‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 110 sur 119 · II. S · texte numérisé non relu

II. S

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gouvernement prisonnier de guerre des patriotes, cet état de choses ne serait pas de nature à faciliter l'accomplissement de sa mission. 11 fut donc tenu une jointe, dans la matinée du il décembre, pour régler le départ du gouvernement et l'enlèvement du trésor, évalué à deux millions de florins. Le commissaire civil Bradi reçut Tordre de tenir prêts les chariots et les chevaux nécessaires, et le conseiller Limpens cadet fut envoyé à Namur, pour y prendre également toutes les dispositions qu'exigeait le passage du convoi par cette ville. Il fut convenu que le gouvernement partirait le lendemain, 42 décembre. M. de Trauttmansdorff seulement devait rester à Bruxelles , avec le vice-président de Crumpipen, le conseiller Limpens ainé et les secrétaires de Muller etOrts.

Rien ne troubla les délibérations de la jointe, et ce ne fut qu'après midi, que les patriotes recommencèrent leurs ébats. Ils se réunirent en grand nombre au local du Jardin de S'-Georges, rue des Alexiens, et de là, se répandirent dans la ville pour surprendre ou embaucher quelques postes ou quelques soldats isolés. Une compagnie entière du régiment de Murray, qui se trouvait casernée à l'hôpital Saint-Jean, à cette époque couvent de femmes , mit bas les armes et se laissa conduire au Jardin de S*-Georges. Après que ces transfuges eurent bien bu , bien mangé et qu'on leur eut compté le prix de leur défection , ils furent conduits hors de la ville, par la porte d'Anderlecht. On les dirigeait par là sur la Flandre, parce qu'on savait qu'un bataillon de Bender se trouvait à Assche. La garde de la porte d'Anderlecht voulut s'opposer à leur passage ; mais elle ne put résister aux bourgeois armés qui escortaient le détachement. Un homme de la garde fut tué, les autres prirent la fuite.

Dans le même moment, le poste de la Monnaie, composé d'un officier et de vingt hommes, était obligé de capituler , par suite de la défection de presque tout son effectif. Prisonniers et transfuges tous furent conduits au couvent des Bogards , où la scène du Jardin de St-Georges se renouvela, mais pour les derniers seulement.

Le poste le plus formidable était celui de la Grand'Place, où

DE BEBG.

se trouvaient deux pièces de canon. Les patriotes eurent la velléité de l'attaquer : ils firent retirer, à cet effet, les gens de Ninove qui tenaient des échoppes et vendaient de la viande dans la rue de l'Étoile et derrière l'hôtel de ville. Mais la troupe qui s'était retranchée sous la Maison du Roi (Brood-Huys), faisait si bonne contenance, son artillerie paraissait si menaçante, qu'il fallut renoncer, pour le moment, à l'espoir de la vaincre.

Bientôt on entendit tirer le canon d'alarme, les tambours battirent la générale. Ce signal occasionna tout autant de mouvement parmi les bourgeois que parmi les militaires. Les premiers coururent aux armes, et ceux qui n'en avaient pas, allèrent attendre les soldats dans les rues par lesquelles ils devaient passer pour se rendre à leurs postes. Aux uns ils achetèrent leurs fusils, moyennant quelques escalins, aux autres ils les arrachèrent par la force. Les chevaliers du Rivage avaient leur rôle à jouer dans ce drame populaire; ils étaient chargés de s'emparer des officiers qui rejoignaient isolément leurs troupes. Un affreux désordre fut le résultat de ces diverses entreprises : des détachements qui ne voulaient pas se rendre, firent feu sur les embaucheurs; ceux-ci ripostèrent; bientôt on entendit des coups de fusils dans toutes les directions; le tocsin se fit entendre partout, excepté àSMÎudule, dont le cimetière était occupé par un bataillon de Ligne.

