‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 86 sur 119 · II · texte numérisé non relu

II

UAPÉDIIS

gner, entre les mains de Sa Majesté, les dignités qui la mettent dans la cruelle alternative d'être infidèle à son souverain ou à cette conscience qu'elle laisse si aveuglément diriger.

t C'est cette démarche qui prouvera à l'Empereur et à tout le pays, qu'on instruira légalement de ce que vous ferez ou ne ferez pas à cet égard , ou combien votre conscience a une part réelle à votre conduite, ou qu'elle ne vous sert que de prétexte.

« C'est cette démarche aussi qui est l'unique moyen d'éviter le scandale que Votre Eminence va donner, si elle m'oblige, en ne se rendant pas de bonne grâce et au jour marqué à Louvain, d'exécuter d'abord les ordres de Sa Majesté, ordres terribles qui effectueront la même chose avec plus d'éclat, et dont les circonstances sont sans exemple, ainsi que l'est aussi la désobéissance par laquelle Votre Eminence se désigne elle-même, comme une victime qui doit être immolée à la juste vengeance de l'Empereur, etc. »

Cette dépêche fit subitement changer d'avis à Son Eminence , et le lendemain, 7 mars, elle écrivit au ministre plénipotentiaire : « En proposant simplement dans ma représentation

ces moyens, les seuls efficaces pour remplir les vues de Sa Majesté, à l'égard de la déclaration qu'elle désire, je ne crois pas avoir refusé de me rendre à Louvain, comme effectivement je m'y trouverai demain au soir, jour fixé. »

A la réception de cette dernière lettre, M. De Trauttmansdorff crut qu'il avait remporté une victoire complète. Changeant tout à coup de ton et de manière d'agir à l'égard du cardinal , il annonça la prochaine arrivée de Son Eminence à Louvain, et écrivit à la faculté de théologie qu'elle aurait à aller rendre ses devoirs à ce prélat ; à lui témoigner toute sorte de déférence et d 'égards; à lui donner foutes les explications et tous les éclaircissements quii pourrait demander, tant sur le fond de la doctrine que sur les livres servant à Renseignement; enfin, à ne rien négliger pour tâcher de lever ses scrupules et a"apaiser les doutes qu'il pourrait former. Il écrivit dans le même sens au directeur du séminaire général, en l'invitant à donner au cardinal-archevêque, pendant le séjour

qu'il ferait à Louvain, inspection entière du séminaire et de tout ce qui y était relatif. Il eut soin en même temps de faire connaître toutes ces dispositions à l'archevêque lui-même, et de lui faire remarquer qu'il avait voulu par là faciliter à Son Eminence les moyens d'examen, sans qu'elle fût obligée d'assister aux leçons plus qu'elle ne le trouverait nécessaire. Bref, M. De Trauttmansdorff fit tant de bruit de sa victoire, que le public en fut bientôt informé et que le pauvre cardinal faillit perdre sa réputation de jmtriote : on le suspecta de conniver avec le gouvernement et d'avoir l'intention de se soumettre au plan de l'institut du séminaire général. Mais ces soupçons n'eurent pas le temps de prendre consistance : ils furent bientôt dissipés par la conduite même du prélat.

Conformément à l'engagement qu'il en avait pris , le cardinalarchevêque arriva à Louvain, le 8 mars , et descendit à l'abbaye de S^-Gertrude. Il était accompagné de M. Van Rymenant (i), chanoine du chapitre métropolitain de Malines. Le lendemain matin, la faculté de théologie s'empressa d'exécuter les ordres du gouvernement. Cinq professeurs de cette faculté se rendirent en corps à l'abbaye de Sw-Gertrude , pour y complimenter Son Eminence , et pour soumettre leurs doctrines et leurs livres à son examen. Le cardinal les reçut avec une bienveillance affectée , les interrogea sur l'enseignement donné au séminaire général , sur les livres employés dans cet enseignement, et finit par leur poser les deux questions suivantes :

« 1° Les évéques ont-ils, de droit divin, le pouvoir d'enseigner et d'instruire en tous temps , par eux-mêmes ou par d'autres , nonseulement en catéchisant et en prêchant, mais aussi en enseignant la théologie à ceux qui aspirent à l'état ecclésiastique ?

