II
288 RAPÉDIUS
homme bien décidé eût pu dès lors rassembler tous les éléments de ce qu'on appelle une armée patriotique. Mais personne encore, à cette époque, n'aurait osé tenter une entreprise aussi hardie. II fallut d'assez longs tâtonnements d'une part, et de nombreux actes de faiblesse de l'autre, pour que les événements mêmes en fissent naître l'occasion. Cependant, un grand nombre de ces honnêtes patriotes se dirigèrent, comme par instinct, vers la frontière hollandaise, espérant sans doute y rencontrer Van der Noot ou l'armée que celui-ci promettait incessamment d'envoyer. Quelques-uns même arrivèrent jusqu'à lui ; mais il paraît qu'ils furent assez mal reçus par ce grand citoyen. Aveuglé par ses succès diplomatiques, l'agent plénipotentiaire du peuple brabançon ne voulait plus avoir affaire qu'à ses hauts alliés le roi de Prusse et les puissances maritimes. Il rebuta ces malheureux émigrés, les chassa à grand renfort de God verdom et d'autres expressions également énergiques, dont l'usage lui était familier. Ils n'eurent d'autre ressource que de s'enrôler dans les troupes prussiennes et hollandaises, ou de rentrer dans leur pays. On en vit bientôt des bandes parcourir les campagnes, vivre d'aumônes et de rapine, rançonner les habitants, sous prétexte de patriotisme, de religion, etc. Les bruits et les écrits que l'on répandait de toutes parts les entretenaient dans l'espoir d'une révolution prochaine, qui devait changer leurs destinées. Les uns attendaient larmée de Van der Noot, pour s'y joindre et combattre avec elle; les autres, pour l'aider à piller.
Déjà plusieurs membres des états s'étaient réunis à Bréda, où ils avaient formé un comité et établi une fabrique de pamphlets, de nouvelles à la main. Ce fut de là qu'on vit partir, entre autres, le document ci-après, qui avait pour objet principal d'intimider les membres des états restés dans le pays, et d'empêcher qu'ils ne désavouassent les démarches de leurs collègues à l'étranger.
€ De la part des états de Brabant à un chacun de leurs membres.
« Personne n'ignore combien ont été inutiles les démarches et les représentations respectueuses que nous n'avons cessé de
faire , pendant deux années , pour la conservation de nos droits les plus sacrés. Nous n^ayons cessé de récrier contre les injustices et les cruautés multipliées qu'on nous a fait endurer; mais tout fut sourd à nos voix. Le refus des subsides et des impôts* n'a pas eu plus d'effet.
< Il ne nous reste donc d'autre ressource que celle de suivre les traces de nos voisins les Hollandais, c'est-à-dire de secouer à jamais le joug qui nous accable. Pour y parvenir, nous nous sommes adressés à des puissances étrangères qui ont reconnu la justice de notre cause. Elles se sont prêtées volontiers à tendre une main secourable à un peuple outragé. Les troupes auxiliaires qu'elles envoient pour aider à briser nos fers, sont déjà en mouvement , et le peuple s'apprête partout à seconder efficacement les opérations de notre salut.
c Le gouvernement commence à voir le précipice où il se trouve. Dans ces circonstances, nous prévoyons qu'on va faire des tentatives à nous engager à quelque accommodement. A cet effet , on fera peut-être parler à l'un et à l'autre de nos membres en particulier, pour sonder leur intention; mais qu'un chacun soit averti que , s'il arrivait que l'un ou Fautive de nos membres eût l'imprudence de désavouer les démarches heureuses que nous venons de faire près lesdites puissances étrangères, ou de marquer quelque déférence pour les vues trompeuses du gouvernement, notre résolution est qu'un tel imprudent encourra, nonseulement notre indignation et celle de la nation, mais sera regardé et puni comme traître à la patrie.
c Ainsi résolu dans notre assemblée secrète, le 30 août 1789. »
Le gouvernement ripostait à ces publications séditieuses par des ordonnances, des déclarations, des édits dépourvus de sanction réelle et, par conséquent , d'efficacité. Une déclaration impériale, datée du 1^' septembre 1789, parut spécialement destinée à servir de réponse à l'écrit que nous venons de citer.
c Sa Majesté, y était-il dit, a trouvé bon de déclarer, comme elle déclare par la présente, ^ue tous ces bruits d'armées et d'invasions étrangères sont absolument faux , chimériques et desti-