LITTÉRATURE ESPAGNOLE. — FERNAN CABAU.ERO
lancolique vers un passé préféré, une suprême équité de jugement, vous avertissent que l'épreuve de la vie est entrée pour beaucoup sans doute dans l’éducation de ce talent a la fois nouveau et accompli.
On se disait encore : A quel degré de la hiérarchie sociale appartient Fernan Caballero? Ce nom est celui d’un petit bourg de la Manche, mais l’ingénieux écrivain l’a-l-il trouvé dans le blason de sa famille ou l’a-Uil pris sur la carte? Est-il né sous le toit du pauvre? il aime tant le peuple et il excelle si fort à le peindre! Mais, d’un autre côté, il le (latte si peu. Les classes élevées devront-elles le revendiquer? elles en auraient le droit si, en Espagne, les nobles manières, les sentiments chevaleresques, étaient le privilège exclusif des grands.
Fernan Caballero peut donc sans invraisemblance passer pour une femme, il en a toutes les grâces; pour un homme, il en a toute la vigueur. Il sait tour a tour ouvrir l’âme aux plus naïves émotions de la jeunesse comme aux plus sages pensées de l’âge mûr; s’il rend justice aux solides qualités du peuple, il ne lui en coûte nullement de placer sur leur antique piédestal les descendants du Cid, de Fernan Cortès, de Gonsalve de Cordoue. Que ses amis continuent donc a chérir sa personne, ses lecteurs à s’enchanter ’a la lecture de ses livres, l’Espagne à devenir chaque jour plus fîère de celui ou de celle qui met sa gloire h consoler les grandeurs déchues et â amuser l’ennui de son pays. Quant à son nom, â son rang, â son sexe et â son âge, il faut bien laisser quelque chose â deviner aux commentateurs à venir ; aussi bien la postérité commençait à se lasser de chercher le vrai nom de l’auteur des Lettres de Junius et de celui de la seconde partie de Don Quichotte L’auteur de Waverley a longtemps excité la curiosité de notre siècle ; c’est une ressemblance de plus entre lui et Fernan Caballero. Le lecteur sait maintenant qu'il en existe entre eux de plus sérieuses.
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