‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 85 sur 119 · CHAPITRE XWI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XWI

«0K1R3 llilOLlTIO.\^lllB8. LARCHE VÊQtE DE MALINfcS A LOtVALV

La cause du pouvoir souverain , après les faits que nous venons de rapporter, était bien loin de paraître perdue ou compromise. II semblait, au contraire, qu'elle fût en voie de succès, et à ne prendre que les résultais, abstraction faite de la situation des esprits, les rapports du général d'Alton pouvaient, jusqu'à un certain point, se justifier. En effet, le Hainaut avait été soumis par la force, ou plutôt par la peur; les deux premiers ordres des états de Brabant avaient cédé avec plus ou moins de bonne grâce: les impôts se percevaient dans ces deux provinces sans difficulté, malgré quelques murmures et quelques protestations isolées. Les autres provinces des Pays-Bas n'étaient pas sorties du régime ordinaire de leurs lois et privilèges. Les états des provinces de Luxembourg et de Limbourg avaient même pris spontanément la résolution d'offrir à l'Empereur leur consentement perpétuel au subside ordinaire et extraordinaire, qu'ils étaient accoutumés de voter chaque année. Le pays en général paraissait tranquille.

A Bruxelles même , il n'y eut dans ce moment ( février et mars 1789), qu'une seule apparence de trouble, et ce furent

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les étudiants de la nouvelle université , récemment arrivés de Louvain, qui y donnèrent lieu. Us se prirent de querelle avec des jeunes gens de la ville, dans un cabaret appelé la Couronne, rue de l'Hôpital, en vinrent aux mains avec eux et les maltraitèrent au point qu'il en resta un sur le carreau, atteint d'une blessure grave. La garde était arrivée trop tard pour les séparer. Des poursuites criminelles furent dirigées contre deux bourgeois nommés F. Ravel et Meert; d'autre part, quelques étudiants furent mis aux arrêts à l'université. Keuremenne semble vouloir donner à cette échauffouréc une couleur politique (î); mais la cause n'en était autre que des propos tenus sur quelques filles de mauvaise vie, qui s'étaient établies dans un autre cabaret ( de drie Lcettwen ), fréquenté depuis peu par les philosophes de l'université, au grand dépit des jeunes gens de la capitale. Le chroniqueur Goetval (î), à qui nous empruntons ces détails, déplore amèrement la corruption des mœurs qui, depuis les troubles, semblait aller en croissant. Qu'il nous soit permis de citer, à cette occasion, une lettre adressée, en 1790, par l'archevêque de Matines aux états de Brabant , et qui montre combien les progrès de la révolution firent progresser l'immoralité. Nous avons la pièce

(i) 8Mn briefvan Erneitiu Keuremenne, blad 125. Le recueil de ces lettres est intitulé : Ycrsametinge der brieven van den Ueere Keuremenne aen de lîeeren (heolngantcn van de teminarien van Gend, Brugge, Ipren, etc., over het toogenaemt $eminarie g+nerael tcaer in ontdekt tcorden aUe de heymelycke gctchiedenUten voorgevallen ten dien opxigte. Tôt Trier , by Pluckaen van Lier, M—., en bàeckverkooper. Deux volumes in-8\ Le principal auteur de celte publication, qui parut en 1788 et 1789, était le théologien Jean Joseph Van dco Elsken, prêtre, natif du village de Forêt, près de Bruxelles, lecteur au collège d'Arras et directeur spirituel du grand béguinage de Louvain. Il s'était réfugié dans le pays de Liège, aux environs de Saint-Trond. Le gouvernement autrichien l'y fit arrêter, le 14 juin 1789; mais il parvint a s'échapper des mains de ses gardiens. En 1790, il fut nommé régent du collège des Trois Langues, en remplacement de H. Wouters; il remplit ces fonctions jusqu'à l'époque de la suppression de l'université.

