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plus de frein. Déjà, cependant, il s'était formé un comité souverain; mais il eût été impuissant pour arrêter le désordre, lors même qu'il en eût eu la volonté. Quant à la menace du général d'Arberg , lorsqu'on essaya de l'exécuter, on s'aperçut que ce n'était pas avec quelques grenades lancées par des obusiers qu'on brûlait une ville telle que Gand. L'artillerie autrichienne était nulle; elle n'avait qu'un seul officier à cette affaire, et il fut blessé le premier jour. Le général d'Arberg écrivait, le 15, au général d'Alton : « Comme je n'ai pas un seul artilleur eu état de jeter un obus à propos, on a grande facilité de canarder mes gens avec des fauconnaux, qui portent très-loin. De quelque côté qu'on se tourne , on entend tirer partout. J'ai déjà plusieurs officiers blessés Les canonniers sont aussi indisciplinés que
possible; voilà trois jours qu'ils sont ivres. Quand il s'agit de servir leurs pièces, c'est une confusion dont rien n'approche. • On voit qu'il y avait orgie de part et d'autre.
Le général Sclirœder n'eut pas l'occasion de payer do sa personne, dans cette affaire, comme il l'avait fait à Turnhout. Il fut blessé presque en arrivant, et se fit transporter à Bruxelles. Mais le lieutenant-colonel De Gontrœuil prit une part importante à la principale action. Il fut envoyé, dès le 45, avec la plus grande partie des troupes, dans le faubourg d'Anvers, et le général d'Arberg ne laissa dans le château qu'un bataillon de Ligne avec les obusiers : c'était tout ce qu'on pouvait y loger. De Gontrœuil emmena trois pièces de canon- A peine avait-il pris possession du faubourg, qu'il y fut attaqué par le pont et par la rue qui se trouvait devant lui. Il repoussa vigoureusement la première et la seconde attaque ; mais bientôt deux ou trois cents insurgés s'emparèrent des maisons situées à proximité d'un moulin dans lequel s'était logé le capitaine Aichen. Plusieurs coups de canon furent tirés pour les chasser de là; mais cette artillerie, trop légère et mal servie, ne produisit aucun effet. Les insurgés continuèrent à gagner du terrain , de maison en maison , et parvinrent à se loger dans un couvent vis-à-vis du moulin, d'où ils firent un feu terrible, sans que le canon pût les atteindre. Ce combat dura pen-
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dant loute la journée du 15 novembre. La troupe était harassée et affamée, car il était impossible de lui procurer des vivres. Les munitions de guerre commençaient aussi à manquer. On en attendait vainement, qui devaient arriver d'Anvers, avec un renfort d'artillerie et du pain.
Le bataillon, commandé par Lunden, se trouvait dans une position bien plus critique encore. Absolument isolé, sans communication aucune avec qui que ce fût, il avait essaye, mais en vain , de traverser la ville et de venir rejoindre le corps de d'Arberg. Cette tentative de sortie avait donné lieu à un combat très-acharné, où l'on avait vu des moines armés de pied en cap, diriger et exciter les patriotes. Ce fut alors que les soldats de Lunden se livrèrent à des excès qui leur furent reprochés longtemps et amèrement. Enfin, la garnison du quartier S'-Pierre avait épuisé ses vivres et ses munitions, lorsque, le 16 novembre, après un combat de trois heures, auquel avaient participé des volontaires fraîchement arrivés de Courtrai,elle mit bas les armes et se constitua prisonnière des états belgiques. Le colonel Keim, qui marchait à son secours avec un bataillon, apprit cette nouvelle à Alost. Il en donna avis au général d'Alton, qui apprit, pour ainsi dire en même temps, la retraite du général d'Arberg. Celui-ci était en correspondance directe avec le ministre plénipotentiaire, et il en avait reçu l'ordre formel de ménager la ville de Gand. Cétait lui ordonner de se laisser battre.