Les Autrichiens s'étant rassemblés , au nombre de six à sept mille environ , occupèrent les Sablons, la Place Royale, le Parc, le trésor royal et la Place deLouvain jusqu'à l'église S«*-Gudule. Versquatre heures, une compagnie du régiment de Ligne descendit par la Montagne de la Cour, jusqu'à l'ancien hôtel de Ligne, devenu l'hôtel d'Angleterre, et se rangeant en bataille devant la rue des Carrières, elle fit feu sur les patriotes qui lui barraient le passage. Il s'ensuivit un combat acharné, qui se termina par la retraite de la compagnie de Ligne. Un détachement de treize dragons, qui était venu pour la soutenir, fit une charge par la rue de la Magdelaine, jusqu'aux Trois Pucelles. Il fut dispersé par les coups de fusil des bourgeois : pas un homme ne regagna son corps.

AU

RAPÉDIUS

Vers 6 heures du soir, la tranquillité parut vouloir se rétablir; on n'entendit plus ni coups de fusil ni tocsin. Dans ce moment entra à Bruxelles, par la porte de Flandre, le bataillon de Bender, qui était resté à Assche, avec quatre pièces de canon. A la faveur de la nuit, ces troupes arrivèrent à la Place Royale, sans bruit, sans avoir été attaquées, et presqu'à l'insu des habitants. Mais leur venue ne fut pas longtemps ignorée; elle jeta la consternation parmi les patriotes, dont le zèle parut un instant se refroidir et céder à une honteuse épouvante. On vit alors la femme forte, connue sous le nom de la Pinaut (i), accompagnée de sa fille Marianne, parcourir les postes des insurgés, réveiller leur courage, stimuler leur ardeur, et passant de là au milieu des troupes autrichiennes, aller s'y assurer de leurs forces, de leurs dispositions et de leur contenance (s). Les machinations de cette femme et des autres agents de Van der Noot parvinrent à rallumer les hostilités que la nuit semblait devoir éteindre. Vers neuf heures et demie, le poste de la Grand'Place fut attaqué de trois côtés à la fois par des bourgeois armés. On distinguait parmi ceux-ci un grand nombre de coiffeurs et de perruquiers (5), pauvres gens qui ne savaient pas que la révolution c'était la chute des queues et des perruques ! La garde se défendit vaillamment, elle repoussa les premiers assauts par la mitraille, et bientôt elle reçut un renfort de trois cents hommes, ce qui rendit la partie plus égale. Cependant le combat dura plus de deux heures, et les insurgés se disposaient à tenter une nouvelle attaque par la maison de ville, dont ils menaçaient d'enfoncer la porte de derrière, lorsque le magistrat, qui y siégeait en perma-

( 1 ) C'est ainsi que nous a Ton* (routé ce nom orthographié dans une lettre signée De BelUm dite Pinaut.

( s) Ces détail* ne sont pas imaginaires. Ils ont été puisés , arec une scrupuleuse exactitude, dans le manuscrit de Goetval , qui dit avoir été témoin de ces diverses scènes, et qui parle de la Pinaut, avec un ton remarquable de vénération : • Ecne Dame, vcrgcselUcbap van hère dotb- « ter, bekent soo door harr verstand ende goede kennisse met ce rien van de cerste verdedigen • van onse vryheyd, als door nacre elleado orn de patriolieken iever ujigcsiaen , ging van post « tôt post , eni. »

(s) Un perruquier, nommé François Thy», s'acquit une certaine célébrité. Il fut tué a la téle d'un détachement de patriotes, dans un combat contre seize grenadiers.

DE BEKG.

nence, leur apprit qu'il se négociait un arrangement et que les troupes ne tarderaient pas à se retirer.

Il y avait , dans les rangs des insurgés, des gens qui n'avaient pris les armes que pour arrêter le désordre et empêcher le pillage. De ce nombre était le baron Yan der Haeghen, lequel ne devint un héros de la révolution que, parce que se trouvant placé à la tête de la bourgeoisie armée, on le confondit avec les vainqueurs, lorsque les véritables révolutionnaires eurent triomphé. Le magistrat de Bruxelles en général , quoique appartenant au parti de l'opposition, n'était pas non plus initié aux secrètes intentions de Van der Noot. 11 déplorait les scènes dont la ville était le théâtre, et il aurait voulu arrêter l'effusion du sang par une transaction avec le gouvernement impérial. De là ces négociations continuelles, dont le baron Yan der Haeghen fut presque toujours l'intermédiaire. C'est ainsi qu'il fut convenu, dans la nuit du 11 au 12, que la Grand'Place serait rendue à la bourgeoisie , que le feu cesserait et qu'un bataillon d'infanterie irait relever le poste.

