DE DE
des juridictions seigneuriales, municipales, ecclésiastiques, les cours féodales, les chambres de tonlieux, la juridiction de la foresterie, la juridiction de la chasse et de la pèche, l'office du prévôt général, l'office du drossart, etc., tout était définitivement conservé. Les états restaient en possession de l'administration des finances de la province. Les magistrats des villes continuaient à user et à abuser du fruit de leurs empiétements sur l'autorité des officiers royaux : ceux-ci avaient même complètement disparu de la scène, pour y laisser plus de place à leurs antagonistes (i). En un mot, de tout l'édifice des réformes, naguère si gigantesque, l'institution du séminaire général était la seule pierre qui fût restée debout. C'était donc sur elle et pour la soutenir que se concentrait toute la force, toute l'énergie déployée par les délégués du pouvoir.
C'est là un fait historique qu'il importe de bien constater : les troubles étaient finis; les causes qui les avaient occasionnés avaient disparu. Le gouvernement, en reconnaissant qu'il s'était fourvoyé, pouvait se ménager des voies nouvelles, et reprendre en sous-œuvre une entreprise qui n'avait échoué que par le mauvais choix des moyens mis en usage. Mais il fallait pour cela le rétablissement complet de l'ordre, et puis un temps moral d'inaction, de repos; il fallait, en un mot, reconquérir la confiance du pays.
Ce n'est pas ainsi qu'il fut procédé : une fierté mal placée, une espèce de fausse honte entraîna le gouvernement à prendre une attitude de vainqueur, après avoir été réellement vaincu sur presque tous les points. Il voulut opiniàtrément l'exécution des préalables; rien ne put ébranler sa résolution, et bien que ces préalables ne présentassent plus qu'un but éloigné, sans importance politique actuelle, il compromit, pour poursuivre cette sorte de chimère, son autorité, sa force et jusqu'à sou existence.
(t)M. DeBergncful remplacé dans ses fonctions d'amman de la ville de Bruielles qu'en 1788. Il cul pour successeur M. Michel Ange François de l'aulo De Deelcn , précédemment conseiller pensionnaire de la ville de Mnline», qui prêta le serment de ses nouvelles fonction», le 5 février 1788.
IVAPÉIUIS
Nous verrons bientôt par quel enchaînement, des faits, qui semblaient d'abord ne devoir intéresser qu'une partie du clergé et quelques professeurs de l'université de Louvain, donnèrent lieu à une opposition violente, et par contre à des mesures réactives, qui amenèrent une conflagration générale.
Ilàlons-nous de dire cependant que le gouvernement ne fut pas le seul agent de cette péripétie politique. Sïl est vrai que partout où passa l'orage des révolutions, la société ait été conduite au bord du précipice, et qu'il n'y ait que la reconstitution d'un pouvoir durable qui puisse désormais l'arrêter et la sauver, les erreurs et les fautes du clergé de celte époque contiennent une immense leçon pour le clergé moderne. Alors, comme aujourd'hui, il prétendait à une indépendance absolue du pouvoir temporel; il croyait que le concours de deux pouvoirs, qui n'ont entre eux aucun lien obligé, pouvait tirailler la société en sens divers, sans l'exposer et à perdre l'équilibre et à les entraîner l'un et l'autre dans sa chûte.
On a beaucoup disserté, on a beaucoup écrit sur les prétendues doctrines que Joseph II tenta d'introduire dans l'enseignement religieux; on les a taxées de jansénisme, de protestantisme : la vérité est qu'elles tendaient à soumettre le clergé à l'influence gouvernementale. C'était peut-être le seul moyen de le faire marcher d'accord avec le gouvernement, à moins que celui-ci n'eût consenti à subir lui-même l'influence du clergé. Si, hormis cette alternative, il existe un autre moyen de concilier deux pouvoirs rivaux, l'histoire, jusqu'à ce jour, ne nous en a point fourni d'exemple, et c'est à l'avenir, sans doute, qu'il est réservé de nous l'apprendre. Quant à l'époque dont nous nous occupons, il suffit d'en bien étudier les faits, pour être convaincu des funestes résultats de l'indépendauce absolue du clergé.
Pour que cette indépendance fût sans danger pour ceux-là même qui en jouissaient, il aurait fallu qu'ils fussent assez sages pour prêter leur appui moral aux actes de la puissance temporelle, et que, de son côté, celle-ci pût s'exercer sans rencontrer jamais les intérêts du clergé. Si, venant à les rencontrer,
I>E lîERG.
elle consentait à s'effacer, à s'anéantir devant eux, celait un premier pas qui, suivi de quelques autres dans le même sens, devait la conduire bientôt à céder le terrain à la théocratie. Par suite d'une imprévoyance réciproque, les deux pouvoirs se trouvèrent en concurrence flagrante : le pouvoir légal de l'Empereur ne voulut point s'arrêter devant les prétentions de l'Église; le pouvoir moral de celle-ci refusa son appui à des actes qui paraissaient lui être hostiles; c'est ainsi qu'il y eut lutte à mort entre eux , et que le pays, qui en fut le théâtre, les vit s'entre-détruire mutuellement, et vit ensuite venir l'anarchie et l'invasion étrangère. L'histoire de cette lutte est donc un cours d'études, qui contient des enseignements pour tout le monde : il ne s'agit que de savoir les y puiser avec discernement.
