II
« Vonck, onder den naem van Plaschaert, aen d'heer Weemaels c alsdan tôt Luyck zynde, alwaer hy, naer dat den heer adv. t Vonck den heer gen. Van der Mersch geengageert had , zig t had op het vcrzoek van d° adv. naer toe begcven, om aen de « borgemeesters aldaer permissie te vraegen om op het Luyks € een patriotiek léger te mogen werven. »
On voit aussi , par cette annotation , qu'à la date du 2 septembre, M. Weemaels se trouvait à Liège, où il avait été envoyé pour solliciter des bourgmestres l'autorisation de former une armée patriotique sur le territoire liégeois. Le moment était on ne peut plus favorable : la noble cité de Liège venait de faire sa révolution; le princo-évèque avait abandonné sa principauté, et l'acte d'union, du ieT septembre, avait arraché le pouvoir à l'aristocratie. Malgré les réclamations du gouvernement de Bruxelles, Vonck obtint ce qu'il demandait, et il établit bientôt le centre de ses opérations à Hasselt. Sa correspondance avec Liège et Maestricht prouve qu'il s'occupa activement d'équiper et d'armer sa troupe. Il eut soin aussi de se tenir en relation constante avec le comité de Bréda. L'avocat Van den Eynde, Romain Bourgeois, fut chargé d'aller établir des relais de distance en distance. On trouve des détails assez curieux à ce sujet , dans une de ses lettres datée de Reussel, 26 septembre 1789. t Le premier relais, dit-il, peut convenablement être chez le curé de Echelen ; le deuxième à Lommel, chez Vandenbroek ; le troisième à l'abbaye de Postel; le quatrième à Hooge Micrde, chez le curé, qui est de l'abbaye d'Everbode, le cinquième chez le curé d'Alphen, et ensuite encore un entre Alphen et Roosendael et enfin le dernier à Roosendael
même Envoyez de suite au moins sept de nos frères pour
occuper chacun de ces relais, dont un, le dernier, m'apportera
votre lettre à Roosendael » Dans une lettre du même jour,
écrite en français et dont nous conservons l'orthographe , Romain Bourgeois ajoutait :
c A cette heure , je me trouve encore à une lieue et demie d'Halfen, et je trouve bon ultérieurement qu'on met aussi une station entre Halfen et Hooge Mierde, à Teulderhoef. J'aimerais
DE BKRC.
aussi qu'on mettrait, à chaque station, deux de nos frères, pour une plus prompte expédition de l'un et de l'autre côté, et pour observer les mouvements des côtés de Brabant. Je voudrais aussi que vous preniez la même précaution de l'autre côté, en côtoyant le Brabant même, pour les Namurois, les Montoiset la Flandre, pour être instruit de tout. Nous avons des gens assez, et j'espère beaucoup de bien des rapports qu'on fera de tous ces endroits : mais il convient aussi , avant de les envoyer, de les mettre au serment , pour tenir les choses secrètes.
« Vous aurez la bonté , à la première occasion par ces exprès, d'envoyer à Roosendael , pour nos frères, vingt-quatre exemplaires de Anlhiocus herboren, et deux pour l'abbaye de Postel.
c Le trajet d'Haï ven à Roosendael est de huit lieues, pourquoi il faut entre ces deux places deux stations, et je suis, monsieur, votre fidèle ami, « Romain Bourgeois.
« A une heure après-midi , 26 septembre 1789. »
Vonck et ses amis préparaient paisiblement et méthodiquement , comme l'on voit, tous leurs moyens d'insurrection , tandis que M. le comte de Trauttmansdorff, également paisible et méthodique, se délassait des soins du gouvernement, au château de Marimont , dans la société des archiducs , des dames de la cour et de la comtesse d'Arberg (î). Le plan de la conspiration pro aris et
(i) Françoise Claudine , princesse De Slolberg Gedcrn, née le 27 juin 1756, était fille de Gustave Adolphe, prince de Slolberg- Gedcrn , général- major au service impérial, commanda ut de la ville de Nicuport , chevalier de l'ordre électoral de S' Hubert de Bavière, né le 6 juillet 1722 . marié le 22 octobre 1751, tué à la bataille de LeuUcn, le 5 décembre 1757, cl d'Elisabeth Philippine Claudine, princesse de Mornes, dame de l'ordre de la croix éloilée, etc. Elle épousa , à Bruxelles , dans l'église abbatiale de S» Jacques de Gaudcnberg , le 0 novembre 17 74, .Nicolas Antoine , comte d'Arberg de Vaiengin et du saint Empire romaiu, seigneur d'Ollignies, et en celte qualité membre de la chambre de la noblesse des étals du pays et comté de Hainaut , et plu» tard grand bailly de celte province, lieutenant -général des armées impériales, coloucl propriétaire d'un régiment de dragons de son nom, chambellan de Leurs Majestés impériales, etc., né a Nivelles , en 1732, mort k Bruxelles, le 17 septembre 1813, fils puiné de Maiimilien Nicolas, comte d'Arberg, de Vaiengin et du saint Empire, marquis de Triceres, comte du souverain Bruay, de Fresin, libre baron de la terre impériale d'EIsloo, seigneur des villes et ttrres de Hclmont, de la Rochelle, etc., chambellan et gentilhomme de l'électeur de Cologne, grand bailly du comte de Looi , etc. , et d'Henriette, comtesse de Han de Marligny , sa seconde femme. Son frère aîné, Charles Alexandre, comte d'Arberg et de Vaiengin , évéque d'Amizon cl suflraganl de Liège (nommé évéque d'Ypres, en 1785), fit la cérémonie nuptiale, et le prince Charles de Lorraine , gouverneur général des Pays lias . signa son contrat de mariage , qui avait été pusse, le 5 novembre précédent. Lors de la formation de la maison de l'impératrice Joséphine , en
