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CLAVELÉE

Avec la clavelée, la variole, et la vaccine, nous arrivons à des maladies homœogènes, virulentes, transmissibles par inoculation, possédant des vaccins dont quelques-uns sont utilisés depuis des siècles, caron variolise dans l’Inde depuis un temps immémorial, et dont le virus est inconnu. Le microscope, appliqué à l'étude de l’humeur virulente, n’y montre aucune forme comparable aux bacillus ou aux vibrions. On n’y trouve que des éléments granuliformes

sur la nature desquels il est difficile de se prononcer. Tout ce qu’on se sent le droit de faire, c’est de les rapprocher, soit des spores de microbes dont ils ont parfois les contours foncés et comme ombrés, soit des cellules de micrococcus dont ils rappellent les formes et les dimensions. C’est ce dernier nom qu’on leur donne surtout en Allemagne, mais sans qu’aucun fait précis sur le mode de prolifération des granules virulents justifie cette assimilation. Il y a là une inconnue que la science n’est pas encore parvenue à dégager.

Je ne compte en effet que pour mémoire un travail de M. Toussaint sur le virus de la clavelée, où on ne trouve rien qui prouve que M. Toussaint n’a pas pris pour ce virus l’un quelconque des nombreux ferments des matières albuminoïdes pouvant pousser dans le bouillon de viande qui lui a servi de terrain de culture. Jusqu’à plus ample informé, je suis forcé de mettre au même rang un travail de M. Jolyet sur le microbe de la variole, où manque précisément ce qu’il aurait fallu y mettre au premier rang, la description de ce microbe, qui est peut-être, de tous, celui qu’il serait le plus intéressant de connaître, et la démonstration de sa spécificité. Le microbe, non décrit par M. Jolyet, a d'ailleurs été trouvé sur le pigeon atteint de picote, et bien que M. Jolyet semble n’avoir aucune peine à confondre cette variole avec celle de l’homme et du porc, cette assimilation nous paraît assez douteuse pour qu’on n'ait pas le droit de la faire de piano. Si nous laissons en outre de côté, comme évidemment entachées d'erreur, toutes les observations où l’on a pris pour des virus des bactéries, des vibrions ou même des mucédinées rencontrées dans les humeurs virulentes, on ‘voit que nous en sommes toujours réduits à parler, sans en bien connaître la nature, de ces particules figurées, dans lesquelles M. Chauveau a démontré, en 1868, qu’il fallait exclusivement aller chercher les causes de la virulence.

11 y est arrivé, on le sait, en séparant de -son mieux, par

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des moyens physiques ou mécaniques, ces granules virulents des humeurs qui les contenaient, et en montrant que, eux disparus, l’humeur avait cessé d’être virulente, tandis que les granules, remis en suspension et inoculés à nouveau, reproduisaient la maladie initiale. Avec la clavelée du mouton, il a été possible d’appuyer cette démonstration, de l'étude de la genèse du virus inoculé à un animal, et du développement des lésions dans lesquelles va se former de nouvelle humeur virulente. C’est en quelque sorte, une répétition sur le vivant de ce que nous faisions jusqu’ici dans nos matras de culture, et nous allons voir que nous arrivons toujours aux mêmes conclusions.

Les seules particules figurées qui existent d’une manière constante dans le virus claveleux comme dans les autres humeurs virulentes sont des éléments granuliformes; c’est parmi eux que doivent se trouver les éléments actifs. Or, si, après avoir inoculé le virus à un mouton, on étudie au microscope la pustule de l’éruption claveleuse, sur une coupe perpendiculaire à sa surface, on constate que le tissu conjonctif sous-cutané, d’abord indemne, ne tarde pas à être envahi. On y voit alors, au milieu des faisceaux du tissu inaltéré en apparence, les cellules interfasciculaires considérablement multipliées ou hypertrophiées, et les leucocytes formant des amas souvent considérables le long des parois des vaisseaux. Il n’y a pas autre chose, dit M. Chauveau, à qui nous empruntons cette description. Mais il est impossible de n’être pas frappé par le caractère granuleux anormal de tous les éléments cellulaires que nous venons de signaler. A ce moment, il n’y a encore dans le liquide aucune granulation à l’état libre; or, déjà, la matière est aussi bien inoculable que l’était le liquide virulent, chargé de granules, dont on est parti.

Nous voilà donc amenés à la conclusion que les éléments virulents sont sans doute les granulations fines observées à l’intérieur des humeurs virulentes; mais nous voyons, en outre, que ces granulations virulentes ne sont pas des

MALADIES RECONNUES PARASITAIRES. 24ü

■éléments indépendants. Elles ont besoin, pour vivre et se développer, du protoplasma cellulaire, et elles possèdent la même activité, quelles soient libres, ou englobées dans la gangue du protoplasma où elles ont pris naissance.