Yers minuit, en effet, la rue de la Montagne, éclairée par les feux des patriotes et par des chandelles qu'on avait placées à toutes les fenêtres, vit descendre le major Montigny, monté sur un cheval blanc, à la tête d'un bataillon de Ligne et escorté par des bourgeois armés, conformément à la convention. Arrivé au Marché aux Herbes , la foule y était si compacte qu'il dut s'arrêter pendant près de trois quarts d'heure, avant de pouvoir pénétrer jusqu'à la Grand'Place. Le commandant de la garde s'y défendait toujours avec vigueur contre les assaillants, qui ne ralentissaient pas leur feu. Il fallut employer une espèce de stratagème pour mettre fin au combat. On fit taire le tocsin à la chapelle S"-Ânne et à l'église de la Magdelaine et l'on y fit sonner les cloches de réjouissance, en même temps que les initiés se mirent à crier : Vive les patriotes, et annoncèrent partout qu'il ne fallait plus tirer, que le triomphe était complet, Montigny, de son côté, s'épuisait en obséquiosités envers tous ces exaltados : « Ne tirez plus, messieurs, disait-il constamment.

RÀPÉDIUS

nous sommes vos amis, nous sommes patriotes comme vous. » On parvint, par ce moyen, à faire cesser le feu et à rétablir un peu de calme. Montigny continua sa marche et vint occuper la Grand'Place , où il séjourna pendant près de deux heures , afin de laisser le temps à la foule de se dissiper. Jl partit ensuite avec son bataillon , renforce de la garde et de ses deux pièces d'artillerie, et il retourna, par la rue de la Colline et la rue de la Montagne, au cimetière de S**-Gudule, où il reprit la position qu'il avait momentanément abandonnée.

Le résultat de ces deux journées, 10 et H décembre, n'était pas fait pour rassurer le gouvernement, pour le délivrer de ses inquiétudes des jours précédents. Aussi continua-t-il ses préparatifs de départ; mais l'épouvante s'était jetée dans les rangs des fonctionnaires de l'État; tout le monde avait perdu la tête, pour nous servir des expressions mêmes de M. de Trauttmansdorflf. Quand , par exemple, on chercha le commissaire Bradi , qui avait dû préparer des chevaux et des chariots, on apprit qu'il avait disparu. On s'adressa alors à M. De Beelen , ammande Bruxelles ; mais celui-ci avait déjà reçu des réquisitions de toutes parts : le général d'Alton lui avait demandé six chariots à quatre chevaux pour ses bagages et pour ceux du colonel De Brou. Il promit cependant de faire tout ce qu'il pourrait pour satisfaire aux vœux du ministre; mais la débâcle fut si rapide, qu'au moment du départ tout fut abandonné, trésor, artillerie, munitions, et jusqu'à l'amman et ses chariots.

La journée du 12 décembre, qui devait voir l'œuvre patriotique se couronner par le départ des Autrichiens, s'ouvrit encore d'une manière assez calme en apparence, mais sous l'influence d'une grande activité de la part des chefe de l'insurrection. Un pouvoir nouveau s'était établi, en concurrence avec la magistrature municipale; la maison de M. Van der Noot de Vrechem, à coté de la chapelle S'-Éloi , longue rue de l'Écuyer, était devenue le siège du comité révolutionnaire. Là se réunissaient le baron de Fray de Schiplaecken , les avocats Van der Noot et Drugman, les chefdoyens des Serments et plusieurs autres. 11 paraît même que le

baron Van der Haeghen, commandant nominal de la bourgeoisie armée pour le maintien de Tordre, s'y laissa entraîner, ou que du moins il se soumit à cette autorité nouvelle. Le comité commença par organiser, tant bien que mal, ses moyens d attaque et de défense. Jusque-là les patriotes militants avaient été sans chefs, ou plutôt ils avaient suivi tantôt un chef, tantôt un autre : on tâcha de les placer sous des chefs déterminés; on les divisa en compagnies ou en détachements; on leur assigna des positions, soit vers les Sablons ou vers la porte de Halle, soit rue de la Magdelaine, rue de la Montagne, rue des Comédiens, chaussée de Schaerbeck, sur tous les points enfin qui aboutissaient à la partie haute de la ville, la seule qui fût encore occupée par les Autrichiens.