506* HAPED11S
focis lui était connu, puisqu'il avait été imprimé; mais il paraît certain qu'il en ignorait et les ramifications et les auteurs. L'Empereur, du moins, était fort mal instruit de ses progrès et de ses dangers réels, car M. le comte de Mercy (i) ayant fait savoir au
1804, la comtesse d'Arberg fui nommée dame du palais de cette princesse. Après le divorce de l'Empereur, elle resta attachée à l'ancienne impératrice, en qualité de dame d'honneur. Elle cul de son mariage, am- le cutnlc d'Arbcrg, plusieurs enfants : 1" Charles Philippe conilc d'Arbcrg , chambellan de l'empereur Napoléon , préfet du département des bouches du Weser, né en 1770, décédéa Bruxelles, le 18 mai 1814; 2» M"' d'Arbcrg, mariée, en 1806, a Dominique Louis Antoine comte De Klein, aujourd'hui lieutenant général, pair de France, etc. ; 3* M"' d'Arbcrg, mariée a Georges Mouton , comte de Lobau, depuis maréchal et pair de France , etc. ; 4" la comtesse Joséphine d'Arbcrg.
(i) Florimond Claude comte de Mercy Argcnteau , chambellan et conseiller d'Étal intime de Sa Majesté impériale et royale, chevalier de l'ordre delà toison d'or et de Tordre de S'-Éticnoe de Uongrie, etc. , né le 20 avril 1727 , était fils de Charles Ignace comte d'Argenteau , lieutenant-général dans les armées de l'Empereur, et d'Henriette de Rouvcroy. Il avait été adopté, en vertu d'un diplôme de l'empereur Chartes VI, du 27 août 1727, par son cousin Florimond Claude comte de Mercy , feld maréchal des armées impériales , tué a la bataille de Parme, le 29 juin 1734, qui lui laissa toute sa fortune, à charge par lui de joindre les noms et les armes de Mercy, ancienne famille originaire de la Lorraine, à ceux d'Argenteau. Sa seigneurie de Mercy, qui avait été érigée en comté en laveur du dernier rejeton de celte famille, par lettres patentes du duc de Lorraine, en date du 10 avril 17 19, passa aussi au comte d'Argenteau. Élevé depuis sa jeunesse dans la diplomatie , le comte de Mercy Argenleau remplit successivement des ambassades du premier rang, à Varsovie, a S'-Pélcrsbourg et à Parts, où il occupait ce poste au commencement de la révolution française. Il fut alors inculpé d'être le directeur du prétendu comité autrichien. En 1790, il fut envoyé à La Haye pour négocier avec 1rs puissances maritimes , au sujet de la révolution brabançonne. A la Cn de septembre de la même année, il vint en Belgique comme ministre plénipotentiaire et fut pendant quelque temps chargé provisoirement du gouvernement général de ces provinces , où il resta jusqu'à la Gn du mois de juin de l'année suivante. En 1793, il fut envoyé en ambassade à Londres, où il mourut, le 25 août 1794. Il ne laissa pas d'enfants légitimes, cl, par son testament , en date du 2S avril de la même année , il institua pour légataire universel son cousin, François Joseph Charles Marie comte d'Argenteau d'Ochain , qui , a dater de cette époque , prit le nom et les armes de Mercy Argcnteau, qu'il porte encore aujourd'hui. Voici le portrait piquant que l'abbé de Pradt fait de ce ministre : « Le comte de Mercy Argenleau , ambassadeur de la cour de Vienne à Paris , résidait à Bnnelles, à la suite du traité de médiation, dont il avait été l'un des signataires. C'était le Nestor de la diplomatie autrichienne. Il était déjà entré fort avant dans la vieillesse et son esprit se ressentait du poids des ans. Dans nn temps tranquille , où les formules ordinaires des gouvernements suffisent oui affaires, le comte de Mercy eût suffi à son emploi , mais dans un temps d'innovations rapides cl inattendues, il était loin de répondre an fardeau dont il se trouvait chargé. • Marie Thérèse l'avait placé, comme la sentinelle de l'Autriche, auprès de sa fille, la reine de France. Il était placé cn cette même qualité a Bruielles , a l'égard de la France , et comme négociateur avec les étrangers. Le comte de Mercy entretenait , autant qu'il pouvait , les dispositions pacifiques de sou cabinet a l'égard de la France et secondait les vues du roi et de la reine de France , qui . en opposition à l'émigration , faisaient tous leurs efforts pour éloigner la guerre. Le comte de Mercy était riche et fort occupé de sa fortune, malheur toujours grand dans un homme d'État , et , chose singulière, mais vraie, ce fut le soin de cette fortune , pour laquelle il craignait , qui l'exaspéra contre la révolution, et qui le décida h des mesures viriles contre elle. Le crépuscule de la vie de ce diplomate n'annonçait pas qu'elle eût dû briller d'un éclat bien vif; du reste, le plus poli des hommes , te plus recherché en pierreries, habitant un cabinet saturé d'ambre , n'é-