Les troupes commandées par le général d'Arberg évacuèrent la citadelle, dans la nuit du 16 au 17 novembre. Elles se dirigèrent sur Tcrmonde, où une division de Vierset, deux divisions de Bender et la division du major Flettenfcld furent laissées pour défendre le pont sur l'Escaut, et pour occuper les passages sur la Dcndre jusqu'à Alost. Le reste continua, le lendemain, sa route sur Bruxelles. La division d'infanterie qui était restée dans la Flandre, et formait les garnisons de Bruges et d'Oslende, ne put s'y maintenir longtemps. A Bruges, le capitaine Bompré soutint un combat de quelques heures, et fut ensuite obligé de se rendre. I^e général Rinsmaul, qui commandait à Oslende, fit
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un mouvement vers Ypres, d'où il fut obligé de se jeter sur le territoire français. Plusieurs jours se passèrent, sans que l'on sût h Bruxelles ce que ces deux détachements étaient devenus. La Flandre entière, à l'exception de Termondc et d'Alost, se trouva ainsi soustraite à l'action du gouvernement impérial.
Nous croyons inutile de faire remarquer combien cette affaire fut mal combinée. Les faits parlent assez d'eux-mêmes , sans qu'il soit nécessaire de rien ajouter à leur langage. Ce sera, d'ailleurs, dans tous les temps, une chose absurde que de vouloir réduire un peuple par la force, quand on n'a pas de force. Le général d'Alton parlait de brûler la ville de Gand , pour faire un exemple , et il n'avait pas seulement le matériel nécessaire pour y mettre le feu, bien moins le personnel qu'il aurait fallu pour soutenir une pareille opération et pour résister à ses conséquences. Il ne remarquait pas non plus que trois ou quatre exemples comme celui-là auraient suffi pour faire table rase des Pays- Bas autrichiens. Toutes ces rodomontades devenaient de plus en plus ridicules, à mesure que les résultats commençaient à se produire. L'affaire de Gand ouvrit enfin les yeux au gouvernement généra] (i); c'était un peu tard. M. le comte deTrauttmansdorff parla au nom de l'Empereur : « Les dispositions militaires ont mal réussi, dit-il à d'Alton, je ne puis dissimuler à Votre Excellence que l'Empereur les a désapprouvées. Il s'agit d'en faire, pour l'avenir, qui ne nous fassent pas tout perdre, après avoir déjà tant sacrifié. L'Empereur veut très-expressément garder le centre, d'où pourront émaner des ordres, afin de conserver la souveraineté. »
Ce fut au nom de l'Empereur aussi que M. de TrautlniansdorfT exigea la remise immédiate à l'autorité civile des individus arrêtés par l'autorité militaire , et la cessation de toutes ces mesures vexatoires qui n'avaient d'autre résultat que d'augmenter le nombre des mécontents. Malheureusement, cette réparation était bien
(i) On trouve dans le Mémoire justificatif du général iT Alton, p. Uî , une résolution du conseil gênerai du gouvernement , datée du 17 novembre 1789, dans laquelle t ou les les dispositions prises par le département militaire sont critiquées cl blâmées.
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tardive, et elle ne pouvait venir dans un moment plus inopportun. On dut nécessairement la considérer comme l'effet de la peur , et elle ne fit que rehausser l'éclat de la victoire remportée parles patriotes. Il en fut de même de l'effet produit par le départ des archiducs, qui quittèrent Bruxelles le 16, pour se rendre à Bonn; il en fut de même encore des déclarations impériales du 20 et du 21 novembre, par lesquelles le séminaire général fut supprimé , l'enseignement de la théologie suspendu ; les arrestations furent interdites, autrement que scion tes lois et les règles établies; le terme fixé par l'ordonnance du 50 septembre fut prolongé d'un mois , une amnistie fut accordée à tous ceux qui rentreraient chez eux, à l'exception des principaux chefs de la révolte; l'ordonnance du 18 juin fut révoquée; toutes choses furent remises au point où elles étaient à l'époque du 15 février; enfin M. de Traultmansdorff fit dire à l'Empereur :
« Nous nous entendrons avec les deux premiers ordres, sur ce qu'il pourrait y avoir dans la joyeuse entrée de susceptible d'interprétation Nous attendons, d'après cela, que le retour de
tous ceux qui auront profité de l'amnistie et de la prolongation accordée par notre déclaration du 20 de ce mois, et en même temps le rétablissement du calme, si nécessaire à cet effet, nommément la cessation des voies de fait, aussi offensantes pour nous qu'injurieuses aux sentiments d'un peuple qui s'est toujours distingué par sa fidélité envers son souverain , nous mettent à même de convoquer l'assemblée des états, pour nous occuper, de concert avec eux, à écarter à jamais la possibilité de voir reproduire des événements si funestes et des désordres si extrêmes. »
Il fallait avoir bien peu profité de l'expérience du passé, pour s'imaginer qu'un parti triomphant, à qui l'on cédait la victoire, se contenterait de ces dernières concessions. La suppression du séminaire général était entière, à la vérité, et c'était un acte qui , |)osé dans un autre moment, aurait désarmé la partie la plus ardente de l'opposition; mais la promesse de s'entendre avec les deux premiers ordres des états, sur ce qu'il jwurrait y avoir dans la joyeuse entrée de susceptible d'interprétation, indiquait une ar-
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rière-pensée dont le simple soupçon , dans de pareilles circonstances, devait suffire pour faire repousser les propositions les plus larges , même les plus brillantes. On ne transige pas avec l'émeute triomphante : il faut ou lui arracher la victoire, ou lui accorder tout ce qu'elle exige.
