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tués de toute ombre et apparence de réalité, inventés uniquement pour répandre la terreur parmi les bons et tranquilles habitants des villes et du plat-pays et pour les induire à donner dans les vues incendiaires et meurtrières de ces perturbateurs du repos public.
€ En conséquence. Sa Majesté exhorte tous et un chacun à se tenir tranquilles, à suivre en paix leurs professions et leurs occupations ordinaires et à se reposer sur sa protection souveraine, en se gardant des pièges que les malintentionnés de toutes les classes s'efforcent à leur tendre, pour les entraîner dans le dernier des malheurs. Sa Majesté ordonne donc à tous les officiers de justice et de police, tant des villes que du plat-pays, de faire saisir et appréhender tous ceux qui pourraient se présenter pour exiger ou extorquer des secours quelconques pour les prétendus patriotes et défenseurs de la religion , et de les poursuivre comme concussionnaires publics, dans toute la rigueur des lois, à peine d'en répondre. »
M. le comte de Trauttmansdorff croyait avoir remporté une grande victoire, quand il avait produit une œuvre comme celle-ci, et il n'avait fait que fournir une nouvelle occasion de constater son impuissance. Il essaya cependant de sévir contre l'archevêque de Malines, dont la fameuse déclaration , déjà réimprimée pour la troisième fois, était répandue avec profusion dans le pays. Son Eminence fut appelée à Bruxelles et invitée à y garder les arrêts civils; mais à cela se bornèrent, pour le moment, les rigueurs annoncées avec tant de fracas : pas un officier de police ou de justice ne parut même soupçonner l'existence de la déclaration impériale, et loin de disparaître, le désordre ne (it que s'accroître de jour en jour.
Cependant Van der Noot, encouragé par l'accueil qu'il avait reçu à La Haye, s'était rendu à Berlin, pour y demander, sans plus de façon, des troupes et un général. Le baron Van Reede eut beaucoup de peine à lui faire comprendre que, de cette manière, le roi ferait lui-même la révolution ou plutôt la conquête du pays, et que, si on allait jusque-là , il n'y aurait qu'un pas de
plus à faire pour garder ce qu'on aurait pris. L'agent plénipotentiaire finit par sentir que les patriotes belges devaient payer de leur personne , et que , dans tous les cas , on ne pouvait demander à la Prusse autre chose que sa protection. II remit alors la note suivante à M. De Hertzberg :
c Le peuple brabançon supplie le roi de lui faire savoir si, c lorsque la nation se sera déclarée libre et indépendante de la c maison d'Autriche, Sa Majesté la reconnaîtra pour telle, de c même que les autres provinces des Pays-Bas autrichiens qui c se joindront à elle, et si, dans le cas éventuel, lesdits Pays-Bas c pourront compter sur l'assistance et les secours de Sa Majesté c et de ses hauts alliés, contre les troupes françaises , allemandes « ou autres quelconques que Sa Majesté l'Empereur voudrait « faire marcher et descendre contre eux.
€ Berlin, le 51 août 1789.
€ Signé H. C. Van der Noot. »
M. De Hertzberg, qui n'était pas personnellement favorable à cette négociation, fit des difficultés d'abord ; ce ne fut que sur les instances du baron Van Reede, qu'il permit à ce diplomate d'espérer que, dans son rapport au roi, il proposerait : « de promettre , en réponse de bouche, que, la révolution faite, si les états légitimes demandaient ce que Yan der Noot venait d'énoncer , Sa Majesté alors accéderait à leur demande et se concerterait avec ses alliés , pour efiectuer la chose. > Quelques jours après, M. De Hertzberg, ayant pris les ordres du roi, fit à Yan der Noot , toujours en présence du baron Yan Reede, une réponse assez favorable. Yan der Noot mit par écrit cette réponse, qu'il lut ensuite au ministre prussien , en lui demandant si c'était bien là le précis des intentions du roi. Voici les termes de ce document important , tels qu'ils se trouvent cités dans une lettre de M. le baron Van Reede au grand pensionnaire, sous la date du 25 septembre 1789 (i):
c Si les états de Brabanl , après avoir publié un manifeste par
( 1 ) Résumé des négociations , elc» , déjà cité , page 71.