(t) Ronibaul Jacques Van Rymenant, né à Malines, après avoir été professeur au sémi nairc archiépiscopal de cette ville et dominateur synodal du diocèse , fut nommé , au mois d'avril 1773, chanoine théologal de l'église métropolitaine de 9>-Rombant, à la place d'Arnould Collaert , qui venait d'être promu k la dignité de chanoiuc gmduâ et de pénitencier de ce chapitre- Le chanoine Van Rymenant y devint ensuite lui-même chanoine gradué, puis officiai de Par chevéché, et enfin, en 1791 , archidiacre du chapitre métropolitain, en remplacement du chanoine Louis Deudon, mort le 18 janvier 1791. Il occupa cette dignité jusqu'à l'époque de h suppression des chapitres et des autres corporations religieuses on Ik-ljnque.

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c 2° Ce droit peut-il être empêché ou restreint par la puissance séculière? >

11 était impossihle de se moquer d'une manière plus offensante des ordres du gouvernement, que de venir demander aux professeurs qu'il avait institués, si leur institution elle-même n'était pas contraire au droit divin? Ils répondirent cependant : le professeur Dillen (i) commença par faire une distinction assez subtile : 1 11 est vrai , dit-il , quant aux évêques , qu'ils ont le pouvoir énoncé dans la première question ; mais il est également vrai que la faculté de théologie de Louvain a un pouvoir tout à fait semblable, en vertu d'une délégation du souverain pontife, qui n'est pas révoquée. > Il éluda ensuite la seconde proposition, en disant : < Elle est trop générale, vu que, dans le système moderne il n'est pas question d'empêcher ou de restreindre ledit pouvoir, mais de procurer pour les presbytères des élèves uniformément instruits, presbytères dans lesquels les évêques ont et retiennent le pouvoir le plus ample que le cardinal-archevêque puisse exiger. Car il y a celui de juger la doctrine qui leur est enseignée dans l'université, celui de cathéchiser, prêcher, expliquer la théologie, etc. »

Les professeurs de la faculté offrirent de donner leurs réponses par écrit. Le prélat accepta cette proposition et leur remit également ses questions écrites, en leur donnant le temps d'y réfléchir jusqu'au lendemain. Mais le gouvernement ayant appris ce qui se passait, et se voyant joué, leur fit interdiction de répondre davantage aux deux questions du cardinal-archevêque , et celui-ci reçut, le 11 mars, la dépèche suivante :

« L'Empereur et Roi ,

« Mon cousin,

f Ayant appris avec une surprise extrême les deux questions que vous avez proposées hier au professeur de la pastorale , Dillen, je vous fais la présente pour vous dire que ces questions

( i ) Ajoutez à la notice , page 58 : « Vincent Henri Dillen fut nommé , au moi» de septembre 1791 , dojen de la cathédrale de Ruremonde. >

DE BERC.

ne faisant pas partie de l'enseignement, et ne pouvant ni ne devant entrer dans l'objet de votre mission, qui se borne à examiner si la doctrine qu'on enseigne à Louvain , est orthodoxe ou non, j'ai interdit, tant audit professeur qu'à la faculté, de répondre à ces deux questions, comme à toute autre, étrangère à l'objet susmentionné, pour lequel seul vous avez été envoyé à Louvain.

c A tant, mon cousin, Dieu vous ait en sa sainte garde.

• Paraphé Ta. V.

t Contresigné De Muller. »

c Bruxelles, 11 mars 1789. >

Cette dépêche fit peu d'impression sur l'archevêque, qui y répondit le jour suivant, soutint que ses deux questions tenaient essentiellement au dogme , et déclara que , jusqu'à ce qu'on y eût répondu, il lui serait impossible de pouvoir avouer la pureté de la doctrine enseignée à Louvain. Le ministre plénipotentiaire qui s'était engagé dans une fausse voie, consentit alors à communiquer au cardinal les réponses que la faculté de théologie aurait faîtes, par écrit, à ses questions, si on ne lui avait pas interdit de répondre (t); mais il l'invita en même temps à

( i ) Voici ce* réponse* :

« Ad articule* per Em. proposilos uni es nobi* , summA cum vénération» respondemus : certum nobii videri episcopos, quibus in apostolis dictant est, Etintes docele, etc., jure dirino posse instrucre, catechisare et docere fidèle» quoscumque sibi tubdîtos. Cum eo tamen stat summum principem, ob justes rationes, poase sUtuere ut subditi sui ad animarum minislerîuni, conscquenler ad ordines sacras non admittantur , nisi facto antea studio percertum tempos in publics theologiœ palestrâ.

