II
4i6 RAPÊDIUS
rant qve» par mu loAiaice, il parviendrait à ramener le calme dans cette province. Ne voulant négliger anemi moyen de séduction, il alla jusqu'à proposer des places et des récoMpen«ses aorx chefs de Fimurreetion. M. Raepsaet n'ayamt pas voulu se charger de sa commission à Gand , il fit mettre D^Aubremé et Fisco en liberté, et les chai^ea d'aller offrir à Vonck une place de secrétaire d'Ëtat, et aux avocats Verlooy , Willems et 1 Kmt des {daces de c(«seiUer du gouvernement (i).
Il serait assez difficile d'affirmer que des tentatives sembbbles aient été faites auprès du génial Tan der Mersch ; maïs la con* duite de celui-ci permet au moins de supposer qu'il fut instruit des dispositions du gouvernement, et que, dégoûté par le ton et les exigences du: comité de Bréda*, il voulut profiter de l'occasion pour rentrer en gràee auprès de TEmpereur. En effet , Yan der Mersch s'était promené en vainqueur de Diest à Tirlemont; aucun danger nouveau ne semblait le menacer; la colonne de d'Hap» poncourt ne s'était pas encore mise en mouvement ( Tordre ne partit de Bruxelles que le 26 ); les autres troupes, sous les ordres du général de Bailletr-Latonr , venaient de battre en retraite , comme Ton sait; et ce fat dans ce moment que Van der Mersch saisit le prétexte de dépêches qu'il avait interceptées et dont il envoya des copies au comte de Trauttmansdorff, pour établir des relations direictcs avec le ministre plénipotentiaire et pour lui demander la paix. Le 28 novembre, de grand matin, il lui écrivit qu'étant convaincu, par les dépêches interceptées, des sentiments favorables de Son Excellence pour la conservation du pa^ et la cessation de Ceffiision du sang, il avait cru devoir communiquer ces dépêches au comité de Bréda, et que, si on voulait lui donner l'assurance que les troupes de Sa Majesté ne feraient plus aucun mouvement, il s'engageait, sur sa parole d'honneur, à conserver également toutes ses positions, jusqu'à ce que le comité pût répondre aux vues salutaires de Son Excellence. Ce n'était pas, comme l'on voit, une simple demande de sisspension d'armes;
(i) Manuscrit de Vonck, page 65, cité par Coelval. Manuscrit de la bibliothèque de Bourgogne, d* lttd53.
hE BERG. 447
c'était une proposition formelle de se poser médiateur entre le comité de Bréda et le gouvernement , proposition d'autant plus extraordinaire, qu'elle venait après le manifeste par lequel Joseph II avait été déclaré déchu de* ses droits à la souveraineté du pays. Il est à remarquer aussi que cette proposition coïncidait singulièrement, par sa date, avec les nouvelles tentatives de M. Yan der Borch auprès du comité , depuis la publication du décret du S5 novembre. Le drossart de Bréda sollicitait une suspension d'armes, au nom du gouvernement autrichien, dans le même temps que Van der Mersch faisait à ce gouvernement des ouvertures pour arriver à la conclusion de la paix. Nous avons déjà vu comment le comité de Bréda, qui avait pris le titre d'Ëtats de Brabant, sut éluder la demande du baron Van der Borch; nous allons voir comment Van der Mersch manœuvra pour forcer la main au comité.