Joseph II avait adopté un vaste système d'éducation religieuse, et c'est peut-être à cause de cela même, à cause de l'étendue de ses desseins, que leur exécution rencontra tant de difficultés. Au lieu de les approprier aux besoins, aux mœurs des diverses localités, il voulait que, dans tous ses états, non-seulement les prêtres, mais encore ceux qui se destinaient aux ordres religieux, fussent élevés d'une manière uniforme, et imbus des mêmes principes, des mêmes doctrines, des mêmes opinions. Pour arriver à ce résultat, il avait supprimé les séminaires épiscopaux, ainsi que les écoles de théologie et de philosophie établies dans les couvents , et y avait substitué un petit nombre de séminaires généraux. On en comptait sept pour les états héréditaires allemands : un à Vienne, pour la haute Autriche; un à Prague, pour la Bohême; un à Olmutz, pour la Moravie et la Silésie; un à Lembcrg, pour la Galicie et la Lodomérie; un à Gratz, pour la Stirie, la Garinthie, le Garniole, Gorice et Triestc; un à Inspruck , pour le Tirol; un à Fribourg, pour la basse Autriche. Il y en avait, en outre, un à Pavie, pour la Lombard ie autrichienne. Les provinces des Pays-Bas eurent, comme on sait, un séminaire général à Louvain et un séminaire filial à Luxembourg. Le régime de ces établissements et le système d'instruction à y suivre furent indiqués par l'édit impérial duI6octo-
6 RAPÉDIUS
brc 1 786 et par le pian de Cinstitut des séminaires généraux , dans les états de l'Empereur, espèce de factum traduit de l'allemand, dans lequel les vues gouvernementales ne furent aucunement dissimulées , et qui pouvait se résumer par ces mots : « Faire des prêtres utiles à l'État (i). » Était-il impossible qu'on les rendît en même temps utiles à l'Église? Cest une question sur laquelle on nous permettra de décliner notre compétence : nous n'avons à nous prononcer ici que sur des résultats exclusivement politiques.
Nous avons déjà dit ailleurs à combien de réclamations cette partie des réformes josépbistes donna lieu. Nous avons déjà parlé des émeutes qui éclatèrent au sein même du séminaire général de Louvain : il nous reste à donner quelques détails qui, en caractérisant la nature de ces émeutes, jettent un nouveau jour sur la conduite de l'opposition. Une lettre, qui a été trouvée à la bibliothèque des manuscrits de Bourgogne, et qui y est annotée comme ayant été écrite de Louvain, le 9 décembre 1180, contient un tableau de ce drame burlesque, tracé avec tant de bonne foi, qu'il est impossible d'en révoquer en doute l'exactitude. Cette lettre se trouve parmi quelques autres (n° 8712 et 8713 de l'inventaire général ), qui toutes sont adressées à M. De Neuf, chanoine de S'-Gommare, à Lierre (a), et dont aucune ne porte de signature, bien qu'elles soient évidemment originales. En voici la partie la plus intéressante :
c Monsieur et cher ami ,
c Les excès auxquels se sont portés quelques jeunes théologiens du séminaire général sont à leur comble. Il y a quatre à
(i) Cet ouvrage fut publié en allemand , a Vicnoe, chex Sounlcithncr et Ncerling, en 1784. Traduit en français, il fut imprimé à Bruxelles, chez Lcfraiicq, en 1787. Plus tard le gouvernement adopta, pour le séminaire général de Louvain, le plan de l'institut de Pavic ( séminaire général de la Lombardic autrichienne ).
( « ) Jean François De Neuf, prêtre , né à Anvers, fils de Baliba/ar De Neuf, échevin de cette ville ( mort le 27 décembre 1780), et de Hélène Marie Françoise Van den Cruyec, était issu d'une famille patricienne d'Anvers. Son aïeul Simon De Neuf, seigneur de Uooghclande , con- «eiller et auditeur du château, avait été anobli par lettres patentes du roi Charles II, en date du 20 mars 1093. — Il fut nommé, au mois de juin 1781, par le prince de Slahretnhcrg , exerçant alors les fonctions de gouverneur général de la Belgique, chanoine de l'église collégiale de S'-Gommare, à Licrro, en remplacement de Gaspard Marie Ghislain Van der liera meu de Niederstcin, décédé a Lierre, le 20 novembre 1780. — Le chanoine De Neuf conserva son canonicat jusqu e l'époque de l'invasion française , en 1791.
DE BEUG.
cinq jours qu'une bande roulait les ambulacres, en lapageant jusqu'à bien tard dans la nuit, sans moyen de les pouvoir tranquilliser. La dernière ordonnance les a rendus indomptables. Us ont couru au cabaret encore plus qu'auparavant. Les soirs ils se faisaient porter de la bière par les fenêtres. Le mot qu'ils emploient pour demander de la bière de la cantine est astronomie. Ils entendent par là une cruche de bière. Le grand opéra a commencé jeudi le soir : pendant la journée ils avaient eu exile et point de leçons. Ils n'ont pas oublié de boire. Ce jour-là, Messieurs Stoeger (i) et Lajoie étaient partis pour Bruxelles. Le soir, vers les huit heures, ils ont commencé à tapager , à vouloir avoir de la bière , et de forcer les portes de la cave. On leur a donc donné à boire. D'autres avaient de la peelerman à leur chambre, et Vounck voulant emporter leur cruche, ils l'on menacé de lui jeter une bûche ardente. Ensuite ils ont commencé à
crier sur la cour hé hé hé Sur cela on a été appeler M. De
Mazière (2), qui étant arrivé croyait de les apaiser. Mais alors ils redoublèrent leurs cris, et ils lui ont répété tous les péchés capitaux, disant qu'il était un idolâtre de la cour, un traître de
(1 ) Ferdinand Stoeger, né en 1757 , avait été professeur d'histoire ecclésiastique à Vienne, où il avait publié un ouvrage intitulé : Introductio in historiam ecclesiasticam novi testa menti, ad usum tuorum auditorutn. Vindobona Trallner, 1770, in-8». Le cardinal Alignai , archevêque de Vienne, avait adressé a l'impératrice Marie -Thérèse, contre l'histoire ecclésiastique de Stoeger, un mémoire qui fut publié en Belgique pendant les troubles, sous le titre de Apologie du gouvernement général de* Pays Bat, relativement au renvoi du sieur Ferdinand Stoeger , ci-devant directeur du séminaire général à Louvain. (Louvain, de l'imprimerie de l'université, 1787 , pp. 34, in- 8°). — M. Stoeger fut nommé, en 1786 , directeur de la faculté de théologie à l'université de Louvain , aux appointements de 2000 florins d'Allemagne. Au mois d'octobre de la même année, les gouverneurs généraux le nommèrent président du séminaire général. Quoique prêtre, il affectait, aux Pars-Bas comme a Vienne, de ne pas célébrer la messe , d'où vient qu'on disait de lui : non breviat nec missat. ( Uovcrlandl de Bauwelaere, Essai chronologique pour servir à Chistoire de Tournay. Tournay, 1820, in-18, t. 05 , part. 2 , p. 719 ). — Il abandonna clandestinement le séminaire général , où il ne restait plus que cinq élèves , le 2 juin 1787 , et retourna en Allemagne , ou il mourut en 1815.