• Uinc cum articuli ab Em. propositi videantur non aliter proponi nisi respeclu babito ad cdîctum Ccsareum de général! serai nario , bic addimus tirailler nobis , et sine dubio rideri episcopos lut! conscienria non solùm posse, sed etiam drbere sacre théologie studiosos suai di'eecsis, ut in Cœsareo edicto continetur, ad banc publicarn sacne tlicologiaj academiam mlttere instruendos.

• Notorium enim est muUo uberiorcs studii fructus quàm in particularibus acholis , ut plurimum posse exponere in hacce général! Lovaniensi palestrâ , ubi etiam Gdel dogmata , nullâ notilate aut pravitate adspersa, juvenluli studioss intégra atque illasa publicè traduntur , quo qoidem in gênerai! studio episcopi fidei et dogmatum puritali atque integritati et facile et luculenler |KMsunt ei munere suo advigilare.

• Signaium J. B. De Muttns. S. P. Dacui*.

. Lov., tSmarlii 1789. -

HAPÉDIUS

ne point perdre de vue < que le seul objet qu'il dût remplir à Louvain, c'était d'examiner la doctrine qu'on y enseignait, pour qu'il pût déclarer clairement, positivement et par écrit, que cette doctrine était orthodoxe , ou annoncer et individuer ce qu'il y aurait trouvé de répréhensible. > Cette dépêche , qui était datée du 45 mars, se terminait par des reproches au sujet de l'insulte faite à la personne de l'Empereur, en inquiétant le public et en mettant en doute les sentiments de Sa Majesté et ses principes en matière de religion. Elle se terminait par la menace de mettre à exécution les mesures sévères prescrites par l'Empereur et que le ministre plénipotentiaire avait pris sur lui de tenir en suspens.

Le cardinal-archevêque répondit, sous la date du 15 mars, qu'il lui serait absolument impossible de donner, en faveur de l'école de Louvain, la déclaration d'orthodoxie dont il s'agissait , aussi longtemps qu'il serait défendu aux professeurs de répondre clairement et catégoriquement sur tous les points de la doctrine catholique sur lesquels il croirait devoir les interroger. 11 ajouta qu'il avait été étonné de la réitération des menaces contenues dans la dépêche du 6 mars, et qu'il suppliait Son Excellence de croire que ces menaces n'avaient influé en rien sur la démarche qu'il avait faite en se rendant à Louvain, et de se convaincre de la nullité de ces moyens, qui ne l'induiraient jamais à manquer à Dieu dans le plus important de ses devoirs, et à son souverain, lorsqu'il lui ordonnerait lui-même de déclarer la vérité.

Les choses restèrent en cet état jusqu'au 24 mars, époque où une nouvelle dépêche impériale fut adressée à l'archevêque. Elle était conçue en ces termes :

< Mon cousin ,

c Gomme il importe de faire cesser bientôt l'inquiétude où l'on a mis le public, sur la pureté de l'enseignement de la faculté de théologie de Louvain, je vous fais la présente pour vous dire que c'est mon intention que vous me rendiez compte d'abord de ce que vous avez fait jusqu'ici , pour remplir l'objet de votre mis-

DE IJERG.

sion , pour l'examen de l'enseignement dont la faculté est chargée; des termes où vous êtes à cet égard, et de celui où vous prévoyez que vous serez à même de vous expliquer sur la matière. < A tant, mon cousin, Dieu vous ait en sa sainte garde.

« De Bruxelles, le 24 mars 1789.

« Paraphé : Tr. V\ « Contresigné : H. De Mcller. >

Le cardinal répondit, le 26, comme il l'avait déjà fait, en suppliant l'Empereur de rendre la liberté aux professeurs, pour qu'il pût continuer l'examen auquel il avait dû surseoir dès l'instant où elle leur avait été ôtée. Il ajouta qu'il s'était informé des causes qui avaient donné lieu aux soupçons d'hétérodoxie; que ces soupçons ne lui paraissaient pas dépourvus de fondement; que les professeurs de Louvain lui avaient confessé eux-mêmes qu'on leur avait mis en main des livres suspects et contenant des propositions si visiblement répréhensibles , qu'ils avaient refusé de faire usage de ces livres; que d'autres membres de l'université lui avaient avoué la même chose ; que le sieur Stoeger avait mis tout en œuvre pour donner la vogue à Lauber et à Schanxa, théologiens qui renouvelaient d'anciennes erreurs, autrefois causes de grands troubles dans ce pays; que Pehem, qui s'était enseigné d'abord à Louvain et qui s'enseignait encore à Bruxelles , perpétuait les craintes et les alarmes du public.

