PREMIERE PARTIE
d'harmonies lugubres. J'entendais le bruit sec et morne des feuilles desséchées, je voyais sur la cime des arbres se balancer de noirs corbeaux. Je fus saisi d'une grande tristesse, de sombres pressentiments m'assaillirent; mais ma résolution était prise, et madame de Mondeberre elle-même semblait envisager ce départ comme une nécessité. — Adieu donc ! me dit-elle ; nous prierons le ciel pour qu'il vous donne toutes les félicités que vous méritez. — Avant de me retirer, je demandai à embrasser Alice, qui n'avait point encore paru. Sa mère l'envoya chercher; on l'amena presque malgré elle. — Enfant, lui dis-je, vous ne m'aimez donc plus? A ces mots, elle fondit en pleurs. Je partis. Je n'avais pas d'amour pour madame de Mondeberre ; Alice comptait au plus dix ans : je partais libre de tous liens. D'où venait donc cette voix mystérieuse qui, tandis que je m'éloignais, de loin en loin me criait brusquement que je tournais le dos au bonheur ?
Hélas ! durant ces sept années, les ai-je assez souillés et profanés, ces purs et chastes souvenirs î Aussi n'ai-je point encore osé porter mes pas vers Mondeberre, tant je me connais indigne de rentrer dans ce saint asile. Il m'a semblé qu'auparavant je devais m'imposer, pour ainsi dire, une quarantaine morale; il me semble encore à cette heure que je vais y retrouver le fantôme de ma jeunesse, qui refusera de me reconnaître, et s'enfuira d'un air irrité.