(s) Antoine Goetval, né à Bruxelles, où il mourut à la fin du siècle dernier, avait été d'abord vicaire au village d'Elfe. Le 17 novembre 1767, il fut pourvu de la chapellerie des Saints Pierre et Barthélémy , apôtres, qui avait été fondée en 1367, dans l'église paroissiale de Notre- Dame de la Chapelle, h Bruxelles, par Jean De Vricsc, curé du village de Bodeghem. Goetval y remplaça Henri Joseph de Hainaut, dit Donnant, lecteur de théologie a l'abbaye de Caudemberg, mort le 17 novembre 1767. Goetval remplaça aussi cet ecclésiastique dans les fonctions de directeur spirituel des religieuses Brigitlines, dont le couvent se trouvait sous le ressort de la paroisse de la Chapelle. Le 4 août 1771 , il fut promu aux fonctions de vicaire de la même paroisse, et y fut pourvu de la chapellerie de Sainte Marguerite, qui y avait été fondée par Henri De Wecrt, en 1897. Il y remplaça Josse Joseph flingo, bachelier en théologie, promu

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originale sous les yeux, et nous pouvons en garantir l'authenticité :

e Messeigneurs,

c Le cardinal-archevêque , pour remplir les devoirs de sa sollicitude pastorale, ne peut s'empêcher de dénoncer à vos hautes puissances la corruption affreuse des mœurs qui règne dans la ville de Bruxelles et qui semble s'augmenter même, depuis la révolution , par le grand nombre de filles perdues qui occupent des rues entières , où elles sont publiquement fréquentées par toutes sortes de personnes et surtout des militaires, au grand

à un eanooicat dans l'église de S"-Gudule. Il composa quelques outrages, restes manuscrits, et qui , pour la plupart , avaient été recueillis par le notaire IS'uevrens , dont la magnifique collection de manuscrits fut rendue a Bruxelles, en 1811 ; plusieurs passèrent dans la bibliothèque de M. Van Hulthcm , et se trouvent aujourd'hui à la bibliothèque royale. Les principaux sont :

!• Beschrycinge , sedert 't jaer 1780 tôt 1792, ran de besonderste voorvalten ende geschiedenUsen ratkende de Oostenryksehe Nederlanden ende besonderlyk wat aengaet de princelyke ttadt van Brussel. Quatre gros volumes in-folio, demi-reliure. Le premier volume a 9H feuilleta ( 1780-1783); le second 323 ( 1784-1786); le troisième 397 ( 1787-1788) ; et le quatrième 338 { 1789-1790).

C'est une sorte de chronique où tous les principaux événements arrivés dans le pays , pendant celte période, sont racontes avec beaucoup de détails et fort soigneusement , jour par jour. L'auteur y a transcrit un grand nombre de documents authentiques et y a inséré plusieurs pièces imprimées. Ce manuscrit faisait partie de la bibliothèque du notaire Nuewens. Voyez son catalogue, n" 219, p. 70 ( le titre s'y trouve traduit en français); il fut acquis par H. Van Hullbem, au prix de fr. 48. Voyez Bibliotheca HuUhcmiana, t. VI, n* 308. Il bit aujourd'hui partie de la bibliothèque de Bourgogne. Inventaire, n* 15950- 15953 ;Jlfprr (ofre méthodique, t. III, p. 291.

Sf Uittoire de» chanceliers de Brabant , en flamand. Un volume in 4«.

L'auteur a beaucoup puisé dans le travail de l'archidiacre J. F. Foppens sur le même sujet.

3" Recueil historique des Pays-Bas. Deux volumes in-4*. l'un de 370 et l'autre de 404 pages. Ces deux volumes faisaient aussi partie de la collection de M. Nuewens. Voyez catalogue n* 296 5*.

4» Annale* eeclesiœ beatœ Maria de Capella, Bruxellis inde ab anno 1134 usque ad annum 1777.