Cette lettre et surtout les dernières allégations qu'elle contenait donnèrent lieu à un incident assez grave. Le gouvernement considéra ces allégations comme une calomnie et comme un outrage fait aux intentions de l'Empereur. Il y répondit, dans des termes très-âpres , par une dépêche impériale du 50 mars , dont voici quelques extraits : « Je vous fais la présente pour vous dire que je suis très-scandalisé, comme tout le monde doit l'être, des subterfuges dont vous usez, depuis votre arrivée à Louvain, pour retarder et embarrasser la déclaration que j'exige de votre ministère, à l'effet de m'apaiser, ainsi que le public, sur la calomnie qu'on a sourdement et vaguement répandue contre la

nAPÉDIUS

pureté et l'orthodoxie de l'enseignement de la théologie, calomnie dont je ne pourrai que vous envisager comme le fauteur, et vous traiter en conséquence, si vous ne vous empressez de vous expliquer sans détour sur cet enseignement, soit en le reconnaissant orthodoxe, soit en individuant et déterminant les points de doctrine sur lesquels il ne le serait pas.

« Je vous enjoins de vous occuper , sans délai ni tergiversation ultérieure , à vous mettre à même de me donner au plus tôt la déclaration que je vous ai demandée, et j'entends que vous ne quittiez pas Louvain avant d'avoir rempli mon intention à cet égard. J'ai , malgré la conduite équivoque que vous avez tenue, ou plutôt qu'on vous a fait tenir jusqu'ici, assez de confiance dans vos vertus personnelles, pour me persuader que , dans une affaire aussi grave et aussi importante que celle où il s'agit de calmer toute une nation sur les alarmes qu'on a eu la noirceur de lui inspirer, relativement à l'objet essentiel de la religion , vous ne vous écarterez pas de la prudence et de la droiture qui doivent caractériser un vrai pasteur, et surtout de la justice qui exige qu'une faculté, célèbre dans tous les temps, par son attachement à la vraie foi , soit réputée et considérée généralement comme orthodoxe, jusqua ce que le contraire soit légalement démontré.

c Vous pouvez vous dispenser, au reste, de perdre du temps à vous informer des causes qui ont donné lieu aux soupçons d'hétérodoxie qui ont alarmé le public ; la vraie source de cette calomnie doit vous être assez connue.

« Je vous charge de me nommer les professeurs et les autres membres de l'université qui doivent vous avoir fait les prétendus aveux dont vous parlez dans votre réponse du 26, relativement à des livres .suspects, et de quels livres il a été question.

« Ce que vous dites louchant les ouvrages théologiques de Lauber et de Schanza , et celui de Pehem, sur le droit ecclésiastique , est d'autant plus déplacé que vous ne pouvez pas ignorer que les deux premiers de ces auteurs ne sont pas et n'ont jamais été positivement prescrits, à Louvain, pour l'enseignement de la

DE BEP.G.

pastorale et de la morale, et que, s'il s'y trouve peut-être des passages d'une morale trop rigoureuse , il n'est pas dit pour cela qu'ils seraient hétérodoxes. 11 est de fait, d'ailleurs, que personne ne se sert, ni ne s'est servi, à Louvaîn, de ces ouvrages; que le ci-devant directeur Stoeger ne les a proposés à la faculté que comme des modèles pour l'ordre et la méthode de l'enseignement , en prévenant expressément les professeurs qu'ils ne devaient pas s'attacher aux opinions particulières de ces auteurs, et qu'ils avaient pleine liberté d'y corriger tout ce qu'ils trouveraient convenir. Enfin , pour ce qui regarde Pehem, son ouvrage n'étant flétri par aucune censure légale et étant reçu et suivi , sans difficulté, dans d'autres universités catholiques, il peut et doit l'être aussi dans celle de Louvain, tant et si longtemps qu'il n'est pas démontré qu'il contient des erreurs contraires à la foi.