(a) Jean Benoit De Mazière, né à Le) sel, près de Fumes, dans la Flandre occidentale; deuxième au concours général de philosophie à l'université do Louvain , en 1770; licencié eu théologie le 15 avril 1777; recteur au collège du pape Adrien VI; docteur en théologie, le 20 février 1781 ; président au collège de Divccus, au mois de mai 1782; nommé eu 178C pro feweur do théologie dogmatique à l'université de Louvain et chargé de l'enseignement de la i biologie dogmatique au séminaire général. L'université de Louvain prononça , par contumace, contre lui , le 12 juillet 1700, une sentence qui le déclara déchu de toutes ses fondions acadé miques.
KAPÉD1U5
la religion ; qu'il avait commencé les troubles par sa thèse de malrimonio; qu'il fréquentait continuellement avec Leplat (i),
( i ) Josse Leplat , né à Malines en 1733 , fisc et doyen des étudiants de h faculté de droit à l'université de Louvain, licencié dans celte faculté, le 96 juillet 1756, docteur dans la même science et professeur de droit civil ( institutes et Code de Justinien ), en 1767. Nommé par les magistrats de Louvain, le 29 mai 1776, professeur ordinaire de droit canonique, et chargé de renseignement des décrétâtes , il fut installé, le 9 juin de la même année. U se retira en Allemagne en 1788, et passa ensuite en Hollande. Il ne fut pas replacé lors de la restauration de l'université de Louvain, après les troubles de 1789. Une accusation formelle fut portée contre lui devant le tribunal académique, et celte cause resta pendante jusqu'en 1794, époque où le gouvernement força le docteur Leplat k se démettre de ses dignités et fonctions académiques. U fut nommé, en 1805, professeur de droit romain à l'école spéciale de Coblence , et directeur de cette école en 1807. Lors de l'organisation de l'université impériale , il fut nommé directeur de la faculté de droit a l'académie de Coblence , et resta chargé de l'enseignement du droit romain. Il mourut en celte ville , le 6 août 1810. On trouve de courtes notices biographiques du docteur Leplat dans la Biographie nouvelle des Contemporain* , par Arnaut, Jay , Jouy, etc. (Paris, 1823, t. XI, p. 382), dans la Biographie universelle classique (Paris. 1829, in-8\ t. II, p. 1695), et dans Qucrarl, France littéraire ( Paris , t. V, p. 191 ). Ces notices, dans lesquelles son nom est écrit Leplaet , sont du reste fort incomplètes et ne sont pas exemptes d'erreurs.
Le docteur Leplat a beaucoup écrit. Voici un aperçu de ses principales publications :
1* Z. B. Yan Espen, eommentarius in decrelum Graliani cum prœfatione J. Leplat. Lovanii 1777. Deux volumes in-8*. La préface de Leplat o 2ôH paires. Il y rapporte la plupart des textes falsifiés qui ont été insérés dans le Recueil de Gratien , et donne en même temps la preuve de ces différentes falsifications . Leplat dédia cette édition au comte de Piény , chef-président du conseil privé et commissaire royal de l'université de Louvain.
2* P. J. A. Rieggcr Institutiones jurùprudenlia ecclesiastica cum compendio. Lovanii 1779. Six volumes in-8*.
3* Collectio variarum disserlationum casum apostolilad Corinthios, cap. Vit, v. 12 et sq. illustrantium. Leodii. (Louvain), 1779, in 8*. —Leplat avait déjà publié la plupart des pièces contenues dans ce volume, sous le titre de :
4* Jos. Maugis , jud. Leplat et Paulini Nervii disserlationes très in casu aposUAi I ad Cor. cap. VU. Lovanii et Gallipoli 1770 1772. Trois parties en un volume in-8*. — Il s'agit , dans ces dissertations , de l'indissolubilité du mariage d'un juif converti. Leplat attribue l'origine de l'opinion commune aux idées répandues par les fausses décrétâtes.
5* Claudii Fleurii in hisloriam ecclesiasticam disserlationes octo latinè traducta. Accesserunt disserlationes ducs cum prœfatione Judoci Leplat. Lovanii typis aeademicis, 1780. Deux volumes in-8*.
6* Canones et décréta SS. concilii Tridentini juxta exemplar authenlicum Romce 1364 editum. Prater nomina et suscriptiones patrum, variantes etiam lectiones et notas Chifflelii continel. Accesserunt varia ad disciplinant ecclesia Bttgicœ pertinentia. Antwerpiœ, 1779, in- 4*.
7* Vindicia assertorum in prœfatione codici concilii Tridentini anni 1779, prœmissa quibus ibi dicta de indice et regulis aucloritate PU IV evulgatis, ad quœdam recens objecta respondetur. Lovanii, 1780, in -4*.
8* Monumentorum ad hisloriam concilii Tridentini potissimum illustrandam am plissima collectio. Lovanii, 1781-1787, ex typographia academica. Sept volumes in-4*.
9* Dissertatio canonica de spansalibus et malrimoniorum impedimenlis. 1784, in 8*.
10° Réponse aux lettres d'un chanoine pénitencier sur les édils impériaux. Lille ( Vlrecht) 1786, in- 12. Cette réponse, quoique publiée sons le voile de l'anonyme, est généralement attribuée au docteur Lrplat ou k l'abbé De Bellegarde. (Quérard, France littéraire, t. V. p. 192. Paroier. Dictionnaire des ouvrages anonymes, t. III, n* 16451 ).