Le gouvernement, de son côté, ne resta point inactif. A neuf heures du matin , il fut tenu un grand conseil à l'hôtel du ministre plénipotentiaire. Le général d'Alton y assistait avec tout l'état-major de la garnison. M. de Trauttmansdorff aurait voulu que l'armée se retirât de Bruxelles en amie, par suite de convention, et que le pays continuât à être gouverné au nom de l'Empereur, afin de conserver intacts ses droits de souveraineté. Il se faisait illusion sur la nature de l'insurrection : il aimait à croire qu'elle était dirigée contre d'Alton; que le système du gouvernement était étranger à ses motifs; mais que l'instrument de ce système était ce qu'on voulait briser. La pensée du ministre plénipotentiaire se conçoit, lorsqu'on fait attention aux actes qu'il avait posés depuis le 20 novembre; lorsqu'on remarque que toutes les causes des troubles primitifs avaient cessé d'exister. M. de TrautlmansdorfT faisait ce naïf raisonnement, qui est essentiellement faux en fait de révolution : que la cause venant à cesser, l'effet devait cesser aussi; par suite, il attribuait la continuation de l'effervescence populaire à la présence des troupes, lesquelles s'étaient rendues odieuses par leurs collisions obi igées avec les patriotes. Cette manière de raisonner était parfa i le en théorie, et la pratique des révolutions n'étant pas connue à cette époque, on ne peut faire un reproche à M. de Trauttmansdorff de l'avoir ignorée.

L'idée qui le dominait l'entraîna dans des démarches hasardées, mais qui étaient conséquentes. 11 appela aux délibérations du conseil quatre députés de la bourgeoisie armée de Bruxelles, parmi lesquels se trouvaient le baron Vander llaeghen et l'avocat Drugman. 11 leur proposa tous les moyens qu'il croyait propres à rétablir l'ordre public et à faire cesser l'effusion du sang, en admettant toutefois que les troupes se retireraient. Il voulait que les Serments, régulièrement convoqués, prissent la suprématie sur les autres habitants armés; que leurs patrouilles fussent combinées de telle manière qu'il n'y eût plus de collision possible entre elles et les troupes impériales; qu'une retraite paisible fût assurée à l'armée , au travers des villages avoisinant Bruxelles; en un mot, il espérait pouvoir régulariser l'insurrection et lui imprimer un caractère opposé à sa nature même.

Il fut convenu, dans cette conférence, que d'Alton écrirait au baron Van der Haeghen la lettre suivante :

t Monsieur,

c Par suite d'une convention laite entre vous et moi , cette nuit, pour assurer le bien commun des habitants de cette ville, je vous réitère que je ne souffrirai pas que personne soit molesté par les soldats. Personne de la bourgeoisie ne sera arrêté par les troupes sous mes ordres, et je veillerai à ce qu'aucune patrouille ne dépasse les limites qui ont été établies pour séparer la ville haute de la ville basse. En un mot, je réitère la promesse que j'ai faite, d'être prêt à tout ce que vous trouverez convenable à la sûreté publique et propre à rétablir la tranquillité. »

Celte lettre fut portée par les députés de la bourgeoisie armée, d'abord au comité patriotique, où il en fut délibéré, et ensuite par les mêmes députés, accompagnés des cinq chefdoyens des Serments, au magistrat. Ce corps, qui était animé de sentiments moins exagérés, bien que patriotiques aussi, ordonna que la lettre de d'Alton fût imprimée et publiée. Il décida, en même temps, qu'une nouvelle députation serait envoyée au ministre plénipotentiaire, pour lui annoncer cette résolution et pour prendre des arrangements déûnitifs.

