrent les investigations de la justice n'en sont pas moins intéressants à connaître. On trouve des documents précieux, sous ce rapport, dans la correspondance de Vonck (i). Nous citerons, entre autres, un rapport adressé, sous la date du 6 août i 789, au ministre plénipotentiaire , par M. Schepr mans, substitut procureur général, qui avait été envoyé à Louvain, comme M. De Leenheer avait été envoyé à Diest. Ce rapport commence par des plaintes sur la conduite du magistrat, qui y est accusé de négligence et d'insouciance des plus répréhensibles. c A peine, dit-il , a-t-on pu, par des demandes itératives, faire assembler ce corps, pour prendre les mesures que la circonstance de l'événement exigeait , et les dépositions des témoins démontrent combien quelques individus paraissent même affectés d'une joie indiscrète sur les malheurs de quelques citoyens, victimes de ce jour. »

Parmi les témoins interpellés se trouvaient plusieurs prêtres. Tous refusèrent de répondre, [détendant qu'ils ne pouvaient,

hani^ depuis la charte du duc Jean, de Van 1512, jusqu'à tannée 1785, méihodiquemeni en ordre de date et HUératement déduit. Uo fort volvme grand io-4*.

Ce volume était prêt à être mis sous presse; les événements politiques et Taboiition de Tancienne jurisprudence criminelle en ont empêché la publication.

( i ) Manuscrit de la biUioUièque de Bourgogne , 1. 1, n« 14,800 de HnvenUire général.

244 RAPÉDIUS

sans autorisation de leur évêque diocésain, se soumettre à rendre témoignage devant un officier du ministère public. Il est à remarquer qu'il s'agissait principalement, dans les interpellations qui leur étaient adressées, de rechercher les maisons religieuses où Ton avait sonné le tocsin, et les personnes qui s'étaient ainsi rendues coupables d'excitation à la révolte. Il fut constaté que le premier signal de cette espèce était parti de la tour de S^-Quenlin, et qu'il avait été répété par les cloches des grands carmes, des sœurs noires, du Béguinage et des carmes connus sous le nom de TaceL II parut, au reste, que le bruit du tocsin n'avait pas été partout le fait des habitants de ces maisons. Plusieurs témoins déclarèrent que , dans la soirée du 26 , deux femmes, Elisabeth De Keridder et sa sœur, « criaient et répétaient à voix déployée, dans la rue d'Heverlé, qu'il fallait incessamment sonner le tocsin; qu'il était plus que temps; qu'il fallait assassiner les coquins; qu'on sonnait déjà à S'-Quentin : prononçant des imprécations et des menaces terribles contre le clerc de la chapelle des Sept Douleurs, parce qu'il ne sonnait pas. > Un autre témoin dit aussi qu'il avait vu le nommé Mertens, fils d'un brasseurdeLouvain,à la tête d'une bande de furieux, armés de fourches, qui criaient : « Où est ce coquin de clerc? Où est-ce qu'il reste? Nous lui ferons donner les clefs; nous l'y forcerons pour faire sonner les deux cloches. > II s'agissait, dans cette déposition , du clerc d'Hevcrlé.

On aurait tort de conclure de ces derniers faits, que le clergé soit resté totalement étranger aux pillages de Louvaiu. Les extraits suivants du rapport de M. Schepmans permettent, au contraire, de lui en attribuer une large part :

< J. Vanderhoegt, J. Pauwels, M. De Mesemaere, F. Wynants déclarent que, le 24, deux jours avant la bagarre du 26, ils ont observé que le nommé Dauw, prêtre et ancien maître d'hôtel de l'abbaye supprimée de Parc, se trouvait en pleine rue, associé avec des gens de la lie du peuple, habillés en sauvants, parlant avec beaucoup de feu.

€ P. Mallinus, A. Mallinus, J. Mallinus déclarent que, le 24,

DE BBRG. 245

deux jours avant que la bagarre eut lieu en cette ville, le nommé Yandevaert , paveur de profession» se présenta , avec d'autres inconnus, devant leurs maisons, en les menaçant et jurant de les détruire au premier jour. Lesdits témoins déclarent pareillement d'avoir observé que , les jours antérieurs au 26, les pères dominicains en cette ville se sont fait voir en grand nombre , visitant fort tard , le soir, toutes les maisons des patriotes qui les avoisinent , tandis que , pendant ce jour , on avait également remarqué que des moines de toute espèce s'étaient rendus audit couvent.