DE BEHG.
qui est un hérétique manifeste. Puis ils criaient : vivat Van de Velde, vivat Ghenne, vivat seminarium Meehliniense , Gandense, Antwerpiense, etc. Pereant Germani et reliqui omnesî Puis De Mazière leur fit de belles promesses , disant qu'ils auraient tout ce qu'ils demandaient, et que, quant à Leplat, il en avait déjà écrit à Bruxelles et qu'on aurait soin de le corriger. Alors ils ont crié qu'ils voulaient avoir quatre points : 1° qu'on n'enseignerait plus des hérésies; 2° qu'ils voulaient avoir le potus; 5° qu'ils ne voulaient pas être conduits par des Allemands et qu'on devait faire sortir ces
Allemands du séminaire ; 4° que le portier devait partir
Celui-ci avait fait une liste de ceux qui étaient entrés dans la cantine après la défense faite. Après cela, ils ont encore crié et hurlé jusqu'à dix ou onze heures et on les entendait jusque bien loin : ce qui attira beaucoup de bourgeois autour du grand collège. Je les ai entendus crier bien tard.
t Ceci n'est pas encore le tout. Hier le soir, MM. Leclerc (i) et
1 !• Observation* sur la déclaration de S. E. te cardinal archevêque de Matines , touchant renseignement du séminaire général de Louvain, 1789, in-8». L'archevêque de Matines avait demandé, dans sa déclaration , la destitution du docteur l.eplat, qu'il désignait comme le principal fauteur des nouvelles doctrines. Ces observations sont aussi anonymes. (Quérard, t. V, p. 194. Barbier, t. II, n* 12960).
12* Lettres d'un théologien canoniste à JV. S. P. le pape Pie VI, au sujet de la bulle, auctorem fidei, etc., du 28 août 1794, portent condamnation d'un grand nombre de propositions tirées du Synode de Pisloye, de tan 1786. Sans date ( 1795 ) , in 12. L'auteur, dit Quérard, s'y montre théologien profond, habile dialecticien, mais surtout ennemi des prclen lions de la cour de Rome.
13* Supplément au calhéckisme de Matines. Saint-Trond , imprimerie archiépiscopale. Sans date, in-8*. Anonyme. ( Quérard, t. V, p. 192. Barbier, t. III , n* 17311 ).
14* Dissertation contre t autorité des règles de lindex, in-4", de 62 pp. Pour défendre ce qu'il avait dit à ce sujet dans sa préface des canons du concile de Trente. Quérard, t. c. cite cet ouvrage , qui est probablement le même que celui indiqué plus haut , n* 7 , Vindiciœ.
15* Depuis 1795 , Leplat , habitant alors la Hollande, seconda l'abbé Mouton, chef du parti janséniste, dans la rédaction des Nouvelles ecclésiastiques , qui s'imprimaient à Utrechl.
(i) Jacques Antoine Leclerc, né à SchJeyden, dans le duché de Luxembourg, en 1731. licencié endroit à l'université de Louvain , le 11 octobre 1757 .était beau-frère . par alliance , de M. De Berg. Il avait épousé, en 1787 , Isabelle Françoise Joséphine Orts de Bulloy , née en 1755 , déiedée h Bm ici les , le 29 mai 1788, sœur de Madame De Berg. Elle fut inhumée au grand cimetière de la ville de Bruxelles, à smosse-lcn-Noode, où se trouve encore sa pierre sépulcrale. M. Leclerc exerça d'abord la profession d'avocat au conseil de Luxembourg ; il fut nommé auditeur c la chambre des comptes, a Bruxelles , en 1762, membre de la jointe des administrations, en 1764, conseiller au conseil privé, en 1769, membre de la chambre suprême pour les provinces de Luxembourg , de Gueldrc, de Flandre, de llainaut, de Namur et de Malines, en 1776. Il présida longtemps cette junte , qui se réunissait chez lui. Conseiller d'état, en 1786,
HAI'ÊIJIIS
Reuss (i) sont venus pour leur demander ce qu'ils voulaient. Ils sont entrés avec le recteur magnifique , le promoteur et ses sergents. A cet aspect , ils ont été comme des furieux et redoublaient leurs hurlements et ne voulurent pas entendre parler Leclerc ni le recteur. De sorte que ceux-ci ont dû sortir sans rien effectuer.
c Ce matin nous apprenons qu'il est arrivé quelques dragons, qui tiennent la garde au grand collège , dans la cour. En revenant du chœur, on me dit d'abord qu'il était arrivé un escadron de dragons; un pas plus avant, on me dit qu'il y avait bien deux cents dragons; enfin fama crescit eutulo. Klant arrivé au grand collège, j'entendis les trots des chevaux dans la cour, et de retour, j'appris du domestique de M. Van de Yelde (2) que, venant
conseiller au conseil royal du gouvernement général des Pays-Bas et directeur de la commission des fondations , en 1787 , il fut nommé président du grand conseil de Malincs , et prêta serment , on cette qualité , le lw juillet 1793, en remplacement de Goswin de Fierlant, chevalier de l'ordre de S' Etienne et conseiller d'état, qui venait d'être nommé chef président du conseil privé.
(i) Pierre Reuss, né à Bruxelles, licencié en droit a l'université de Bologne, en Italie, le 0 juin 1759. Il y avait obtenu, en 1755, une des bourses créées en 1650, par Jean Jacob*, ancien orfèvre de Bruxelles , fondateur du collège qui y porte son nom. Reuss exerça ensuite la profession d'avocat au conseil souverain de Brabant. Au mois de décembre 1786 , l'état ecclésiastique du Brabant le choisit pour remplir les fonctions de second pensionnaire des états de celte province; mais son compétiteur, Emmanuel Marie Ifccock , second pensionnaire de la ville de Bruxelles , qui avait réuni les suffrages de l'état noble et du tiers-état , fut pourvu de cette charge. M. De Bcuss fut nommé conseiller procureur général de Brabant , par lettres patentes du 2 septembre 1777, et conseiller au conseil privé, par lettres palcutesdu mois de novembre 1781. Il quitta la Belgique en 1794 , a la suite des armées autrichiennes , et fut porté sur la liste des émigrés. Il rentra cependant peu de temps après dans sa patrie, et mourut à Bruxelles, le 1*' juin 1795.