Le colonel De Brou arriva au quartier-général des patriotes le 9 novembre. Le résultat de cette première entrevue fut que Van der Mersch abandonna Tirlemont, le même jour, et se retira à Léau. D'Alton, de son côté, donna l'ordre aux troupes qui s'étaient avancées vers Tirlemont de se retirer. Il fut convenu qu'on attendrait, dans cette position, que le comité de Bréda eût consenti à l'entière évacuation du territoire par l'armée insurrectionnelle. Le lendemain, 50, les négociateurs arrivèrent enfouie auprès de Van der Mersch : il reçut d'abord la visite du baron de Pistrik; M. de MuUer lui apporta ensuite des dépêches du ministre plénipotentiaire; enfin, le 1*' décembre, le colonel De Brou revint à Tirlemont , et lui demanda une entrevue à Orsmael, entre cette ville et celle de Léau. C'est là que fut signé, dans la nuit du !•'' au 2 décembre, l'acte qu'on a appelé l'armistice d'Orsmael (i), et qui était plutôt un préliminaire de soumis-
(i) Voici le texte de ce document :
« Le bieo géDéral de la nation et les vues salutaires de S. M. l'Empereur et Roi , pour faire cesser tout acte hostile , et les violences que ces moments de troubles ont naturellement entraînées après euiy sont cause que S. M. ITmpereur et Roi ayant manifesté par ses derniers édits, combien elle est touchée des malheurs qui accablent dans ce moment de trouble son peuple belgique, et ?oiilaot y rétablir Tordre et laconBance qui a toujours subsisté entre le souverain et sou
418 RAPÉDIUS
sion» de la part-de Van der Merscb, qu'une véritable suspension d'armes entre deux armées en présence. Le colonel De Brou avait mission de demander six mois de trêve, et d'en excepter la Flandre : Van der Mersch insista pour que la Flandre y fût comprise , et il ne voulut prendre la responsabilité que d'un engagement de dix jours , en attendant que, de part et d^ autre, on eût le temps nécessaire pour se faire autoriser à C acceptation du terme de deux mois.
peuple, a trouvé bon de rétablir tous les privilèges et ootamnient la joyeuse entrée, et plusieun autres objets plus amplement détaillés dans ses derniers édits.
« Mais pour rendre les effets salutaires et plus eflScaoes qui doivent résulter de l'amnistie générale, il devient nécessaire que toute action de trouble, tout acte de violence vienne à cesser , afin que la confiance rétablie puisse, par des arrangements solides pris entre le souverain et son peuple, donner une assurance qui assure Tordre et la prospérité publique. Il a été convenu entre les soussignés, le colonel De Brou, au service de Sa Majesté, et le commandant général de Tannée patriotique Van der Mersch , pour faire cesser toute effusion de sang ultérieure , d'établir une suspension d'armes entre les troupes de Sadite Majesté et ladite année patriotique, pour quelle fin le colonel De Brou a fait connaître qu'il était autorisé d'entrer dans œtte convention pour les provinces de Luierobourg, Limbourg, Namur et Brabant. Sur quoi le commandant Van der Mersch a fait connaître qu'il ne pouvait entrer dans aucune convention qui n'aurait pour but que des provinces particulières , et qu'il était nécessaire que, pour entrer dans un pareil arrangement, la Flandre devait aussi y être comprise, avant que ledit colonel ne fût également autorisé à cette fin.
< Après quoi ils ont résolu que ledit colonel s'adresserait k ses supérieurs et se ferait autoriser pour accepter la trêve ou suspension d'armes, pour le terme de deux mois, à commencer du premier décembre de la présente année; et qu'en attendant que ladite trêve soit acceptée par lui pour la province de Flandre, comme pour toutes autres d-dessos citées, il serait provisionnellement convenu d'une suspension d'armes et de toute hostilité quelconque pour le terme de dix jours, k commencer de la date de cette, afin que Ton eût le temps nécessaire pour se ûûre autoriser pour l'acceptation du terme de deux mois de suspension d'armes et de toute hoatillté , sous quelque dénomination que ce puisse être, k commencer de la date et du jour de Tagréation.
« Et comme il est essentiel que Ton rétablisse Tordre et la confiance. Ton est également convenu que , dans l'acceptation d'une suspension d'armes , serait aussi con»prjse la liberté de commerce , de communication, la liberté des postes et tout autre moyen de se transporter d*un lieu à un autre, sans qu'il y soit fait aucun empêchement ni trouble; bien entendu que Ton n'entend point par À la marche des troupes, soit armées ou autrement, passage des munitions de guerre et tous les autres objets de cette nature, qu'ils puissent passer par les terrains possédés par Tautre partie et qui sont désignés ci-dessus, mais bien les personnes isolément, après être porteurs de passeports qui seront délivrés par les chefs, de part et d'autre, et qui devront être contre-signes dans les lieux de leur entrée où la partie sera dominante et en possession.
« Et pour êter toute équivoque à cet égard, dans le Brabant, Tannée patriotique sera tenue dans les villes de Diest et Léau, avec un territoire d'une lieue et demie à la ronde, pris du centre de la place; et, dans k Flandre, dans les villes de Gand, Bruges, Ostende, Ypres, Fumes et Menin; et d'après les principes posés ci-dessus, il en sera de même pour ces dernières villes. Et comme pour consolider le présent acte il faut que le colonel De Brou soit autorisé k accepter la suspension d'armes pour la Flandre, Ton donne le terme de dix jours audit colonel , pour être autorisé k Tacceptation de cet article, pour donner force k cette convention, sans quoi elle sera sans valeur.