DE BERC

Mais déjà le magistrat était débordé. Les patriotes, ayant envahi le magasin de Jéricho, près do Marché aux Grains, y avaient trouvé quelques caissons chargés de cartouches ; ils les avaient conduits au comité, chez Van der Noot de Vrechem, et ces munitions avaient été immédiatement distribuées, non aux Serments, mais aux insurgés de toutes les classes. Il n'en fallait pas davantage pour enflammer leur ardeur, et l'on eut , en outre, le soin de semer des bruits propres à relever leur courage : les patriotes de Gand allaient arriver, les Borins étaient en route; il ne fallait plus que savoir résister pendant quelques heures, pour voir arriver du renfort. Tous ces moyens réussirent à merveille; les coups de fusil ne tardèrent pas à se faire entendre de nouveau; les hostilités recommencèrent sur tous les points. La défection reprit en même temps son cours parmi les troupes autrichiennes. Une demi-compagnie du régiment de Ligne passa aux insurgés, et se mit immédiatement à tirer sur le corps qu'elle venait de quitter. Les faits de cette nature se répétaient à chaque instant. "La plupart de ces transfuges étaient conduits au couvent des Bogards. On en rencontrait partout des détachements escortés par deux ou trois pères capucins, ayant le sabre au poing, le baudrier par-dessus la robe, et ]a cocarde brabançonne fixée au capuchon (i). Enfin, la marmite révolutionnaire était en pleine ébullition.Des femmes, des enfants arrachaient les pavés des rues, élevaient des barricades, applaudissaient aux patriotes, poursuivaient de leurs cris les impériaux. La crise était à son plus haut degré, il n'y avait plus de remède assez puissant pour la combattre.

On ne tarda point à remarquer un mouvement de concentration parmi les troupes autrichiennes. Celles qui occupaient le cimetière deSte-Gudule se replièrent, avec leur artillerie , vers la Place Royale. D'Alton se mil à la téte de sa cavalerie et sortit le premier, par la porte de Namur, sous prétexte d'assurer à l'armée et au gouvernement un libre passage. La chaussée d'Ixelles

(0 Chronique de Gottval, déjà cité*.

IUPÉD1US

étant obstruée par quelques arbres qu'on y avait abattus» il fit avancer de l'infanterie pour la déblayer. Peu à peu toutes les troupes filèrent les unes après les autres. M. de Trauttmansdorff était monté à cheval ; déjà ses gens étaient partis avec ses équipages; lui seul rêvait encore à la possibilité de restera Bruxelles, pour y sauver la souveraineté de son maître : dévoûment tardif, mais qui rachète bien des fautes. Il cherchait à entrer en pourparler avec des bourgeois, lorsque le nommé Van Hamme, qui figura plus tard comme grand prévôt dans les armées de Van der Noot, vint lui annoncer que le magistrat avait fait publier la lettre de d'Alton; que les députés allaient revenir et que les Serments ne tarderaient pas à rétablir l'ordre. Il descendit alors de cheval , pour faire la conversation avec Van Hamme et avec un autre bourgeois qui l'accompagnait. Il leur fit remarquer que les troupes partaient, que par conséquent toute méfiance de la part des habitants devait cesser, et que rien ne pouvait dès lors faire obstacle à ce qu'ils profitassent des concessions gracieuses de Sa Majesté. Il ajouta que, si l'on voulait, il resterait seul , à condition qu'on lui garantît sa sûreté personnelle. Cette proposition parut plaire à ceux à qui l'ouverture en était faite; ils promirent d'aller la communiquer au magistrat, disant qu'ils ne doutaient pas qu'on ne fît monter tout de suite un Serment pour garder le ministre plénipotentiaire; mais qu'avant l'arrivée du Serment, ils ne pouvaient pas répondre de lui.

Nous ignorons si la proposition fut réellement communiquée, et comment elle fut accueillie; mais il paraît certain que, peu de temps après , le baron Van der Haeghen se rendit à la Place Royale, avec une cinquantaine d'hommes choisis, et qu'il était chargé d'une mission auprès du ministre. Il arriva trop tard : M. de Trauttmansdorff n'avait pu retenir jusqu'à ce moment l'arrière-garde de l'armée autrichienne, qui était composée d'un trèsfaible bataillon commandé par le colonel Renette; lui-même était parti avec ces dernières troupes.