( s ) Jean François Vau de Velde , né à Beveren , au pays de Waes , le 5 février 1745 , Gis de Mathias Van de Velde, mort le 7 août 1748, et de Marie Catherine Van Royenacker, morte le o avril 1788 ; deuxième de la première ligne daus la pédagogie du porc , au concours général de philosophie de l'année 1765; nommé provisoirement d'abord, le 50 janvier 1773, et ensuite déGnilivcmcnt bibliothécaire de l'université do Louvain ( en remplacement du savant Noël Paquot, que de sourdes intrigues avaient forcé de fuir de Louvain ) ; vice-président du collège dcSavoye, en 1773; président du collège du Saint-Esprit, le 1* octobre 1773; chargé provisoirement de renseignement de la sainte écriture, dont il ouvrit le cours, le 14 novembre 1774; docteur en théologie, le 8 août 1775; président du collège de Hollande, au mois de mai 1776 ( en remplacement de Jacques Thomas Joseph De Weliens , nommé évéque d'Anvers ) ; docteur régent de la faculté de théologie en 1777 ; recteur magnifique de l'université de Louvain , depuis le 98 février jusqu'au 30 août 1778 ; nommé définitivement professeur des saintes écritures et pourvu du canonicat de la première fondaliou, annexé a cette chaire, dans la collégiale de Saint Pierre , le 27 novembre 1778; président du grand collège, le 13 mai 1783 (ce collège fut presqu'entièrement reconstruit par ses soins); suspendu de toutes ses fonctions académiques par décret du gouvernement du 7 juillet 1784, à cause d'uuc thèse sur le mariage, défendue sous sa présidence, le 18 juin précédent , par un Brugeois, nommé Charles Joseph Le Grand.
DE Br'.llC
de servir la messe de son maître , il avait vu entrer une bande de dragons de vingt ou trente. Le premier que je fis à ma chambre, c'était de commencer à écrire, de peur que le jour ne fût trop court.
€ Voici des excès de part et d'autre, qui seront connus de toute l'Europe, et comme le bruit s'augmente infiniment, cela fera un grand article dans les gazettes, et en même temps une grande tache, ou à l'Empereur, à cause de ce nouvel établissement mal arrangé et surtout pour la nouvelle doctrine, ou au clergé, dont
les élèves se sont portés à tels excès La force n'est pas le
moyen d'apaiser les Belges outragés en matière de religion
Je viens d'apprendre que tout ce qu'ils (jpt répondu à Leclerc est : qu'ils veulent avoir une bonne religion et une bonne doctrine (t ). On dit que c'est un séminariste de Tournay qui porte la
C'est a l'occasion do celte thèse que M. Marent publia la Relation fidèle de la dispute entre les docteur» en théologie de Louvain, à t occasion d'une thèse de impedi menti» matrimonii , avec le mémoire justificatif de M. le docteur Van de Velde, présenté au gouvernement, et les autres pièces que cette affaire a occasionnées , ainsi que quelques lettres écrites aux différentes époques de la dispute par deux amis , dont f un demeure à B. et [autre à G. Lille, 1786 , deux parties in-8". — Rétabli dans tous ses droits au mois de dot. 1784, M. Van de Velde fit partie de l'université de Louvain, jusqu'à sa suppression. En 1794, a l'entrée des Français, il quitta Louvain; mais il y revint bientôt après et y reprit l'eiercice de ses fonctions. Emprisonné en mai 1797 et condamné à la déportation , il parvint a s'y soustraire par la fuite, et se réfugia en Allemagne. Rentré en Belgique en 1803, il vint habiter Beveren, son village natal. U accompagna, en 1809, comme théologien, le prince Maurice de Broglie, évéque de Gand, au concile de Paris, et fut emprisonné a Vinccnnes, puis exilé à Rhetel , en Champagne, jusqu'en 1814. Il mourut à Beveren , le 9 janvier 1835. Sa bibliothèque, l'une des plus vastes qui ayenl jamais été formées en Belgique, comprenait, selon son catalogue rédigé par le libraire Pierre François De Gocsin-Verhaeghe, en deux volumes in-8', 14,435 numéros, dont 376 manuscrits. La vente eut lieu à Gand, depuis le 6 août jusqu'au 16 septembre 1833 , et rapporta environ 60,000 francs. Il a publié :
Synopsis monumentorum coUectionis proxime edendm amcilioru m omnium archiepiscopatus Mechliniensis. pua, preeter horum conciliorum historiam, cum provincia tum maxime archidiœceseos Mechliniensis hicrarchicus status , ab anno 1359 ad annum 1802. Nec non pro re nota etiam politicus , summatim exhibetur. Inseruntur per occasionem obtervationes circa ccclesiasticam disciplinant et historiam litterariam. Cum indicibus et notis. Collegit ac edidit Joannes Francisais Van de Velde, Bevernensis in academiâ quondam Lovaniensi S. T. D. regens, ac prof essor Catsareo Regius. Gandavi B. Poelman , 1833 , cum approbatione. Trois volumes in-8°.
M. l'abbé De Ram , recteur de l'université catholique, a entrepris la publication de l'histoire des Conciles des Pays-Bas de Van de Velde, sous le titre de : Synodicon Belgicum sive acta omnium ecclesiarumBelgii a celebrato concilio Tridentino usque ad concordatum anni 1801 . Mechlinia, 1828-1839, tn-1". Trois volumes jusqu'ici ont paru, savoir : tomes I, II, archie piscopatus Mechliniensis; IV , Episeopatus Gandavewis. Le tome III est sous presse.