DE BERC. 507
ministre plénipotentiaire qu'on lui avait offert de lui révéler le secret des conspirateurs , moyennant une gratification de mille louis , et cette communication ayant été transmise à l'Empereur , Sa Majesté écrivit, le 20 septembre, à M. de Traultmansdorff :
< Quant à la copie de la lettre du comte de Mercy , je ne crois de « vrai en tout cela , que le désir sincère de cet ami anonyme
< d'avoir les mille louis, que nous donnerions pour avoir les noms « de deux ou trois insolents fous qui ont tenu des propos et qui c n'ont que de la mauvaise volonté , sans aucun moyen de l'exécu- « ter (i). »
Peu de jours après, cependant, lorsqu'on vit les effets de la conspiration se manifester, lorsqu'on vit que l'émigration était systématique et que les émigrés se rassemblaient sur certains points déterminés , le gouvernement parut enfin s'en émouvoir ; il offrit alors publiquement aux délateurs la récompense qu'il leur avait refusée d'abord en secret. Il fit publier, sous la date du 50 septembre, une ordonnance par laquelle il défendait , sous peine de mort et de confiscation de biens, d'engager, induire ou exciter, par promesse, menace ou autre manière quelconque, qui que ce fût à quitter le pays, pour aller se joindre aux bandes patriotiques, et surtout de fournir à cet effet aucun secours, soit en argent, denrées, vivres, armes ou munitions quelconques. Il promettait une récompense de dix mille florins à ceux qui dénonceraient à l'office fiscal les personnes qui auraient contrevenu à cette disposition. Il défendait également de sortir du pays, pour se joindre aux dites bandes, à peine de bannissement perpétuel de toutes les terres de la domination autrichienne, de confiscation de biens et d'être déclaré inhabile à toute succession, legs ou partage d'hérédité dans les Pays-Bas, soit par testament, soit ab intestat. Enfin, il ordonnait, sous les mêmes peines, à tous ceux qui se seraient déjà rendus aux dites bandes, de rentrer dans le pays au plus tard endéans la quinzaine de la publication de celte ordonnance.
cri van t que sur du papier musqué a renverser , et marié a une actrice de l'opéra nommée Rosalie , donl il avait deux enfant*. » ( De Pradl. De la Belgique depuis 1780 jutqu rn 1794. p. M. )
(t) Notes de M. le comte de Traultraausdorff, déjà citées, p. 17.
308 RAPÉDIUS
Avec le pouvoir de faire de pareilles lois , il ne manquait que la possibilité de les exécuter. Il aurait fallu pour cela, d'abord des tribunaux, et, en second lieu, une volonté ferme partagée par des agents énergiques Or , c'étaient là précisément deux choses dont le pouvoir était absolument dépourvu. On fit encore quelques arrestations préventives. L'évoque d'Anvers fut appelé à Bruxelles et mis aux arrêts dans son refuge, comme l'archevêque de Malines l'avait été précédemment. Le jésuite Abraham Van Hove, chez lequel on avait déjà fait une visite domiciliaire, dont nous avons parlé, fut définitivement incarcéré. On arrêta aussi l'avocat Gryspere Le baron Van der Hacghen («) et un bourgeois de Bruxelles, nommé Noville, n'eurent que le temps de prendre la fiiite.Onfitégaleinentune descente chez Iefrère de l'avocat Vonck, curé à Lombeck , dans l'espoir de s'emparer de la personne de l'inventeur du pro aris et focis, dont on avait probablement fini par soupçonner les manœuvres. Cette opération fut sans résultat : Vonck était caché à Molenbeck, près de Bruxelles, chez le curé Spinoy. Enfin, une grande expédition fut dirigée vers la frontière du pays de Liège ; le bataillon de grenadiers de Regniac et une division de cavalerie partirent de Bruxelles, le 9 octobre, pour se joindre au 5* bataillon de Ligne, qui se trouvait à Louvain, et marcher ensemble vers Diest, sous le commandement du général-major baron De Schrœder, chevalier de l'ordre de Marie- Thérèse. Le même jour, on vit partir de Malines un bataillon de Bender, pour aller remplacer à Louvain le bataillon qui de-
(i) Thomas Joseph Guillaume De Gryspere, né à Oslende, en 1761, licencié en droit a l'université de Louvain , le 23 août 1784, avocat au conseil souverain do Brabant, capitaine en second de la compagnie de cavalerie des volontaires agrégés au Serment de Saint-Georges , en 1787 , était fils de Thomas Joseph Guillaume AJbert De Gryspere, chevalier-conseiller au conseil privé , mort le 10 décembre 1787 , et dHumbeline Marie Anne Josèpbe Petit d'Obechie», morte le $7 octobre 1760.