c Les deux dépositions que j'ai prises du nommé Âckermans, pensionnaire pour sa vie audit couvent, ainsi que d'un domestique qui y demeure , conviennent d'avoir remarqué que, les jours du 25, 26 et 27, il y eut beaucoup de mouvement audit couvent, et que les esprits des individus paraissaient fort jovials; mais qu'ils n'ont pu entendre leur conversation , parce qu'ils parlaient latin. Ajoutant ce domestique que le frère Bénédict lui avait dit, le 27 , que le clerc de Bierbeck avait sonné le tocsin et qu'il avait très-bien fait.

c A. Mallinus atteste au surplus que, le matin du 26, deux paysans s'étant rendus audit couvent, s'adressèrent au frère du déposant (qui est détesté dans la communauté), pour recevoir leur confession, et qu'ils voulaient approcher la sainte table, parce que, ce même soir, ils se proposaient de se battre pour la foi. Sur quoi ledit religieux refusa son ministère.

c h Yanderheyden, épouse du fripier Denoir, pillée le 26, déclare, au moment que l'invasion fut faite dans sa maison, s'être sauvée par derrière de sa demeure, avec ses enfants, sans avoir connu ou avoir une présomption quelconque sur les fauteurs ou complices de ce délit , sinon d'avoir encouru la haine pour avoir acheté à la vente de l'abbaye supprimée de Parc : déclarant cependant que le nommé Depreter, garçon chirargien, l'avait déjà prévenue, le 24 du mois passé, que les pilleurs de Liège se seraient rendus en cette ville , et qu'elle devait veiller à sa maison.

€ P. Depreter convient de cette advertance, par sa déposition,

246 RAPÉDIUS

déclarant d'avoir été, le 24, visiter le prieur des Augustiiis, à Tirlemont, où il entendit dire que les pilleurs du pays de Liège seraient descendus vers la ville de Louvain, et que ce fut par un principe d'humanité qu'il informa Jeanne Denoir de cette nouvelle, sachant qu'elle et son mari étaient odieux aux patriotes, sans pouvoir entrer dans d'autres détails à cet égard.

« J. J. Delrée atteste que, le 27 du mois, deux paysans de Beauvechain, dont il croit qu'un se nomme Jacquart, maître maréchal, lui déclarèrent que les prieur et proviseur de l'abbaye de Gembloux avaient distribué de l'argent, le 25 du mois passé, dans l'après-dînée, aux paysans dudit village de Beauvechain, à concurrence de sept escalins à chacun, afin que ces paysans se seraient rendus incessamment dans la ville de Louvain, pour venir assister les séditieux. »

M. Schepmans termine son rapport par des doléances sur les difficultés de sa mission, et conclut en ces termes : « Ce nonobstant, le soussigné estime (sous très-humble correction), vu la circonstance du temps et combien il est difficile de pénétrer au vrai, dans un temps que la religion même autorise des moyens à celer les délits, qu'il résulte des dépositions ci-dessus transcrites, que les moines ont eu une grande influence, et nommément les dominicains et récollets; que la conspiration, présomptivement, a été formée dans la ville de Tirlemont ou ses environs, sous prétexte que les prétendus Liégeois feraient une descente en celte ville, dans un temps que la conduite insouciante et inactive du magistrat de cette ville n'a fait qu'enhardir les audacieux à s'y joindre. Les convictions qui résultent des mêmes témoins paraissent prouver à suffisance et rendre coupables les personnes de Jean Vandevaert, Emmanuel Navaux, Henry Janssens, N. Mertens, ainsi que les filles de Kerridder; tous personnages qui ont manifestement démontré, le jour du 26, leur conduite séditieuse, ayant donné matière au moins de les mettre hors d'état de nuire au repos public. »

Ces derniers mots résument tout le système de l'époque. Mettre hors d'état de nuire au repos public, cela voulait dire incarcérer

DE BBRG. * 247

préventivement pendant quelques jours, quelques semaines, ou même quelques mois , les individus qui paraissaient les plus dangereux, et puis les relâcher avec un brevet d'innocence , ou plutôt d'impunité. On n'en agissait pas autrement dans toutes les circonstances. Partout le pouvoir était terrible dans ses menaces et nul dans la répression. Il s'ensuivait que ceux qui avaient été atteints et incarcérés, par mesure préventive, se considéraient, lorsqu'ils recouvraient la liberté , comme ayant échappé à un grand péril, en dépit et à la honte du gouvernement; il s'ensuivait que l'impunité était pour eux une occasion de triomphe , et un encouragement pour ceux qui briguaient les honneurs d un martyre aussi facile.