5* Mémoire en réponse à la question proposée en 1777 , par l 'académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles : • Quels étaient les droits et les prérogatives du duc de LothJer et de la Basse- Lorraine du temps de Godefroid le Barbu, c'est-à-dire au commencement du 12* siècle; en quoi consistaient les possessions allodiales de ce prince et celles qu'il acquit en vertu de son investiture ? •

Cette question importante, dont la solution devait ouvrir les sources principales de l'ancien droit public du Brabant , avait été proposée par l'académie , en 1775, et remise au concours, en 1777. Trois mémoires lui furent adresses. Dans la séance du 14 octobre 1779, elle jugea que ces mémoires ne remplissaient pas ses vues, parce que la points dont elle eût désiré l'éclair cissement, restaient encore trop obscurs pour regarder la question comme résolue. Cependant elle distingua deux de ces mémoires , ceux de MM. d'Hoop et Verboeven, à qui elle décerna une médaille d'argent. Voyez Mémoires de [académie impériale et royale des sciences et belles lettre* de Bruxelles. Bruxelles , 1780, in-4*. t. III, Journal des séances, p. xliij.Ce mémoire de Goetval faisait partie de la bibliothèque de M. Nuewens. Voyez le catalogue n* 2748 3».

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scandale des voisins, et d'où elles se répandent le soir, souvent même en plein jour, dans tous les quartiers de la ville, devenant par leurs agaceries effrontées l'écueil le plus dangereux pour des jeunes gens inconsidérés, qui, entraînés par des occasions si prochaines, perdent bien souvent l'inestimable trésor de leur innocence et entrent, par des chutes de pur hasard , dans la funeste carrière d'une vie déréglée et licencieuse, dont ils ne se corrigent que très-difficilement , au grand préjudice de leur salut éternel , de leur santé et du bien-être de la société civile, militaire et religieuse; de sorte qu'il est à craindre qu'il n'en résulte enfin des crimes sans nombre, capables d'éloigner de nous cette protection que le Seigneur a daigné si visiblement nous accorder jusqu'à cette heure, et de nous attirer, au contraire, l'indignation divine , dont l'écriture sainte nous montre les plus effrayants exemples.

« Il croit encore ne pouvoir se dispenser de communiquer à vos hautes puissances ses justes inquiétudes sur ces petits jardins séparés qui se sont formés, depuis quelque temps, hors de la porte de Laeken , qui , par la singularité de leur structure et la proximité de la ville, pourraient aisément servir à des conventicules suspects, qui, outre les dangers des mœurs, mériteraient à tous égards l'attention la plus sérieuse du ministère public.

c C'est pourquoi , il supplie vos hautes puissances de vouloir prendre ces deux objets en considération et charger particulièrement la police de réprimer efficacement la publicité des dissolutions de ces malheureuses séductrices, qui infectent la ville, et de porter un œil vigilant sur ce nouvel établissement hors la porte de Laeken, afin qu'il ne devienne une augmentation de corruption, qui n'est déjà que trop grande et déplorable.

« Je suis avec profond respect, c Messeigneurs,

« De vos hautes puissances,

< Le très-humble et obéissant serviteur , « * J. H. card.-archev. de Malines.

< Bruxelles, ce 8 novembre 1790. •

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On peut voir, par cette lettre, que, si la révolution brabançonne fut faite en vue des intérêts temporels de la religion, et s'il y eut déception à cet égard, la déception ne fut ni moins grande ni moins funeste , quant à ses intérêts spirituels. La religion proprement dite, c'est-à-dire la morale religieuse, se perdait dans le temps même que le clergé triomphait. Mais l'une ne pouvait périr sans entraîner l'autre dans sa chute. C'est là malheureusement ce que le clergé de cette époque ne sut point prévoir. Peut-être le gouvernement eût-il dû être assez sage pour avoir la prévoyance qui manquait à ses antagonistes, et pour éviter de poser les actes qui entraînèrent le clergé catholique dans cette voie de suicide; mais un fatal aveuglement le poussait à sa perte. Il n'avait pas seulement la prévoyance nécessaire à sa propre conservation.