< Vous êtes d'ailleurs autorisé et interpellé de vous expliquer sur les livres quelconques qui servent à l'enseignement, et vous ne devez pas douter de mon intention de faire rectifier tout ce qui pourrait y être trouvé de répréhensible, et surtout de mon intention constante et absolue de ne rien introduire ni tolérer dans ce pays, qui pourrait être contraire à la loi du silence sur les matières qui paraissent vous inquiéter.

« Et quant à tout ce qui peut tenir véritablement à la foi et au dogme, mon amour constant et inviolable pour notre sainte religion catholique, dont je suis, par état, le protecteur et le défenseur, doit vous être, et à tous mes sujets, un sûr garant que je serai toujours aussi empressé à seconder le zèle pur et apostolique des évêques, pour écarter avec soin tout ce qui pourrait y porter le moindre préjudice , que prompt à réprimer tout ce que, sous le masque de la religion , ils pourraient oser se permettre contre mes droits , hauteurs et souveraineté , et contre le bien et le repos de l'État.

c A tant, mon cousin, etc. >

L'archevêque répondit avec assez de dignité à cette espèce de mercuriale : < Si je devais attribuer à la personne de Votre Majesté, dit-il en s'adressant à l'Empereur, les choses désagréa-

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bles et flétrissantes pour ma réputation qui se trouvent dans la dépêche du 50 mars, mon unique recours serait la patience, le silence et la consolation que j'aurais d'à voir été trouvé digne de souffrir pour J. C, dont je crois défendre la cause. Mais je ne saurais croire que Votre Majesté ait pu me prêter , par sa connaissance particulière , les imputations que contient cette dépêche, après qu'elle a examiné mûrement tdus les actes relatifs à mon séjour à Louvain , si quelques faux rapports ne lui eussent fait porter un jugement aussi désavantageux sur ma conduite.

t Votre Majesté recevra , j'espère , ces observations avec d'autant moins de mécontentement et de défiance, que je la puis assurer que cette manière de traiter un évêque, dans le moment même où il remplit le devoir le plus important de son ministère, avec tout le zèle et la discrétion que la chose exige, est le moyen le plus efficace pour perpétuer l'alarme générale et compléter l'impossibilité de rétablir la confiance publique. *

Après ce préambule, le cardinal annonce qu'il a commencé l'examen de la doctrine qu'on enseigne à Louvain ; mais il fait observer: c qu'ayant droit de connaître et juger de la doctrine, il est de sa compétence de décider avant tout ce qui est point doctrinal et ce qui ne l'est pas; 2* que l'Église ayant le pouvoir exclusif de prononcer sur la foi , il doit regarder comme doctrine hétérodoxe toute doctrine qu'elle a proscrite ou qui est contraire à sa croyance universelle; qu'il est de maxime, en fait de doctrine, que l'enseignement catholique n'exclut pas seulement tout ce qui serait contraire à la foi, mais aussi toutes propositions malsonnantes, téméraires, scandaleuses ou notées de toute autre qualification qui est d'usage au for de l'Église, en cette matière. »

Ces principes posés, l'archeTêque en tire cette première conséquence, que, regardant les deux questions qu'il a posées en premier lieu aux professeurs de Louvain, comme véritablement et incontestablement dogmatiques, il ne pourra jamais reconnaître comme orthodoxe une école qui refuserait de lesavouer clairement et catégoriquement. Il se livre ensuite à quelques considérations sur les livres de Lauber , Schanza et Pehem ; et quant aux pro-

i'esseurs qui lui auraient fait des aveux relativement aux livres suspects, il cite en premier lieu le docteur Marant (i), qui lui a dit, en présence de son secrétaire, avoir refusé un auteur protestant qui lui avait été mis en main pour l'histoire ecclésiastique. Le père Hertis lui a aussi , dit-il , déclaré que la théologie de Sckansa lui avait été proposée par le sievr Stoeger , non point pour suivre l'ordre et la méthode de cet auteur, mais simplement pour y puiser la matière de ses leçons. Enfin, le père Fruyt lui a également déclaré que Lauber lui avait été spécialement recommandé pour renseigner.