M. de Traultraansdorff ne tarda point à s'apercevoir de l'inefficacité de ses dernières mesures : car , dans une espèce de proclamation qu'il adressa au peuple, le 25 novembre, il se plaignit de ce que les déclarations du 20 et du 21 • n'avaient pas causé une joie aussi vive qu'on devait s'y attendre , ni ramené cette confiance dont dépend le bien public. » Attribuant ce résultat à la restriction qui terminait la déclaration impériale du 21, il en fit publier une autre, sous la date du 25, par laquelle l'amnistie était rendue générale, sans aucune exception; et le lendemain, 26, il annonça encore, par une nouvelle déclaration impériale, que les effets de cette amnistie s'étendraient à toutes les provinces.
On sait déjà que le ministre plénipotentiaire n'avait pas attendu la catastrophe de Gand , pour tenter les voies de conciliation. Nous l'avons dit en terminant le chapitre précédent, il avait autorisé M. le baron Yan der Borch à faire directement des ouvertures au comité de Bréda. Il s'était dit autorisé à cela par l'Empereur, ce qui était inexact, et avait affirmé qu'il avait plein pouvoir de donner satisfaction aux mécontents et de rétablir la constitution dans son intégrité. Il avait prié, en conséquence, le drossart de Bréda de faire des ouvertures aux gens du comité et de les engager à faire cesser l'effusion du sang.
La lettre par laquelle M. Van der Borch rendit compte de cette conversation au grand pensionnaire, était datée de Mali nés, 16 novembre, et déjà le lendemain il annonçait de Bréda, au même M. Van de Spiegel , qu'il avait eu une conférence avec le général Van der Mersch , lequel paraissait assez disposé à un accommodement; mais qu'il n'en était pas de même des ecclésiastiques; que ceux-ci refusaient absolument de s'entendre avec l'Empereur; qu'ils prétendaient avoir été trop souvent trompés
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pour se fier à des promesses, et qu'ils désiraient que les Pays-Bas formassent désormais une république indépendante (i).
Il paraît cependant que messieurs les abbés se désistèrent quelque peu de cette rigueur. Ils en vinrent à demander : « 1° la médiation et la garantie de LL. HH. PP. les états-généraux et , s'il était possible , de l'Angleterre ; 2° une amnistie générale ; 5" le rétablissement de la constitution. > Le premier point entrait assez bien dans les vues de la Hollande : car son acceptation aurait donné aux états-généraux une prépondérance marquée sur les affaires de la Belgique, sans mettre leur pays en contact immédiat avec la France; mais les beaux projets du statbouder eussent été renversés , et , d'une autre part , on ne pouvait guère espérer, malgré les avances de M. de Trauttmansdorff, que l'Empereur demanderait à être réconcilié avec des sujets rebelles. Le deuxième point et le troisième étaient susceptibles d'obtenir une solution favorable.
Ces propositions furent présentées au baron Van der Borcb , le 18 novembre, par Van der Mersch et Van Eupen, qui avaient été députés, à cet effet, par le comité de Bréda. M. Van der Borcb leur demanda formellement si, lorsqu'il aurait des pouvoirs pour traiter avec eux , ils consentiraient à contracter sur ces trois points, comme base préliminaire. Van Eupen répondit que cela excédait son mandat, qu'il en parlerait au comité, et qu'il viendrait faire rapport de la résolution qui y serait prise. Il partit et revint, en effet, au bout d'une beure , avec la réponse suivante : « Nous ne sommes que quelques membres réfugiés ici; « ne complétant pas les représentants du peuple, nous ne pou- « vous accepter aucune proposition, sans le consentement des « autres membres, qui se trouvent dispersés çà et là. Entre temps, « M. le baron aurait-il la bonté de se procurer la vérification de « la part du gouvernement, sur les trois points ci-dessus propo- « ses?»