( i ) François Joseph Jean Ghislain baron dTScsbecke , dit Van der Ilaegben, né à Bnuelles , le 90 mars 17S1 , capitaine de la compagnie des volontaires agrégés au grand Serment , en 1787 , mort dans la même ville, le 28 avril 1818 , avait épousé Thérèse Jeanne Marie De Beugbem, née en 1747, décédéc le 23 juillet 1818, fille de Jean Joseph Hyacinthe De Beugbem, seigneur de Capelle, vaut mes tre de Brabant , et de Marie Jeanne Du Bob. Le baron Van der Ilaegben était Gis d'Honoré Joseph, baron d'Eesbecke, dit Van der Ilaegben , mort k Bruxelles , le 16 janvier 1779 , et de Marie Elisabeth De Broe de Diepenbend. Le titre de baron avait été donné a son aïeul Honoré Ignace d'Eesbecke, dit Van der Haeghen, trésorier de la vrille de Bruxelles, par lettres patentes de l'empereur Charles VI , du 16 juillet 1725. Voyex (De Vegiano), Nobiliaire des Vay* Bat et du comté dr Bourgogne Louvain, 1760, in- 12, 1. II, p. 709.
DE BERG. 500
vait quitter cette ville. De Diest, Schrœder partit pour Zonhoven, avec le 5" bataillon de Ligne et un escadron de cavalerie; puis il longea la frontière depuis S-Trond jusqu'à Achel, et de l'autre côté jusqu'à Hamont, dans la Campine liégeoise. Il semblait qu'il allât détruire les bandes patriotiques ; mais celles-ci avaient eu le temps de se retirer sur le territoire hollandais , de sorte que l'expédition fut à peu près sans résultat. Les troupes rentrèrent dans leurs garnisons, le 45 et le 16 octobre, ramenant avec elles qùelques émigrants namurois qui, n'ayant pas été avertis, 's'étaient trouvés sur leur passage. Schrœder avait laissé à S'-Trond un capitaine et 80 hommes d'infanterie avec un brigadier et quelques dragons; il avait détaché aussi un officier et trente hommes à Hougaerde; mais ces troupes furent bientôt rappelées, par ordre de l'Empereur, qui craignait les récriminations des Liégeois.
Cette expédition, quelque insignifiante qu'elle fût, avait jeté la consternation parmi les patriotes. Le clergé en avait profite pour pousser à l'extrême l'exaltation des esprits. Qu'il nous soit permis de citer ici un passage de Goetval , que nous avons traduit littéralement, autant que possible , et qui peint bien les effets de l'entraînement religieux :
€ Le 8 octobre, jeudi, la plus grande partie de la population (excepté les fonctionnaires du gouvernement, de la cour et de l'armée), était dans la plus grande et la plus profonde dévotion devant Dieu tout-puissant , caché, sous la forme du pain, dans le très-saint Sacrement de miracle , en cette ville de Bruxelles, dans l'église collégiale et paroissiale des SS. Michel et Gudule (où il est honoré et adoré depuis quatre cents ans), pour solliciter du Ciel la fin de l'oppression , de la désolation et de la persécution des chrétiens de l'Église romaine , dans les circonstances politiques ci-devant décrites, et la réussite des efforts des patriotes pour préserver le pays de plus grands malheurs.
< Depuis le malin, avant le jour, on voyait le peuple suivre le chemin de la procession du très-saint Sacrement de miracle , dans la plus grande dévotion, et même la plupart à pieds nus,
310 IUPÊDIUS
riches et pauvres , tous pleurant pour prendre leur recours vers Dieu avec un cœur brisé et humilié, et pour se confier en même temps à sa miséricorde.