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« lequel non-seulement ils annonceront, mais légitimeront en « merae temps leur indépendance, viennent à s'adresser, comme <i anciens membres de Tempire germanique , au roi comme élec- « teur, et à ses alliés comme garants du traité des Barrières, Sa « Majesté témoigne aujourd'hui être disposée à concourir, dans <s ce cas, avec ses alliés sur les moyens de les défendre, tant con- « tre les troupes que la cour de France voudrait faire marcher « dans les Pays-Bas autrichiens, que contre celles que l'Empe- <« reur ou ses alliés voudraient envoyer; et pour ne pas perdre « un temps précieux, S. M. fera part incessamment à ses alliés,
< tant de la demande que le sieur Vàn der Noot lui a faite, en « vertu de ses pouvoirs et comme délégué du peuple brabançon,
< si ce peuple osait se flatter de l'appui du roi! que de la réponse « verbale qui lui a été faite; et cela pour établir en attendant un « concert éventuel sur la conduite à tenir par le roi et ses alliés, « quand les états de Brabant auront réclamé leurs bons offices. »
Après avoir entendu la lecture de cette note, M, De Hertzberg déclara qu'elle était conforme à ce qu'il avait fait connaître des intentions du roi; il en demanda copie, et il fut convenu que MM. Ewart et Van Reede en auraient également chacun une copie, pour les envoyer à Londres et à La Haye. Van der Noot devait ensuite se rendre à La Haye, pour y connaître la réponse du grand pensionnaire, et par celui-ci ou M. Fitz Herbert, la réponse de l'Angleterre. L'approbation du cabinet de La Haye était acquise d'avance à tout ce qui avait été fait à Berlin; mais il n'en était pas de même de la Grande-Bretagne, comme nous l'avons déjà fait remarquer.
Tandis que Van der Noot courait ainsi à l'étranger, pour y mendier le secours des puissances ennemies ou rivales de son pays, l'avocat Vonck (i), espèce de libéral doctrinaire ^
(i) Jean François Vonck , né le 29 novembre 1745, à Baerdeghetn , petit village de Tarrondissement de Tcrmonde , sur les confins du Brabant, flls de Jean Vonck, cultivateur, et d*Ëlisabeth Van JXuSei; après avoir fait ses humanités au collège des jésuites, à Bruitelles, étudia à l'université de Louvaîn , dans la pédagogie du faucon, où il obtint la troisième place, sur cent et huit concurrents, au concours général de philosophie de Fannée 1764. Ayant été promu au grade de licencié en droit, en 1767, il vint s'établir à Bruxelles, où il exerça la profession
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à vues étroites et systématiques, homme prudent, du reste, et se croyant fin, organisait méthodiquement une conspiration à
«faTocat an woaéï sourerain de Brabant , et oblint k dooUe tUre d'avocat fiscal du chapitre de S^-Gudtde et du trésorier {renlmeester ) de Tabbaye de Forêt. En 1790, Vonck devint le chef du parti démocratique auquel on a donné le nom de VoruMste, A la rentrée des Autrichiens , au mois de décembre 1790, il se réfugia k Lille, oik il mourut le l"' décembre 1792. U fut enterré, par les soins de sa famille, au village de Baerdeghem, où une pierre sépulchrale a été consacrée à sa mémoire. L'inscription en est rapportée dans le Messager des sciences historiques* Gand , 1S40 , in-8*, p. 523. Vonck a publié :
1* Considérations impartiales sur la position actuelle du Brabant, où l'on examine : 1* Si les états actuels du Brabant y représentent légalement le peuple brabançon, k l'effet de le gouverner comme souverains ; 3* s'il serait compatible avec les règles de la justice et avec l'avantage du Brabant, que les états actuels de cette province exerçassent la souveraineté; S** comment on pourrait organiser, en Brabant, une nouvelle forme de représentation qui, sans s'écarter de Tesprlt de l'ancienne, serait néanmoins conforme aui règles de la justice et à ce qu'exige le bien-être du pays; 4* quelle serait la meilleure forme de gouvernement, que les représentants légaux de la nation pourraient établir relativement au régime intérieur du Brabant. ( Anonyme , sans lieu ni date, 1790 , pp. 26, in-8*.)
n y eut plusieurs éditions de cet opuscule , qui fit beaucoup de sensation , et donna naissance k une polémique d'oi surgirent , k cette époque, une foule de brochures. Il fut imprimé d'abord k Lille; mais presque tous les exemplaires en furent envoyés à Bruxelles, où ils furent saisis par la police de Van der Noot. On ne le rencontre plus que rarement. On en publia une traduction flamande, sous le titre de :
Onzeidige aenmerkingen over de gestellenis van Brabant, Uit den tweeden fhmschen druk. (Sine loco), 1791, in-8«.
