FIÈVRE PUERPÉRALE
Dans certains cas de fièvre puerpérale, M. Pasteur a trouvé dans le pus de l’utérus, du péritoine, de la plèvre, des abcès des membres et des articulations, et aussi, quelquefois avant la mort, dans le sang de la circulation générale, un parasite microscopique semblable au précédent, mais où les points sphériques, au lieu d’être réunis par groupes de 2, au plus de 3 ou de 4, sont en longs chapelets llexibles et plus ou moins enchevêtrés. Ce microbe se prête très bien à la culture, mais n’a pas été réinoculé. Son histoire est donc encore imparfaite, et en appliquant la règle que nous nous sommes posée au commencement de ce chapitre, nous aurions dû la rejeter à la fin. Mais il était nécessaire de parler de cet organisme, parce qu’il fait fréquemment partie de mélanges de microbes sur lesquels nous avons maintenant à appeler l’attention.
Quelques-uns des microbes que nous connaissons sont largement répandus. Le vibrion septique et le vibrion pyogène sont à peu près partout. L’organisme des furoncles et celui que nous venons de trouver dans les cas puerpéraux paraissent aussi très fréquents, et existent presque
toujours à la surface des muqueuses des parties génitales.
Voilà donc constamment aux abords de l’organisme des ennemis redoutables, toujours prêts à y pénétrer, et n’attendant pour cela qu’une porte ouverte par laquelle ils vont entrer, sinon tous, du moins en groupes plus ou moins nombreux. Pendant quelques jours, ils se multiplieront silencieusement aux abords de la surface envahie, puis ils envahiront les lymphatiques, et se mettront peu à peu à circuler avec le sang. Un frisson précurseur, suivi de fièvre, annoncera l’envahissement de ce liquide, et on verra bientôt après éclater des désordres à faciès multiple, suivant le nombre et la nature des espèces installées dans l’organisme.
Tel est le cas pour la fièvre puerpérale. Il n’y a pas d’organisme puerpéral proprement dit, mais l’utérus livre passage au vibrion pyogène, à l’organisme des furoncles, au microbe en chapelets, quelquefois au vibrion septique. On se figure aisément les désordres qui vont résulter de cet envahissement de l’organisme par des ennemis très divers, les foyers purulents des divers organes, l’inflammation du péritoine, les ballonnements de l’abdomen résultant de l’action des organismes anaérobies lorsqu’ils sont présents, les abcès multiples des membres, bref, cet ensemble de symptômes complexes et variables que l’on considère d’ordinaire comme caractérisant la maladie mal définie nommée fièvre puerpérale.
Rien ne peut mieux donner une idée de l’aide mutuelle que se prêtent, dans leur œuvre de destruction, tous ces êtres invisibles, que l’examen de ce qui se passe quand on associe deux des plus actifs, le vibrion septique et le vibrion pyogène. Rien de plus facile que de les inoculer et de les faire vivre ensemble dans l’organisme, et de produire à leur aide soit une infection purulente septicémique ou une septicémie purulente. Tandis que le vibrion pyogène donne, lorsqu’il est seul, un pus crémeux blanc et de bonne nature, diffus ou entouré d’une membrane pyogénique,
mais toujours prompt à la résorption, le moindre abcès „ qu’il détermine quand on l’a associé au vibrion septique prend un aspect blafard, gangréneux, putride, verdâtre, infiltré dans des chairs ramollies. Cette sorte de demidissolution des tissus, sans doute sous l’influence d’une diastase, en favorise la pénétration rapide, et la mort survient plus prompte et plus facile sous l’action des deux organismes qu’elle ne l’eût été par chacun d eux, s’il fût resté isolé.
Le vibrion septique est, il est vrai, rarement présent dans les cas de fièvre puerpérale, mais les mêmes conséquences de l'association se font sentir lorsque les organismes plus bénins qui y interviennent d’ordinaire se mettent à plusieurs pour agir sur un être déjà débilité. Des désordres toujours graves, trop souvent la mort, tels sont les résultats ordinaires de la présence de microbes qui, dans l’état de santé, eussent passé et passent souvent inaperçus.
La conclusion à tirer de ces faits, c’est qu’il faudrait commencer, déjà avant l’accouchement, ou au plus tard aussitôt après, à purifier les muqueuses, au moyen de lotions antiseptiques, des êtres qui les habitent si fréquemment et peuvent devenir à un moment donné une cause de maladie ou de mort. De fréquentes lotions avec une dissolution d’acide borique et de borax conduisent très bien à ce résultat et sont sans inconvénient pour l’organisme. La conclusion encore, c’est qu'en dehors des cas d’absolue nécessité, il faut éviter que la main de l'accoucheur ne vienne enfoncer profondément et amener au contact de muqueuses plus délicates ou de petites plaies déjà ouvertes, des germes dangereux qui souvent sont très superficiels. Heureux encore quand ce n’est pas cet accoucheur lui-même qui apporte, ainsi que cela s’est vu si souvent, le germe de la maladie puise chez une autre cliente. Voit dans tout accoucheur un ennemi, lui imposer, s il ne les prend lui- même, les mesures de propreté les plus minu-
tieuses, doit être Ja préoccupation constante de toute femme en état de gestation. Hélas! les médecins ont bien conscience eux mêmes du danger qu’ils portent avec eux. Les plus soigneux ne se prêtent jamais qu’à regret à ces examens préliminaires que [sollicitent avec tant d'imprudence quelques femmes. Tous ont la terreur de voir apparaître la fièvre puerpérale parmi leurs accouchées, parce qu’alors, s’ils sont scrupuleux, ils n’ont guère qu’à choisir entre deux désertions, celle de leur malade ou celle du reste de leur clientèle. Combien il est souhaitable que des pratiques nouvelles, inspirées par une confiance plus active dans la vérité de la théorie des germes leur permettent de mieux concilier leurs intérêts pécuniaires et leurs devoirs professionnels.