c L'église de S"-Gudulc fut assaillie, toute la matinée, par une foule immense qui pouvait à peine y pénétrer. A dix heures et demie, on y célébra la messe ordinaire du jeudi, et à cinq heures après-midi, le salut, suivant l'usage : car le gouvernement avait défendu , dans tout le pays, de faire plus de services ou avec plus d'éclat que de coutume. Sans cela la grosse cloche aurait annoncé le service divin, et un prélat aurait célébré la messe et le salut. Cette dévotion dura trois jours. »
Les corps de patriotes qui s'organisaient sur le territoire liégeois et qui s'attendaient à l'expédition des Autrichiens, se retirèrent, comme nous l'avons déjà dit, sur le territoire hollandais. Ce fut alors que le comité de Hasselt se rapprocha du comité de Bréda, et que Van der Noot, un peu désenchanté par les résultats pour ainsi dire négatifs de sa diplomatie, commença à s'humaniser, et voulut bien enfin prendre part aux projets des patriotes militants. Celte association ne fit que donner une nouvelle activité aux manœuvres des deux partis. Le gouvernement, de son côté, parut vouloir redoubler de rigueur. Le 46 octobre, il fit publier une ordonnance, portant la date du 13, par laquelle les abbés et religieux des monastères de Tongerloo, de S'-Bernard (i),
(i) L'abbaye de S'-Bcrnard. sur l'Escaut, monastère de l'ordre de Cisteaux, avait été réunie à la mense épiscopale pour former la dotation de l'évèché d'Anvcn , Ion de l'érection de ce diocèse, au seizième siècle. En conséquence de cette disposition, l'évéque d'Anvers avait été admis eu qualité d'abbé de Si-Bernard, dans l'ordre ecclésiastique des états de Brabant. En 1640, les religieux de cette abbaye cédèrent la moitié de leurs biens a l'évèché d'Anvers, et obtinrent , à ce prix , d'être de nouveau régis par un abbé choisi dans leur sein. Celui-ci fut admis également à siéger aux étals; de sorte qu'en 1789, Corneille François Ue Nelis, évéque d'Anvers, était membre de ce corps, comme abbé de S* -Bernard, tandis que le titulaire effectif de cette abbaye en faisait déjà partie. Ce dernier était à cette époque dont Benoit Neefs. ( Voyez la note page 105.) Le 58* et dernier abbé de S1 -Bernard futdom Raphaël Segbers, né au village de Merchlcm, en 1745, religieux profes de cette maison, en 1768 , cl ensuite lecteur en théologie, etc. Après la suppression de son abbaye, il se retira dans son village natal, et y mourut, le 31 aodl 1810, Agé de 65 ans. L'abbé de S1 Bernard était seigneur des villages dïlemixcm , l'uers, Soerscl et Westmalle. Cette abbaye avait la direction spirituelle de six maisons de religieuses de l'ordre de Cisteaux, savoir : les abbayes de Notre-Dame de la Vigne, a Louvain, de Roosendael , près de Malincs, de Nazareth , près de Lierre, de Swyvecke, près de Termonde , du Val de S'-Bernard , à Diesl , et d'Esperinaille* , è Bruges , et le prieuré de Muysen . près de Malincs.
DE BERC
d'Àfflighem (i), Gembloux (2), Yillers, Vlierbeck, Ste-Gertrude , S'- Michel, Diligem, Grimberghe, Everbode (s) et Heylissem étaient
( 1 ) L'abbaye d'Afflighem, mooMtère de l'ordre de S*-Benoll , étail située au village de Meldert, sur les conlins du Brabant el de la Flandre. Elle avait été réunie a la mense de l'arcbevêcbé de Malin», par bulles du pape Pie IV, inertes dan* AuberU Mirœi opéra diplomatiea, Edente J. Fr. Foppent, 1. 1 , p. 610 et t. II, p. 1092. Il avait été expressément stipulé que l'archevêque de Malincs occuperait , en qualité d'abbé d'Afflighem , la première place dans l'ordre ecclésiastique , aux états de Brabunt. L'administration intérieure de cette maison étail soumise à uo prévôt , choisi parmi les religieux de l'abbaye.
(a) L'abbaye de Gembloux, de l'ordre de S'- Benoit, étail la plus ancienne du Brabant : elle avait été fondée par saint VVibert (ou Guibert) , eu 923. L'abbé de cette maison était comte de Gembloui, et seigneur des villages de Cortil, Ernages, Gembloux, Leroux , Lonséc, Grand- Maisnil, Pctit-Haisnil et Mont-S» Guibert , situés dans le duebé de Brabant. Il possédait , en outre , plusieurs seigneuries , situées tant dans le comté de Namur que sur le territoire liégeois. U était membre né des états de Brabant , non dans le corps ecclésiastique, mais dans l'état noble , dont il était le premier membre , en qualité de comte de Gembloux et de premier noble du Brabant. Ce prélat avait le droit de porter l'épéeaux obsèques des ducs de Brabant. Ce fut ainsi que la porta l'abbé Philippe Clockmant, d'une ancienne famille de Gand, aux obsèques de l'archiduc Albert, le 12 mai 1622. L'abbaye de Gembloux étail située dans le diocèse de Namur. L'abbé de cette maison était, à cette époque, dom Jacques Le Grain, natif de Namur, élevé en 1788, a la dignité abbatiale, en remplacement de dom Eugène Gérard. Il mourut , en 1791 , et fut remplacé par dom Colomban Wilmar, qui fut le dernier prélat de celte maison. L'abbé Le Grain Gt rebâtir à neuf toute l'abbaye; il fit placer dans l'église deux inscriptions latines, qui reproduisent en peu de mots l'histoire de cette abbaye, et qui n'ont été recueillies dans aucun ouvrage. Les voici l'une et l'autre textuellement :
a Guihrrtua Monaatenum
Aminsiir rr^iim sanauinc orloi Cemblacenac ter a fundalione
Sfililiv aecularia cingulo depoeilo Bellorum igne comboitam cal;
C»»trum suum Gemblacenae oblalit Deo, Deelraclura eat qaartô
Dcmum t'.i aug. anno 1678 flamjnii Cum civilate lotatiter abaomptum , «mplusimi Dni Franciacoa el Petroa Dumonceaai , Abbate* io aognalia temporom.