Nous avons déjà fait remarquer que le Brabant et le Hainaut étaient les seules provinces qui eussent été jetées en dehors de l'ordre légal , constitutionnel. Les autres provinces avaient voté le subside, et le ministre plénipotentiaire avait été chargé, par l'Empereur, de leur en témoigner toute sa satisfaction, et d'y ajouter que Sa Majesté reconnaîtrait, dans toutes les occasions, les témoignages de zèle, d'attachement et de soumission que les états de ces provinces continueraient à lui donner. Ces assurances avaient été bien reçues dans les provinces. C'est là du moins ce qui semble résulter de la lettre suivante des états du Limbourg :

< Monseigneur,

c La lettre dont Votre Excellence nous a honorés, sous la date du 19 janvier, nous a remplis à la fois de plusieurs sentiments délicieux, entre lesquels nous avons spécialement distingué ceux de la reconnaissance et cette douce satisfaction que ressent une âme honnête et vertueuse , toutes les fois qu'elle a la conscience d'avoir satisfait à ce qu'elle doit à ses maîtres. Daignez, Monseigneur, nous accorder de plus en plus votre haute protection et être assuré que notre gratitude sera égale au prix de vos bienfaits. Vous avez pleinement justifié les espérances flatteuses que nous

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avions conçues dès'le moment de votre nomination au ministère des Pays-Bas; mais ne les abandonnez pas, nous vous en conjurons. Que Votre Excellence daigne encore, lorsque l'occasion s'en présentera, assurer notre grand souverain que, si quelque chose pouvait accroître dans les états, le zèle, l'attachement et l'obéissance qu'ils ont eus , dans tous les temps, pour sa personne sacrée et son service , ce serait sans contredit la satisfaction qu'il vient de nous témoigner.

« Ses états de Limbourg, persuadés d'un côté de ses intentions bienfaisantes, et certains de l'autre que l'intérêt propre et individuel fait toujours la gloire du souverain et le bien-être de ses sujets, ne laisseront jamais échapper aucune occasion de lui renouveler les assurances du zèle, du devoir, de la soumission et de la fidélité, qui peuvent seuls leur donner droit à mériter la continuation de la bienveillance de Sa Majesté.

c Nous sommes, etc.

« Signé F. J. Legros. »

Le gouvernement semblait donc n'avoir à comprimer que le Brabant et le Hainaut; mais il jugea convenable de s'engager encore une fois dans une lutte générale. Il employa pour cela un moyen infaillible : c'était de renouveler ses ordres concernant le séminaire général de Louvain. Cette malheureuse affaire du séminaire général était destinée à venir sans cesse compliquer la situation et mettre obstacle à toute solution qui semblait se préparer. On ne pouvait la réveiller, sans donner de nombreux auxiliaires à l'opposition : car elle intéressait la masse du clergé régulier et séculier, les moines et les prêtres, répandus en si grand nombre sur la surface de notre territoire. Le gouvernement en avait fait une assez triste expérience au commencement de 1788 : il voulut la renouveler en 1789, dans des circonstances de plus en plus critiques. Cest ainsi qu'à force de se heurter contre les croyances et les intérêts religieux , il finit par s'y briser.

On se rappelle que, dans la dépêche impériale du 15 février 1789, se trouvait cette phrase : < J'ai ordonné de nouveau à mon gouverneur général de faire exécuter en toute rigueur les lois

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Ul

que j'ai portées et de n'épargner aucun moyen pour en procurer la prompte et ponctuelle exécution. > Effectivement, par suite des ordres de l'Empereur, des dépêches furent adressées, sous les dates du 25 et du 24 février, aux évéques, aux abbés et aux visiteurs généraux des ordres mendiants, leur enjoignant, sous peine de suppression pour les uns, de saisie de leur temporel, pour les autres, de conduire ou de faire conduire, dans un bref délai, tous leurs théologiens au séminaire général. Ces dépêches, qui étaient à peu près toutes conçues dans les mêmes termes , ne laissaient guère de place aux atermoiements et aux représentations. Voici la teneur de celles qu'on adressa aux abbayes :

t L'Empereur et Roi ,

« Révérends, etc.,

c Voulant être obéi sans délai et sans réplique, sur l'exécution de notre édit du 46 octobre 1786, portant établissement du séminaire général de Louvain, nous vous faisons la présente, pour vous dire que c'est notre intention absolue que vous y conduisiez par vous-mêmes, ou que vous y fassiez conduire par le prieur de votre maison, et cela dans le terme de huit jours, à compter de la date de nos présents ordres, tous les religieux de votre abbaye qui n'ont pas achevé encore leurs cours de théologie, à peine de désobéissance, de saisie de tous les biens, et, selon les circonstances, même de suppression de votre maison. Au surplus, vous nous accuserez la réception de la présente dépêche et vous nous ferez conster dy avoir satisfait, c A tant, etc.