2* Naerdere onxeydige aenmerkingen ofvervolg van staetkundige onderrigtingen voor het Brabantsch volk, betrekkelyk tôt den staet der opperheerschappye aldaer in 1790, met merkelyke aenteekeningen, een historisch byvoegsel en een groote menigte van geloof weerdige stukken over den voorvàl van Namtn en de gevangenissen van den generael Van der Mersch, op het casteel van Antwerpen; door J. F. Vonck, licenliaet in beyde de rechten en voor deze practiseerende advocaet voor den raede van Brabant. Tweeden druk , grootelyk verbeterd en vermeerderd met nieuwe aenmerkingen , hoofdiaekelyk oprigt hebbende tôt den inhoud der gevoegde stukken die aisnu aile vertaeld zyn in het nederduytsch. Tôt Ryssel , 1792, in-8« , pp. XVI et S76.
Une première édition de cet ouvrage avait paru, sous le titre de :
Vervolg van staeikundige onderrigtingen voor het volk van Brabant. {Sine loco ). Mey , 1790, in-V.
Z'' Abrégé historique servant éPintroducUon aux considérations impartiales sur Vétat actuel du Brabant. Lille, Jacques, 1791, in-8*.
On conserve k la Bibliothèque royale, section des manuscrits dite : Bibliothèque de Bourgogne, sous le n* 14890-14S92, la corre^[M>ndance autographe de Vonck, depuis 1782 jusqu'en 1792. Voyez (Maréchal), Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, publié par ordre du ministre de llatérieur. Bruxelles, 1841, in 4^, 1. 1, p. 294, et t. II, p. 09.
On trouve des notices historiques sur Vonck, dans la Biographie nouvelle des contemporains. Paris, 1825, t. XX, p. 245. Biogra^ universelle classique. Paris, 1829, t. UI, p. 5276. Biographie étrangère. Paris, 1819, t. II, p. 237. Delvenne. Biographie du royaume des Pays-Bas. Bruxelles, 1829, t. II , p. 550. La Bévue de Bruxelles, volume de juillet 1841 , a donné le portrait de Vonck.
Son portrait avait été gravé en 1790, par Jean Joseph Durig, artiste allemand, établi à Lille, où il mourut, le 16 février 1816. Ce graveur estimé fit aussi le portrait de Van der Mersch. Voyei ÀTthmr Dinaux, iconographie LiUoise. Valenciennes, 1841, in 8», p. 55, et Archives du Nord , série II, 1. 1 , p. 411 ( dans la Biographie de J. J. Durig,)
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l'intérieur. Son motif déterminant et avoué était le besoin de sortir d'esclavage. S'il voulait secouer le joug de l'Autriche, c'était plutôt pour n'avoir plus de joug à porter et pour briser ses fers, que par des raisons d'utilité publique bien déterminées et bien senties : car plus tard , lorsqu'il lui fut permis d émettre ses idées sur la forme du gouvernement et sur les modifications à introduire dans l'administration, on trouva qu'elles se rapprochaient tellement de celles de Joseph II, que son parti fut confondu avec le parti royaliste dans un môme sentiment de réprobation. Ses efforts, pour sortir d'esclavage, n'en avaient pas moins contribué à livrer les destinées du pays et les siennes même à ces gens qui le proscrivirent, et qui n'avaient pas plus de sympathie pour son système que ne pouvait en avoir l'Empereur , aussi longtemps que M. Vonck ne consentait pas à rayer de son dictionnaire constitutionnel , le mot république.
Sous le titre d'Association pro aiis et fods, Yonck organisa froidement une révolution, dont le succès devait avoir pour premier résultat de faire triompher des idées diamétralement opposées aux siennes. Peut-être avait-il une arrière-pensée qui lui faisait porter ses vues vers la France. Cette supposition, quelque peu honorable qu'elle soit pour le caractère de Vonck, est cependant le seul moyen de le sauver du reproche d'imprévoyance, de complète ineptie. Quant à son aptitude à tramer les fils d'une conspiration, on en jugera par la pièce suivante, qui nous paraît assez curieuse pour passer dans le domaine public. Nous avons cru devoir en conserver l'orthographe :