‹ FernandChapitre 117 sur 156 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Jean, — jure devant Dieu que tu le prendras en traître, comme il nous a pris, et que tu l'assassineras.

— Tue-le comme un chien, dit Christophe.

— C'est un Anglais, — s 'écria Jean ; — les hommes te béniront, et Dieu te pardonnera, n

Ils étaient de bonne foi dans leur haine et s'exprimaient avec plus de sang-froid et de conviction qu'on ne pourrait le croire. L'amour qu'ils avaient dans le cœur pouvait faire de ces hommes des chiens caressants ou des tigres furieux.

(( Voilà ce que je craignais, — s'écria Joseph avec effroi; — voilà pourquoi j'hésitais, encore aujourd'hui, à vous entretenir de ces choses. Mes frères, le mal n'est pas si grand que vous l'imaginez, et ce serait l'aggraver que de s'y prendre de la sorte. Dieu merci, l'honneur de Jeanne n'est point en question ; il ne s'agit ici que du bonheur et du repos de notre nièce. Vous calomniez notre enfant et notre hôte. Ils n'ont fait qu'obéir, peut-être sans s'en douter^ au charme de la jeunesse qui les entraînait l'un vers l'autre. Jeanne est aussi pure que belle; sir George...

— Est un misérable ! — s'écria Christophe ; — je le tiens pour un lâche, et me charge de le lui dire en face. ))

En cet instant, la porte s'ouvrit, et sir George entra, plus grave que de coutume. Il avait l'air si froid, si calme et si digne, que les trois frères restèrent muets sous son regard. Enfin, Christophe posa sur une table les pistolets qu'il tenait à la main, et marcha droit à l'étranger.

(( Je répète, Monsieur, que je vous tiens pour un lâche! )) dit-il en lui mettant une main sur l'épaule.

Après avoi écarté poliment la lourde main que Christophe venait d'appuyer sur lui :

(( Monsieur, — répondit sir George avec sa froideur habituelle, —je doute que ce soit à moi que s'adresse un pareil langage.

— A vous-même, sir George, à vous seul. Écoutez-moi, Monsieur, — reprit aussitôt Christophe sans lui laisser le temps de répondre. — En vous sauvant la vie au péril de la mienne, je n'ai fait que mon devoir ; je ne m'en vante pas. Seulement, ce devoir accompli, j'étais quitte envers vous et ne vous devais rien. Rien ne m'obligeait, en effet, àvous ouvrir cette maison. En danger de mort, vous étiez un homme pour moi; vivant et sauvé, vous n'étiez plus qu'un Anglais. Notre nation ade tout temps détesté la vôtre. Nous autres LegolF, nous vous haïssons comme peuple, comme gouvernement, comme individus. Ce nom d'Anglais sonne mal à nos oreilles. C'est un Anglais qui a tué notre frère Jérôme. Cependant, touchés de votre malheur, nous vous avons reçu comme un frère. Vous avez pris place à notre table, vous avez dormi sous notre toit ; en un mot, vous êtes devenu notre hôte. Dites, nous est-il arrivé de faillir aux lois de l'hospitalité ?Avez-vous jamais rencontré céans d'autres cœurs et d'autres visages que des cœurs amis et des visages bienveillants ?

— Je n'oublieraijamais, — dit sir George, — votre hospitalité généreuse.

— Veuillez croire que notre mémoire sera aussi fidèle que la vôtre, Monsieur, et que nous nous souviendrons toujours de quelle façon vous l'avez recon-

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