M. Van der Borcb accepta cette réponse, ne pouvant en obte-
(i) Résumé des négociations, déjà rW, p «01.
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nir d'autre; mais il demanda en même temps qu'on fît cesser immédiatement, de part et d'autre, toutes les hostilités et l'effusion du sang. Les députés du comité répondirent que cela n'était pas en leur pouvoir, que les choses devaient aller leur train et qu'ils n'osaient prendre sur eux de répondre d'un armistice conclu de leur autorité privée.
Quelques jours après, arrivèrent les déclarations impériales du 20 et du 21 novembre, que nous avons citées plus haut, et puis la déclaration du 25 novembre, portant amnistie générale, telle qu'elle avait été demandée par le comité. M. Van der Borch essaya alors de reprendre les négociations , en faisant valoir ces actes comme preuves des dispositions toutes bienveillantes de Sa Majesté; mais Van Eu peu était parti. Le futur secrétaire d'État était allé en Flandre, où il assistait à une assemblée des états de cette province, qui dut se tenir les 22, 25, 24 et 25 novembre. Ce fut sous son influence qu'on y décida la déchéance de Joseph II , le renouvellement de l'ancienne union avec les états de Brabant , l'offre d'une union semblable avec toutes les provinces belgiques, la levée d'une armée de 20,000 hommes de troupes réglées (i), l'envoi de commissaires pour l'achat de munitions de guerre , l'attribution au conseil de Flandre du titre et des prérogatives de conseil souverain, l'admission à l'assemblée des états de deux députés permanents du comité patriotique, et la nomination par les états de deux députés chargés d'aller prendre séance audit comité. 11 paraît qu'il y fut aussi délibéré sur les propositions d'ac-
( i) La ville de Gand seule devait fournir un régiment de 5,000 homme» , dont le recrutement devait s'opérer par voie d'enrôlements volontaires. Le magistrat de cette ville publia, le 29 novembre, la proclamation suivante : > Le magistrat de Gand, avec consentement de la commune, fait savoir a tous et chacun, qu'on invile tous les habitants de cette ville et autres personnes de bonne conduite, à s'engager et à s'enrôler dans un corps, qui sera levé sous les ordres du comité des troupes des étals de Brabant, qui ont pris actuellement possession de la ville .afin d'empécher et de faire cesser les massacres et l'incendie qui ont déjà commencé et qui menacent actuellement toute la ville. Les personnes qui s'engageront à cette fin, et qui serviront mus la direction dudit comité, jouiront, en récompense de leurs services, d'une paie de dix sol? par jour. Le magistrat invite pareillement tous ceux qui n'exigent point de récompense , à se joindre audit corps, promettant de décerner une récompense particulière à ceux qui se distingueront dans ce service, sur le bon rapport qui en sera fait.