Reatauravernnt.
Ait idem monaaterium velaalate Lalena Arephmûa ae Rma» Dnûa Jacobaa I.e Grain , abbaa digniaeimua lolaliter , dbIIS Parte eicepll, a fundainenlis ereiit.
Opna uli(|*ie Kal. Mari, anno 171)3 Deo Aunpïoe magnanimiter ineœplnra.ô bal. oetobria Anni 1779 féliciter abeolatum fiais , eldcmque Oie officium in iiato lemplo Celcbralum eat , et Deo Opt. Haï.
Pro lanto rit aut ne ri* quidem hoc
M aemel 1 notera C aeptean
X qaoque eeptem Cum lolum renotor Jacobo Prcaule ctanalrum.
A Domino factura eat illud et es»
Mirahile io oculie. P$alm. eirn.
(s) L'abbaye d'Everbode , de l'ordre des prémontrés, dans la Campinc, était si tuée à l'extrême frontière du Brabant et de l'évéché de Liège. La limite des deux pays traversait les bâtiments mêmes de l'abbaye; de façon que l'église faisait partie du Brabant, tandis que les autres bali menu étaient situés sur le territoire liégeois. Cette abbaye était, à celte époque, gouvernée par Maurice Jacques Augustin Verboven, né au village de Becrse, près de Turnboul , dans la Campinc brabançonne, le 8 août 1754, religieux profès de l'abbaye d'Everbode, le 29 novembre 1786, installé, en qualité d'abbé de cette maison , le 30 septembre 1782, admis, en cette qualité, aut
Kl brali» Aposlolurum principi Petro el Ëiaupero martyri t ConMniendam eorum in I
Tnnc i
Jogoaeeobdidil.ini In omni virtntnm génère < Ad patres ruoa appoeitue eal , Dec. Kal.jonîi A» 9fii , Tandem anm> 1099 fulgil ejoa Ifominie raemona maiima per "i annoi mcnurnm çrnlit , (Juibua rite probatia SSrûœ faatia
Adarriptna eat.
Ejn* corpoa hic jacet el colltar.
D aemel bie acribia C < X bù et t bi. , Cum elauetrum per le fil
RAPÉDUS
privés de toute administration, régie et direction du temporel; ils devaient être remplacés par des administrateurs-économes , auxquels des instructions seraient données par le gouvernement.
Dès la veille de la publication de cette ordonnance, des commissaires du gouvernement étaient partis , pour la faire exécuter, sous l'escorte de détachements pris dans les garnisons voisines. Le surlendemain , 17 octobre, on apprit que le gouvernement avait découvert une vaste conspiration, et il paraît, en effet, qu'un marchand de vins, nommé Deridder, avait vendu, pour quinze mille florins, au gouvernement le secret du comité vonckiste, et qu'il avait livré les noms de ses membres (i). On arrêta le sieur Daubremé, autre marchand de vins, le sieur Fisco (s),
états de Brabant , la même année. Il avait remplacé l'abbé Adrien Trudo Salé, né a St-Trond , le 5 juin 1722, religieux profès du monastère d'Everbode , le 2 février 1742 , promu k la dignité abbatiale, le 98 septembre 1778, mort dans son abbaye, le 19 mars 178i. L'abbé d'Everbode était aussi membre des états du pays de Liège. L'abbé Verboven mourut , en 1791 , et fut rem placé par Grégoire Thiels, qui fut le 42» et dernier abbé d'Everbode. Après la révolution de 1830, quelques religion do l'ancienne abbaye d'Everbode, qui étaient propriétaires de ses bâtiments , s'adjoignirent des novices et tentèrent de rétablir cette maison religieuse. Ils élurent un abbé, le 8 novembre 1854. Leur choix tomba sur Norbert Dierckx , alors curé du village de Rotselaer, dans l'arrondissement de Louvain. Cet ecclésiastique, né à Gierlc, près de Turnhout, le 23 décembre 1764, avait pris l'habit religieux à l'abbaye d'Everbode, le 5 novembre 1786, et y avait fait profession , le 1" novembre 1788. Après la suppression de son ordre, il était entré dans le clergé séculier et avait été nommé vicaire à Veerle , le 13 juin 1800, puis curé de Rotselaer, le 13 décembre 1816. Il est mort récemment, le 9 mai 1843, dans son abbaye, qu'il avait fait restaurer complètement.