(i ) M. Borgnet affirme que les Wallons demandèrent : bonum potum et bonum cibum. ( Lettres sur la révolution brabançonne, 1. 1, p. 32. )
RAPÉD11S
parole et qui parle bien. Voici l'histoire que j'ai apprise ce matin; à présent suit ce qui s'est passé dans la journée :
t J'apprends que le substitut-procureur général est occupé à prendre des informations au grand collège. Un théologien , sollicité par un de ses amis à lui écrire les événements de l'intérieur du collège, raisonne ainsi : c Le recteur est entré ici à quatre « heures après-midi. On a commencé à l'entourer , et comme il « était défendu de crier, on a commencé à siffler autour de lui. « Après avoir dit quelques paroles, on l'a sifflé jusqu'à la porte, « et il s'est en allé. Plus tard, il est arrivé avec M. Leclerc et un « autre conseiller, que je ne connais pas (c'était Van Volxem) (t). t On les a dû introduire par le petit collège. On leur a crié qu'on t ne voulait plus entendre les leçons de Marant (2), De Mazière,
(i ) Pierre François Van Volxem , né a Bruxelles , quatrième de la seconde ligne dans la péda gogie du porc , au concourt général de Tannée 1767 , licencié en théologie a l'université de Lourain, le 33 août 1777 , avait été proposé , au mois de mars 1779, comme troisième candidat, |K>ur la place de conseiller ecclésiastique au grund conseil de Halincs, en remplacement du conseiller Félix Guillaume Antoine Brenart, devenu évéque de Bruges. Le gouvernement conféra cette place à Jean Baptiste Robert Van Velde, qui devint plus tard évéque de Ruremonde. M. Van Volxem fut nommé par les bourgmestres de Louvain , le 27 décembre 1780, professeur de droit canonique ù l'université de cette ville, et fut en même temps pourvu d'un canon icat de la seconde fondation , annexé à celle chaire, au chapitre de l'églite collégiale do S'-Pierrc, en remplacement de Charles Joseph LambrecbU , qui avait été chargé de l'enseignement du Code de Jtutinien.il fut nommé, par lettres patentes du 23 juin 1783 .conseiller ecclésiastique su grand conseil de Malines, en remplacement du conseiller Hyacinthe Jacques Jean De Parts, décédé le 24 décembre 1781. Sa chaire de droit canonique fut alors conférée a Guillaume Van Cutaem, né au village de S'-Pierre-Leeuw , qui avait été premier de Louvain , en 1770. Le chevalier Van Volxem siégea au grand conseil jusqu'à l'époque de l'invasion française , en 179». U était aussi chanoine de l'église cathédrale de Notre-Dame k Tournay.
(t) Pierre Jacques Marant, né au village de Bavinchovc, près de Cassel , dans la Flandre française ( département du Nord ), second de la première ligne dans In pédagogie du lys, au concours général de philosophie, en 1765 ; lecteur en théologie au collège de Driulius , en 1770; curé du village de Wylschate, au diocèse d'Ypres, la même année; licencié en théologie le 30 avril 1770 ; président du collège de Viglius , a Louvain , au mois de février 1778 ; docteur en théologie le 23 octobre 1776; chanoine de la seconde fondation dans l'église collégiale de Saint- Pierre, a Louvain , le 29 octobre 1776 (ce canonicat était annexé k une chaire de théologie a l'université ) ; chanoine de la première fondation dans la même collégiale , en février 1779. Il fut élu recteur magnifique de l'université, au mois d'août 1780, et exerça ces fonctions temporaires pendant deux trimestres consécutifs. Pendant son rectorat , il prononça , dans l'église de Saint- Pierre , une oraison funèbre , en latin , de l'impératrice Marie-Thérèse. ( Oralio in funere Maria Thtrctux Romanorum impcralricù. Lovanii, 1781, in-8* ). Au mois d'avril suivant, U fut nommé chanoine de l'église cathédrale de Notre-Dame , k Bruges. Au mois d'octobre 1786 , il fut chargé d'enseigner l'histoire ecclésiastique au séminaire général. Il fut en outre chargé, au mois de mars 1788, de renseignement de la théologie pastorale, en remplacement du P. Fruyt, qui était au nombre des professeurs démissionnés par la dépêche du 25 février 1788. Marant était aussi doyen de la faculté de théologie. Au mois d'août 1788, il fut nommé
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ni LeplaL ( Il était passé un billet à table, que quiconque fréquenterait une de ces leçons serait lapidé). Ce matin, dit-il, nous nous trouvons barricadés par des dragons. Nous leur avons demandé, si nous nous soulèverions, ce qu'ils feraient? Et ils ont répondu qu'ils nous assisteraient. M. Lajoie ( viceprésident du séminaire général), nous a voulu faire choisir, à chaque diocèse, un qui proposerait nos demandes : on ne sait encore ce qui en est résulté. Les dragons ont quitté le grand collège l'après-midi. Je crois qu'ils logeront en ville. MM. Stoeger et Lajoie ont dîné à la ville de Cologne : ils n'osent retourner. La bière qu'on donne aux séminaristes est abominable. On en a fait goûter à M. Leclcrc, et il a fait la mine. Les dragons en ont goûté ce malin, et ils ont dit quelle ne valait rien du tout. On a d'abord fait venir quelques tonnes de bonne bière. Leclerc était parti hier soir à huit heures, en poste, pour Bruxelles, pour commander des dragons. »
du collège d'Arras. 11 public un volume intitulé : P. J. Marant in unir. Lnv. S. Th. D. il. et hitt. recl. prof, rrgii discussio historica an de fide sit oui saltem ilacertum, et de ecclesia mente, beatam virginem malrem et corporr in cœlum assumptam este, ut harelieum tit , aut saltem temerarium de eo coram historiée eeclesiastica studiosis modeste inquirere, teu vindictes assertorum in pralectionibut suit. Lovanii, 1786, pp. XXX II, et 384, tn-8*. Cet ouvrage, contre lequel on a beaucoup écrit, a été l'objet d'une polémique très-acerbe. Sa production a fait naître entre autres les ouvrages critiques suivants : Reflexiones in librum cui titulus P. J. Marant Discussio historica de assumptione BeaUr virginis, etc., auctore G. J. Van den Bavière. Brugis sine annn. Va volume in-8». Epistola pastoris Leodiemis contra P. J. Marant. Leodii, 1786, in -8». Assumptio Btata Maria Virginis in calum cwm corpore et animd ctmtra P. J. Marant. Ipris, 1787 , in 8°.
Discussio discussionis hisloria P. J. Marant, de assumptione B. Maria, per Ignalium Van den Driessche. Gandavi, 1787, in-8*.
Joannis Albcrli Stilmon , unie. Lov. S. Th. Baec. Form. postons in 3foorrghem , apologtticum tenlamrn, pro eommuni ecclesia persuasione, qua pie creditur Beatissima virginis dei grnitricis Maria* immaculatum corpus in exelis existere; site syttopsis rorum qua> ejusdrm assumptioni objtctavit P. J. Marant in univ. Ij>v. S. T. D. B. et hist. ecd. prof regius.
