‹ FernandChapitre 109 sur 156 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

avaient triomphé de la fatigue. Retirée dans sa chambre, au lieu de chercher le repos, elle resta longtemps accoudée sur Tappui de sa fenêtre, à contempler le magique tableau qui se déroulait devant elle.

La tempête s'était calmée: la lune montait, pleine et radieuse, dans l'azur du ciel rasséréné; l'Océan quittait ses rivages, et, mystérieusement attiré, gonflait son sein encore ému, comme pour aller se suspendre aux lèvres de sa pâle amante.

A la même heure, Joseph veillait de son côté, en proie à un malaise et à une oppression qu^il ne savait comment s'expliquer. Ainsi que Jeanne, il avait été frappé de la distinction de sir George ; plus d'une fois, durant la soirée, il avait surpris les regards de sa nièce attachés sur le jeune étranger : il souffrait sans deviner pourquoi.

Jeanne veilla bien avant dans la nuit. Lorsque enfin le sommeil eut fermé ses paupières, elle vit passer dans ses rêves, sous des traits vagues et confus qu'elle crut pourtant reconnaître, tous les types gracieux que les livres lui avaient récemment révélés.

Le lendemain, Jeanne se leva avec le jour. Elle ouvrit sa fenêtre; l'air était doux et le ciel pur: le soleil promettait une de ces belles journées d'hiver qui semblent annoncer le retour du printemps. Excepté les serviteurs, tout le monde dormait encore au château. Sous prétexte de tuer le temps jusqu'à l'heure du déjeûner, la jeune fille revêtit son amazone, ut

â3 0 VAILLANCE.

seller son alezan et partit au galop, accompagnée, cette fois, d'Yvon, qui la suivit à cheval, conformément aux ordres que lui avait donnés Joseph depuis la dernière équipée de l'enfant. Elle glissait, vive et légère, le long de la côte. A quelque distance du Coat-d'Or, elle aperçut de loin sir George, qui, debout et immobile, contemplait avec mélancolie la mer en cet instant unie comme un miroir. Explique qui pourra les divinations de ces jeunes cœurs! Aucun des serviteurs n'avait vu sortir l'étranger ; on pouvait présumer, sans faire tort ^ sa vigilance, qu'après les fatigues de la veille sir George reposait encore; cependant, àl'insu d'elle-même, Jeanne, en partant, était sûre de le rencontrer.

ku bruit du galop qui s'approchait, sir George tourna la tête et vit la jeune lille venir à lui, belle, lière et gracieuse comme la Diana du poëte anglais.

A quelques pas de l'officier, le cheval qui portait Jeanne se cabra sous la pression presque imperceptible du mors, et demeura immobile au temps d'arrêt.

Après l'échange des politesses obligées en pareille rencontre :

«Sir George, — dit la jeune fille, — vous devez être plus à l'aise sur le pont d'un navire que sur la selle d'un cheval ; cependant, s'il ne vous déplaisait pas de faire avec moi un temps de galop, je vous offrirais de prendre la monture d'Yvon etde m'accompagner; nous pousserions jusqu'à Bignic et reviendrions ensemble au château, n

A ces mots, Yvon, qui venait de rejoindre sa jeune

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