< Fait k Orsmael , le S décembre 1789. « Signé Di Baov, ccdond. >
Ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans cette convention, c'est que son but était (le rendre les effets de P amnistie générale plus salutaires et plus efficaces; de sorte que le général patriote , en signant cette pièce , déclarait implicitement vouloir concourir à la réussite des vues du gouvernement ; de son aveu , la suspension d'armes n'était qu'un moyen de donner aux dernières mesures de M. de Trauttmansdorff le temps de produire leur effet, de ramener le calme dans les esprits, de détruire , en un mot, tous les éléments de la révolution. Yan der Mersch, s'il n'avait eu une arrière-pensée , et s'il avait réellement eu l'intention de reprendre les hostilités à l'expiration de l'armistice, se serait donc ainsi privé volontairement de ses principaux moyens de succès! On a blâmé le comité de Bréda de ses méfiances à l'égard de Yan der Mersch (i); mais nous les comprenons trèsbien; elles nous paraissent même fort légitimes, en présence des &its que nous venons de rapporter. Évidemment, selon nous, Yan der Mersch croyait ses compatriotes plus sages qu'ils ne l'étaient; il pensait qu'en rétablissant la joyeuse entrée, les privilèges , toutes les vieilles institutions du pays , en supprimant le séminaire général , en rendant l'administration de leurs biens aux abbayes, en faisant enfin disparaître tout ce qui avait causé les troubles, ceux-ci devaient cesser et toutes choses rentrer dans leur état normal. Il se trompait, voilà son crime; et ce crime devait être grave aux yeux du comité de Bréda, qui déjà s'était assis sur le trône des ducs de Brabant et qui n'entendait plus en descendre.
Yan der Mersch partit pour Bréda immédiatement après avoir conclu l'armistice, et il envoya à Gand le curé Janssens avec l'adjudant Mesmaecker. Le comité fut consterné en apprenant la cause de son voyage, c Un coup de foudre , écrivait Yan Eupen ; le général Yan der Mersch est ici. Il a fait une trêve pour dix jours et veut faire un tour par la Flandre. Je m'y suis opposé avec douceur et bonté; lui était furieux; il était brusque, un
(i) Borgnet, LeUres sur la révolutiim brabanç(mne, t. H, p. 58.
420 RÀPÉDIDS
cheval de carrosse ne Test pas davantage. Nos troupes sont encore en règle, et, après dix jours, celles de Flandre le seront peutêtre, et vraisemblablement en état d'attaquer Tennemi. Quant à cela, c'est bien; mais je crains que Yan der Mersch ne nous ait
vendus (i) » La conduite du général donna lieu à une vive
discussion dans le comité. Elle y Ait blâmée avec tant d'am^tume, qu'il voulut, dès ce moment, abandonner son armée et passer en Flandre. Mais là aussi l'œuvre d'Orsmael avait été désapprouvée. On en craignait particulièrement les conséquences pour cette province, parce qu'il semblait qu'il avait été laissé à l'arbitrage du gouvernement de comprendre la Flandre dans la trêve ou de l'en exclure.
Il s'ensuivit que l'armistice ne fut ratifié ni à Gand ni à Bréda. On parvint cependant à ménager une espèce de réconciliation entre Yan der Noot et Yan der Merscfa , et celui-ci consentit à reprendre le commandement de l'armée. Il partit le 6 décembre. Ce fut pour aller se mettre sous la surveillance de M. Goffin, auditeur général (2]) et tous la tutelle de deux doyais de métiers,
(1) Extrait d'une lettre datée d# Bréda, 3 décembre 1789, A^tffN^ietn^ocîalÛMu, eU., déjà cité, p. 114.
(a) Nous possédons une lettre autographe de Yan der Noot, qui contient les instructions dopnées à M. Goflin dans celte ciroonitance. Ce serait en altérer le mérite que de la traduire ; nous la donnons ici textuellement :
• Breda , 3 december 1789.