Mirant est aussi auteur de l'ouvrage intitulé : Relation fidèle de la dispute élevée entre les docteurs de Louvain, à Coccasion d'une thèse de impedimentb matrimonii, avec le mémoire du docteur Van de Velde, etc Lille, 1786, deui partir* en un volume in-8», publiée» tous le voile de l'anonyme. ( Ouérard . France littéraire, t. V , p. 50 1 ). Il a en outre publié : Réponse du docteur en théologie Marant à la brochure ayant pour titre : Avis au public, et à une autre plus hardie, sous le titre : Cri de la justice. De l'imprimerie de l'université, 1788, in-8». L'archevêque de Malines condamna publiquement les doctrines de Marant , par un jugement doctrinal du 26 juin 1789, inséré dans P. F. X. De Ram, sgnodicon Belgicum, Mechliniœ, 1829, pp. 75 sq. L'université de Louvain prononça contre Marant, le 12 juillet 1790, une sentence par contumace , qui le priva de toutes ses places et fonctions académiques.
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Il y a une si grande différence entre les étudiants en théologie dont il est fait mention dans cette lettre, et les séminaristes de nos jours, qu'il faut absolument avoir lu ces relations contemporaines pour comprendre les choses de cette époque. Le rôle que joue la bière de jyeelerman dans l'insurrection du séminaire général n'est certes pas la chose la moins curieuse, et il est vraiment digne de remarque que l'objet principal des réclamations des élèves semblait n'être autre que le polm. La lettre que nous venons de citer, et qui évidemment, fut écrite par un chanoine à un autre chanoine, contient des naïvetés précieuses, malgré les efforts qui y sont faits pour substituer, autant que possible, la sanam doclrinam au bonum potum. Il est piquant surtout d'y voir les dragons constitués juges du conflit, et d'entendre sérieusement invoquer leur autorité sur la qualité du peeterman. La question, du reste, paraît être restée assez longtemps sur ce terrain : car nous trouvons', dans une autre lettre d'une date postérieure, cette phrase qui s'y applique d'une manière fort directe : c On leur a ôté le potus pour l'après-midi; ils auront de la meilleure bière et peut-être du coignac; ils auront deux pots par
jour La table coûtera 210 florins, etc. > Pour bien saisir,
après cela, le caractère de cette insurrection et ses véritables motifs, il ne reste qu'à se rappeler le régime qui avait été imposé aux élèves du séminaire général. Ce régime était d'une sévérité à laquelle on ne les avait point accoutumés, si l'on en juge par le mécontentement qu'il leur inspira. U fallait se lever à cinq heures du matin, les jours de leçons, puis se livrer à la prière et à des lectures pieuses ; à six heures, on disait la messe; immédiatement après venait le déjeuner; de sept à huit heures, il y avait étude; de huit à dix , leçons publiques (i); de dix et demie à douze , étude.
( i) Voici le programme des études , tel qu'il fut publié rers le 15 novembre 178G :
« OHM LRCTKmM TREOLOGIURCB IR tHITEMITàTR LOVMUEMI.
» Primianni thcologu ItUloriam ccclcsiaslicam explanabit Cl. D. Sfaranl, horis 8* cl S* ; lingua hebrœœ elemenia , et hermenculicam veteris testamenti Cl. D. Woulrrs , horis 9» et 3« in inferiori majori aula.
. Seeundi anni thcologis primam partent theologiœ dogmaticœ tradet Cl. D. De Mazièrt,
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Ensuite venait le dîner, puis la récréation , puis encore les leçons publiques, de deux heures à quatre. 11 y avait après cela encore une heure de récréation, une heure d'étude, une heure de répétition, le souper, une heure et demie de récréation et enfin la prière du soir. La journée était clôse à huit heures et demie. Les dimanches et les jours de fète et de récréation, on ne se levait qu'à six heures, et il y avait seulement quatre heures d'étude, dont deux le matin et deux l'après-midi. On ne pouvait jamais sortir de l'établissement sans la permission du supérieur. Il était formellement défendu d'introduire qui que ce fût dans sa chambre, de passer la nuit hors de l'école, de jouer aux cartes ou à d'autres jeux de hazard , de se servir de tabac à fumer (uti tabaco fumatorio), de prendre ou de se procurer, dans le courant de la journée, de la bière, du vin ou d'autres liqueurs.
Après la prohibition de la bière , ce qui paraissait le plus affecter les élèves du séminaire général, c'était la manière dont on les avait logés. Ceci mérite bien les honneurs d'une description, à cause de l'originalité du sujet. Qu'on se figure une vaste salle oblongue, éclairée des deux côtés par quarante fenêtres, et divisée en deux parties égales, au moyen d'une cloison en toile, qui la traverse dans toute sa longueur. D'autres cloisons de môme matière forment ensuite de chaque côté autant d'alcoves ou de stalles qu'il y a de croisées, en laissant un espace vide le long de
horis 9* et 3» ; clementa linguœ grœcw et hermencuticam novi Uttamcnli Cl. D. Lcempul , horis 8" et in inferiori minori aida.
« TerM anni theologis parlent secundam thtoloqin dogmatieœ praleget Cl. D. Sentelei , horis 8» cl 2« ; theologiam moralem Cl. D. Ghenne , horù U» et 3« in aulu juridica.
• Quartianni theologos prineipiis juris ecclesiastici imbuet Cl. Lcpûit, hortt 9» et 3»; theologiam pastoralem explicabit Cl. D Fruyt , hora 8» galliee , S* flandrice. Latine theolo giam pattoralem tradet Cl. D. Wnyls, hori$ 10» et 4« in aula théologien.