Ici finit notre tâche; ici commence le règne de Van der Noot. Peut-être un jour entreprendrons-nous d'écrire l'histoire de ce

règne glorieux (4); mais celui dont nous avons emprunté jusqu'à présent le nom, les écrits, les papiers , M. de Berg n'eut pas le bonheur d'assister aux ovations dont le libérateur de la Belgique fut l'objet. Il partit avec les Autrichiens et laissa son heureuse patrie prendre un avant-goût du régime de liberté que lui réservait un avenir prochain. Il ne rentra dans le pays que vers la fin de 1790 , lorsque Joseph II étant mort, et son successeur ayant promis solennellement de rétablir des institutions qui rendaient impossible tout développement intellectuel et matériel , les puissances maritimes abandonnèrent les patriotes à leur sort, et prêtèrent leur appui à l'Empereur, pour le faire rentrer dans l'exercice de ses droits de souveraineté. M. de Berg fut alors nommé membre du conseil privé. Après la première occupation française, ce corps fut réorganisé, le 1er juillet 1793, sous la présidence de M. De Fierlant, ci -devant chef-président du grand conseil deMalines. M. De Berg fut encore compris dans cette organisation nouvelle, et il continua à faire partie du conseil privé jusqu'au moment de la conquête de la Belgique par les armées françaises. Le 1er novembre 4795, les partisans de la maison d'Autriche s'étant cotisés pour subvenir aux frais de la guerre contre la France, il prit l'engagement de faire à l'État un don annuel de six cents florins , pendant toute la durée de cette guerre («). A la rentrée des Français, ayant de nouveau abandonné sa patrie, il lut porté sur la liste des émigrés de la Belgique, insérée dans le recueil des lois de Huygh , ire série, t. vin, page 408. Sa femme,

(1 ) Nous possédons , pour ce travail, des documents précieux, qui n'ont jamais figuré dan* aucun dépôt d'archives et qui n'ont été publiés par aucun archiviste : entre autres, les procès verbaux des séances des étals , y compris le procès-verbal original de la fameuse séance du 19 décembre 1789. L'important volume publié par M. Gachard , sous le titre de : DocumcnU potiliques et diplomatique* sur la révolution belge de 1790 , ( Bruxelles, Remy , 1835 , in-8» ), nous sera aussi d'une grande utilité. Enfin les pièces publiées par M. Van de Spiegel , dans son Résumé dei négociations , jointes aux pièces diplomatiques originales que nous possédons, serviront à compléter la preuve, que nous avons déjà commencée, de ce fait si intéressant pour l'instruction des peuples: que les Belges révolutionnaires du siècle dernier furent les instruments et les jouets de la politique étrangère.

(a) Voyez la deuxième liste des dons volontaires ou patriotiques pour les frais de la guerre. Supplément au N* 106 des Annonces et avis divers des Pays Bas autrichiens, 1793, p. 161 , du mardi 31 décembre 1793.

UAPËD1US

Isabelle Joseph Orts, (née à Bruxelles, le 25 janvier 1755, décédée dans la même ville, le 26 novembre 1856), et son fils, Wenceslas Joseph Rapédius De Berg, (né à Bruxelles, le 20 juillet 1774, décédé dans la même ville, le 20 octobre 1808), qui l'avaient suivi à Vienne, furent inscrits dans le premier supplément à cette liste, inséré dans le même recueil , t. ix, p. 420. Plusieurs autres personnes de sa famille se réfugièrent également à Vienne avec lui : entre autres, son frère Wenceslas Rapédius De Berg, qui y mourut en 1799, et sa sœur consanguine, Êmilie Philippine Rapédius De Berg, épouse d'Ange Charles De Limpens, conseiller au conseil d'état des Pays-Bas.