Le gouvernement ne s'en tint pas aux assertions du cardinal sur ce qu'avaient pu lui dire quelques professeurs de l'université : il adressa une dépêche officielle, sous la date du 31 mars, à la faculté de théologie, l'invitant à dire ce qui pourrait être à la connaissance de chacun des professeurs, relativement aux prétendus aveux dont l'archevêque avait parlé et aux livres dont il avait pu être question dans ces aveux. La faculté de théologie répondit, le 2 avril : « Tous les professeurs ont été stupéfaits; tous ont déclaré, sans exception, n'avoir fait aucun aveu pareil à celui qui leur a été attribué par la lettre de Son Eminence. Le seul docteur Marant , interrogé en présence de toute la faculté, quel était l'auteur qu'il expliquait dans ses leçons , répondit qu'il n'en avait aucun déterminé; qu'à la vérité le docteur Stoeger lui avait proposé : Hisloria religionis et ecclesiœ chrisriante, de Schroek, mais en ajoutant expressément qu'il était écri- , vain luthérien, et que lui professeur devait rectifier dans ses leçons ce qui s'y trouverait d'hétérodoxe. Le docteur Marant ajouta à son Êminence que, ce nonobstant, ayant exposé au directeur Stoeger les raisons pour lesquelles il croyait ne pas pouvoir prendre ce livre pour classique, il y avait déféré sans difficulté. >

Outre cette déclaration, faite au nom de la faculté par son

(i) Ajouta h la notice, page 1S : « fils de Pierre Menât, natif d'Houdegbem , et

d'Anne Catherine Van Walicapelle, nommé prévôt dTkrlebeck , en 1791, décédé a Courtrar . le M septembre 18«. »

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doyen, M. De Mazière (t) adressa au gouvernement les déclarations particulières des professeurs Sentelet, Dillen et Marant, qui toutes étaient conçues dans le même sens. Le professeur Wouters n'ayant pas été appelé par l'archevêque, n'avait pas de déclaration à faire.

En même temps que le gouvernement adressait au cardinalarchevêque la dépêche précitée du 50 mars , il avait averti la faculté de théologie que son avis sur les deux questions proposées au professeur Dillen, avait été communiqué à Son Êminence, et que l'intention du gouvernement était que la faculté répondît à toutes les questions, sans exception , qui lui seraient posées dorénavant, pourvu qu'elles ne portassent que sur des points véritablement et incontestablement doctrinaux. Le cardinal-archevêque reprit donc bientôt son examen. Le 2 avril, il adressa à la faculté de théologie les cinq questions suivantes, contre-signèes par son secrétaire J. H. Duvivier (s) :

c i. In quo consistit primatus summi pontificis?

« 2. An ponlifex, ex jure divino, habet primatum jurisdictionis in universam ecdesxam et in singulos episcopos?

« 5. Cujus est interpretaricanones conciiiorum generatium autfienticè ?

t 4. An ecclesia habet veram jurisdictionem potestatis coactivœ externœ?

(i) Ajoutez a la notice, page 7 : « Jean Benoit De Mazière fut nommé, au moi» de noTem bre 1791 , prévôt du chapitre de saint Vincent, a Soignies , en remplacement du comte De Baillet , qui venait d'être nommé doyen de l'église collégiale de St-Pierre à Louvaio. »

(i) Joseph Ihpolite Duvivier, né à Mont, le 40 avril 1752, ordonné prêtre en 1778, entra dans la congrégation de l'oratoircet y professa, pendant quelques années , les humanités. En 1784, il quitta celte congrégation pour se rendre auprès du cardinal de Franck en berg, qui venait de le nommer son secrétaire. Il fut pourvu bientôt après d'un canonicat dans l'église collégiale de S1- Vincent, à Soignies, et fut nommé, en 1703, chanoine de l'église de S'-Rombaut, a Bfalines. Après le concordat de 1801 , il fut nommé chanoine, puis archidiacre de la cathédrale de Tournay. Il assista , en 1811, comme secrétaire de l'évêque de Tourna y , au synode des évéques tenu à Paris; il y fut arrêté le 11 juillet , puis envoyé a Vcrvins, où il resta jusqu'en 181*. Il revint ensuite à Tournay , où l'évêque llira lui conféra la charge de vicaire général de ce diocèse. Après le décès de ce prélat , en 1819, il fut nommé vicaire capilulaire et ensuite doyen du chapitre. En 1830, 11 fut nommé, par le district de Mons , membre du congrès national, mais il n'accepta pas ce mandat. Il mourut à Tournay , le 25 janvier 1834. On trouve une notice biographique de ce prélat dans le Ueuagtr dei Sciences kùtnriqut». Cand . 1840 , in-8" , p. 1 -21. On y trouve aussi son portrait.