« Thcologiœ auditores cuncti, qui ad Belgium Auttriaeum pertinent, et extra générale teminarium versantur, adtuos futuros respective Cl. DD., professore$ accéder e, iisque exhibere debenl seriptum nomen, eognomen, patriam, abbaliam vel monculerium, et lestimonium precedenlium studiorum. Nemo igitur islorum admittetur ad primi anni cursum theologicum, nisi monstratum fuerit CL DD. professoribus historiée etclesiastiea et linguœ hebraa testimonium philosophiœ absolutas. Nulii illorvm paUbit aecessus ad lecliones sccvndi anni, nisi antta ostendatvr testimonium qund jam unus annus fuerit impensus theologiœ. Quod vero illos concemit qui non sunt ex ditionibusBelgiiAustriaci, ht Iheologicai quas placel lectiones frequentare postant.
« Perd. Stoeger, D. F. Th.»
IUPÉD1LS
la grande cloison , pour servir à'ambutacre. Chacune de ces stalles constitue le logement d'un séminariste, logement qui n'est fermé, du côté de l'ambulacre, que par un rideau mobile. Une double corde , qui s'attache à tous les rideaux , les fait s'ouvrir et se fermer, comme par enchantement, au gré du préfet chargé de la surveillance du dortoir.
On conçoit que cette manière d'être parqués , à peu près comme des étalons dans un haras ( 1 ) , ne devait pas plaire infiniment aux élèves du séminaire, non pas à cause de l'impudicité qui en avait fourni le prétexte, et qui y était rendue impossible, mais à cause de leur goût pour la bière de peeterman et pour le tabacum fumatorium, goût qui était également contrarié par l'établissement de vastes salles d'étude , auxquelles on donnait le nom de musœum. Ils s'en exprimèrent assez clairement dans une requête qu'ils adressèrent au gouvernement général, sous la date du 9 décembre : « Unicuique proprium assignelttr cubicuium tant ad studendum
quam ad dormiendum Insuper petimus ut liceat nobis tempore
pomeridiano sitim semel refocillare, etiam ut possùnus nobis ea comparare quœ honestœ amicorum receptioni sunt necessaria. » Ils voulaient donc qu'il leur fût donné à chacun une chambre particulière, tant pour y coucher que pour y étudier , qu'il leur fût permis d'étancher leur soif dans l'après-midi et de se procurer ce qui est nécessaire à la réception honnête de ses amis. Outre cela , il leur manquait encore l'autorisation de sortir; ils la demandèrent en ces termes : • Diebus quibus non datur lectio, liber et am* plior paleat exitus. Et comme l'obligation d'être toujours en tenue les gênait pour aller au cabaret, ils exprimèrent aussi le vœu d'en être dispensés : c Cirai vestes nihil immutetur. »
Ce ne sont pas les seuls griefs qui furent articulés dans cette
( i ) On lit dans une lettre de Louvain , le 16 novembre 1786 , puisée à la même source que celle qui précède :
. Le gouverneur Saien-Tessehen a été toir le nouveau séminaire, et il l'a trouvé si bien qu'il a dit hautement , que les écuries de ses cbevaui étaieut de la même structure , mais mieux arrangées, et que les fils des nobles cl des conseillers y seraient mal logés. Vous savez qu'entre chaque cheval il y a un pilier de haut en bas , et puis un travers ( j'appelle les écuries des grands seigneurs ) : ici c'est un montant de bois entre chaque loge , et puis des travers minces, pour y clouer de la toile, comme je vous ai déjà donné a connaître
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étrange requête, (i). On s'y plaignait de l'heure trop matinale du déjeûner, jeniaculum nimis matutinum, ce qui obligeait à se lever de grand matin; on s'y élevait contre la durée des leçons, qui n'était pas de moins de deux heures successives, leclionem duarum horarum continuant; on voulait, enfin, que les cours de langues grecque et hébraïque cessassent d'être obligatoires, libéra sit frequentatio lectionum linguœ hebraicœ et grœcœ. A tous ces griefs , qui accusaient suffisamment les tendances de ceux qui les avaient articulés , se joignaient quelques vœux concernant les doctrines à enseigner. On demandait que le choix des professeurs fût approuvé par les évéques , et qu'il ne fût fait usage que de livres vus et également approuvés par les évêques; mais, immédiatement après , on demandait aussi que les évêques réglassent la discipline de la maison : ce qui, rapproché de tout ce qui précède, permet de supposer que ce grand désir d'être soumis en toute chose à l'autorité de l cpiscopat n'était pas absolument désintéressé , et que sa source était ailleurs que dans la soif des bonnes doctrines. Ces témoignages de subordination envers les évêques étaient d'au-
( i ) Voici le texte de ce document :
serrucà tieologouci seiimabii citoulis muniaira petestot «eocetoa.
• Casarea majestali in omnibus qua coiucienlia patitur obsequentissimi , qua desideremus rogati, enixé qua par est reverentia et submissione petimus :
Ut illustrissimi nostri episcopi tam disciplina quàm doctrina tint moderalores, ad quod pertinent :
i' Ut nultus professer iradat leclionem , nisi ab episcopis noslris débité approbatur; 2- Ut nulli in pralectionibus publicis pralegantur auctores , nisi ab episcopis visi et ex pressé approbati;
3* Ut ea in domo theologiea preseribatur disciplina qua episcopis noslris convenientior visa fuerit.
Ai intérim dum hoc executioni mandantur ( quod quàm citissimé futurum speramus), petimus ut sequentia quoad disciplinam provisoric ttatuantur; ut nempé vel eoncedatur facutias redeundi ad notlrum respective seminarium , vel ut Lovanii alto modo regamur : çuem in finem sequentia concedi rogamus :
V Unieuiqne proprium astignatur cubiculum , tam ad studendum quàm ad dormi en ■ dum, quod si fieri nequeat , parati sumus adkuc demigrare ad alia nobis assignanda;
9* In ordine diurno ea digneaiur immutare qua maximè displicent ; scilicet leclionem duarum horarum continuam ; jentaculum nimis matutinum; insuper petimus ut lierai nobis lempore pomeridiano sitim semel refocillare , eliatn «tpossimus nobis ea comparare qum honesla amicorum reeeptioni sunt neeessaria.
Finalitcr diebus quitus non datur Uclio, liber et amplior patent exitus. Cirea mrnsam et sumptus ulteriores digneatur quid certi statuer c, ad salisfactionem parenlium. Libéra sit frequentatio lectionum lingua hebraica et graca, et circa vestes nihil immuMur. »