(i) Joseph II écrivait au général d'Alton, sous la date du 31 octobre 1789 : « La découverte importante que , par vos soins, vous avez fait faire au gouvernement , est d'un prix infini pour le moment , et l'homme en question mérite certainement a juste litre la récompense promise. »
(•) Claude Antoine Fisco , né à Louvain , le 22 janvier 1736, avait d'abord embrassé la carrière des armes et était entré au service impérial , en qualité de cadet dans l'arme du génie, en 1753. Il ne resta pas longtemps au service, et, après avoir donné sa démission, il vint s'établir a Bruxelles, où il fut appelé aux fonctions de contrôleur et de directeur des travaux publics de cette ville et de cet arrondissement. Ce fut sur ses plans que l'on construisit la place de S'-Mirhrl , aujourd'hui place des Martyrs, celle du nouveau Marché aux Grains et la route de Bruxelles â Wavre. Il fut aussi nommé inspecteur des travaux publics de la ville de Louvain , et y fit construire le collège du Faucon et l'établissement de Frascati. Le 6 juin 1787, il fut nommé membre du comité des volontaires , qui venait de s'établir à Bruxelles. Lors de la révolution brabançonne, il fut un des chefs du parti vonckiste. A la rentrée des Autrichiens, il se réfugia en France et y prit service dans les armées républicaines, où il Tut admis avec le grade de général du génie. Il ne conserva pas longtemps ce grade, ayant été incarcéré sous le règne de la terreur. Il ne fut rerais en liberté qu'après la chute de Robespierre. Rendu à la vie privée, il alla s'établir à Louvain , où il s'occupa d'architecture et de constructions. Il mourut à Quarebbe , petit village de l'arrondissement de Louvain, le 10 janvier 1828, dans un âge très avancé. On trouve une notice biographique de ce personnage, dans J. lmmerzwl : De lèvent en werhen der BoUtmdttht en Vlaamtche kuntUchildcrt , breldhouwert , graveurs en bowmeetiert. Amsterdam, 1842. t. I" , p. 238.
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ingénieur et contrôleur des travaux de la ville , et le sieur Secrétan, citoyen suisse, précepteur des enfants du duc d'Ursel. On fit aussi une nouvelle tentative pour s'emparer de la personne de Vonck , que l'on croyait trouver chez son gendre , P. Collier, marchand de toiles, à Wieze, près d'Alost. Mais il en était parti le jour même, pour se rapprocher du comité de Bruxelles, et était venu s'établir chez le curé de Chapelle-au-Bois. Aussitôt qu'il apprit l'arrestation de ses complices, il prit le parti de quitter le pays, pour se soustraire aux poursuites dont il était l'objet. Il partit, le 18 octobre, sous un vêtement de prêtre, et arriva sans accident à Bréda, où il trouva son ami le général Yan der Mersch. Les sieurs Janssens, curé de Schoorisse, De Brou (1), chanoine du chapitre métropolitain de Malines, Ghisteling, de Gand, Vercruycc, de Courtrai, le brasseur Windelincx, dit l'arlequin de Tirlemont , et un grand nombre d'autres, s'y étaient également rendus, pour aviser aux moyens d'organiser une insurrection générale.
Le 19 octobre, on arrêta le fameux avocat Linguet qui, après avoir été aux gages de l'Empereur , s'était laissé entraîner, par son instinct d'aventurier , dans la conspiration des vonckistes. Joseph H écrivait à cette occasion : t On a très-bien fait d'arrêter Linguet avec tous ses complices, mais pourvu qu'un prompt jugement et exemple s'ensuive. > Ce pourvu que exprimait un vœu qu'il était malheureusement impossible de réaliser. Nous l'avons déjà fait remarquer plusieurs fois : la répression des crimes politiques était nulle, et le pouvoir s'épuisait vainement en mesures préventives. On fit cependant, comme dans mainte autre circon-
(t) Alexandre De Brou , né à Bruxelles, le 14 octobre 1749, fils de Jacques François Ferdinand De Brou , et d'Elisabeth Waumans , quatrième de la première ligne dans la pédagogie du château, au concours général de philosophie de l'université de Louvain, en 1769, ensuite théologien du grand collège et bachelier formé en théologie dans la même uuiversité , avait été nommé, au mois d'avril 1775, secrétaire de l'archevêque de Malines, en remplacement de Jean François (ihislain Huleu, qui venait d'être promu à un canonioat de la métropole de S*-Rotnbaut. Il Tut, a son tour , nommé chanoine de la même métropole, le S novembre 1780, 4 la place de Jean Robert Van Velde, promu à une prébende noble graduée de ce chapitre. U devint ensuite secrétaire général du conseil des hospices de l'arrondissement de Bruxelles, et mourut en cette ville a l'âge de (58 ans, le 9 août 1817.
stance, un simulacre de procédure à la charge des conjurés. Secrétan (i) , Fisco et Daubremé avaient été arrêtés ensemble , dans la maison de ce dernier; on avait saisi , au même instant, divers papiers, un, entre autres, que Secrétan tenait à la main et qu'il chercha à cacher , d'abord derrière son dos, et ensuite dans ses culottes. Ces papiers contenaient un plan a* attaque, plus un projet de constitution, à proclamer, sous la forme de manifeste, après le succès.