c De Bruxelles, le 25 février 1789. >

La menace de suppression contenue dans cette dépêche fit son effet sur la plupart des abbayes et des couvents. Plusieurs de ces maisons satisfirent immédiatement aux ordres de l'Empereur, en envoyant leurs novices au séminaire général. De ce nombre furent les abbayes de Grammont , de S-Denis , de Diligem ( i ) , de Bonne-

(t) L'abbaye de Diligem, monastère de Tordre des Prémootrés, était située au village de Jette, à une lieue de Bruxelles. L'abbé de celte maison était à cette époque Jean-Baptiste Van

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Espérance (i), de S»-Martin de Tournay, de St-Feuillien au Rœux et le prieuré du Bois-Seigneur-Isaac. Mais la province de Brabant se distingua encore des autres, dans cette circonstance. L'abbé de Parc, qui était un des commissaires nommés par les états pour entrer en négociation avec le gouvernement , refusa formellement de se soumettre aux ordres de l'Empereur. Son abbaye fut supprimée sur-le-champ, par un décret du 5 mars 4789, et un détachement de la garnison de Louvain alla en prendre possession. Les religieux de cette maison s'adressèrent, par requête, au conseil de Brabant, demandant à être maintenus, comme corpus brabantiatm, et concluant à la nullité de la suppression; mais une dépêche des archiducs, datée du 30 mars, fit interdiction au conseil de s'occuper d'un acte de l'Empereur, porté en vertu de la plénitude de sa puissance et sans observer les formes de tordre judiciaire. Les religieux furent déboutés de leur demande et durent évacuer l'abbaye dès le lendemain de cette dépêche, le 34 mars, à l'exception cependant de l'abbé et de deux ou trois autres personnes qui y restèrent jusqu'à ce qu'ils eussent fait régulièrement la remise de toutes les affaires de la maison.

Le jour même où l'on supprimait l'abbaye de Parc, des commissaires du gouvernement et le substitut procureur général Leenheer (2), assistés d'un secrétaire et du lieutenant prévôt général, avec quelques hommes de la prévôté, descendirent au couvent des capucins, à Bruxelles, vers dix heures du soir. Ils firent lever le père Guillaume, de Duysbourg , né Van Pede, faisant les fonctions de visiteur général , qui avait également refusé d'en-

d«n Daéle, natif de Bruxelles, d'abord cor* de l'église de Meuseghem, dont la rare dépendait de l'abbaye de Diligent, élevé à la dignité abbatiale, en 1771 , on remplaceront de Ferdinand Emmanuel Valvequens, né à Bruxelles, en 1692 , licencié en théologie, le 21 mars 1731 , catè du village de Jette-S*- Pierre, abbé de Diligent, depuis le mon de mai 1780, et en cette qualité , membre des était de Brabant , mort le 2 mars 1771. Jean-Baptiste Van den Daele mourut eu 1790 et fut remplacé par André De Maeght, Kl* et dernier prélat de celle maison.

(t) L'abbaye de Bonne- Espérance , près de Binette, en Hainant, monastère de l'ordre de. Prémonlrés, avait pour prélat Bonaventure Doublant , nommé à la dignité abbatiale, en 1775 , à la place d'Adrien De Douze. 11 fut le dernier abbé de cette maisou.

(s) Henri Joseph Charles De Lcenheer. né à Bruxelles, en 1760, licencié en droit k l'unircr sité de Louvain, le 26 avril 1780, avait été promu, en 1788, aux fonctions de substitut pro cureur général au conseil souverain de Brabant.