DE BEIIG.

c 5. An ecclesia infaiMbili spiriute sancti assistentiâ dirigitur, non tantùm in definiendis fidei dogmatibtis, sed etiam in ferendis décrètes morum et disciplinée ? »

Toutes ces questions, comme Ton voit, portaient sur le pouvoir et l'infaillibilité de l'Église, en matière d'enseignement religieux. Les professeurs de la faculté de théologie s'épuisèrent en distinctions subtiles, pour éviter de condamner, par leurs réponses, l'institution même du séminaire général. Ce fut une lutte dans laquelle on vit faire à la science du raisonnement de véritables tours de force et d'équilibre. Mais l'adresse de tous les acrobates de la pensée n'aurait pas suffi à amener un résultat, par la raison toute simple que 1 episcopat et le gouvernement étaient partis de deux principes différents : l'un supposait au clergé une entière indépendance du pouvoir temporel; l'autre croyait que les lois d'ordre et de police doivent s'appliquer à tous. L'institution du séminaire général était elle-même une conséquence du principe adopté par le gouvernement. Le soin de maintenir la tranquillité publique entraînait, suivant lui , le droit de veiller à ce qu'il ne se fît et ne s'enseignât rien qui pût causer du trouble dans l'État. Le clergé, au contraire, pensait qu'à lui seul appartenait l'enseignement dogmatique, et il se prétendait seul compétent pour discerner ce qui était dogme de ce qui ne l'était pas. Il était parfaitement inutile de poser sur ce point des questions captieuses aux professeurs de Louvain, puisque leur réponse se trouvait dans l'institution même de la faculté par le gouvernement. En faire le sujet d'une dispute théologique, c'était méconnaître le but de la mission que le cardinal avait acceptée. Le gouvernement ne lui demandait pas son opinion sur l'établissement du séminaire général; il lui demandait si les doctrines enseignées au séminaire général étaient ou n'étaient pas orthodoxes. Interroger les professeurs sur le droit d'enseigner des doctrines quelconques, c'était véritablement les mystifier : il n'y a pas d'autre mot pour qualifier celte conduite.

Cependant, le cardinal continua obstinément à suivre la même voie. Plusieurs séries de questions, toutes dirigées vers le même

RAPÉDIIS

but, furent encore posées par lui. Il demanda, par exemple : « Si l'Eglise peut tomber dans l'erreur , et conséquemment introduire une forme de discipline différente de celle que Jésus-Christ a instituée; s'il compète aux évoques de juger de la science requise et convenable à ceux qu'ils chargent du soin des âmes, et pour celte fin, de choisir et déléguer des examinateurs, etc.? > Il n'y avait aucun résultat à espérer d'un pareil examen ; et cependant les professeurs continuèrent à répondre, d'après les ordres du gouvernement, qui semblait ne pas apercevoir combien il s'était fourvoyé. En définitif, son séminaire général n'avait servi qu'à produire de l'irritation , et au lieu de lui procurer des prêtres dévoués à sa politique, il n'avait fait que lui attirer l'animadversion de tout ce qu'il y avait d'ecclésiastiques dans nos provinces. Il n'y avait pas un curé de village qui ne s'occupât de cette querelle, et qui ne joignît ses vœux et ses efforts à ceux du cardinal-archevêque. A dater de ce moment, les intérêts ecclésiastiques eurent une très-grande influence sur les événements. Certes, les atteintes successives portées aux institutions politiques du pays et les persécutions dirigées contre les personnes les plus influentes (i), ne furent pas étrangères à la révolution; mais ce fut le clergé surtout qui contribua à exaspérer les esprits et à les pousser à cette extrémité. En attendant que cette assertion se vérifie par les faits qu'il nous reste à raconter , on en trouvera déjà une preuve dans l'écrit ci-après, qui fut imprimé sur feuille volante et répandu à profusion dans les campagnes :

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