Nous avons trouvé pour la maladie des vers à soie des conclusions ■ analogues, et nous avons montré, avec un haut degré de probabilité, que les éléments reproducteurs du corpuscule, et, par suite, les éléments virulents de la maladie, étaient aussi les granulations que nous avons rencontrées dans tous les corpuscules en voie de développement. Le processus de la maladie n’est pas le même dans les deux cas, mais l’origine de l’infection est identique et résulte de la multiplication, à l’intérieur de certains éléments de l’organisme, d’un autre élément doué de vitalité. Le caractère que prend la maladie dépend des réactions des cellules atteintes sur le reste des organes ou des fonctions, réactions qui peuvent être essentiellement différentes d’un cas à l’autre. CJest le côté médical de la question, et nous le laisserons de côté; nous n’avons à signaler que le développement concomitant d’une maladie virulente et de la prolifération, à l’intérieur des tissus, d'une des substances figurées existant dans l’humeur inoculée.

Or, pour le cas de la clavelée, la démonstration est faite. Nous allons l’essayer pour les autres maladies. Nous y rencontrerons aussi des granulations en tout semblables à celles du virus claveleux, en tout semblables aussi, il faut le dire, à certaines granulations normales de l’organisme, par exemple, à celles qui appartiennent à toutes les lésions inflammatoires pures; nous verrons aussi que tous ces éléments granuliformes, dans les maladies bien connues, ont la même origine, que tous proviennent de la matière génératrice, décrite par les histologistes comme le siège de la prolifération des éléments anatomiques, dans les néo-formations pathologiques, aussi bien que dans les tissus ou les liquides normaux de l’organisme. Cette iden-

tité des caractères objectifs fait qu’on ne peut distinguer ces granulations les unes des autres que par leurs propriétés spécifiques. Faut-il partir de là pour admettre qu’elles sont, au fond, une seule et même chose, prenant des fonctions différentes suivant les cas? Ce serait un fait dont la science n’offre pas d’exemple. A chaque cellule sa structure et sa fonction est un axiome dont les progrès de nos connaissances nous amènent de plus en plus à reconnaître la légitimité. Si on admet cette identité fondamentale des éléments granuliformes, et si on veut expliquer pourquoi les virus veulent être inoculés et pourquoi une granulation inoffensive ne se transforme pas dans un organisme sain en une granulation virulente, il faut, ou bien admettre que c’est d’elle-même, en vertu de forces propres qui ne se mettent à agir que dans des conditions données, et c’est alors superposer une deuxième hypothèse à la première, ou bien admettre que cette transformation de fonctions a lieu sous l’influence d’un agent venu de l'extérieur. Mais nous savons que cet agent doit être figuré, et de plus, nous sommes obligés de lui supposer une propriété spécifique. Il est alors plus simple d’admettre que c’est cet agent figuré spécifique, c’est-à-dire le granule virulent, qui se développe lui-même. Qu’importe, d’ailleurs, qu’on ne puisse pas lui assigner un caractère objectif spécial ! La science n’est-elle pas remplie d’exemples dans lesquels on voit des cellules bien plus grosses, bien mieux connues que ces granulations, avoir des propriétés différentes avec la même contexture apparente? Peut-on distinguer, à l’origine, le germe de l’œuf humain de celui des autres animaux? Et pour rester dans notre sujet, entre le mycoderma aceti et le ferment lactique, entre l’un de ceux-ci et le ferment de l’urée, n’y a-t-il pas quelquefois les ressemblances les plus grandes? Ce qui les différencie, c’est la fonction, et les expériences de M. Pasteur prouvent qu’on ne peut jamais amener l’un de ces ferments à avoir les propriétés des autres.

Contentons-nous donc de la distinction spécifique que permet d’établir l’étude de la fonction. C’est au fond la seule chose importante. La forme n’est que secondaire; la structure intime, elle-même, joue un rôle si effacé qu’on peut parfaitement supposer qu’elle est la même partout, chez ces êtres qui échappent au pouvoir amplifiant du microscope, à la condition d’admettre que les propriétés sont différentes et immuables pour chacun d’eux. Il n’y aura, à faire cette hypothèse, d’autre inconvénient que d’avoir à l'abandonner, lorsqu’on arrivera à des cellules plus grandes et mieux connues. Elle ne sera pas nuisible, elle ne sera qu’inutile. Il est vrai que cela suffit pour la condamner.

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