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voyer ses théologiens à Louvain. Il avait, disait-on, répondu : « Non obedio prœcepto régis, scdprœcepto legis quœ data est nofris. » Toutes les issues du couvent furent gardées; on défendit aux religieux de sortir et surtout de sonner les cloches ; puis on signifia au père Guillaume , qu'un décret de bannissement était porté contre lui ; mais on lui donna le choix d'être conduit en France ou au pays de Liège. Le lendemain, à sept heures du matin, on le fit monter en voiture et on le conduisit sur la frontière du pays de Liège. Enfin, l'abbaye de Vlierbeck, ordre de saint Benoit, située à une demi-lieue de Louvain , fut mise en économat. L'administration de cette maison fut confiée à M. le baron De Praet.

Ces exécutions intimidèrent les moines et les abbés; mais l'épiscopat ne continua pas moins à manifester ses préventions contre l'établissement du séminaire général. L'archevêque de Malines protesta contre les ordres de l'Empereur, comme on le verra ci-après; l'évéque de Namur en fit autant, par représentation du 9 mars, et demanda une assemblée des évéques; l'évéque d'Anvers écrivit, le 12 mars, qu'il n'y avait plus d'élèves à son séminaire, depuis leur expulsion, que, par conséquent, il ne pouvait en envoyer aucun à Louvain; l'évéque d'Ypres annonça , le 10 mars, qu'il avait fait donner lecture du décret impérial à ses théologiens, mais qu'aucun d'eux n'avait voulu partir; l'évéque de Bruges fit, le 12 du même mois, une réponse à peu près semblable. Il n'y eut que les évêques de Tournay et de Gand , qui parussent avoir quelque propension à se soumettre.

Il en avait toujours été ainsi de ces deux prélats. C'était encore dans le chapitre de la cathédrale de Gand qu'on avait trouvé un président pour le séminaire général. Après le départ de M. Houck, ses fonctions avaient été remplies par le docteur Mayence (î); mais celui-ci venait d'être remplacé par M. le vi-

(i) Georges Jacquet Joseph Mayence, ne* a Liège, premier en philosophie a l'université de Louvain, au concours généra! de l'année 1768; professeur de rhétorique au collège de la Sainte-Trinité, a Louvain; licencié en théologie, le 30 avril 1776 ; docteur dans la même faculté ,1e 30 février 1781, président du collège de Malderus, le 20 juillet 1782, et bientôt après chanoine de la première fondation de la collégiale de Saint-Pierre, à Louvain , et professeur de catbéchisme , chaire annexée à ce canonicat. Il fut élu recteur magnifique de l'université de Lou-

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comte de Baillet, ancien chanoine de la cathédrale et président du séminaire épiscopal de Gand (i). Les autres chefs de diocèse avaient toujours été plus hostiles au gouvernement, et, dans la circonstance qui nous occupe, l'archevêque de Malines fut le premier à leur donner l'exemple de l'opposition.

Outre la lettre circulaire précitée, le cardinal-archevêque avait reçu sous la même date, 1i février, une dépèche impériale qui lui ordonnait itérativement de se rendre à Louvain, pour y assister aux leçons de théologie et s'assurer de l'orthodoxie des doctrines enseignées. « Nous vous enjoignons, y était-il dit, d'obtempérer à l'ordre que nous vous avous déjà donné, de vous rendre à Louvain, à l'effet mentionné dans la dépêche du 19 juillet, et dans celle dont elle était accompagnée. Vous aurez, en conséquence, à vous y trouver sans faute le 8 mars prochain, et à y séjourner autant qu'il sera nécessaire pour être à même, ou d'avouer publiquement la pureté de la doctrine qu'on y enseigne, ou de déclarer ce que vous y trouveriez de répréhensible : vous prévenant qu'en cas de désobéissance ultérieure, à l'ordre que nous vous renouvelons par notre présente dépêche, le temporel

Tain , le 28 février 178* , et cierç» jusqu'au 50 août suivant ces fonction! temporaire*. Au mois d'octobre 1786, il Tut nommé président d u séminaire filial de Luxembourg. Il devint ensuite président du séminaire général. Au mois de mars 1788, il fut nommé chanoine de l'église cathédrale de Saint-Baron . à Gand , eo remplacement du comte de Baillet. Le docteur Mayence conserva ce canonicat jusqu'à la suppression des corporations religieuses; mais il avait cessé de faire partie de l'université depuis sa restauration , eu 1790.