M. De Berg mourut, en 1800, dans la capitale de l'empire autrichien. Les débats, les luttes de toute espèce, dont il avait été témoin, avaient laissé dans son esprit les traces d'une pénible impression. Profondément dégoûté des choses politiques, autant par les extravagances de ses compatriotes , que par les actes inconsidérés du ministre plénipotentiaire, setant vu d'ailleurs impuissant à corriger les uns et à faire cesser les autres, il avait assisté pour ainsi dire en observateur aux troubles et à la débâcle de 1789. Ce n'était pas sans peine cependant qu'il avait renoncé à la poésie de la politique; mais que faire? II avait vu les intentions les plus pures d'un prince, essentiellement ami de ses peuples (i), se métamorphoser, sous des mains inhabiles, en tentatives odieuses de despotisme; il avait vu un peuple peu éclairé, mais plein de dispositions morales, se laisser entraîner dans des orgies démagogiques par les gardiens mêmes de la pureté de ses mœurs; il avait vu enfin les idées religieuses échapper à ceux qui auraient pu les employer comme moyen de gouvernement, et, dépouillées de leur essence par les passions politiques, se transformer en instrument de révolution. Ce spectacle et celui

(i) On Mit que Joseph II mourut le 20 février 1790 , à Tige de quarante-neuf ans. A ton moment suprême, son confesseur ayant commencé la prière : >• Dieu , nous te louons, » il l'interrompit et s'écria : « Seigneur , loi qui seul a connu mon cœur, c'est toi que je prends a témoin! Oui, « toutes mes entreprises n'ont eu d'autre but que le bien et l'avantage des sujets dont tu m'avais ■ confié le soin ! Que ta Tolonté soit faite ! » Un moment après , ont l'entendit encore dire en « mourant: Comme homme et comme souverain, je crois avoir rempli mes devoirs. •

DE BERG

de toutes les roueries d'un ministre sans convictions auraient nécessairement fait de M. De Berg un homme d'État, si son caractère avait pu se prêter aux transactions de conscience à l'aide desquelles l'espèce humaine veut être gouvernée. Mais il y avait en lui un sentiment inaltérable d'honneur et de probité qui, bien qu'il eût perdu toute illusion, l'empêcha toujours de se familiariser avec l'usage des moyens fallacieux qui font partie de l'art de gouverner. Aussi le vit-on prendre la moindre part possible à l'exercice de cet art : pendant qu'il fut attaché au conseil privé, il s'occupa exclusivement d'administration proprement dite; il traita des questions plutôt économiques et financières que politiques. En 1791 , par exemple, il fut envoyé dans la Flandre par M. le comte Mercy d'Argentcau, et chargé d'assister, conjointement avec les députés de cette province et le procureur-général Maroux, à l'inspection de la comptabilité tenue pendant les troubles. Cette mission était aussi délicate que difficile à remplir. M. De Berg voulut que toutes les personnes qui avaient participé au maniement des finances, pendant cette époque de dilapidations, rendissent compte de leurs actes; mais cette prétention fut repoussée par les étals. A Bruges , où il eut à inspecter aussi la comptabilité de la ville, ce fut le magistrat qui prit l'initiative, et par suite le gouvernement posa cette question : t Si ceux qui se sont arrogé l'administration des finances de la ville de Bruges pendant les troubles ont réellement pu obliger l'administration de ladite ville par leur fait, ou s'ils sont eux-mêmes comptables et responsables, en leur propre nom, de toutes les dépenses. » M. De Berg fut chargé de procéder avec M. Maroux à l'examen de celte question. Nous ignorons quel en fut le résultat ; seulement nous avons trouvé que les étals de Flandre s'assemblèrent le Savril 1791 , et qu'ils résolurent de préparer un relevé des dépenses de la province pour l'époque du retour à Gand de M. De Berg, qui devait se trouver le 6 à Bruges.

Ce qui caractérise le mieux l'homme dont nous venons de tracer la biographie, ce sont ses travaux scientifiques. Au milieu des troubles et des occupations de sa charge, il sut trouver des loisirs

RAPÉDILS DE BERG.

pour les consacrer à des recherches, à des observations utiles, et les heures que l'étude ne pouvait remplir étaient absorbées par la méditation. La mémoire de Joseph II ne cessa d'occuper une large place dans son esprit : on trouvera dans rénumération de ses ouvrages, par laquelle nous terminons ce deuxième et dernier volume, plus d'une preuve de sa reconnaissance pour un prince qui l'avait honoré de ses bontés, et dont, certes, il était capable d'apprécier les vues élevées, les intentions droites, les éminentes vertus.

riN.

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