‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 104 sur 119 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Van der Mersch avait à peine abandonné le territoire des Pays- Bas autrichiens, que la diversion qu'on lui avait annoncée prématurément, et dont il n'avait pas su attendre les effets, s'exécuta pour ainsi dire sous ses yeux. Les patriotes de ta petite armée s'étaient répandus, après l'affaire de Lillo, dans les communes de Roosendael, Ossendrecht, Woup, Hoogerheide, etc., et leur nombre s étant accru , ils avaient retrouvé un peu de courage. \# fils aîné de M. Van der Noot de Vrechem, frère de l'agent plénipo-

RAPÉUltS

tenliairc , s'était joint à eux , de même que leur ancien capitaine Leyssens. Ils avaient fait une acquisition plus importante dans le prince Louis de Ligne (i), major au service de France. L'arrivée de ce seigneur avait fait une vive impression sur les patriotes, qui étaient enchantés surtout de le voir vivre avec eux comme avec ses égaux, mangeant, buvant en commun, et ne voulant d'autre grade que celui de dragon. Ce fut la France également qui leur envoya un commandant de cavalerie, dans la personne de Patrice Devaux, frère du major Philippe Devaux, qui conserva le commandement de l'armée. D'autres officiers encore arrivèrent du même pays, entre autres, le capitaine D'A vaine et un nommé Lafont, qui avait servi, en 1787, dans les volontaires agrégés au Serment de S*-Sébastien. Ce dernier était venu de Paris avec le major Devaux, dont il devait être l'adjudant; mais il abandonna les patriotes à S'-Ni colas, après le passage de l'Escaut.

Ainsi que le comité de Bréda l'avait annoncé à Vander Mersch , la petite armée était partie de Roosendael, le 4 novembre 1789, à cinq heures après-midi, pour se jeter dans la Flandre. On lui avait distribué, à Putte, de nouvelles armes que le comité de Bréda avait achetées à Bcrg-op-Zoom,etqui étaient plus mauvaises encore que les premières. Le lieu de réunion générale était le fort Frédéric-Henri ; tout le monde devait s'y trouver à une heure après minuit, et l'on annonçait que vingt chaloupes y attendaient l'armée, pour la transporter sur l'autre rive de l'Escaut. Mais le capitaine D'A vaine , qui commandait une compagnie de Leyssens , forte de

(t) Louis Lamoral Eugène prince de Ligne, second fils du célèbre feld- maréchal Cbaries Joseph prince de Ligne, décédé à Vienne, le 15 décembre 1814, et de Marie Françoise Xavière princesse de Lientemtoin, morte en 1893. Il était né le 7 mai 176H, et était entré an service de France comme officier de cavalerie. Il émigra, en 1792, et entra dans l'armée autrichienne comme simple volontaire au régiment de Ligne. Parvenu au grade de major , il quitta le service et rentra dans sa patrie , en 1802; il mourut è Bruxelles , le 10 mai 1812. U avait épousé , en 1802, la comtesse Louise Van der Noot de Duras, née en 1786, fille unique de Jean Joseph Philippe comte Van der Noot de Duras , membre des étals de Brabant , mort le 2 janvier 1H03. Cette dame se remaria en seconde* noces avec le comte (fOulrerooat. Le prince Louis de Ligne s laissé de ce mariage un fils unique, Eugène Lamoral , prince de Ligne , né le 24 janvier 1804, aujourd'hui envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de S. M. le roi des Belge* a. h

DE BEFIG.

200 hommes environ, ayant pris les devants, avait accaparé les chaloupes , s'était fait transporter avec son monde sur le territoire flamand, et comme le temps était extrêmement mauvais, les bateliers avaient refusé de retourner pour aller chercher les troupes formant le gros de l'armée. Quand celles-ci étaient arrivées au fort, elles avaient été très-étonnées de n'y trouver aucune embarcation. Pour comble de malheur, il pleuvait à verse, et le fort Frédéric-Henri ne contenant qu'une maison et une grange , il était impossible d'y abriter tout le monde. Le major avait pris le parti de retourner à Santvliet; ce qui avait occasionné la défection d'une partie des patriotes, lesquels, cependant, allèrent se jeter dans la Flandre, par Berg-op-Zoom et Uulst, et revinrent ensuite rejoindre les autres à S'-Nicolas; de ce nombre était le notaire Cans, de Bruxelles.