On conçoit aisément, d'après cela , que les scènes de désordre se soient multipliées dans nos provinces. Quant au caractère particulier de chacune d'elles, il se trouve suffisamment indiqué par les faits qui en fournirent l'occasion. Ainsi , par exemple , à Namur, ce fut la défense faite par l'édit du 10 mai 4786, de porter , dans les processions , des statues ou images de saints , qui mit l'ordre public en danger. Voici comment M. Borgnet rapporte cet épisode : c Le 20 juillet, les prêtres officiants, déférant à l'avis de M. le sulÀtitut du procureur général et pour se conformer aux dispositions de l'édit , avaient dû quitter l'église sans l'image de la Vierge. Un grand nombre de femmes, mécontentes de ne pas voir l'objet de leur vénération, se précipitèrent dans la cathédrale, descendirent limage de la Vierge du socle sur lequel elle était placée , et la portant sur les épaules , rejoignirent, en dépit des baïonnettes dont les soldats les menaçaient, la procession, qui s'acheva ensuite au milieu d'un concours de monde extraordinaire. L'exaspération était si grande , que la garnison , quoique très-nombreuse , ne put empêcher cette manifestation séditieuse d'un nouveau genre, et que l'autorité judiciaire dut même renoncer à suivre une information commencée le lendemain (i). »

( i ) Letlrei sur la révolution brabançomne , 1. 1 , p. 909. Bîmi que cet eu?rage ait été conçu dans uo esprit févolutionnaire reUgiem, oe qui neos parait être un non sens , noui le citons

us * RAPÉ01US

Une scène tout à fait semblable eut lieu à Laeken, le 15 août, à l'exception seulement que là ce ne furent pas les femmes, mais les hommes de la commune , qui enlevèrent la Vierge miraculeuse de Laeken (i) , pour la porter à la procession. Mais aussitôt que le

souvent , parce que nous aimons à lui rendre cetle justice , que c'est la seule histoire de cette époque dont Fauteur ait résumé les faits d'une manière à peu près complète, avec assez d*ordre et d'exactitude.

( 1 ) L'histoire de l'église de Laeken et de Timagc miraculeuse de la Vierge qui y est révérée, a donné naissance à un grand nombre de monographies. Nous citerons :

lo HUtorie van de kercke van christus gewydt, beell, draet ende machtigke werdsen twn de soetc moeder Godts Maria toi Laken , by Brussel Beschreven door H. Laureniius Van Beneden, Ucentiaet in de geestelycke ende wereldtlycke rechien ^ pastor lot Laken ^ Brussel, 1630,tn-i2.

Cet opuscule a été traduit en espagnol , sous le titre de : Hisloria de la yglesia , imagen S. Hilo milagros de nuestra senôra de La^uen. Compuesto par el licentiado Lorenço Benedio, cura de la misma yglesia. A Brusèellas^ en casa de Godofredo SehoenariSt 1655, in-12. Cette traduction, aujourd'hui très-rare, était dédiée au cardinal infant, don Ferdinand d'Autriche, archevêque de Tolède.

2« Lam Bruxellense suburbanum cultu ac prodigiis deiparœ à Normannorum temporibus, idesty anle omnia pariheniis œdibus et iconibtts miraculosis in Belgio loca clara^ celebris, nova studio illustrata per R- P. Joanncm Antonium a Gumez, congregat, Oratorii presbytcrum. Bruxellœ, apud Godcfridum Schovarlium , 1647, in-4», pp. 273.

L^auteur de cet ouvrage, Jean Antoine Gurnez, prêtre de l'oratoire, était né à Stavelot, en 1385. Recteur de la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, à Bruxelles, depuis l'année 1632, il mourut, le 25 octobre 1652. II avait dédié son œuvre à rarchevéque de Malines, Jacques Boonen , qui, en qualité d'abbé d'Afllighem , était patron perpétuel de l'église de Laeken.