« Mynheer,
« By onse dépêche van heden aan den lieutenant- generaal medecomende is hy gelast ?oor het loekoraende UE. te rœpen ende t' admilteren in den crygxraad. Wy waren in meyninge dat UE. t' elckers daar by was, gelyck UE. hadt behooren te zyn als auditeur gênerai ?an onse kigen, ende t* is by geval dat yrj onderhoort hebben dat UE. niet présent zyt geweest. Wy belasten dan UE. van in het loekomende nooit meer naar te laalen van UE. dur in te bevinden ende naukeuriglyk toe te letten dat het algemeyn welvaaren soo van den dienst als van het land wort vaargenomen. Wy verstaan selfs dat als UE. suit noodig achten van spTen te gebruyken, UE. des gelycke gebruyckt. De betaalinge sal UE. vergoed worden. De besonderste gerallen lyn orer de mouvementen der troupen van onsen vyand , want men can dienaangaande niet voorsicfatigfa genoeg zyn, alsoo op al te onsekere rappoKen d'operatien van onse troupen den moed benemen van onse troepen. Wy connen niet doorponden waar om onse troupen Tbieoen hebben verlaaten , nog veel roinder begrypen wy waarom men deselve naar Sout-Leeuw heeft doen wyken , in plaatse van het walsch Brabant in te trecken , alwaar bel léger meer als dryemaal soude verdobbelt hebben.
< Voorts wy zyn verwondert dat UE. ons niet meer rapport doet. Wy hebben nog geene het tninslen over het geval van den advoeaat Ducfaateau , seift niet of UE. hebt ontAmgen de stucken
DE BEKG. 42i
qui devaient assister à tous ses conseils de guerre j Taider dans ses opérations et envoyer ses plans de campagne à Bréda. De ces aides de camp de nouvelle espèce, l'un était un cabaretier de Louvain, nommé Meriens, l'autre un teinturier de Bruxelles, nommé Yan Parys.
Là ne s'arrêtèrent point les humiliations qu'il eut à subir de la part du comité de Bréda, A son arrivée à Diest, Yan der Merscb trouva une déclaration du colonel De Brou, portant qu'en conséquence de la convention conclue à Orsmael le 2 décembre, la suspension était définitivement acceiptée pour les villes de la Flandre, et pour le terme de deux mois consécutif, comme il avait été stipulé. La forme de cette déclaration embarrassa singulièrement Yan der Merscb , qui crut devoir l'envoyer au comité de Bréda , avant d'en accuser réception au colonel De Brou. Yan der Noot lui répondit, sous la date du 7 décembre, qu'il fallait agir avec la plus fine politique possible, et écrire de manière à ne rien préjuger quant à la durée de la suspension d'armes. Tout en se conformant jusqu'à un certain point à ces instructions, Yan der Merscb écrivit cependant à De Brou que les états de Brabant avaient consenti à l'armistice de dix jours (assertion inexacte), en attendant qu'ils se décidassent pour l'acceptation ou pour le rejet de la trêve de deux mois , ce dont il aurait l'bonneur de lui faire part à Texpiration du terme consenti.
Dans le même temps que Yan der Merscb écrivait cette lettre, qui certes n'était pas trop obligeante pour les Âutricbiens , le comité de Bréda lui préparait un affront sanglant. Dans une assemblée tenue le 9 décembre, il fut résolu que la conduite du général commandant serait désavouée ; que le comité déclarerait l'armistice d'Orsmael entaché de nullité , partant inopérant et
van Lummen die wy UE. zedert eenigen tyd hebben toegesoDdeo. AWoIgeos belasten vy (JE. aan ons meerdere rapporten te doen.
« Wy zyD met agtinge»
« Myn Heer,
« UED. W. D.,
« H. C. N. Vah der Noot, 1789, q.q.
« Breda, 3 december i789. •
422 RAPÉDIUS DE BERG.
sans effet , et qu'enfln le lieutenant-général Yan der Mersch aurait à reprendre inunédiatement les opérations militaires, comme si Tarmistice n'avait jamais existé. Un extrait de cette résolution fut envoyé à Yan der Mersch, qui, cette fois, se ii^cha sérieusement. Il y répondit par l'envoi de sa démission. Mais la trêve de dix jours étant prête à expirer , le comité lui dépêcha une députation composée du baron d'Hove et de M. d'Hoobrouck de Moereghem, pour l'engager à rester à la tête de l'armée. Ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant, l'armistice avait produit des résultats si inattendus (|ue Yau der Mersch se laissa facilement persuader.
Oigitized by