Pendant le séjour de la petite armée à Santvliet, le major Devaux partagea les corps de Vanderperren , de Leyssens et de Van der Noot en six compagnies de cent cinquante hommes chacune, à l'exception de la compagnie de Vanderperren, qui conserva deux cents hommes; de sorte que son corps d'armée se composait de 950 hommes environ. Il nomma de nouveaux officiers, et donna des commandements de compagnie aux nommés Van der Steen et Monnoye, de Bruxelles. En l'absence d'avocat , le notaire Schruers fut chargé des fonctions d'auditeur militaire. Toutes ces nominations n'étaient que provisoires ; elles devaient être confirmées par le comité de Bréda. Le prince Louis de Ligne s'obstina à rester dragon, et pendant son séjour à Santvliet, il Gt l'admiration des patriotes par la bonne grâce avec laquelle il supportait les incommodités de la guerre, couchant jusqu'à trois nuits de suite sur la paille, au milieu de ses camarades , auxquels il distribuait des couronnes, en les exhortant à la discipline (i).

Enfin, le 8 novembre seulement, jour de l'arrivée de Van der Mersch à Bar-le-Duc, l'armée se remit en marche; elle sortit de Santvliet à quatre heures du matin et se rendit de nouveau au fort Frédéric-Henri. Six heures furent employées au passage de

(• ) Chronique 4t Gortnl, iMitmcrit de la bibliothèquo de Bourgogne, déjà cilé, o'SM».

RAPÉDIIS

l'Escaut, de sorte que la marée était tout à fait basse, quand vint le moment de transporter le chef de l'expédition avec son étatmajor et le prince de Ligne; et comme ces messieurs avaient des chevaux, ils eurent beaucoup de peine à débarquer et à gagner le haut de la digue. Il est évident que, s'il y avait eu la moindre surveillance de la part des Autrichiens , la garnison d'Anvers aurait pu être avertie assez à temps pour les faire attaquer pendant cette laborieuse opération. Deux cents hommes de troupes régulières auraient suffi, dans cette situation, pour * détruire cette petite armée, qui bientôt devait soulever la Flandre et arracher à la domination de l'Empereur une de ses plus belles provinces. L'inaction du gouvernement, dans cette circonstance, fut d'autant plus inexcusable que, depuis quatre jours, D'Avaine était dans le pays de Waes avec sa compagnie, et qu'on aurait dû savoir qu'il formait l'avant-garde d'un corps qui, lui-même, avait déjà tenté le passage de l'Escaut.

Le premier lieu d'étape des patriotes fut le village de Doel. Ils partirent de là le lendemain, 9 novembre, à sept heures du matin, et se rendirent, par Verrebroeck et Beveren, à Sl-Nicolas. Ils y trouvèrent le capitaine D'Avaine, avec ses deux cents hommes, et s'y virent rejoints par deux cents patriotes flamands. Le 10, ils s'enrichirent de huit pièces de canon d'une demi-livre ou d'un quart de livre de balle , qui se trouvaient au château de Hingene, appartenant au ducd'Ursel, et de quelques autres pièces de même calibre, prises au château de Bornheiin. Toute cette artillerie pouvait se transporter sur une charrette. Ils reçurent aussi en présent deux caisses de tambour et un drapeau , qui leur furent offerts par la Gilde de S'-Nicolas.