3" Laça Parthenia Mariani cuUus antiquitate et miracularum gloria illuslris. Quam e majoribus ejusdcm argumenli commentariis nuper cditis Joannis Antonii a Gurnez prèsbyleri oraioriani y hic breviorem alibi auctam et imaginibus œneis ornatam rursi^ in îucem educit Antonius Sandcrus presbyter , iprensis ecclesiœ canonicus, nuper et pœnitentiarius. Bruxellœ apud Philippum Yleugartium, 1659, in folio, pp. 63» avec planches , ouvrage reproduit dans la Chronographia sacra Brabanliœ. Bruxelles, 1659, 1. 1«", et dans la deuxième édition, t. Ill, pp. 257 327. Sanderus l'avait dédié àl'archiduc Léopold Guillaume, gouverneur général des Pays-Bas.

4'» Trophée de la religion catholique, après la défaite des infidèles dans les Pays-Bas, par l'Empereur Arnulphe, roi de Bavière , l'an 895, érigé à la Reine du Ciel par deux vierges , sœurs de lluguc, duc de Germanie et de Lorraine, enseveli au Lacq sous les ruines des Normands. Dédié à Son Altesse Électorale la duchesse de Bavière , princesse royale de Pologne , par maître Quentin Ilennin , prêtre de l'oratoire , pasteur au Lacq , doyen de la chrétienneté. Bruxelles , Judocus Stryckwant, 1694, in-12, avec figures.

Cette histoire a été souvent réimprimée. La dernière édition est de Bruxelles , M. J. G. Simon, 179i, in-12. 11 en existe aussi une traduction flamande , publiée en 1694.

5- Origine de l'église miraculeuse de Lacq, désignée par la Vierge , consacrée par Jésus-Christ. (Bruxelles, 1726, in-12, avec planches ), par F. Plecke, pasteur au Lacq, qui en a signé la dédicace adressée à l'archiduchesse Marîe-Élisabelh , gouvernante des Pays-Bas. L'auteur de cet opuscule en publia aussi une édition flamande.

Une inscription, répétée en langues française, latine et flamande, se lit encore aujourd'hui sur l'un des murs intérieurs de l'église de Notre Dame de Laeken; elle retrace dans les termes suivants , l'histoire vraie ou fausse de sa fondation :

n Dans Tannée 895 , l'empereur Arnould, roi de Bavière, ayant défait cent mille Normande .

DE fiERO. 249

curé se fut aperçu de la présence de Notre-Dame, il retourna à l'église» y déposa le S^-Sacrement, et laissa la procession marcher sans lui. Les paysans continuèrent gravement leur promenade religieuse en chantant des litanies, et, à leur rentrée dans le temple, ils entonnèrent le te Deum.

Il y eut aussi des désordres à Toumay. Le notaire Bousmar, que toute la Belgique a connu depuis, et que ses poésies baroques ont rendu célèbre, avait excité des troubles au marché, à Toccasion de la cherté des céréales (i). 11 fut arrêté, par ordre de

près de Loavaio , Hugo, duc d'Allemagne et de Lorraine, combat avec eux près de Bruxelles , pour la plus importante affaire de la foi , et sous leur défiiite mourut glorieusement

« Ses sœurs viennent en grande diligence faire des obaèques à leur fkère et préparent cette chapelle mausolée à leur frère , plus précieux , sans doute , que celui que l'antiquité supentitieuse à construit à Achilles, tué devant Troye. Strabo. Geogr. lib. XV. »

Voici le texte latin , écrit en style presque aussi barbare que la traduction française :

DelelU anno 895 prope Lovanium , per Amulphum imperalorem , Bavariœ regem , centum mHHbus Normannorum, uUimam fidei causam eum iUU depugnat juxta BruxeUas, Hugo, Germaniœ et Lotharingiœ dux, et êub eorum slrage glariosè occumbit.

Advolanl sorores, fralemo funeri, tenero offlcio parentatwrœ sandumque hœ parant $acrociùt reverà fralri Mantoleum, quam quod AchUU ante Ilium cœ»o $uper$Utiota canstruxit atUiquUat. Strabo. Geogr. Ub. XV.

(1) Voici comment Bousmar a voulu lui-même transmettre à la postérité la mémoire de ce haut-fait , dont il avait été le héros :

a L'auteur,

Reconnu de n'agir qu'avec désintéressement ,

Ne basant que sur l'intérêt légal ,

Que ne l'a-t-il constamment témoigné!

Et spécialement le 14 août 1789,

Prétendit d'acheter tout le montre sacs de grains installé au marché ,

Avec offre de les reposer au marché suivant ,

A deux florins de moins au sac.

