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CHAPITRE VU

même, — Jeanne, notre nièce, notre enfant bienaimée, la joie de ce foyer, l'orgueil du Coat-d'Or, notre amour, notre vie enfin

— Morte ! — s'écrièrent à la fois les deuxfrères.

— Morte pour nous, si nous n'y prenons garde, — dit Joseph avec désespoir.

— Mais parle donc, malheureux, parle donc 1 — s'écria Christophe d'un ton de colère suppliante.

— Eh bien, — reprit Joseph, — cet étranger que nous avons reçu sous notre toit, cet officier, cet Anglais, sir George... Mes frères, maudit soit le jour où cet homme a franchi le seuil de notre maison 1 »

Jean et Christophe étaient sur des charbons ardents. ((Eh bien? — s'écrièrent-ils ; — Jeanne et sir George..,

— ïls s'aiment ! »

Un aérolithe, crevant le toit du Coat-d'Or et tombant aux pieds des deux frères, les aurait frappés de moins de stupeur et de moins d'épouvante.

Ils restèrent atterrés, sans voix^ sans mouvement, loudroyés sur place.

(( C'est impossible, — dit enfin Christophe, — Vaillance Legoff ne peut pas aimer un Anglais.

— Jeanne n'oublierait pas à ce point, — ajouta Jean, — ce qu'elle doit à son nom, à son pays, à la mémoire de son père, aux cendres (le Napoléon.

— Jeanne a seize ans, elle aime, elle oublie tout 1 » s'écria Joseph.

Et il raconta ce qu'il avait vu, ce qu'il avait observé depuis l'entrée de sir George au Coat-d'Or. Nonseulement il prouva que ces deux jeunes gens s'aimaient, mais encore il démontra clairement qu'ils

ne pouvaient pas ne point s'aimer, et qu'il n*y avait d'étrange en tout cela que l'aveuglement et la sécurité des deux oncles. Toutefois, dans tout ce qu'il put dire, il n'y avait rien de bien alarmant; mais, emporté par le sentiment jaloux qui l'aiguillonnait, Joseph mita ce récit tant d'émotion et de chaleur, que les deux autres durentnatur.ellement supposer le désastre plus grand que Joseph ne le pensait luimôme.

((Malédiction!... s'écria Jean; — puisque tu voyais tout, que n'as-tu donc parlé plus tôt?

— J'attendais, je doutais encore, — répondit humblement Joseph; — je comptais sur le prochain départ de notre hôte; je craignais de troubler inutilement votre repos et celui de Jeanne. »

Le rùarin et le soldat marchaient à grands pas dans la chambre, comme deux loups-cerviers dans leur cage.

Pour bien comprendre la fureur et Texaspération de ces deux hommes, il faut avoir bien compris déjà quel amour insensé ils avaient pour leur nièce. Qu'on se représente deux bêtes fauves auxquelles on vient de ravir leurs petits.

(( Allons, — s'écria brusquement Christophe en se jetant sur une paire de pistolets suspendus au manteau de la cheminée dans un étui de serge verte, — vengeons du môme coup la mort du père et l'honneur de l'enfant !... Si je suis tué, Jean, tu me remplaceras. Si Jean succombe, une fois dans ta vie auras-tu du cœur, toi ? — demanda-t-il énergiquement à Joseph.

— Si tu n'as pas le courage de te battre, — ajouta

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