(i) Frédéric Michel Joseph vicomte de Baillet, né a Villers le-Gamboz , au pays de Liège, le 29 septembre 1750 , était fils de Charles Joseph Raymond de Baillet , créé vicomte par lettres patentes du 7 décembre 1754, baron de Gènes, seigneur de Mcrlemont, Dorbessemonl , Chine, Spy , etc. , et de dame Thérèse Térenrc de Rororée. Il avait été nommé chanoine de la catbé drale de S'-Bavon , a Gand , le 10 décembre 1784 , par le prince Ferdinand Marie de Lobkowiu, évéque de ce diocèse. H fut mis en possession de cette prébende, le 24 décembre suivant, et nommé président du séminaire épiscopal de Gand, au mois de novembre 1780. Il résigna, en mars 1788, sa prébende , qui fut donnée au docteur Mayenee, son prédécesseur dans les fonctions de président du séminaire général. Le vicomte de Baillet était , en outre, prévôt du chapitre de S'- Vincent , à Soignics. 11 fut nommé ensuite prévôt de l'église collégiale de S'I'ierre, à Louvain , et chancelier de l'université, dignité dont il fut le dernier titulaire, et doul il prit possession le 9 décembre 1791. Nous avons de lui : Oraison funèbre de Léopold fi, empereur d' Allemagne , roi de Hongrit et de Bohême, archiduc d'Autriche et prince souverain det Pays-Bot, etc., prononcée à Bruxelles, le 30 mars 1792, en présence de son Altesse Boyale le duc de Saxc-Teschen . rte; par M. U comte de BailUt, prévôt de VegUte collégiale de S* Pierre et chancelier de f université de Louvain. Bruicllea, 1792, in-4\

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de votre archevêché sera immédiatement saisi et distribué aux pauvres de votre diocèse, c A tant , etc. »

L'archevêque répondit aux deux dépêches à la fois, par une lettre du 4 mars. Les soins de son diocèse ne lui permettaient pas, disait-il, de suivre les leçons de théologie à Louvain; le fond même de la doctrine contenue dans les auteurs classiques, devrait être examiné par un nombre suffisant de théologiens; Son Eruinence se garderait bien de prendre sur elle seule un pareil jugement, et elle n'oserait prononcer sans avoir préalablement consulté les évêques. Elle suppliait Sa Majesté de permettre la convocation d'un synode provincial ou d'une assemblée générale des évêques des Pays-Bas. Cependant, en supposant même que la doctrine eût été reconnue orthodoxe, les évêques ne pourraient pas encore consentir à l'établissement du séminaire général et à la suppression des séminaires épiscopaux, ni abandonner le dépôt de la foi, pour le livrer à la puissance séculière, en se réduisant à la seule qualité de surveillant et de délateur de l'erreur. Quant à l'envoi des théologiens de son diocèse à Louvain, l'archevêque déclarait qu'avant la tenue de l'assemblée générale des évêques , il lui était tout à fait impossible d'obtempérer à cet égard aux ordres de Sa Majesté. H terminait par cette phrase : « Je ne saurais, au reste , dans aucun temps, démentir mes principes, ni m'empêcher de les développer à Votre Majesté, avec cette candeur d'âme et toute la franchise que je lui dois; persuadé d'ailleurs qu'elle ne pourra jamais envisager comme une désobéissance l'impossibilité d'agir contre la conviction intime de ma conscience, et qu'elle me rendra la justicede me croire aussi peu capable de faire servir ma conscience de prétexte, que de la trahir par la crainte de perdre mon temporel. »

A cette lettre du cardinal, M. De TraultmansdorfT répondit, le 6 mars : < Gomme la conscience que Votre Eminence allègue sans cesse, depuis 1787, lui donne assez de courage pour désobéir de la façon la plus soutenue et la plus marquée à son souverain, elle lui en donnera également assez, sans doute, pour rési-

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