Que ne lui en fit-on ainsi crime,

Et il fut arrêté et conduit à VAmigo ,

Attendu que c*était des grains du comité ,

Sur ce n*ayant aucun règlement promulgué ,

Donc libre comme celui d'un particulier ,

0 comité, sous le prétexte apparent d'humanité ,

Que n'étais-tu plutôt de sinistre établi par ces rapports ,

N'étant qu'imaginé pour fkire naître trouble ,

Aussi constaté par direction suivie ,

Pour cimenter et établir révolution contre Joseph II ,

Souverain de nos provinces belgiques!

Qui le clergé des États étant les premiers acteurs ,

Qu'aussi ouvrirent leurs trésors croupissants,

Pour établir et soutenir telle horreur.

Qu'aussi Dieu étant juste a permis T^rplllement ,

D'aussi de tels trésors iniques et profanes ,

250 RAPÉDIUS

la régence, le 14 août, au sortir du salut. On le déposa à la grand'garde; mais aussitôt le peuple s'ameuta et vint demander sa liberté, menaçant d'user de violence, en cas de refus. On céda à ces menaces, et le prisonnier fut relâché vers neuf heures du soir. Cet acte de faiblesse fut le signal du pillage. Le peuple se porta d'abord à la maison de M, le prévôt De Basserode , premier juré, puis chez M. Dupré-Duffalu, procureur général et chez M. Macau , conseiller pensionnaire des états. Les habitations de ces fonctionnaires furent entièrement dévastées, et ces actes de brigandage se seraient étendus beaucoup plus loin, si les soixante hommes qui formaient la garnison de Tournay, joints à un assez fort détachement de gardes bourgeoises, n'y avaient mis fin en tirant sur les pillards. Quatre ou cinq individus furent tués et un assez grand nombre blessés. On trouve des détails très-circonstanciés de cette affaire dans le Livre noir de Tournay,

N'étant que le bien des pauvres , £t ils les possédaient sous le nom de TEglise. Relâché et conduit en triomphe chez moi,, «• fiButf Criant à voix déployées : vive Joseph II ! aussi notre nom ; Et au diable les magistrats , Ce qu'aussi sur la On de l'année se réalisa , A quelle Un tribune établie à notre cathédrale , En costume pontifical il monta un chanoine aussi prêtre , Présent toutes les autorités et en grand costume , Fit lecture à haute voix de ce qui était concerté , Par lequel déclaré Joseph II impie et profane , Comme tel déchu de sa souveraineté, Suivit le serment prôté ayant TÉvangile en mains, Contenant aussi autre accompagnement.

-V Que ne fit-il que le 5 septembre suivant réarrêté nous fûmes ,

M'étant fait garder à vue qui fut deux gardes des états , Et à qui je paya 4 florins toutes les 24 heures, Ce qui fut continué inclus le 19 novembre aussi suivant Qu'à ce jour un juge député du conseil provincial Se rendit à ma chambre d'arrêt , aussi en grand costume , El fit lecture du jugement dudit conseil et nous le délivra , Par lequel la cour me déclarait libre , Et sans aucune culpation déshonorante , Qu'aussi nous avons continué l'exercice du notariat , Jusqu'au courant d'avril 1823 .

D'après notre pourvoi de démission obtenue , Pour aussi nous appliquer plus librement à nos établis. »

[OEuvres de J.-B. Bousmar , relatifs à sa promotion de membre carrespondanl de Vaccuiémie de Dijon. Bruxelles, chez l'auteur, rue de la Montagne , 1828. Brochure in -8", pp. 53. )

Enfin, le pillage et la deyastation s'étendirent jusqnes dans la Campine. On pilla, à Moll , le 17 août, la maison du curé, qui était en même temps land deken du district. Un père franciscain , qui demeurait avec le curé et qui remplissait les fonctions de vicaire de la paroisse, eut la gloire d'être l'objet d'une distinction toute particulière en cette circonstance : on respecta sa chambre et tout ce qu'elle contenait. Les amis du franciscain surent d'ailleurs s'indemniser , en allant dévaster une ferme tenue par les parents du docteur Dillen, professeur de théologie pastorale à la nouvelle université de Louvain.