. Signé V. J. Xin du Bim. •
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commodément faites par M. Van der Borch , ou que , du moins , Van Eupen sonda , sur ce point, l'opinion des principaux chefs du parti. Le grand pénitencier ne rentra au comité que le 3 décembre, et quand M. Van der Borch renouvela ses ouvertures, il lui déclara c qu'on venait d'enlever des dépêches destinées pour Vienne et dont le contenu ne cadrait guère avec les déclarations du comte de TrauttmansdorfT; que ces dépêdhes n'étant pas de Son Excellence , on ne doutait pas de sa bonne foi ; mais qu'on craignait que l'Empereur étant informé différemment, ne s'abstînt de tout approuver et ne révoquât en partie les concessions annoncées; que , dans ce cas, les membres du comité de Bréda eux-mêmes seraient mis en pièces par le peuple, et que, par conséquent, ils ne pouvaient entrer en matière sur des déclarations si vagues ; que c'était là le sentiment des états assembles à Gand , aussi bien que le leur. *
Le baron Van der Borch ayant insisté de nouveau, en développant tous les arguments qui lui avaient été envoyés de Bruxelles, on finit par lui dire « qu'on désirait que S. M. I. et U. envoyât, sous sa signature , directement de Vienne , tous les articles et toutes les conditions proposées, très-distincts et très-clairs, pour qu'on fût assuré de sa volonté et de son bon plaisir ; que dès qu'on verrait cela, et que Sa Majesté aurait consenti à rappeler ceux qui, par leurs conseils violents, avaient fait le malheur du pays , il serait nommé des commissaires pour aplanir les difficultés qui pourraient rester, et l'on tâcherait de calmer le peuple et de le faire rentrer dans l'ordre. »
Aussitôt que cette communication fut parvenue à M. le comte de Trauttmansdorfl', il y vit le signe d'un arrangement prochain , et, sans perdre de temps, il envoya un courrier à l'Empereur, pour solliciter de lui une déclaration conforme au désir exprimé par le comité de Bréda. Mais il ne tarda guère à se convaincre de l'inutilité de celte démarche : M. De Muller, son secrétaire particulier, qu'il envoya à Bréda, pour suivie ces négociations, et surtout pour engager le comité à faire quelque démonstration propre à ramoner le calme dans les esprits, trouva les directeurs
de l'insurrection absolument intraitables. Dans une longue lettre que Van der Noot écrivit, à cette occasion, à M. Van der Borcii , sous la date du il décembre, on voit surtout percer à travers toutes les ruses de son style, la crainte de perdre sa popularité : c Je fus, dit-il, exile sans être criminel; si je m'avisais de prétendre à fermer les yeux de ce peuple, sur l'idée qu'il a conçue de son véritable intérêt, je m'exilerais moi-même. »
D'autres négociations se poursuivaient d'ailleurs trop activement avec les puissances maritimes et avec la Prusse, pour que le comité de Bréda pût renoncer aux avantages qu'il en attendait. De nouveaux émissaires avaient été envoyés à Londres et à Berlin. Pitt était resté ferme dans la résolution de refuser sa porte à ces diplomates de nouvelle espèce (1); mais les dispositions de Sa Majesté prussienne s'étaient manifestées plus ouvertement que jamais. Le comte de Hoen, membre des étals de Limbourg, et M. O'Ilarn , professeur de l'université de Lonvain , avaient été introduits chez M. De Hertzbcrg , par le baron Van Reede, et lui avaient remis un mémoire tendant à prouver l'utilité, pour les puissances maritimes, d'une intervention dans les affaires des Pays-Bas (*). Ce mémoire avait fait l'objet d'un rapport adressé
( i ) Cela résulte de l'extrait suivant d'une lettre du baron De Nagcll, au grand pensionnaire, datée de Londres, 17 novembre 1789 :
• Le chevalier De Rooda a écrit a M. Vill , pour solliciter une audience et la permission de lui présenter un manifeste de la part du peuple brabançon , afin d'implorer sa protection en leur faveur, li a reçu pour réponse, qu'après avoir demande1 les «mires de Sa Majesté, M. Pitt ue trouvait point le maître de le voir ou de le reconnaître dans aucune capacité politique. •
( » ) Ce mémoire se résumait dans les termes suivants :
Ou les insurgeras atteignent leur but et obtiennent leur indépendance, ou ils manquent et sont soumis par la force.
. Dans le premier cas , il semble hors de doute que les intérêts du roi et de ses alliés demandent que , si une révolution complète établit cette indépendance, elle doit être reconnue imroé diatement par les trois alliés, et qu'il doit être arrêté alors , de concert avec les Brabançons , une forme de gouvernement pour ces provinces, convenable à tous les intérêts, et garantie par les haut» alliés dans la forme qu'ils jugeront ultérieurement convenable d'arrêter.
• Dans le second, si, comme on a lieu de le craindre, le parti des insurgent» brabançons est dispersé et perdu sans ressource , les deux puissances maritimes et Sa Majesté le roi de Prnsse devraient faire faire immédiatement cl le même jour, le plus amicalement possible, les repré «cotations les plus sérieuses, a Vienne , pour réclamer l'exécution du traité des Barrières, pour autant qu'il est relatif aux droits et privilèges des Brabançons, en demandant que la constitution soit rétablie dans tous se» points, et telle qu'elle est énoncée dans le traité des Barrières. Elle* offriront leur médiation, en demandant qu'on fixe un lieu et un temps pour discuter les intérêts présents et terminer , par leur entremise , les différends, cl se déclareront garantes de la con-