Le plan d'attaque, dont le véritable auteur resta inconnu, avait été communiqué par Daubremé à Secrétan , qui avait trouvé plus d'une objection à y faire. Rien , en effet , n'était plus mal conçu que ce plan. Le signal de l'insurrection devait être donné à Bruxelles, et répété dans les faubourgs, par des fusées. Les conjurés devaient alors se réunir a un lieu de rendez-vous déterminé dans chaque quartier. Ils devaient élire un commandant et
se placer sous ses ordres pour marcher on ne disait pas vers
quel point. Venaient alors des signaux pour les attaques, l'alarme générale dans tout le pays, et, au milieu de tout cela, encore des élections, pour former un comité de police. Apres ces mesures, qui ne pouvaient s'exécuter sans faire quelque bruit, et absorber assez de temps, on devait s'emparer de tous les officiers de la garnison de Bruxelles , se rendre maître des réverbères , et , de crainte de s'entre-tuer dans l'obscurité , les conjurés devaient être vêtus de blanc. Enfin l'attaque générale devait s'opérer par le petit Béguinage, par fa Bibliothèque, par la rue d'Isabelle, maison de
(i) Philippe Secrétan , né a Lausanne, en Suisse, où ton père, mort en 1789, occupait une place dans la magistrature, avait fait , en qualité de précepteur, l'éducation du comte De Valmoite, gentilhomme français; après l'avoir terminée, il avait obtenu de cette famille, à titre de gratification, une pension de 000 francs, et était entré, en 1785, dans la maison «Ttlrscl , comme précepteur, avec 3,000 livres d'appointements. M. Secrétan publia, à l'occasion de son arrestation , une brochure intitulée : Mémoire justificatif en faveur de Ph. Secrétan, citoyen de Lausanne, en Suisse. 1790, pp. 14, in-8». De retour dans sa patrie, Secrétan y devint membre du directoire helvétique, et plus tard l'un des vice-présidents de la cour des appellation* suprême du canton de Vaud. 11 a encore publié :
Réflexions sur tes gouvernements, pour servir de suite à touvrage de Burke, sur la révolution de France, et à celui de Payne, sur les droits de l'homme. Londres, 1793 , in-8».
Observations sur la constitution helvétique. Lausanne, 1798, in-8*.
Considérations sur létal militaire du Danemarck et Notice sur M. De FakktnsjoUl. In 8'. Quérard, France tittéraire, t. IX, p. ».
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madame Giron, par ta rue du Crombras, par les refuges cf Everbode et
de Tongerloo On a beau se roidir contre les préventions : quand
on lit ces choses-là, on est tenté de croire quelles ont été écrites par des fous. Et cependant n'avons-nous pas nous-mêmes été témoins d'une révolution, dont le plan n'avait, certes, pas été combiné avec autant de soins, et qui cependant réussit? C'est que de l'irritation à la folie il n'y a qu'un degré, et que, quand tout un peuple est irrité, il se met aisément à la merci de ceux qui ont atteint le degré supérieur.
Le projet de manifeste et de constitution tout à la fois mérite une mention plus sérieuse. Ce projet, qui appartenait au citoyen Secrétan, ou qui du moins avait été produit par lui, s'écartait essentiellement des vues de Van der Noot, en ce qu'il admettait la domination de l'Empereur , représenté par des gouverneurs généraux. Mais la part d'autorité qu'il lui faisait était tellement restreinte, que le seul titre qui eût pu lui convenir eût été celui de protecteur de la république. Presque tous les pouvoirs venaient se réunir dans les mains d'une assemblée nationale , unique pour toutes les provinces. Les gouverneurs généraux eux-mêmes , qui devaient être les archiducs actuels et nuls autres, ne pouvaient être révoqués et remplacés sans le consentement de cette assemblée. Elle seule pouvait instituer des tribunaux , et le pouvoir législatif lui était attribué pour ainsi dire exclusivement, les gouverneurs généraux ayant seulement la faculté de suspendre l'exécution des lois présentées à leur sanction. L'auteur de cette admirable constitution avait fort naïvement exprimé Sa pensée dans les dispositions suivantes : < Nous consentons à vivre sous la protection souveraine de Sa Majesté impériale. Pour mériter celte protection, nous lui conserverons fidèlement et dans leur entier les
revenus de ses domaines Nous continuerons à lui accorder
les subsides que nous jugerons convenables Nous demandons
qu'on nous conserve irrévocablement nos gouverneurs généraux ; qu'à eux seuls appartienne la nomination aux places
que nous trouverons convenable de leur remettre ; qu'eux
seuls enfin exercent dans ces contrées la souveraineté que nous