L'impunité accordée aux auteurs de tous ces brigandages produisit un nombre considérable de vagabonds et de voleurs. La propriété n'eut plus de garantie nulle part; mais ce fut surtout dans les campagnes qu'elle se trouva exposée à mille espèces de dommages. Le gouvernement fit tout ce qu'il pouvait faire, en publiant une ordonnance qui portait des peines graves contre quiconque volerait des grains ou autres fruits, soit dans les champs, prairies ou jardins, ou qui, par envie de nuire, commettrait quelque dégât. Il ne manquait à cette ordonnance, pour qu'elle produisît de bons résultats, que les moyens de la faire ^ exécuter. Nous l'avons déjà fait remarquer, le gouvernement était impuissant, toutes les fois qu'il s'agissait d'actes légaux. Il faisait beaucoup de bruit, grand déploiement de force; il aurait mis toute l'armée en mouvement, pour faire exécuter un acte arbitraire. Des lois, il pouvait en faire, mais non s'en servir; ce n'était pas une arme qui fût à sa disposition. Il s'attirait Tanimadversion publique par ses violences, et l'impunité était au bout de tous les crimes.

Cependant, au milieu des embarras de cette situation , lorsque les hostilités étaient, pour ainsi dire, flagrantes, M. De Trauttmansdorfi" crut encore qu'il était possible de se concilier les esprits par quelques mesures bienveillantes. Le prix des grains étant fort élevé (la rasière de froment se vendait sept florins), il prit diverses mesures pour que le pain ne se vendît pas trop cher, et pour qu'il eût un bon poids. Il fit même vendre du sei-

232 RAPÉDIIS

gle, à un magasin établi près de l'entrepôt de Bruxelles, au prix de deux florins et seize sous la rasière. Il suffisait, pour s'en procurer de cette manière, de produire un certificat du curé ou des gens de loi, portant que ce seigle était destiné à la consommation de l'acheteur, qui avait besoin de pareil secours. Une autre mesure, plus importante et qui paraissait être dictée par le même esprit, fut annoncée en même temps. Sous la date du 2 août, le ministre plénipotentiaire adressa la dépêche suivante aux députés des états de Flandres, aux états de Luxembourg, de Limbourg, de Namur, du Tournésis, aux magistrats de la ville et cité de Tournay et aux magistrats de Malines :

'' « Messieurs,

« Dans l'ensemble des dispositions annoncées au nom de l'Empereur, Sa Majesté a eu pour objet direct des établissements utiles à la religion , au bien de l'humanité souffrante et à l'instruction de la jeunesse. Si les circonstances n'ont pas permis jusqu'ici de réaliser ces établissements. Sa Majesté n'en est pas moins décidée à y donner effet, et même à les déterminer, dès à présent, et à fixer, en conséquence, aussi dès maintenant, remploi d'une partie des revenus acquis à la caisse de religion , quoiqu'ils ne soient proprement destinés qu'aux améliorations nécessaires pour la cure d'âmes.

€ Au moyen de cela, Sa Majesté veut remplir et seconder les vœux qui lui ont été exprimés lors des suppressions qu'elle avait trouvées nécessaires à cet effet. Mais il s'agit, avant tout, de régler ces destinations et de les porter sur les objets les plus nécessaires et les plus urgents, non-seulement dans les villes, mais aussi dans les campagnes, dont les besoins en ce genre méritent également toute l'attention du souverain et des administrateurs.

« Pour fixer ces destinations d'une manière conforme aux vues que la piété et les bontés inaltérables de Sa Majesté pour son bon peuple ont dictées, j'ai cru. Messieurs, ne pouvoir mieux faire que de vous communiquer ses intentions souveraines, et de con-

sulter votre zèle pour le bien public et vos lumières» sur les besoins et même sur les secours qui seraient à la fois les plus utiles, les plus pressants et en même temps les plus analogues au vœu des habitants du pays.

c Je suis bien persuadé. Messieurs, que vous répondrez à la confiance avec laquelle je m'adresse à vous, pour un objet si intéressant, et qu'en envisageant, sans distinction, toutes les classes de sujets, en les consultant et en me communiquant l'expression de leur désir à cet égard, vous me proposerez les ressources essentielles qui leur manquent dans Fétat des choses, afin que Sa Majesté puisse se déterminer en conséquence.

c Je recevrai, avec autant d'empressement que de confiance, les avis que vous donnerez, ou les propositions que vous ferez sur un objet qui me tient si fort à coeur, conformément aux intentions souveraines de Sa Majesté, et ne doute point de la célérité avec laquelle vous vous occuperez à remplir l'objet de la présente. >