Il y avait alors, dans toutes les garnisons de la Flandre réunies, deux divisions du régiment de Yîerset : l'une occupait la ville de Gand , l'autre était partagée entre Bruges et Ostende. Dans la nuit du 9 au 10, le colonel Lunden entra à Gand avec deux autres divisions , du régiment de Glairfayt ; ce qui porta la garnison de cette ville à un bataillon. Cela suffit pour faire hésiter l'armée insurrectionnelle pendant plusieurs jours. Il fut tenu

un grand conseil de guerre, le 11 , à S'-Nicolas. Quarante-six personnes y assistaient , tant militaires qu'hommes politiques de Gand et de Bruxelles. Le major Devaux y posa cinq points de délibération, qui tous avaient pour objet les dangers d'une entreprise contre la ville de Gand. Il fut extrêmement étonné , lorsqu'on eut recueilli les votes, de voir quarante-quatre votants, sur quarante-six, se prononcer pour l'expédition. Malgré cette résolution solennelle, il songeait encore aux moyens de gagner du temps, lorsqu'il apprit que les troupes sous ses ordres avaient formé le complot de mettre le capitaine D'A vaine à la téte de l'armée , et de marcher en avant, sans leur commandant titulaire. 11 se décida alors à partir, dans la nuit du 11 au 12 novembre.

Cependant, le général d'Alton, en même temps qu'il envoyait Lunden à Gand , donnait des ordres à d'Arberg, pour Schrœder et pour De Gontrœuil , qui se trouvaient encore aux environs d'Hoogstraelen. Cette fois encore, il avait arrêté un plan de campagne, et ce plan consistait à faire envahir la Flandre par trois points: Alost, Malines et Anvers. 11 avait envoyé, par Alost, le colonel Lunden; il voulait que le lieutenant-colonel De Gontrœuil passât par Malines et que le général Schrœder traversât l'Escaut à Anvers. Ces deux derniers devaient se rejoindre à Lokeren ou à ^-Nicolas, et refouler les insurgés sur les forts de Liefkenshoeck et de Lillo , où quelques troupes les attendraient , pour les canarder, comme écrivait d'Alton , s'ils essayaient de repasser l'Escaut. Le lieutenant-général d'Arberg devait rester dans la Campine avec trois bataillons et trois escadrons de son régiment. Tels étaient les ordres du 9 novembre; mais ces ordres n'étaient pas tellement pressants, qu'on pût raisonnablement supposer que les insurgés se trouveraient encore entre S'-Nicolas et Liefkenshoeck lorsque les troupes arriveraient dans la Flandre. Une aussi prompte exécution de la part de celles-ci était même matériellement impossible, à raison des distances, et il y avait, en outre, une autre cause d'impossibilité dans l'obligation de demander au gouvernement général des marches-routes et au commissaire civil des chevaux pour le transport de l'artillerie , qui n'était pas attelée.

HAPÉDILS

Le 10, le général d'Arberg reçut l'ordre de se rendre de sa personne , à Anvers , quand la Campine serait entièrement nettoyée. Gel ordre fut renouvelé d'une manière plus positive le lendemain, en même temps qu'il fut prescrit au colonel Keim de rentrer à Matines avec son bataillon. Il ne devait rester dans la Campine que des commando-volants. Anvers était considérée comme le point central, où devait se tenir le général d'Arberg, prêt à se jeter, soit dans la Flandre, soit dans la Campine, selon les circonstances.

Le lieutenant-colonel De Gontrœuil se mit en marche, dès le 10, avec un bataillon, une division de cavalerie et deux pièces de canon. D'Arberg lui avait pris ses deux obusiers pour les donner à Schrœder, sous prétexte qu'il en trouverait d'autres à Malines. 11 se dirigea de Moll sur Gheel, pour se rendre à Malines par Iteghem. Mais arrivé à Gheel, il reçut l'ordre de passer par Turnhout, pour reprendre ses obusiers, et de là on l'envoya à Anvers. Ses troupes avaient fait dix mortelles lieues, elles étaient * exténuées de fatigue, lorsque, arrivées à Ooslmael, il leur permit de se reposer pendant quelques heures dans des granges. A deux heures du matin, il reçut l'ordre de se diriger, non sur Anvers, mais sur Malines par Lierre , de se mettre sous les ordres du général Schroeder, qui devait passer l'Escaut à la Tête-de-Flandre, le 12, et de calculer sa marche de manière à se joindre à lui , soit à S*-Nicolas, soit à Lokeren. D'après ces ordres, De Gontrœuil étant arrivé à Malines dans la matinée du 11 , envoya une estafette à Schrœder, pour le lui annoncer, et fit reposer sa troupe jusqu'au lendemain.

