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CHAPITRE VII

— Sir George, — dit à son tour Joseph avec douceur, — que votre cœur essaye de nous comprendre. Jeanne est notre enfant adorée ; elle est l'air que nous respirons et le soleil qui nous réchauffe. Songez que nous étions perdus, et que notre famille menaçait de s'éteindre dans la honte et dans la débauche, quand Dieu, pour nous retirer de l'abîme, nous envoya cet ange sauveur ! Quelque digne que vous puissiez être de posséder un semblable trésor, )amais nous ne consentirons...

— Encore une fois, Messieurs, — s'écria sir George avec un léger mouvement d'impatience, — à quoi bon tous ces discours ? Je ne suis pas ici pour vous demander la main de miss Jeanne ; je sais mieux que personne à quel titre tant de bonheur m'est interdit et quelle serait ma folie d'y prétendre. Dieu m'est témoin, — ajouta-t-il avec tristesse, — que je ne me suis pas un seul instant bercé d'un si doux espoir. Voilà quelques heures à peine, j'ignorais encore le secret de mon cœur. J'ai compris, en le découvrant, qu'il ne m'était plus permis désormais d'habiter parmi vous sans forfaire à l'honneur, et je suis venu, sans hésiter, prendre congé de vous, mes hôtes. »

A ces paroles, Christophe et Jean restèrent presque aussi stupéfaits qu'ils l'avaient été en recevant les révélations de Joseph. Joseph, de son côté, se sentit délivré d'un grand poids et se mit à respirer plus à l'aise. Tous trois furent touchés de la loyauté de sir George; mais ils se hâtèrent de le prendre au mot, peu curieux qu'ils étaient de garder plus longtemps un tel hôte, et pensant avec raison que ie plus

honnête loup du monde ne saurait être à sa place dans une bergerie. D'ailleurs, tout en re(*onnaissant que sir George venait de se conduire comme un galant homme, ils n'en étaient pas moins portés contre lui par un vif sentiment de rancune et de jalousie.

(( Puisqu'il en est ainsi, Monsieur, — dit assez sèchement Christophe, — je retire les paroles un peu dures que je vous ai adressées dans un mouvement de colère que je croyais légitime alors. Si je savais quelque autre réparation qui pût vous être plus agréable, je n'hésiterais pas à vous l'offrir.

— Je n'ai pas besoin de réparation, Monsieur, — répondit sir George avec noblesse ; — les paroles que vous adressiez à un lâche ne sont point arrivées jusqu'à moi.

— Nous reconnaissons sir George pour un galant homme, — dit Joseph.

— Sans doute, sans doute, — ajouta Jean, — et puisque sir George tient absolument à coucher ce soir à Saint-Brieuc, je vais donner des ordres pour qu'on lui selle un cheval ; Yvon l'accompagnera.

— Gomme il s'agit de votre repos plus encore que du nôtre, — dit Christophe, — je pense, Monsieur, que nous aurions mauvaise grâce à vouloir vous garder plus longtemps. Votre probité nous est un sûr garant que vous ne chercherez pas à revoir notre nièce.

— Je vous en donne ma parole^ » réponait sir George avec une expression d'héroïque résignation.

Deux chevaux sellés et bridés piaffaient déjà dans la cour du château.

Près de s'éloigner, sir George promena autour de

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