Il eût été difficile, pensons-nous, de montrer plus de courtoisie et de déférence pour les vœux des autorités locales, qu'il n'y en avait dans les termes de cette dépêche. Malheureusement, par son objet même , elle n'était propre qu'à réveiller des souvenirs odieux. Elle rappelait la suppression des couvents et des confréries religieuses, leur spoliation au profit de la caisse dite de religion, et semblait convier les états des provinces à participer à la consommation d'une œuvre tant décriée. Certes, l'idée n'était pas heureuse et le moment aurait pu être mieux choisi. Des bienfaits répandus aux dépens du clergé n'étaient propres , ni à exciter la sympathie et la reconnaissance du peuple, ni à conjurer la haine et la vengeance des partis. M. De Trauttmansdorff en jugea sans doute autrement : car il poursuivit son idée de fonder des établissements de bienfaisance, sur les débris des établissements religieux supprimés, au travers des troubles, des émeutes et des pillages. Dans le courant du mois d'août, il ordonna des constructions considérables , pour agrandir les bâtiments du couvent supprimé de S^' Pierre, à Bruxelles, et pour les convertir en limitai

254 AAF&DIUS

général. Il fit annoiicer que, dès le 1^' septembre, on y recevrait, sans distinction d'état et de maladie, tous les malades et lesfem* mes enceintes qui s'y présenteraient, et qu'on y entretiendrait les enfants qui y naîtraient. Le peuple tint fort peu de compte des avantages de cet établissement nouveau , et le clergé vit dans cette destination définitive, donnée aux bâtiments d'un monastère, la continuation d'un système d'hostilités à son égard.

Le gouvernement paraissait cependant commencer à comprendre qu'il importait de faire des concessions au clergé; mais il les fît un peu tard et ne sut pas les faire assez complètes. Lorsque le clergé était en état d'insurrection ikgrante contre le pouvoir temporel, et que cette insurrection avait pour cause principale l'érection du séminaire général, un édit de l'Empweur, daté du 14 août 1789, vint en quelque sorte lui donner raison, en rendant la fréquentation des cours du séminaire général facultative et en permettant aux évéques d'enseigner la théologie ûsoès leurs séminaires épiscopaux. Mais la même faculté d'enseignement ne fut pas rendue aux chefs des maisons religieuses, et c'est ce qui nous a fait dire que la mesure était incomplète. En génial , le sort des demi-mesures, en pareil cas, est d'accorder trop et trop peu tout à la fois. Il ^i résulte qu'elles ont tous les inconvénients d'un acte de faiblesse et aucun des avantages d'une sage concession. Ce fut précisément ce qui arriva de l'édit du 14 août : tout le monde en conclut que le gouvernement avait peur, et personne ne fïit satkifait d'une disposition qui laissait subsister le séminaire général, cette abominable Babylone, comme on l'appelait dans les œuvents et les séminaires.

Le clergé régulier lui-même, en faveur duquel la mesure semblait avoir été prise, ne se relâcha pas le moins du mcmde de ses menées révolutionnaires. Il s'ensuivit que le gouvernement lut obligé de continuer à user de rigueur à son égard , et que l'espèce de guerre civile, qui avait commencé par les pillages, fut nourrie et entretenue par une multitude de petits faite accidentels. Ainsi , par exemple , le curé de Keerbergen , près de Malines, Jean-Bapt. Scbepens , se fit arrêter dans la nuit du 29 au 50 août.

Un détachement de vingt dragons et de quarante fnsiliers de la garnison de Bruxelles avait été chargé de cette expédition. Il fut question aussi de s'emparer de la personne du curé de Willebroeck (i) , dans la nuit du l"* au 2 septembre. Trois à quatre mille paysans avaient pris les armes pour le défendre. Vonck , qui parle de ce fait, dans une de ses lettres, ne cite ce projet d'arrestation que comme un faux bruit (valsch gerugt). Le curé d'Opwyck, également menacé, prit la fuite et n'attendit pas qu'on vint l'enlever. Nous pourrions rappeler bon nombre d'autres faits sembla* blés; les troupes étaient constamment employées à de vaines opérations de celte espèce. On verra, du reste, par la suite des événements, que la concession tardive faite au clergé, par Tédit du 14 août, ne le fit aucunement changer de conduite. Il s'était lancé sur une pente trop rapide et trop glissante, pour pouvoir désormais s'arrêter.

(1 ) Le curé de Willebroeck et le curé d'Opwyck furent au nombre des ecclésiastiques qm prirent les armes , en 1790.

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