Schrœder , à la tête d'un bataillon de Ligne et d'un escadron de dragons, avec deux obusiers, partit de Turnhout, le 11, et arriva le même jour à Merxera , près d'Anvers , où il résolut de passer la nuit. Le lendemain, de grand matin, il traversa l'Escaut; mais, au lieu de se diriger sur S'-Nicolas, guidé par de faux rapports qui lui annonçaient un second débarquement de patriotes, il se rendit à Beveren, et écrivit au général d'Arberg, pour lui demander du renfort. D'Arberg, qui venait d'arriver à Anvers, lui envoya l'ordre d'attendre le colonel Debrou.

DE BERG

Pendant ce temps, De Gontrœuil avait passé l'Escaut à Tamise et marchait sur S'-Nicolas , où il croyait rencontrer Schrœder. Les insurgés, qui s'y trouvaient encore, ne l'attendirent pas. Cette circonstance hâta la résolution du major Devaux, qui, se mettant à la téle de ses troupes, les conduisit immédiatement jusqu'à Seveneeke. Là se tint un nouveau conseil de guerre, pour arrêter les moyens d'opérer la prise de Gand. A ce conseil assistèrent le prince de Ligne, le vicomte Vilain XIIII (i), le chevalier Dierix et le capitaine D'A vaine. 11 y fut résolu d'attaquer la ville par la porte de Bruges, avec trois compagnies, pendant que le reste des troupes ferait un mouvement de diversion vers les portes d'Anvers et du Sasse.

Le 13 novembre, à deux heures du matin, les patriotes, divisés en sept compagnies, marchèrent sur Gand. Les trois compagnies qui attaquèrent la porte de Bruges, y rencontrèrent une vive résistance, malgré la supériorité de leur nombre. En général, les postes occupes par les troupes de Lunden, furent vigoureusement défendus; ce fut à tel point, que l'état-major des patriotes qui était resté prudemment à une demi-lieue de la ville, ayant été instruit de la résistance des Autrichiens, crut que l'affaire était manquée, et se sauva jusqu'au Sasse, sur le territoire hollandais. Au nombre de ces valeureux guerriers , se trouvaient les deux frères Devaux, le prince de Ligne, le chevalier Dierix, et toute la cavalerie des patriotes, consistant en huit dragons. Us répandirent le bruit que tout était perdu, et la plupart coururent comme des désespérés jusqu'à Berg-op-Zoom. Les frères Devaux et le prince de Ligne regagnèrent la France , par la Hollande et le pays de Liège. Ce dernier s'étant rendu à Yalenciennes, y reçut Tordre , d'après la demande de sa mère, de rejoindre son régiment à Abbeville.

Malgré la ferme altitude des Autrichiens, les patriotes péné-

(i ) C'était probablement Charles Vilain XIIII, le même qui , à la téte d'une bande de patriotes , entra , le 10 décembre , à Willcbroeck , fil prisonnier le mayeur de l'endroit , enleva la cuisse de la douane, et se saisit , a Wichelen, de deux bai eaux chargés, l'un d'effets militaires veuaut de la commission économique de Gand , l'autre d'approvisionnements de booebe.

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trèrent dans la ville par la porte du Sasse et par la porte de Bruges. Aussitôt toute la population se souleva, les maisons des royalistes furent livrées au pillage et à l'incendie. Les troupes de la garnison se concentrèrent sur la place d'armes; elles surent s'y maintenir jusqu'au soir , bien qu'elles fussent harcelées par un feu de tirailleurs continuel. À la nuit tombante, elles se retirèrent en bon ordre par les deux rues qui conduisent à la plaine de S-Pierre. Elles entrèrent dans leurs quartiers et s'y retranchèrent, en attendant du renfort.

Les fautes commises par les Autrichiens furent désormais irréparables. Le général d'Alton, dans ses rapports à l'Empereur, eut le tort de vouloir les rejeter sur ses subordonnés. Il imputa à d'Arberg la catastrophe de Gand, en altérant la vérité, quant aux ordres qu'il prétendit avoir donnés. Il était constant néanmoins qu'à la date du 12, lui, d'Alton, se trouvait encore dans une étonnante sécurité, et qu'il écrivait au général d'Arberg, en style fort peu impératif, l'engageant à se rendre à S'-Nicolas et à Lokeren, ou du moins, à y envoyer deux divisions de Qairfayt, avec deux pièces de canon, pour seconder Schrœder. Le 13, à midi, il écrivait encore à d'Arberg : < Votre Excellence étant placée entre les deux points pour faire passer ses ordres au général Schrœder, par la Tête-de-Flandre, et au lieutenant-colonel De Gontrœu il, par Boom et WillebroeckàTermonde.je la prie, en cas qu'elle ne s'y rende point' elle-même, de leur prescrire un concert, etc. » Ce ne fut que plus tard, dans la journée du 13, lorsqu'il eut appris l'affaire de Gand , que d'Alton envoya à d'Arberg un ordre formel de passer en Flandre et de marcher sur cette ville.

Mais le général d'Arberg était déjà parti. Il avait passé l'Escaut à la Téte-de-Flandre, avec deux divisions de Clairlayt et le reste de sa cavalerie. A deux heures après-midi , il était à Beveren, où il croyait trouver Schrœder. Celui-ci ayant entendu le bruit du canon, venait de se mettre en marche pour S'-Nicolas. D'Arberg le suivit, et ils entrèrent ensemble dans cette ville, vers cinq heures après-midi. Ils furent très-étonnés de n'y plus trouver per-

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sonne; les patriotes étaient partis depuis la veille, et quant à De Gontrœuil, aucun des deux officiers-généraux ne savait ce qu'il était devenu.

Le lieutenant-colonel De Gontrœuil avait marché, le 12, jusqu'à Lokereu. Là il avait appris ce qui se passait à Garni, et il était parti pour cette dernière ville, le 13, à peu près à l'heure où d'Arberg entrait à S«-Nicolas. Arrivé à Loochristy dans la nuit, il s'y reposa pendant quelques heures au bivouac, et le 14, de grand matin, il s'introduisit dans la citadelle de Gand (i), sans rencontrer le moindre obstacle. Il avertit Lunden de son arrivée , par quelques coups de canon, plaça ses pièces sur le rempart pour protéger l'entrée de d'Arberg, dont il avait enfin reçu des nouvelles, et fit garder la porte d'Anvers par un officier et quarante hommes. D'Arberg et Schrœder arrivèrent au château vers deux heures après-midi.

La ville de Gand était dans un état complet d'insurrection : les rues avaient été dépavées; l'étendard de la révolte avait été arboré sur tous les clochers; on sonnait le tocsin de toutes les églises. Les communications entre la citadelle et le quartier S'-Pierre étaient devenues impossibles. Pour aller délivrer lo colonel Lunden, il aurait fallu traverser la ville et forcer le passage de plusieurs ponts, sous le feu de toute une population armée et retranchée dans les couvents, dans les églises, les moulins ; sans compter les pavés des rues qui avaient été transportés aux étages supérieurs, pour être lancés sur la troupe. Dans sou impuissance, le général d'Arberg écrivit au magistrat, le sommant d'apporter sa soumission au souverain dans le délai de deux heures, et le menaçant, en cas de non exécution, de mettre le feu aux quatre coins de la ville. Il fut impossible de faire parvenir la sommation à son adresse. Il n'y avait plus d'ailleurs de magistrat : car la ville était livrée à la plus complète anarchie; on pillait, on dévastait; la populace, profitant des festins offerts aux patriotes, au milieu des rues, s'était enivrée et ne connaissait

(i) II s'agit ici de l'ancienne citadelle balie oar Charles V cl qui fat démolie par le» jwtrio le* , mm» le règne de Van der Nool.

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